27.01.2010

Stratégie des réseaux : la frilosité européenne

A l’occasion des discussions sur les projets industriels devant être soutenus par le grand emprunt, l’Afdel, organisme réunissant des acteurs majeurs de l’industrie logicielle préconisait un soutien massif à la réalisation de fermes de serveurs européens pour favoriser les applications du « Cloud Computing ». Cette proposition rend publique le retard français et européen dans la réalisation effective de ces plateformes et dans la mise en place d’un réseau internet piloté par des européens. Pour moi, cette annonce c’est surtout celle de l’absence des européens d’un des marchés clés des prochaines années. Pendant qu’on cause de projets, les américains ont pris la main  et proposent des services. Demain, ils domineront les marchés des applications de la vie et de l’économie numérique si nous n’investissons pas massivement dans les industries de la simulation.

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26.10.2008

Rizotto, CACO et rhizomes : bienvenue à la bl-EGO-sphère !

 

 

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Une contribution de Brice Auckenthaler*


  • Web / Temps 1 : back to 3 milliards d'années, le risotto

La conception du Monde, Dieu s’y est mis tout seul et s’en est plutôt pas mal sorti. Le Big Bang qui en résulta créa une énorme bouillie. Appelons-la risotto, c'est plus appêtissant. Comme tout bon risotto, c'est le touillage lent et délicat de chaque ingrédient qui déclenche la magie.
Quant aux innovations qui ont rythmé le progrès, la plupart sont le fruit d’intuitions personnelles [Léonard de Vinci ou Jules Verne continuent à faire fantasmer aujourd’hui], de besoins a priori égoïstes [le walkman est né de l’envie d’Akito Morita –président de Sony à l’époque- d’écouter de la musique en jouant au golf], de constats solitaires [James Dyson inventa l’aspirateur sans sac alors qu’il n’en avait pas la compétence technique mais était confronté à une interrogation : comment se fait-il que mon aspirateur n’aspire plus alors que le sac n’est qu’à moitié plein ?]. Ou bien d’expérimentations osées [le Post-it® -fruit d’un ingénieur qui mis au point une colle qui se décolle- est plutôt rupturiste pour une entreprise qui fabrique des adhésifs !]. Voire de hasard personnel : ainsi le mythe du Roquefort découvert par un berger qui avait laissé traîner une miche de pain avec du lait qui a fermenté…

Moralité # 1 pour Web 3.0 :
arrêtons de penser que le web et l'innovation sont affaire de bouillie collective seulement. Quelque soit l'option technologique, cela restera avant tout une question d'envie, de conviction, d'implication et de pilotage individuel.

  • Web / Temps 2 : aujourd'hui, la CACO

Serge Tisseron a coutume de dire que toute invention est la réalisation d’un fantasme. A l’aube de ce 3ème Millénaire -où relationnel et transparence sont les nouvelles antiennes des hyperliens que nous souhaitons tous tissés- c'est désormais la capacité à innover à plusieurs et à produire des idées collectivement qui semble être devenue la façon de concrétiser ce fantasme. Trois ruptures ont favorisé cette évolution : la place prise par l'innovation en tant qu’outil de management ; l’interactivité foisonnante du web 2.0; le développement des économies de service.
Toutes les études le confirment : le client final devient de plus en plus expert marketing ; il s’implique dans sa relation avec les émetteurs d’offres que sont les marques, n’hésite plus à contester quand il estime que cette relation est insatisfaisante, se met à résister, voire à boycotter [cf. la propagation viral d’Internet]. Linux a posé les bases de cette co-conception en inventant l’OpenSource qui permet à des passionnés [pas forcément des professionnels] d’améliorer une version bêta d’un logiciel et d’en être ainsi co-auteurs. Plus récemment, Intel a annoncé fin 2006 qu’il offrait 300.000 dollars aux clients qui apporteraient des innovations gagnantes [1] . Le gagnant a été désigné au Spring Intel Developer Forum qui s’est tenu en mars 2007 à San Francisco. Et fin décembre 2006, le magazine Time a élu comme personnalité de l’année ‘You’ -vous et moi. Dans son édito, Richard Stengel, l’éditeur en chef, explique que cette nomination est un hommage à ce qu’il appelle l’avènement des ‘user generated contents’ "[2] nouveau comportement collectif qui devrait, selon lui, transformer l’art, la politique et le commerce par l’intervention créative et pertinente d’amateurs.

Quel rapport peut-il alors bien y avoir entre la Ratp, le collectif Creative Commons, Innocentive [3] [site initié par Elli Lilly], la chanteuse islandaise Björk, la nouvelle Fiat 500, les sites YouTube.com ou MySpace.com, l’initiative française wat.tv, Mastercard, Findus, la confiture d’innovation d’IBM, le site d’Apple ipodloundge, la marque Dove, Agoravox, les universels Wikipedia, Citizendium ou answers.com, le coréen ohMyNews, le français Rue89, les américains Threadless, Boeing ou mom’s inventors, ou encore A swarm of angels, Crédit Mutuel, EDF et Current TV d’Al Gore …?
Tous ont ouvert leur processus de création en invitant dans la cuisine -qui des collaborateurs issus des différents départements de l’entreprise, qui des clients ou des consommateurs- à se mêler de ce qui ne les regardent à priori pas du tout : la conception du risotto innovant.
Cette nouvelle ouverture, expertsconsulting l'a appelé la CACO [Conception Assistée par COllaborateurs et Consommateurs].

Moralité # 2 pour Web 3.0 : après l'innovation à tous les étages de l'entreprise [cycle des années 90], voici peut être venu le temps où les portes de l'entreprise volent en éclats pour convier les clients dans la cuisine de la conception de nouvelles initiatives [4].
Arrêtons de penser linéarité, chronologie, hiérarchie, autorité top-down. Pensons zig zag, chemin de traverse, confiance.


  • Web / Temps 3 : demain. Bienvenue à une économie en rhizomes où c’est nous qui créons les pièces du L-EGO !

Côté entreprises, la gestion des ressources humaines devient de plus en plus problématique du fait d’une démotivation croissante. D’autre part, les marchés sont de plus en plus poreux, rendant les marques potentiellement concurrentes les unes des autres. Ce phénomène trouve son pendant au travers de la transparence grandissante des frontières entre l’entreprise et les clients.

Côté science, nous venons de découvrir [5] que [formidable espoir généré !], chez des humains, l’activité d’un messager chimique clef, la dopamine, affecte des circuits neuronaux vitaux impliqués dans les "circuits de la récompense » [motivation, apprentissage].
Et, outre Rhin, des chercheurs de l’Institut Max Planck de neurobiologie et de l’Université de la Ruhr-Bochum viennent de prouver que les cellules nerveuses du cerveau adulte ne recevant plus d’informations de la part de leurs neurones voisins sont capables de tisser de nouveaux contacts avec d’autres neurones. Le cerveau humain contient environ 100 milliards de cellules nerveuses, chacune d’entre elles possédant 10.000 à 20.000 contacts avec des neurones voisins. Ce réseau permet notamment de recevoir et de traiter les informations sensorielles. Or, si des informations provenant d’un des organes sensitifs manquent, comme c’est le cas par exemple lorsque la rétine d’un œil est endommagée, les cellules nerveuses liées à la zone touchée ne reçoivent plus d’informations.
Les scientifiques ont pu montrer que, dans ce type de traumatisme, ces cellules restructurent leur réseau [Boris Cyrulnik appelle cela la résilience]. Quelques jours après une lésion de la rétine, ces neurones développent des prolongements trois fois plus vite que les neurones voisins n’étant pas directement concernés par le dommage. Ces prolongements permettent de trouver et d’identifier les cellules voisines adéquates pour l’échange de données.

Moralité # 3 pour Web 3.0 : le réseau sera rhizomique ou ne sera pas..
Arrêtons de penser mondialisation, glocalisation. Cela fusille [cf. la bulle financière actuellement] et épuise la planète. Pensons pêche [lancer le bouchon le plus loin possible dans l'avenir pour tisser des liens et inventer des scénarios excitants] et interconnections [tous et chacun liés –et récompensés- par la force du crowdsourcing].
Pensons bl-EGO-sphère imaginative [chaque ego valorisé et satisfait pour la création et la co-animation d'un puzzle Lego constitué de nouvelles belles causes collectives].
Pour garantir un succès pérenne désormais, impliquons collaborateurs et clients pour en faire des auteurs, concepteurs et ambassadeurs des offres dont ils seront, demain, consommateurs. Et entrons de plein pied dans la nouvelle économie de l’imagination collective.

  • Sommes-nous entrés dans un monstrueux bazar ingérable ?

La plupart des initiatives testées en ce moment se sont avérées de vrais bazars à mettre au point et à animer. Pour ne pas se laisser submerger par les débordements créatifs en provenance de l’intérieur et de l’extérieur, la conception collective nécessitera une équipe de pilotes animateurs enthousiastes. Le pouvoir ne vient plus d’en haut, mais du cœur du réseau.
Autre erreur à éviter : penser que créer collectivement, c’est systématiquement du collectif. C’est tentant, car c’est une Lapalissade, mais c’est ingérable, car solliciter trop intensivement des équipes bute contre les disponibilités de chacun. A l’instar des sports collectifs, c’est la l’agrégation d’individualités complémentaires qui crée souvent l’étincelle. Et surtout, c’est l’alternance de phases collectives et de phases individuelles, où chacun apporte son expertise pointue et spécifique, qui garantira l’accouchement d’initiatives probantes.

Ensuite, il faut avouer que le résultat est souvent assez décevant qualitativement : wat tv est pour l’instant assez pauvre en contenu ; et la plupart des jolies idées soumises sur www.ipodlounge.com [où les prototypes présentés sont tous d’origine extérieure –ce qui met une gentille pression sur les ingénieurs dans la boîte : ‘’Regardez ce que nos clients eux-mêmes sont capables de concevoir sans nous...!’’] s’avèrent techniquement irréalisables par Apple.

Autre inconvénient de la conception collective : la remise en question. Ainsi l’initiative Ideastorm, lancée en février 2007 par Dell, géant de l’informatique, auprès de la communauté de ses clients. Plus d’un million de visites, plus de 7.000 suggestions générées… dont beaucoup n’allaient pas dans le sens des décisions qu’avait prévu le management de Dell.

Autre tentation : croire que n’importe qui peut créer collectivement. Certains artistes, designers, ou concepteurs sont de vrais autistes et ne conçoivent pas être mêlés à d’autres créatifs, pire, à des amateurs. Il y a également un effet pervers : laisser entendre que l’entreprise n’est plus capable d’étonner ses clients et qu’elle a besoin d’eux pour cela. La délégation de créativité peut alors se transformer en démission perçue. Le résultat est parfois décevant aussi parce que l’initiative collective est paralysée par son ambition : l’idée meure car elle est trop non politiquement incorrecte, ou demande beaucoup de courage et d’énergie pugnace.

  • 5 conditions pour le Web 3.0

Pour que le résultat d’une démarche de conception collective soit meilleur que si elle n’existait pas, et afin que le bazar collectif créatif n'explose pas en vol, il faut respecter 5 conditions :

  1. la confiance mutuelle [un client qui doute de la sincérité de la démarche ne s’impliquera pas],
  2. un problème clairement identifié, qu’une communauté créative serait plus à même de solutionner qu’un chercheur tout seul,
  3. un modérateur agitateur [souvent un consultant, gardien du temple et de l'exigence mutuelle],
  4. un cruise control fin pour piloter le processus. Et, enfin,
  5. un mode de rémunération cohérent avec l’enjeu [ainsi, récemment, You Tube s’est résigné à payer les gens qui lui envoient des vidéos].

Quand la communauté créative est pilotée sans arrière-pensées du type, ‘il faut absolument que cela marche à tous les coups/coûts’…, quand elle invite les collaborateurs, les clients et les citoyens à mettre la main à la pâte en leur expliquant clairement les véritables enjeux et les règles du jeu, alors, oui, le résultat pourra être probant. Et renforcera, n’ayons pas peur des mots, la fierté d’avoir acheté un bien ou un service vraiment particulier, puisque ces créatifs d’un nouveau genre auront contribué à les concevoir.

Un nouveau système nerveux est en train de se créer qui changera la façon dont nous percevons le monde. Mais aussi la façon dont le monde change. Ses conséquences sont à la fois difficiles à connaître et impossibles à estimer.
Beaucoup de rêveurs créatifs vont arriver, vont-ils réussir à apprendre à jouer avec d’autres ?

 

Brice Auckenthaler

[1] Détails sur http://www.intel.com/idf/corechallenge.htm. Netflix procède de même : http://www.netflixprize.com où les clients sont invités à co-créer des innovations ou des améliorations entre octobre 2006 et octobre 2011 ! Grand Prix : 1 million de dollars !

[2] Edito page 4 de Time Magazine 25/12/2006 : ‘’User generated content’’ : contenus créés par les utilisateurs.
[3] Plus de détails au chapitre ‘’Les outils de l’imagination collective’’. Et sur http://www.innocentive.com/
[4] Selon Procter & Gamble, 50% des innovations devraient provenir de l’extérieur de l’entreprise [contre 15% seulement aujourd’hui].
[5] Octobre 2008 : Jean-Claude Dreher du Centre de neuroscience cognitive (CNRS/Université Lyon 1), en collaboration avec une équipe américaine du National Institute of Mental Health (Bethesda, Maryland

Brice Auckenthaler est associé d’expertsconsulting, spécialisé dans le management de l’innovation et  l'innovation; il est aussi enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur l’innovation et la prospective dont les deux derniers : "L'imagination Collective", Editions Liaisons juin 2007 et "Imagination 3.0" janvier 2008.

13.10.2008

Le Web 3D collaboratif

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Une contribution de Philippe Peres*

 

Le web 2.0 et le web 3D  qui lui fera suite ne sont que les préludes de changements sociétaux plus importants.

Nous sommes sans doute à l’aube de profondes mutations de nos sociétés occidentales modernes avec des conséquences au niveau de l’organisation du travail (travail collaboratif), du social (réseaux sociaux) et du politique (démocratie participative) qui devraient au final donner une plus grande liberté de choix à l’individu (fin de la société de consommation et de la société de masse, passage à la société de la connaissance et de l’intelligence collective).

Mais les changements de paradigmes socio-économiques se font aussi souvent dans la douleur car la résistance au changement est bien là.

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C’est dans cette logique d’innovation sociale qu’il faut imaginer des outils collaboratifs qui ont un potentiel de changement des pratiques. La tâche est ardue, les résistances sont nombreuses, mais au final le projet est vraiment porteur :

E-learning d’abord pour changer les apprentissages en replaçant l’individu au cœur du savoir et en lui donnant la maîtrise de ses savoirs, Travail collaboratif et réseaux sociaux ensuite pour replacer l’individu au cœur des pratiques sociales (travail, loisir, consommation).

Sans oublier bien sûr la dimension politique qui donne sens à ces mutations, car que faire de cette plus grande liberté de choix qu’apporte la technologie ? C’est là qu’on peut rejoindre aussi le concept d’éco-innovation, de l’innovation orientée développement durable.

Ces outils sont web et 3D. Pourquoi ?

D’ici moins de 5 ans, en allumant votre ordinateur, sous Linux, Windows, Mac ou tout système d’exploitation, ou Web OS, vous accéderez à un bureau virtuel en 3D à partir duquel vous pourrez lancer différentes applications et accéder à des environnements web en 3D temps réel.

Car la 3D temps réel n’est pas seulement réservée au domaine du jeu, comme on pourrait le penser au premier abord. Elle permet aussi de développer de nouveaux environnements de travail collaboratifs (réunion à distance en web conférence, formation en classe virtuelle), de e-commerce (boutiques et galeries commerciales virtuelles) ou de réseaux sociaux d’expression et de partage (espaces personnels 3D) …des applications tant professionnelles que grand public qui reposent sur la 3D et la collaboration en temps réel.

La 3D est là pour apporter une dimension supplémentaire (un supplément d’âme) plus esthétique mais aussi et surtout pour permettre un accès plus immédiat à du contenu multimédia : c’est l’idée d’ « image habitable », telle qu’exposée par Sylvain HUET et Philippe ULRICH : « Habiter une image, c’est comme habiter une maison : on y entre, on y reçoit, on y partage, on y travaille, on s’y repose, on la construit, on l’emménage, on l’agrandit, on la range, on la dérange. La seule différence, c’est que l’image qu’on habite n’a pas de matérialité, ou plutôt sa matérialité est changeante : tel mur n’est pas constitué de ciment, mais se trouve être une parcelle de surface magnétique quelque part sur un disque dur, mais aussi quelques transistors d’un ordinateur, mais aussi quelques états électriques d’un câble coaxial, et pour finir quelques électrons dans le tube cathodique de votre moniteur. Réel ou virtuel, là n’est plus la question, car tout ce que vous faites dans cette image, c’est-à-dire tout ce que vous communiquez dans cette image est bien réel : ce que vous faites aux autres, ce que vous dites aux autres est aussi réel que si vous utilisiez un support matériel. On parle souvent de “l’âme d’une maison”, en évoquant en fait les traces que les habitants et les visiteurs y laissent. Il en est de même pour l’image qu’on habite : elle est marquée par la vie qui s’y organise. »

On l’aura compris, ces environnements web 3D sont donc de vrais lieux de vie, multiutilisateurs, des environnements riches, conviviaux, multimédia et qui donnent véritablement sens à l’idée de convergence (voix, données, images). La 3D n’étant qu’une fonction parmi d’autres (car l’environnement 3D est le contexte naturel des échanges et des rencontres) telles que des fonctions réseau, audio, vidéo, web, sql…nécessaires à la mise en place de solutions collaboratives en ligne.

Ces environnements s’inscrivent dans une logique « 2.0 », UGC (User Generated Content), à charge pour leurs occupants de les personnaliser et d’imaginer les modes de vies et d’interactions qu’ils pourront avoir en leur sein.

Des environnements qui font appel à de nouveaux « architectes du virtuel », des architectes soucieux d’écologie et de développement durable, des architectes soucieux d’esthétique mais aussi de sécurité informatique et du respect de la vie privée. Des architectes dont les compétences sont tant la maitrise des réseaux, de la sécurité, des bases de données et de la programmation que celle de la conception et du développement 3D, de l’animation d’avatars, du design 3D et du sens de l’esthétique.

Autour de ces environnements, c’est un véritable écosystème qui peut se mettre en place : implication de la communauté des développeurs et des infographistes 3D pour designer et meubler ces mondes 3D, des sponsors et publicitaires pour financer les environnements grands publics ouverts, de partenaires pour commercialiser les environnements privatifs.

Les environnements virtuels collaboratifs ne remplaceront jamais les environnements réels et l’interaction humaine directe mais ils permettront surement de s’en rapprocher et d’offrir ainsi une meilleure qualité de vie, une plus grande facilité de communication, d’interaction et de collaboration entre personnes distantes, plus de souplesse et d’autonomie au travail, des possibilités nouvelles d’apprendre de développer et de partager ses connaissances.

La société de la connaissance et de l’intelligence collective (au service d’individus plus libres et plus responsables) qui est notre futur à tous repose sur une nouvelle économie de l’immatériel, sur des innovations orientées développement durable, mais aussi sur ces technologies collaboratives et temps réel, et sur les architectes du virtuel qui les bâtirons en vue d’un monde meilleur.


Philippe Peres

*Philippe Peres est Président de I-Maginer
Voir une illustration vidéo sur : http://www.youtube.com/watch?v=sv-aRyKc7aA

 

09.10.2008

Demain l'intelligence des données

 

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Une contribution de Hubert Guillaud* (4/4)


NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.

"Quand on regarde l’avenir, on a souvent tendance à penser que le changement le plus radical reposera sur l’internet des objets, une intelligence qui va bouleverser notre relation avec eux et leurs relations entre eux. Bien sûr, parce qu’on va les tenir dans nos mains, parce qu’ils vont bouger sous nos yeux, ces changements-là seront spectaculaires.

Pourtant, demain, il n’y a pas que les objets qui seront intelligents : il y aura aussi les données. Et l’impact de ce changement pourrait bien être tout aussi radical.

Voilà longtemps que Tim Berners-Lee nous explique que le web sémantique est l’avenir du web (voir la traduction de l’article originale dans la lettre de l’URfist de Toulouse de novembre 2001 .pdf). Reste que le terme est difficile à faire comprendre et entendre à bien des néophytes. Sans compter que l’évolution qui se profile dans le domaine des données ne repose pas seulement sur la sémantisation du web et ne se résume pas à inscrire des méta-données pour décrire les données.

L’intelligence des données (au sens, plutôt, que l’on donne à “intelligence économique”), c’est d’abord leur abondance et leur accessibilité, même si chaque donnée demeure elle-même tout à fait brute. C’est par exemple accéder aux données de tel capteur, de telle caméra ou de tel moniteur. C’est la possibilité, demain de tracer n’importe quel évènement du monde réel. C’est la fouille de données accessible depuis chez soi, permettant d’analyser les statistiques de la criminalité ou de la circulation dans sa ville, ou des informations sur ce que lisent les gens, avec un raffinement de détails, des modalités de recherche et de précision dans la requête toujours plus grands.

Ce n’est donc pas seulement la sémantisation qui change la donne, mais aussi l’accès à un nombre croissant de données, associé à la possibilité de les reconfigurer, de les recombiner sans cesse, de plus en plus facilement, pour en tirer des intuitions neuves ; la possibilité d’en faire des mashups, de produire des nouveaux services dont elles forment la matière première… Quand les données elles-mêmes ne sont pas “intelligentes”, leur masse, bien exploitée, peut produire du sens bien au-delà de ce que nous imaginons, comme l’explique Ian Ayres. Pas seulement des masses d’information statiques et statistiques d’ailleurs, mais des données qui vont être de plus en plus dynamiques, parce qu’elles seront accessibles à distance et en temps réel bien sûr, mais surtout parce que ces données mêmes seront le résultat de flux de données eux-mêmes mouvants. De combinatoires. De formules appelant d’autres données, provenant de bases sémantisées, de nos historiques de navigation, ou de requêtes sur des applications tierces.

Comme l’imageait Bradley Horowitz, responsable du département des nouvelles technologies chez Yahoo, en évoquant l’avenir de l’internet des objets pour la BBC : “Mon téléphone sait toujours l’heure qu’il est. Il sait approximativement toujours où je suis via GPS ou via le réseau téléphonique qu’il utilise. Si le système sait aussi que je suis présent à tel évènement à telle heure (via mon agenda ou mes messages), alors quand je prends une photo, le système est capable d’automatiser l’étiquetage de cet évènement et d’introduire les métadonnées automatiquement. C’est ce vers quoi nous tendons : un monde où le qui, quoi, où et quand peuvent être générés, lus et résolus automatiquement par les machines.”

Le croisement des données elles-mêmes, au lieu et à l’heure où elles sont collectées ou regroupées va en générer de nouvelles.

L’intelligence des données, ce n’est pas que le web sémantique, c’est aussi le web implicite, celui qui comprend ce que vous faites, ce que vous avez fait et en déduit ce que vous allez faire. C’est celui qui trace vos données, votre histoire, qui suit votre “parcours”, votre “chemin” pour apprendre de vous et mieux vous servir et qui se diffuse demain au-delà du web, jusqu’à nos mobiles.

L’intelligence des données c’est enfin ce web que nous façonnons à coups de liens, d’étiquettes, d’intelligence collective : “Chaque fois que nous forgeons un lien entre les mots, nous lui enseignons une idée”, disait Kevin Kelly. C’est ce web qui apprend de nous. Ces données qui prennent du sens quand on les touche. Nos actions qui deviennent une donnée primordiale pour donner de l’intelligence à l’ensemble. Un web sémantique a posteriori, en quelque sorte, qui repose sur le constat qu’il semble parfois plus difficile de rendre les données “intelligentes” en les qualifiant a priori, que d’acquérir une “intelligence”, une perception et une compréhension riches, des données brutes que notre monde produit à jet continu.

Assurément, l’intelligence des données va transformer notre rapport à l’information aussi sûrement que l’internet des objets va bouleverser notre rapport à notre quotidien (l’un n’ira pas sans l’autre d’ailleurs).

Nous allons mesurer le monde, notre vie, notre entourage, notre réseau comme jamais. Tout sera traçable et tracé, comme le montre d’une manière ludique Socialistics, cette petite application pour Facebook qui mesure les pulsations de votre réseau social. Un outil de lifelogging (ces outils qui augmentent notre intimité d’informations) qui rassemble toutes les données de votre réseau relationnel pour produire des mesures vous permettant d’en connaître les tendances (répartition par âge, par ville ou pays, par genre, par tendances politiques ou religieuses…). Cet outils de classement et d’analyse illustre à merveille la puissance de l’information que l’on pourrait être capable de produire demain. Cela ne va pas seulement nous donner accès à une “nouvelle classe d’outils”, comme l’évoquait Tim Berners Lee, mais radicalement changer nos pratiques, notre regard sur celles-ci et sur tout ce que nous faisons et nous entoure.

Reste qu’il ne faut pas oublier que les données ne sont pas intelligentes pour elle-mêmes. Leur couplage peut aussi produire des syllogismes faciles et des erreurs d’interprétation : coupler une base de donnée statistique sur la criminalité et une autre sur la pauvreté de la population fera peut-être ressortir l’image fameuse des “Classes laborieuses, classes dangereuses”. Cela n’en fait pas forcément une vérité, disait déjà l’historien Louis Chevalier. Et puis, on n’est pas obligé d’aimer la perspective d’un monde infiniment lisible, traçable et analysable. Ca ne doit pas nous empêcher d’y réfléchir."

Hubert Guillaud


*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.

Vers le Web 3.0


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Une contribution de Hubert Guillaud*(3/4)

NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2006 mais qui demeure... d'actualité.

“Le web 2.0, qui décrit la capacité de relier sans couture des applications (comme la cartographie) et des services (comme le partage de photographies) via l’internet, est devenu ces derniers mois le centre d’attention de toutes les sociétés de la Silicon Valley. Pour autant, l’intérêt commercial pour le Web 3.0 - ou “le web sémantique” - émerge seulement maintenant.

L’exemple classique de l’ère du Web 2.0 est le mashup - par exemple, un site web de location de vacances relié aux cartes de Google pour créer un service nouveau et plus utile qui montre rapidement, sur une carte, la liste des locations disponibles.

Le Saint Graal des promoteurs du web sémantique consiste en un système capable de donner une réponse raisonnable et complète à une question simple du type : “Je recherche un endroit chaud pour les vacances. J’ai un budget de 3 000 dollars. Ah, et nous avons un enfant de 11 ans.”

Répondre à une telle question aujourd’hui peut exiger des heures de tri dans des listes distinctes de vols, hôtels et locations de voitures, qui proposent des options souvent contradictoires. Avec le web 3.0, la requête appellerait une réponse cohérente, aussi méticuleusement assemblée que si elle l’avait été par un agent de voyage humain.

Comment de tels systèmes s’établiront-ils, et quand commenceront-ils à fournir des réponses signicatives, commence à être le sujet de discussion de nombreux chercheurs et d’experts”, explique John Markoff pour le New York Times (enregistrement obligatoire).

Pour Markoff, ce web 3.0 s’appuie sur la fouille des connaissances humaines, comme Google l’a exploitée avec son Page Rank (qui interprète les liens d’une page web à une autre comme un vote). Et de donner une somme d’exemples à sa thèse : “Nous allons d’un web de documents connectés à un web de données connectées”, explique Nova Spivack, de Radar Networks, une start-up qui exploite le contenu de sites de réseaux sociaux et qui signalait il y a peu, sur son blog, son ras-le-bol du web 2.0 (“Détruire le mythe du web 2.0″). KnowItAll, issu d’un groupe de recherche de l’université de Washington, extrait et agrège l’information de sites de critiques de produits pour donner des informations compréhensibles à l’usager. Ainsi, aujourd’hui, pour avoir une information sur un voyage, vous devez passer en revue de longues listes de commentaires glanées sur le web. Avec le web 3.0, le système vous classera tous les commentaires et trouvera, par déduction cognitive, le bon hôtel pour votre besoin particulier.

“Dans son état actuel, le web est souvent décrit comme étant dans sa phase Lego, avec plein de parties différentes capables de se connecter les unes aux autres. Ceux qui portent la vision d’une prochaine phase, le web 3.0, le voient comme une ère où les machines commenceront à faire des choses apparemment intelligentes.”

“Il est clair que la connaissance humaine est plus exposée aux machines qu’elle ne l’a jamais été”, explique Danny Hillis de Metaweb. Des systèmes d’intelligence artificielle, comme Metaweb. Des systèmes d’intelligence artificielle, comme Cyc, qui combinent des bases de règles classiques à l’analyse des contenus du web, pourraient permettre d’exploiter toujours mieux cette incroyable base de donnée que constitue aujourd’hui le web pour fournir des réponses à des questions complètes. A moins, pense le responsable de la recherche de Yahoo!, que le salut ne vienne de l’intervention agrégée des utilisateurs : “Avec FlickR, vous trouvez des images qu’un ordinateur ne pourrait pas trouver. Des problèmes qui nous on défiés depuis 50 ans, deviennent brusquement triviaux.”

Hubert Guillaud

*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.

 

Vers un Web granulaire

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Une contribution de Hubert Guillaud* (2/4)

NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.

"La conception web peut-elle devenir plus granulaire ? Par granulaire, on entend la possibilité de composer des sites web complexes à partir de “pièces détachées”, de fonctions unitaires externalisées auprès d’autres acteurs. Ainsi, on peut de plus en plus imaginer l’externalisation de processus tels que l’authentification d’un utilisateur (OpenId), la mise en place d’un système de réputation (RapLeaf), le stockage (Amazon S3) ou le traitement de données (Amazon EC2), la vérification des e-mails (Undisposable) de vos visiteurs, etc. Autant de bases de données et de fonctions qui, connectées les unes aux autres, finissent par constituer l’infrastructure même de services riches et complexes. Cela induit deux avantages majeurs explique Emre Sokullu pour Read/Write web : diminuer le coût et le temps de développement, et profiter à la demande de solutions puissantes et massives.

Mais “pourquoi alors l’implémentation de ces solutions - qui sont pourtant l’une des promesses du web 2.0 - reste -t-elle si lente ?”, s’interroge Emre Sokullu. Parce qu’avec ces applications on ne se contente pas de sous-traiter un service, on transfère une partie de son capital. Déléguer l’authentification, ou la gestion de la réputation, c’est-à-dire une partie de sa relation avec ses propres clients/utilisateurs, n’a rien d’évident. “Partager” son client pour construire des “suites servicielles” qui répondent de manière plus complète, ou plus personnalisée, à ses besoins est certes nécessaire, comme l’explique depuis longtemps Bruno Marzloff (par exemple dans Mobilités.net, pp. 54-58) - mais il s’agit bien d’abandonner, ou a minima de partager, la propriété d’une part de son capital, ce à quoi peu d’entrepreneurs sont aujourd’hui préparés…

Ces services sont aussi perçus comme incertains : comment faire confiance à des start-ups, voir même à des grandes sociétés comme Amazon, quand on ne voit pas toujours clairement où et comment elles tirent profit de ces services ? L’éventuelle indisponibilité fait aussi partie des risques invoqués : plus la chaine compte de maillons indépendants, plus les sources de problèmes potentiels se multiplient (pour ma part, j’aurais tendance à dire que c’est là l’argument le moins pertinent : la plupart de ces services sont extrêmement fiables et supportent très bien les montées de charge, c’est d’ailleurs l’un de leurs principaux arguments de vente).

Enfin, la mise en oeuvre n’est pas si facile. Les développeurs doivent comprendre de nouvelles structures de développement et intégrer des API (interfaces de programmation) toujours différentes pour expérimenter ces services.

Face aux nécessité toujours plus grandes de fonctionnalités, face à l’exigence d’innovation qu’imposent les petits comme les grands acteurs du web, on devine pourtant qu’il n’y a pas d’autres modèles à terme. Qu’on ne peut plus imaginer de vastes développements sans faire appel à des éléments extérieurs. Ça n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. Les sociétés de service font depuis plusieurs années de l’”intégration de services”, même s’il s’agit plus souvent d’agencer différents logiciels entre eux au sein des frontières du système d’information, que d’exploiter une multitude de web services.

Comme le souligne Didier Durand, cette structuration permettra bientôt de monter des sociétés sans infrastructures propres “en limitant son travail au strict apport de sa valeur ajoutée spécifique, sans répliquer les bases opérationnelles déjà disponibles en tant que service et pouvant fonctionner à l’échelle du web tout entier”. Les services vont donc pouvoir se croiser pour prospérer les uns grâce aux autres. Les sociétés pourront accéder à des centaines de millions d’utilisateurs par des canaux et dans des contextes les plus variés, sans avoir à résoudre des problèmes d’échelle ou de disponibilité de services… Une perspective qui est déjà en train de transformer radicalement le ticket d’entrée dans le monde de l’innovation technologique logicielle, et qui pourrait, pourquoi pas, souligne Didier Durand, redistribuer les cartes de l’investissement entrepreneurial.

yahoopipes.jpgCe web granulaire contient en germe une autre perspective qui pourrait s’avérer encore plus déterminante à l’avenir : la capacité de ces pièces détachées à “transformer les applications en environnements programmables”, comme le décrit Tim O’Reilly en évoquant Pipes, la dernière et remarquable innovation lancée par Yahoo! (Pipes pour “tuyaux”, en référence à ces lignes de code qui permettent de faire communiquer deux programmes informatiques, comme l’explique InFlux). Yahoo! Pipes est un service en ligne qui permet de mixer très librement des flux d’information ou des fonctionnalités, via un éditeur de programmation visuel et simplifié, pour créer de véritables applications composites, sans avoir besoin de savoir programmer. “L’usager technophile et “early-adopter” est donc aujourd’hui convié à évoluer dans une sphère socio-technique dont “on” lui offre de maitriser les outils, les environnements, les procédures, les techniques”, conclut Olivier Ertzscheid. On peut ainsi créer en quelques minutes une application qui va illustrer à partir de photos de FlickR les articles du Monde, du Figaro ou de votre propre site à partir des mots clefs présents dans le texte ; ou encore construire une application qui mixe les informations sur les restaurants de Chicago via Yahoo! Local et les photos de ceux-ci via FlickR.

Bien évidemment ce qui devient le plus important dans cet environnement, c’est la qualité des données et de leur structuration, comme le souligne très justement Alex Iskold pour Read/Write Web. Sans compter qu’il faudra aussi que ce type d’outils s’ouvre vraiment… En effet, l’essentiel des bases de données que Yahoo!Pipes permet d’utiliser à ce jour sont celles de de services appartenant à Yahoo. Faut-il y voir un signe que même les grands du Web 2.0 ont du mal à partager la propriété de leur capital ?"

Hubert Guillaud

*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.

 

Vers le Web implicite

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Une contribution de Hubert Guillaud* (1/4)


NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.

"Le concept du web implicite est simple”, explique Alex Iskold de Read/Write Web. “Quand nous touchons l’information, nous votons pour elle. Quand nous venons sur un billet depuis un article qu’on a apprécié, nous passons du temps à le lire. Quand on aime un film, nous le recommandons à nos amis et à notre famille. Et si un morceau de musique résonne en nous, nous l’écoutons en boucle encore et encore. Nous le faisons automatiquement, implicitement. Mais les conséquences de ce comportement sont importantes : les choses auxquelles nous prêtons attention ont une grande valeur pour nous, parce que nous les apprécions.”

Le web nous donne justement l’occasion de capturer ce sur quoi nous portons de l’attention. Le web implicite est déjà une réalité, comme le montrent les moteurs de recherche et les moteurs de recommandations : nos gestes et actions en ligne révèlent nos intentions et nos réactions. Et d’en donner comme bon exemple, Last.fm, le moteur de recommandation de musique qui, se basant sur votre bibliothèque d’artistes préférés, vous recommande des chansons que vous ne connaissez pas. Nos achats, nos navigations, nos requêtes alimentent des moteurs de recommandation qui affinent le World Wide Web pour nous. “Nous sommes donc passés d’une toute puissance du lien hypertexte, point nécessairement nodal de développement du réseau et des services et outils associés, à une toute puissance du “parcours”, de la navigation “qui fait sens”, de la navigation “orientée” au double sens du terme”, explique avec brio Olivier Ertzscheid. Bien sûr, cette attention portée à nos actions contient en germe des menaces sur notre intimité : pas tant sur le fait de monétiser nos parcours dans des logiques marketing propres au service qu’on utilise, mais plus encore des dérives d’exploitation tierces de nos profils. Que Google exploite notre historique de requêtes pour affiner les nôtres et nous proposer de la publicité adaptée quand on utilise ses services, soit, mais que ce même parcours bénéficie à l’un de ses partenaires ou à un autre service que je fréquente (ou pire, que je ne fréquente pas) posera certainement des questions plus profondes.

Le lien hypertexte a-t-il encore du sens ?
Le lien hypertexte va-t-il disparaître ? C’est l’une des implications terriblement provocatrice que suggère l’idée du web implicite. Le lien hypertexte, sous sa forme actuelle, nous conduit d’un endroit fixe à un autre endroit fixe, sans prendre en compte notre parcours, nos désirs, nos envies, le temps qui passe, l’actualité… En fait, ce n’est pas tant le lien hypertexte qui est appelé à disparaître que la stabilité de la relation entre deux documents que le lien créé. Demain, nos liens lieront des données, des documents et des données, des documents en train de se faire et des données à venir. Les liens se produiront tout seuls ou presque, au sein d’applications, à partir de nos traces et à partir de termes ouverts à l’interprétation. Le web devient un espace d’inférences, comme s’il mimait un début de capacité de raisonnement, lui permettant de s’adapter, de muter, selon l’environnement, pour mieux nous servir, voire mieux nous ressembler.

Nos liens vont devenir instables. Nos mots eux-mêmes ne seront peut-être plus que des inconnues dans des équations de phrases, des termes mouvants au gré de l’actualité ou des visiteurs pour mieux s’adapter aux contextes de chacun. C’est ce que montre par exemple une des nouvelles fonctions de Google Doc (une fonction qui date visiblement de novembre 2006, mais que Google Blogoscoped a mis en avant seulement récemment) : GoogleLookup. L’idée de GoogleLookup est assez simple : permettre d’interfacer les résultats d’un tableau avec des données issues du web. Le but : permettre à votre tableau aujourd’hui, à votre graphique et à vos textes demain, de rester à jour. En entrant une formule particulière, qui cherche les données sur le web, il est ainsi possible de créer un tableau où le nom du maire ou celui d’un ministre se met à jour tout seul, via l’internet (explications et limites actuelles des données interrogeables). Votre tableau de données peut aussi se connecter à des résultats sportifs ou à GoogleFinance et incorporer les dernières valeurs d’un marché (explications complémentaires). Les documents que nous rédigerons pourront demain citer des fonctions ou des données plutôt que des noms de personnes ou des chiffres, leur permettant de s’actualiser ou de se contextualiser seuls. Votre article sur Second Life ne citera plus le nombre d’inscrits au service au jour et à l’heure ou vous aurez écrit votre billet, mais le chiffre évoluera avec le temps en prenant en compte les données chiffrées émises par LindenLab.

Bien sûr, il a toujours été possible d’interfacer une base de donnée et un tableau, mais faire que cette base de donnée soit en prise directe avec un résultat de requête en ligne, en temps réel, est un pas de plus - sans compter le degré de simplicité et de complémentarité atteint qui semble mettre encore un peu plus le web en interaction avec lui-même. Dans la lignée de Freebase ou d’autres briques sémantique, ou du wiki sémantique (Google Doc a d’ailleurs souvent été évoqué comme un wiki évolué et réussi) que nous évoquions il y a moins d’un an, le web sémantique continue sa mue pour arriver jusqu’à nous.

Reste à ces applications et ces moteurs à s’affiner, à élargir leur périmètre et leurs modalités de requête : demain ils sauront ce que nous sommes capables de chercher selon l’heure de la journée, notre lieu de connexion, le lieu d’où nous venons, notre environnement applicatif ouvert, les actualités qui nous concernent…

Le lien hypertexte ne disparaîtra pas, car c’est lui qui rend ce web implicite possible, c’est lui qui en est l’armature, c’est parce que l’on fait des liens que les données prennent du sens comme le montre le PageRank de Google. Mais un autre web naît à côté de celui que nous connaissions. Assurément, comme le souligne encore Olivier Ertzscheid citant les théories de l’hypertexte de Vannevar Bush, “le parcours, le “chemin” (trail) importent au moins autant que le lien”. “Au moins autant”, c’est dire si ce web est encore amené à progresser."

Hubert Guillaud

 

*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.

 

06.10.2008

Internet et les niveaux d'usages

 

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Une contribution de Roger Nifle*


Les usages d’internet, c’est une affaire qui mobilise les spécialistes, trop souvent à côté du sujet, si tant est que le sujet soit l’usager. Chacun comprendra à sa porte ou sa fenêtre (de conscience).

La question est récurrente depuis le début mais c’est promis juré, cette fois ça y est on est passé d’internet 3ème génération au Web 2-0. Ce qui est sûr c’est que la population se saisit des possibilités offertes par Internet et invente des usages, c’est-à-dire des usages sociaux, culturels, professionnels, interpersonnels.

Les technologies s’intéressent aux usages de leurs productions, surtout pour les valoriser. Ah si la “valeur technique” devenait une “valeur d’usage” après avoir convaincu de futurs usagers !

Le problème c’est sur quelles visions partagées se rencontrent-ils, quel niveau de conscience commun pour traduire réciproquement. Parce que s’il n’y a pas réciprocité ça ne marche pas.

C’est pour cela que se construisent des sphères d’entendement mutuel mais déconnectées du reste du monde.

 

World Wide Web

Le Web une trame, un tissu. Qui ne fait la différence entre un tissu et un filet. La rupture entre l’internet et le web, l’un est infrastructure, l’autre usage social.

Tramer des relations à l’échelle du monde, des relations humaines pour tisser des communautés. Pas des liaisons, ça c’est une affaire de réseaux sur le modèle du filet, du net. World a la même racine “wir” que virtuel et cela signifie “âge d’homme” (Wir old), étrange non !

Les affaires humaines sont-elles le produit des moyens techniques ou seulement facilitées par ces moyens ? Conçoit-on un “outil” et, seulement après, son usage ?

Voilà une grande difficulté dans ce temps de mutation qui va dans tous les Sens.

Cependant si on se recentre sur l’essentiel, l’homme et les affaires humaines, alors une grille d’évaluation des usages peut être établie. Elle s’appuie sur les concepts fondamentaux et les ressources de l’Humanisme Méthodologique.

On va être amené à croiser deux échelles de progression.

L’une c’est le niveau de conscience de ce qui est en question. Nous identifions trois niveaux notés :

Web 1.y - Web 2.y - Web 3.y.

L’autre c’est le niveau de maturité sociale des usages, c’est-à-dire l’intégration aux affaires humaines. Nous identifierons là aussi trois niveaux, trois générations.
Notons Web x.1, Web x.2, Web x.3.

Nous voilà donc avec neuf types d’usages notés de Web 1.1 à Web 3.3. Il n’y a pas ici de 0.y ou de x.0 qui nous feraient sortir du champ.

 

Les trois niveaux de conscience

Web 1.y Une affaire d’information

Voilà le type d’usages visés. L’accès à l’information et derrière au savoir et à toute sorte de ressources maintenant distribuées, voilà l’enjeu qui mobilise le génie des spécialistes de l’information. Informatique dit-on en français. Que n’a-t-on pas dit sur la “société de l’information” et tous les moyens associés à cette grande explosion mondiale qui bouleverse il est vrai tous les “métiers de l’information”.

 

Web 2.y Une affaire de communication

Voilà le type d’usages visés. Le multi média généralisé à la portée de tous ou presque. Certains se demandent si ce n’est pas du côté du téléphone portable qu’il faudrait voir l’avenir ou au mieux l’intégration et l’inter opérabilité des moyens et des contenus. Ailleurs comme si vous y étiez, immense soif de découvertes.

Voir le succès de l’INA et de multiples sites où chacun peut s’exposer et découvrir les autres, autres temps, autres espaces, cultures, événements, gestes, productions, images. Le grand magazine inter actif, c’est-à-dire chacun étant actif dans la communication, tous émetteurs, récepteurs ; push and pull. Cela a une autre figure que l’information, le numérique n’est pas poétique, l’image et les paysages si.

 

Web 3.y Une affaire de relations

Voilà le type d’usages visés. Les relations humaines, celles où s’établissent des proximités personnelles à distance. Une révolution à l’échelle de la planète qui commence avec le voisin ou la voisine, celle des relations humaines qui tissent la totalité des situations et des affaires humaines. Seulement les relations humaines c’est profond, complexe, question de Sens et de consensus, d’affect, de corps et de comportement, de représentations mentales tout à la fois et en plus des relations entre des personnes qui tissent les groupes humains dédiés à toutes sortes de finalités et plus généralement les communautés humaines à toutes les échelles. World, Wide, Web 3.y.

Évidemment les relations usent de certaines médiations et même multi médiations, c’est mieux, et ces dernières véhiculent de l’information (aux sens habituels dans ces milieux).

Regardons ce qui se dit du Web 2-0: les trois, selon le champ de conscience de ceux qui parlent.

 

Exemple : Qu’est-ce le Web 2.0 ? internet actu

A moins que ce soit une question de posture (Sens du regard sur le monde) qui rende certains aveugles à l’essentiel.

Il suffirait de changer d’angle de vue pour voir l’ensemble.

Le test : quelle différence entre information, communication, relations et quelle vision des “usages” associés ?

 

Maintenant la deuxième, l’échelle de maturité des usages.

Web x.1. Les usages élémentaires

Des tréfonds de la technologie (et il y en a plusieurs couches) émergent des “outils” qui s’adressent à des usagers.

Très vite, grâce à l’explosion du Web, un ensemble d’outils d’usage courant se sont répandus (une fois sortis des universités américaines bien souvent). Navigateurs, mails et puis chats, messageries instantanées, forums, Cuseeme pour se voir et se parler (un logiciel célèbre il y a dix ans) et une floraison de dérivés.

Il est vrai qu’il y a de ces apprentissages élémentaires, comme apprendre à conduire, qui sont indispensables pour acquérir l’aisance qui permettra d’autres investissements.

Les usages élémentaires des outils sortis des ateliers (forges) sont et seront toujours nécessaires dans ce but là.

Des appropriations foisonnantes en sont faites mais sont-elles la source de l’évolution des “outils”, pas sûr. Quel est l’équivalent multi plates-formes de Cuseeme à l’ère du haut ou très haut débit ? Ce n’est pas faute d’usages possibles mais cela vient d’orientations techniques.

 

Web x.2 Les usages fonctionnels ou services en ligne

La on saute d’une définition par l’outil à une définition par une fonction, sociale, professionnelle, dédiée.

Payer une facture, gérer son compte bancaire, coopérer sur une tâche précise, c’est toute la batterie des fonctions des entreprises, des services publics, des institutions ou associations mais aussi bien les jeux de toutes sortes.Le joueur d’échec en ligne ne joue pas au navigateur mais s’en sert.

Des discussions professionnelles ou autres s’établissent grâce à différents outils. Ce sont des usages sociaux, des pratiques que les outils facilitent. Le web fait exploser le champ des possibles et des pratiques, nous n’en sommes qu’au début.

 

Web x.3 Les usages communautaires, la cité virtuelle.

Il s’agit là des enjeux des communautés humaines, enjeux économiques, enjeux politiques, enjeux pédagogiques, de santé, inter communaux, inter régionaux mais aussi des enjeux institutionnels. L’Etat, les entreprises, les communautés territoriales, les communautés humaines de tous ordres, familles, clubs, associations, etc.

Les usages sont définis par les enjeux même, institutions d’aménagement virtuelles, communautés économiques, communautés culturelles, systèmes politique, gestion publique, management des entreprises, etc.

C’est là que le monde se trouve transformé par le web avec cette extension au virtuel du champ des affaires humaines. Là tout est en jeu, en refondation. C’est le terrain de l’Université de Prospective Humaine où la technologie prend sa part.

Bien sûr le troisième niveau de maturité et d’usages intègre les précédents sans quoi ils sont inaccessibles. Mais à ceux qui veulent refaire le monde il faut assumer sinon assurer, au bon niveau de responsabilité.

La suite est une série d’exercices. Nommer les types d’usage et rechercher ce qui existe ou se fait, c’est une condition d‘apprentissage. Cela sert pour comprendre, chercher, mais aussi pour projeter progresser.

 

  • Web 1-1 les usages des outils d’information
  • Web 2-1 les usages des outils de communication
  • Web 3-1 les usages des outils de relations
  • Web 1-2 les services d’information
  • Web 2-2 les services de communication
  • Web 3-2 les services relationnels (groupes)
  • Web 1-3 les enjeux communautaires et institutionnels d’information
  • Web 2-3 les enjeux communautaires et institutionnels de communication
  • Web 3-3 les enjeux communautaires et institutionnels de développement et d’empowerment.


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Roger Nifle


*Roger Nifle est directeur de l'institut Cohérences et confondateur de l'Université de prospective humaine

 

 

01.10.2008

Web 2.0 for ever

 

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Une contribution de François Laurent*




Après le Web 2.0, on aura ... le Web 3.0 ! Puis le 4.0, le 5.0 ...

Pour moi, il n'y aura pas d'après Web 2.0 - sauf pour les pubeurs et autres marketeux qui ont de la salade à vendre (ceux qui vont enterrer le marketing à force de prendre le consommateur pour un zombie).
Bien sûr, il y aura un Web mobile : il est d'ailleurs déjà en marche (mauvais jeu de mots) ; mais le Web mobile, avec son marketing de la géolocalisation, ne saurait être le successeur du 2.0 : juste une progrès technologique, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

Les tenants de la Metaverse Roadmap ne jurent que par les univers en 3D, les petits fils d'un Second Life aujourd'hui plombé par des temps de réponse dissuasifs et un gigantisme disproportionné qui nous donne l'impression de toujours errer dans des espaces désespérément vides.

Mais les uns comme les autres, même si je comprends leur militantisme - et je crois dans les univers 3D, je les attends avec impatience ; le marketing mobile m'amuse beaucoup moins, je dois le reconnaître, son intrusivité me gêne énormément. Les uns comme les autres donc confondent avancées technologiques et progrès sociétaux.

Le Web 2.0 ne repose d'ailleurs pas vraiment sur des prouesses technologiques ; enfin, rien de comparable à faire entrer Internet dans un combiné téléphonique ou de construire de vastes univers en trois dimensions !

Par contre le Web 2.0 a totalement transformé notre société - enfin est en train de la bouleverser de fond en comble. Et la révolution est loin d'être achevée.

C'est quoi, le Web 2.0 ? De l'Ajax, des flux RSS ? Que nenni !

Le Web 2.0, c'est la possibilité donnée à tout un chacun de devenir acteur du Web.

Internet, c'est une machinerie formidable ... mais dans sa conception initiale, Internet ne faisait que renforcer le pouvoir des acteurs traditionnels du monde politico-économico-médiatique : le Monsieur Tout Le Monde de l'ère pas si ancienne du Web 1.0 accédait à un flux gigantesque d'informations nouvelles, ce qui constituait déjà en soi un progrès incommensurable.

Mais il accédait : jamais il n'aurait pu - espéré, osé espérer - alimenter lui-même un jour les tuyaux.

Quand il voulait acheter un ordinateur, il pouvait en apprendre quasiment autant que les vendeurs ; puis également négocier les prix après s'être promené au hasard des comparateurs de prix. Et les distributeurs ont vu débarquer dans leurs boutiques des consommateurs d'un type nouveau, mieux armés, désespérément mieux armés et négociateurs en diable : j'ai alors utilisé le terme "d'empowered consumer".

Quoi qu'il en soit, la communication demeurait verticale : les marques, les annonceurs, les médias au sommet ... et la plèbe en bas. Certes, parfois, on la laissait s'exprimer ... d'où le succès des premiers forums de discussion - à distinguer des forums techniques de type questions réponses. Mais dans un forum, on n'est pas vraiment chez soi.

Sur son blog, si : sans connaissances informatiques, sans argent non plus, le citoyen peut s'exprimer sans contraintes chez lui : un privilège jusqu'alors inaccessible.

Je ne referai pas ici le "tour complet du propriétaire" du Web 2.0 : du blog plus ou moins collaboratif au wikis et autres réseaux sociaux, s'installe un nouveau système communicationnel : le many to many remplace le one to many.

La démocratie s'installe sur la toile : contrairement à ce que d'aucuns prétendent, il n'est pas temps de tourner la page de Mai 68 : jamais l'esprit de 68 n'a été aussi présent. Mais évidemment, c'est diablement déstabilisant : car les politiques tout comme les marques y ont beaucoup à perdre.

Bref, la rupture "électronique" du Web 2.0 en recouvre une autre, bien plus importante : celle qui marque le passage d'une Civilisation 1.0 à une Civilisation 2.0 ! De l'oligarchie politico-économico-médiatique à la démocratie participative. Ou collaborative. Ou ...

... ou à la démocratie, quand chacun peut s'exprimer, contribuer, créer.

C'est une page lourde de plusieurs centaines d'années qui se tourne : et certains oseraient penser qu'il suffit de miniaturiser un peu plus les terminaux Internet ou remplacer le graphisme actuel de nos interfaces par des avatars en 3D pour changer de numéro !

Quelle mégalomanie !

A la rigueur, parlez de Web 3.0 ou 200.0 si le coeur vous en dit ; la vraie vie - loin de la frime et de la pub - se chiffrera encore longtemps en 2.0 !

François Laurent

*François Laurent est co-président de l'ADETEM , créateur du blog Marketingisdead, il est par ailleurs auteur du récent livre "Marketing 2.0, l'intelligence collective" (M21 Editions-2008), voir interview ici : http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2008/06/21/marketing-2-0-l-intelligence-collective.html

 

30.09.2008

Un Web ça va, quatre bonjour les dégâts !

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Une contribution de Anne-Caroline Paucot*

 

Un Web ça va, quatre bonjour les dégâts !

Du lancement en 1990 par Tim Berners-Lee du premier Web aux générations Web 4.0 qui existeront peut-être demain, le Web danse une valse à quatre temps : web des vitrines, du souk, bavard, panoptique. Ces évolutions orchestrées par la rugissante technologique risquent de conduire à des abus numériques préjudiciables à notre santé sociétale.

Dans la valse du Web, le premier temps est le Web des vitrines. Grâce à des principes mis au point par Tim Berners-Lee (création d'adresses, marquage de liens..), on assiste à la création de sites. Ces fenêtres sur monde permettent aux entreprises et institutions de se présenter. L'internaute saute de liens en liens et découvre ces vitrines. Certaines, ergonomiques et riches en contenus, retiennent son attention. D'autres plus nombreuses, qui rivalisent dans le mauvais goût pour afficher des antiquités informationnelles, le font fuir.
Ces vitrines vendent  du discours, de l'image, des produits ou services... Le chaland numérique achète avec précaution. Il n'a qu'une confiance modérée en cette technologie qui lui fait croire que tout est  à portée de clic.

Le Web du souk
Deuxième temps, c'est le Web 2.0 ou le Web du souk. Les vitrines se sont multipliées et diversifiées. Une kyrielle de vitrines individuelles nommées blogs prennent pignon sur le Net. On y affiche son talent, on fait part de son expertise, on raconte sa vie... Dans ce Web, on discute, échange, commente, critique, crée des liens. Des tribus de parleurs, penseurs, amuseurs se structurent. Les vitrines individuelles s'insèrent dans des vastes complexes nommés réseaux sociaux. Le principe de base de ce Web du souk est l'interactivité. Contrairement au web des vitrines qui évaluaient leur performance au nombre de visiteurs, le web du souk mesure sa pertinence au nombre de liens générés.
Dans ce souk, le commerce est un jeu de billard à plusieurs bandes. Ce n'est plus le vendeur qui vante les mérites de son produit, c'est le client qui incite ses pairs à consommer comme lui. Le vendeur se contente de titiller les réflexes identitaires et conformistes en disant  : "Si tu veux acheter cela, tu aurais tout intérêt à faire comme les autres acheteurs qui ont aussi acheté ceci et cela." Le mouton de panurge numérique ne discute pas. Il ajoute dans son panier les désirs des autres et passe à la caisse. Le vendeur affiche un sourire satisfait. Avec ce subterfuge, le client commence enfin à acheter ce dont il n'a pas besoin. Le vendeur le remercie en lui donnant le sympathique nom de "consom'acteur".
Le web des souks,  considérant que "plus on est de connectés, mieux on se connecte" inclut progressivement dans sa sphère de chalandise des objets de notre quotidien. Cadres photos, jouets, appareils électroménagers, téléphones... Une puce, une liaison wifi, une adresse... L'objet trouve sa place dans le World Wilde Web. Sa connexion au grand réseau des réseaux lui permet de faire des prouesses.  Les cadres photos font défiler les photos enregistrées sur notre ordinateur, des lapins bougent les oreilles lorsque nous avons reçu un mail, la chaudière téléphone au technicien, le réfrigérateur fait les courses... Les services étonnent les techniciens qui parlent d'objets intelligents !

Le Web bavard
Le troisième temps se nomme web 3.O ou web sémantique mais on pourrait aussi l'appeler Web bavard, car il parle sur tout et tout le temps.
Le fonctionnement de ce Web repose sur le taggage des données numériques. Elles sont  caractérisées par une série de mots (d'où l'appellation de Web sémantique). Ces marqueurs vont permettre aux ordinateurs de créer des liens entre des informations qui n'en ont pas a priori.
Si cette formalisation nécessite une nécessite une solide lobotomisation niant les différences culturelles ou de genre, une fois opérée, les ordinateurs peuvent s'en donner à cœur joie dans le croisement des données et répondre à des demandes qui auraient hier demandé quelques années-lumière de recherche. Ainsi je peux trouver en quelques secondes un plombier unijambiste qui parle polonais, aime le Bordeaux, habite à cinq minutes de chez moi, adore jouer au rami chinois et est disponible après 20 heures le jeudi soir". Enfin, s'il existe  (et à vrai dire, je n'espère pas car je serais bien embêtée avec un tel phénomène).

A ce stade de l'évolution du Web, les vendeurs se frottent les mains. De mes demandes, ils peuvent déduire que j'aime le Bordeaux,  j'habite à Paris, je suis sensible aux handicaps, j'adore le rami chinois, j'ai des problèmes de plomberie et je suis chez moi le jeudi soir. De là à ce qu'ils me proposent de "faire venir le jeudi soir un joueur de rami polonais qui apporte une bouteille de Bordeaux qui règle tous les problèmes de plomberie", il n'y a qu'un clic. Mais, si je dédaigne leur offre, ils balayeront toutes les informations que j'ai déposées sur le Web pour en faire une autre encore plus séduisante. Ce chant des sirènes finira par m'ensorceler et je remplirais mon panier d'une série d'inutiles.

Le Web panoptique
Si le quatrième temps de la valse du Web n'existe pas encore, on peut le nommer Web 4.0. A peine le Web 2.O fut sorti du cortex de Tim o'Reilly que ses détracteurs annonçaient la mort de ce Web et l'arrivée du suivant le Web 3.O. On imagine que les mêmes ne vont pas tarder à annoncer la mort du Web 3.0 et l'arrivée du Web 4.0.
J'aurais néanmoins envie de l'appeler "Web sensible" les jours de beau temps et "Web panoptique", les jours un peu plus sombres. Ce terme, qui signifie voir sans être vu, fait référence à des prisons aménagées de telle sorte que le surveillant puisse voir chaque détenu dans sa cellule sans être vu lui-même.

Après avoir traité et tagué les données numériques, les faiseurs du Web vont compléter leur balayage en intégrant une kyrielle de nouvelles informations enregistrées au moyen  divers types de capteurs. Les espaces de stockage étant illimités, les moindres événements de notre vie pourront être transformés en zéro et un. Avec l'accumulation et le croisement de toutes ces informations, le meilleur et le pire sont attendus. A vous de les cocher dans une journée à la mode Web panoptique de demain.

  • 7 heures, vous vous levez. Vous avez des informations ciblées en fonction de vos centres d'intérêt personnels et professionnels.
  • 7h15. Brossage de dents. Des puces enregistrent des informations concernant votre santé. Votre pilulier clignote et désigne le médicament à prendre
  • 7h40. Direction le placard à vêtement. Un lien ayant été fait avec votre agenda. Des vêtements sont préparés.
  • 8h10. Vous avez opté pour le covoiturage. Une voiture vous attend au pied de l'immeuble. Quatre inconnus y sont déjà installés.  Votre notebook vous indique qu'avec l'un, vous avez un ami d'ami en commun et qu'un autre travaille dans le même domaine que vous.
  • 11 h. Vous venez d'apprendre que votre client assiste régulièrement à des compétions de kitesurf. Vous glissez dans la conversation que vous avez été champion de France. Il semble impressionné.
  • 13 heures. Vous téléphonez pour commander un hamburger. Comme vous avez été identifié, le vendeur électronique vous accueille par votre nom et ajoute : "Désolé, nous ne pouvons pas vous livrer de hamburger car votre taux de cholestérol est trop élévé" (confère votre brossage de dents). Vous avez deux solutions : investir dans une assurance qui vous doublera le prix du hamburger ou prendre une salade.
  • 15 heures. Alors que vous présentez  vos références à des potentiels nouveaux clients, des  images les présentant défilent sur l'écran. Un capteur sonore enregistre vos propos et va chercher les images appropriées sur le Web. Cela ne vous a demandé aucune préparation.
  • 16 heures. Votre femme dépose les clefs de la voiture. Quand vous lui dites : "merci, chérie", une image d'une autre chérie est projetée sur l'écran. Vous déconnectez rapidement tous les capteurs.
  • 18 heures. Votre notebook vous signale que vous avez une heure de libre, prévu de faire du sport, qu'une salle de gym se trouve à 50 mètres et qu'elle susceptible de vous accueillir. Vous l’ignorez, car il vous indique en même temps qu'un ami prend un café dans le voisinage.
  • 19 heures. La rencontre a été agréable. En pénétrant dans l'aéroport, vous souriez. Erreur, dix secondes plus tard, votre notebook vous indique que vous devez payer une amende pour DSG (délit de souriante gueule). Les caméras ne pouvant pas identifier des visages aux traits déformés par le sourire, le gouvernement a profité d'un sursaut d'adrénaline sociétal pour promulguer cette interdiction.


Quand ce Web panoptique sera effectif, il ne nous restera qu'à rejoindre un comité d'internautes anonymes qui nous aidera à nous désintoxiquer de toutes formes d'usages du Web.
Avant d'en arriver là, il serait judicieux de réfléchir ensemble au moyen de modérer notre consommation du web et des technologies numériques et du moins d'éviter toutes dépendances. En clair de prendre conscience que tous abus technologiques peuvent nuire gravement à notre santé sociétale en violant les droits au respect d'une intimité et d'un anonymat.

Annne Caroline Paucot

*Anne-Caroline Paucot est l'auteur de plusieurs romans et polars pour les entreprises (Hyaka.com) et vulgarise de façon iconoclaste et avec talent les nouvelles technologies et la prospective (voir son site Anticipedia), le futur est son terrain de jeu et son dernier ouvrage Dictionnaire impertinent du Futur (M21 Editions-2008) en est un bel exemple. Enfin son site Entreprise 2020 nous emmène dans un champ des possibles, un voyage exploratoire et prospectif du futur des organisations.

 

Vers un Web 3

Une contribution de Fred Cavazza* (2/2)

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NB : Fred Cavazza nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur son site www.fredcavazza.net en 2006 mais qui demeure... d'actualité

A peine le web 2.0 et ses concepts disruptifs commence-t-il à révéler son réel potentiel que l’on commence déjà à parler de la prochaine itération : le web 3.0.

Ce mystérieux web 3.0 est-il une réalité aujourd’hui ? Non, pas du tout. Est-il opportun d’en parler dès maintenant ? Oui, car les fondements d’une ère nouvelle pour les services en ligne sont en train d’être façonnés.

Pour mieux comprendre et appréhender les enjeux de cet (hypothétique) web 3.0, il me semble important de revenir sur les anciens modèles, de les comparer avec les modèles actuels et de se projeter dans un avenir proche.

Web 1.0 : une expérience intégrée

La première version moderne du web, celle que nous avons connu à la fin des années 90 (je fais abstraction des débuts laborieux de l’internet), correspond schématiquement à une expérience intégrée de bout en bout par de gros acteurs.

EXPERIENCE INTEGRE.png

Si nous prenons comme exemple le choix et l’achat d’un produit culturel (livre ou CD), une des expériences les plus complexe en ligne, nous constatons que des acteurs comme Amazon étaient présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur :

  • La découverte dans les têtes de rubriques et sous-rubriques ;
  • La validation avec les notes et avis des autres utilisateurs ;
  • L’achat avec la liste de souhaits ou le panier ;
  • Le paiement qui est intégré au site.

Web 2.0 : une expérience collaborative et déstructurée

Si l’on se place maintenant dans la peau d’un internaute averti (les fameux power user), il dispose d’une palette bien plus large de sources d‘informations et de services marchands. Ces derniers sont autant de nouveaux maillons de la chaîne de valeur qui viennent se substituer aux précédents.

EXPERIENCE COLLABORATIVE ET DESTRUCTUREE.png

L’expérience de l’utilisateur tout au long de son achat sera complètement déstructurée :

  • La découverte d’un produit peut se faire sur des blogs ou des réseaux sociaux affilié, sur des moteurs de recommandations comme Pandora ou au sein de communautés d’achat comme ShopWiki ;
  • La validation d’un choix peur se faire sur des portails de social shopping comme Crowdstorm ou sur des sites spécialisés comme LibraryThing (pou les livres) ou Yahoo! Tech (pour les gadgets technologiques) ;
  • L’achat peut se faire sur des boutiques en marques blanches comme celles que propose Amazon ( aStore), eBay ( eBay Stores) ou encore Zlio ;
  • Le paiement peut enfin être déporté sur des systèmes d’encaissement comme ceux de PayPal ou de Google Checkout.

Web 3.0 : une expérience immersive et étendue

En anticipant une montée en puissance de services innovants qui commencent à voir le jour, il est possible d’identifier encore de nouveaux maillons pour une chaîne de valeur qui ne se limitera plus au web.

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L’expérience d’achat de l’internaute sera d’une part plus immersive mais surtout plus étendue à d’autres domaines que le web :

  • La découverte de produits pourra se faire dans des univers virtuels (comme ceux d’ Habbo Hotel ou de Second Life), dans des jeux en ligne (comme dans World of Warcraft ou le Xbox Live) ou à l’aide de widgets (comme ceux proposés par le Dashboard d’Apple ou Yahoo! Widget) ;
  • La validation des produits serait fondée sur des services indépendants qui s’appuieraient sur des systèmes de gestion universelle de la réputation des prescripteurs (comme ceux de BazaarVoice, iKarma ou Rapleaf) ;
  • L’achat pourrait se faire à l’aide d’un mashup marchand comme celui de Cooqy ou à l’aide d’applications marchandes connectées comme le Mozilla Amazon Browser) ;
  • Le paiement pourrait enfin se faire directement au sein du système d’exploitation (en exploitant le futur CardSpace de Vista), sur d’autres terminaux (comme les mobiles à l’aide de PayPal Mobile) ou à l’aide de moyens de paiement qui sont utilisés dans les univers virtuels (en Linden Dollars par exemple puisque des banques vont prochainement proposer des services bancaires dans Second Life).

Et le web sémantique ?

A la base de ces réflexions sur le web 3.0, il y a un article publié sur le NY Times : Entrepreneurs See a Web Guided by Common Sense. Cet article nous décrit le web 3.0 comme un web sémantisé. Vision intéressante mais faussé : il est important de rappeler que les principes (et technologies) du web sémantique n’ont pas attendu le web 3.0 pour se développer et se perfectionner. Voilà de nombreuses années que le RDF est exploité comme meta-langage et que de nombreuses autres initiatives permettent de structurer l’information : pour la syndication, les formulaires, le reporting financier, l’ identité numérique ou encore les microformats.

Sémantiser le web est une entreprise titanesque et il faudra de nombreuses années (décennies ?) pour y arriver, d’autant plus qu’avec les progrès réalisés par les moteurs de recherche ou les bases de données, il est tout à fait possible d’apporter les mêmes bénéfices que ceux cités dans l’article.

Pour finir, rappelons que la couche sémantique de l’information présente surtout un gros potentiel pour les systèmes informatiques, comprenez par là que les utilisateurs (ceux qui sont à l’origine de la révolution du web 2.0) n’y trouvent pas forcément d’intérêt.

C’est pour quand le Web 3.0 ?

Pour l’instant il est encore beaucoup trop tôt pour pouvoir faire une prévision fiable, d’autant plus que ma comparaison ne prend en compte que la facette marchande du web (ce qui est loin de refléter sa richesse). Vous trouverez une version plus grande de ce schéma ici : Web 3.0.

Ce qui est certain par contre, c’est que nous allons progressivement déporter une partie des services que nous utilisons sur le web vers notre poste de travail (à l’aide de widgets ou de RDA) ou vers nos terminaux mobiles. De même, la gestion de notre identité numérique va prendre une place bien plus importante.

Notre mode de consommation de l’information ou des services en ligne va donc s’éloigner du web (et ses pages HTML) au profit de l’internet (et ses applications connectées). Il serait donc plus juste de parler d’internet 3.0 plutôt que de web 3.0.

Je vous donne donc rendez-vous dans un an ou deux pour vérifier si cette prédiction se réalise ou si nous évolueront vers des services encore plus sophistiqués.

Fred Cavazza


Fred Cavazza*
est un consultant indépendant qui anime de longue date le blog www.fredcavazza.net qui traite de l'actualité, des usages et des innovations dans le domaine de l'Internet

29.09.2008

Pistes pour l’après Web 2

 

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Une contribution de David Fayon*

Avant de parler d’un « après Web 2 », il convient de revenir sur les trois périodes de l’informatique pour mieux comprendre les futuribles ou futurs possibles. En effet selon Nietzsche « L’homme de l’avenir est celui qui a la plus longue mémoire » et la transition pour chacune des périodes de la courte histoire de l’informatique a été marquée par un changement de paradigme comme l’illustre la figure qui suit :

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Il semble néanmoins évident que l’après Web 2 sera le paroxysme de l’« ère des données » dans laquelle nous sommes, et qui avec le caractère participatif du Web 2.0 et les outils qui les exploitent, prennent une importance considérable. Mais celles-ci seront qualifiées d’une façon intelligente pour permettre une exploitation facile. Une des difficultés actuelles est de trouver la donnée pertinente dans le flot considérable d’informations sur le Web. Aussi une des considérations souvent évoquées est celle d’un Web 3 qui serait un Web sémantique avec marquage intelligent des informations et des possibles recherches en langage naturel du type « J’aimerais partir en vacances cet été avec ma femme pour un budget inférieur à 2 000 euros pour 15 jours dans un endroit chaud ». L’intelligence collective y gagnera. Nous resterons avec les Web 2 et 3 pour longtemps dans cette exploitation des données car aujourd’hui toutes les potentialités du Web ne sont pas encore utilisées.

Une autre école de pensée pour le Web 3 est celle d’Internet des objets avec l’apparition d’une multitude d’objets communicants, souvent nomades, reliés à Internet. C’est la transition de « sur Internet » à « avec Internet », un monde où Internet est omniprésent : tableau de bord de son véhicule, domotique, vêtements connectés et plus généralement tout objet de la vie quotidienne, y compris des bornes publiques d’information. La généralisation du téléphone portable au quotidien (plus de 3 milliards dans le monde à ce jour) amène déjà certains leaders d’Internet à se positionner sur ce créneau comme Google avec son système d’exploitation Android, les publicités contextuelles sur portables représentant un enjeu commercial considérable. Une des questions est « Qui détrônera Google ou est-ce que Google a les moyens d’évoluer vers un après Web 2 ? » (avec une course permanente à l’innovation et le rachat de start-up prometteuses) sachant que précédemment IBM n’a pu conserver son rang avec l’avènement du logiciel et que Microsoft, à un degré moindre, a du mal à s’implanter de façon hégémonique sur le créneau du Web.

Au-delà de ces considérations, d’autres réflexions sont à garder à l’esprit. Car si l’on est dans l’ère des données, il ne faudrait pas hypothéquer les évolutions ou changements radicaux au niveau du matériel ou du logiciel.

Pour le matériel, la loi de Moore ou le doublement de la puissance des microprocesseurs tous les 18 mois pourrait ne pas être éternelle du fait des contraintes physiques d’une part et de pistes existantes dans le domaine de la recherche d’autre part. Elles redistribueraient les cartes. Ce sont les ordinateurs quantiques où le transport des données est effectué via des électrons. Les électrons seraient utilisés comme des bits quantiques et transiteraient un par un à chaque impulsion électrique. Le bit quantique (qubit) peut contenir 0 et 1 simultanément ce qui signifie que sa valeur peut être indéfinie, contrairement à l'informatique classique où le bit prend la valeur 0 ou 1 (http://www.atelier.fr//article.php?artid=34498&catid=26). Néanmoins le règne du silicium est si fort, à l’image du pétrole dans le secteur automobile, que tout changement radical rapide est peu probable.

Pour le logiciel, une évolution primordiale qui traduit le caractère collaboratif pourrait être la généralisation de la programmation parallèle et distribuée (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43690), ce qui nécessite une adaptation profonde dans la façon de programmer notamment quant aux synchronisations entre tâches, ce qui induit une complexité pour les programmeurs.

Un autre changement est celui du « cloud computing » ou « informatique nuageuse » dans lequel la mémoire et les capacités de calcul des ordinateurs sont réparties dans des serveurs dans le monde entier. Les utilisateurs accèdent en ligne aux services sans se soucier de la gestion des versions ou des configurations, ce qui est plus simple en terme de maintenance notamment. L’accès pouvant se faire par un navigateur, ce qui explique le récent lancement de Chrome par Google.

Au niveau des protocoles du réseau Internet, les technologies post-IP avec les projets américains GENI (Global Environment for Network Innovations) ou européens TNF (The Network of the Future) marqueront une rupture par rapport aux protocoles IP et IPv6 avec entre autres un caractère adaptatif, l’intelligence dans la configuration et la consommation énergétique, etc.

À plus long terme, d’aucuns spéculent sur un Web 4.0 ou web neuronal. Mais là, on rejoint les thèmes de science-fiction.

Concrètement, en l’absence de rupture majeure, nous assisterons ces prochaines années à des évolutions et des innovations tout azimuts : révolution des usages car un des enjeux réside dans la lutte contre la fracture numérique et "l’alphanétisation" de la société dans son ensemble, décollage plus rapide entre innovation et commercialisation ou lancement des services, combinaison de techniques et d’outils existants à l’image des mashups, développement des techniques de reconnaissance des formes et de leurs applications, géolocalisation et ubiquité numérique, introduction du e-paper et des supports l’utilisant, massification d’outils faisant appel aux Web 3D et d’univers virtuels post Second Life (par exemple outil Yoowalk en France www.yoowalk.com) et développement d’univers virtuels avec des alertes sur des outils communicants pour mener deux vies de front.

David Fayon


David Fayon* vient de publier son 3ème ouvrage « Web 2.0 et au-delà » sous-titré « Nouveaux internautes : du surfeur à l’acteur », Economica-2008,  Préface de Pierre Kosciusko-Morizet, Postface de Guy Pujolle.
Site : http://david.fayon.free.fr Blog : http://livres-internet-web.over-blog.com