22.11.2010

Social learning et pratiques collaboratives

Thierry de Baillon et Frédéric Domont  cofondateurs de l'agence Social learning: une agence conseil en organisation et en stratégie collaborative, m'ont accordée une interview, ils nous éclairent dans cette interview  en deux parties, sur ce qu'est le social learning, sur quelques idées reçues concernant la collaboration et en quoi la confiance est fondamentale pour envisager de collaborer.


15.10.2008

Après le Web 2

 

EGadenne2.png

Une contribution de Emmanuel Gadenne*

Le Web 2.0 a vu l'apparition d'une multitude de nouveaux acteurs dans des domaines très divers : réseaux sociaux, blogs, microblogs, wiki, partage de photos, de vidéos, de liste de musique, de favoris, de slides…

Aujourd'hui, beaucoup de sites web veulent s'accrocher au train du Web 2.0 en se revendiquant communautaires, en ajoutant une fonction ajout d'amis, un statut ("What am I doing ?") et des possibilités d'échanges : tags, rating, commentaires…

L'usage de tous ces sites Web 2.0 requiert une procédure classique et répétitive : saisie de son profil, ajout de sa photo, invitation de ses amis à partir de son webmail, renseignement de son statut, puis activité en ligne pour exister a minima sur l'outil, et pouvoir, peut-être, commencer à en titrer quelques profits. Tout cela est bien fastidieux, surtout si l'on veut tester le dernier réseau social ou le dernier outil de microblog à la mode !

Une première simplification est déjà en marche. Ainsi, Google dans un outil comme YouTube permet déjà la signature reposant sur la réutilisation directe de son compte Google. On tend ainsi à avoir un compte unique (son compte Google) pour accéder à une multitude d'outils. Ainsi, en ce qui me concerne, j'accède avec le même compte aux outils YouTube, Gmail, iGoogle, Google Reader, Google Maps, Blogger, Analytics, Google Docs.

Un deuxième type de transformation viendra aussi du rachat des acteurs de niche par les grands acteurs qui s'étendent sur tous les créneaux : Microsoft et Google en ce qui concerne le Web.

La nouveauté viendra aussi de la gratuité ! Pour barrer la route à son adversaire, rien de tel que de l'attaquer au niveau de son business plan. C'est ainsi que Google offre Google Docs gratuitement pour barrer la route à Microsoft qui tire une grande partie de ses revenus de Microsoft Office. En échange, et c'est de bonne guerre, Microsoft propose Live Search sans affichage de liens sponsorisés pour barrer la route à Google qui tire de ces liens sponsorisés la majorité de ses revenus. Sur ce principe, on verra peut-être des leaders absents du marché des réseaux sociaux proposer des clones de Facebook sans publicité ou des clones de LinkedIn ou de Viadeo sans abonnement premium.

Au-delà, je pense que l'après Web 2.0 sera un Web vraiment centré autour de l'internaute.

Les données de l'internaute seront centralisées dans un espace unique, car on a qu'un seul nom, qu'un seul prénom, qu'une seule date de naissance, etc. L'internaute pourra en revanche choisir quelles données il souhaite diffuser dans quels sites. Ainsi par exemple je m'appelle Emmanuel Gadenne dans Facebook comme dans Viadeo mais je ne souhaite pas utiliser la même photo de profil dans ces deux sites.

On aura aussi la possibilité de saisir une information dans une interface centralisée et de la diffuser sur plusieurs sites. Par exemple l'information "J'interviewe Osiris Martinez" qui fait référence à un billet de mon blog et qui est à la fois pro et perso pourra être publiée de façon simultanée en direction de Facebook, Twitter, LinkedIn, Plaxo, Frienfeed, Plurk, Viadeo…

Mon réseau d'amis sera aussi consultable en un point unique : je verrai ainsi plus facilement les contacts avec lesquels je suis en relation à la fois dans Facebook, Viadeo et LinkedIn, ainsi que les contacts qui font partie de la communauté des lecteurs de mon blog.

L'interface Web de demain sera donc centrée autour de la donnée. Si je change de nom ou de prénom, je dois pouvoir le faire en un point. Si je veux établir un contact en ligne avec mon cousin, je dois pouvoir lui envoyer en un clic une demande pour Facebook, Plaxo, Viadeo et LinkedIn. Idem pour le détails de mes expériences professionnelles, je dois pouvoir en centraliser la description en français et en anglais s'en avoir recours à des copier-coller.

Lorsque je décide de devenir utilisateur d'un nouveau site Web, je pourrai alors autoriser celui-ci à récupérer les données que je souhaite lui transmettre (nom, prénom, date de naissance…) tout en précisant celles qui sont inaccessibles et celles qui ont un accès réservé, et ce sans aucun copier coller ni ressaisie. Si le nouveau site sollicite de nouvelles données, par exemple mes essais préférés, ceux-ci seront stockés dans ma base de données personnelle et utilisables par la suite par d'autres sites avec mon autorisation.

Le Web de demain permettra de stocker nos données et nos fichiers sur Internet et d'en donner un accès facile.

Les moteurs de recherche seront aussi d'avantage basés sur l'analyse du sens que sur la recherche de mots clés. Aujourd'hui si on tape "Acheter voiture" dans Google, on obtient une liste très pertinente de choix pour nous guider dans l'achat d'une voiture.

Mais si on veut connaître le marché de la pomme aux Etats-Unis une requête du type "apple market US" ne nous renseigne pas du tout ! Et oui, il aurait fallu lancer une recherche sur "apple fruit market US". Google devrait me suggérer cette requête…

Si le CV en ligne de ma base de données personnelles précise que je suis fabricant de jus de fruit, où si mon réseau de contacts comporte de nombreux producteurs de pommes, Google aurait même pu me l'exécuter par défaut si j'utilise le bouton "J'ai de la chance", tout en me proposant un lien alternatif "apple computer market US"…

 

Emmanuel Gadenne

*Emmanuel Gadenne est Consultant Manager chez Sopra Group et animateur d'un blog sur les nouveaux usages du Web (http://www.webusage.net/)

 

 

01.10.2008

Lettre sur le commerce des livres… dans l’après Web 2.0

 

Lorenzo Soccavo.jpg

Une contribution de Lorenzo Soccavo*

« Ce dont il s’agit, c’est d’examiner, dans l’état où sont les choses et même dans toute autre supposition, quels doivent être les suites des atteintes que l’on a données et qu’on pourrait encore donner à notre librairie ; s’il faut souffrir plus longtemps les entreprises que des étrangers font sur son commerce ; quelle liaison il y a entre ce commerce et la littérature ; s’il est possible d’empirer l’un sans nuire à l’autre…»
Denis Diderot, Lettre sur le commerce des livres, 1763.



Les librairies face à l’avenir…


Les ventes de CD continuent de s’effondrer. La VOD (Vidéo on demand) progresse.
Symbolisés dans l’esprit des médias et du public par le récent partenariat Hachette (pour le contenu), Fnac (pour la distribution), Sony (pour son dispositif Portable Reader System 505), de nouveaux dispositifs de lecture arrivent dans le commerce.

Si le marché du livre n’opère sa migration numérique qu’aujourd’hui, après le disque, la photo et la vidéo, c’est qu’il n’existait jusqu’à maintenant dans le commerce aucune offre pertinente de dispositif électronique dédié à la lecture. Avec l’industrialisation en masse de terminaux de lecture basés sur la technologie e-ink/e-paper, cela change du tout au tout.
Ces dispositifs reproduisent en effet les caractéristiques de la lecture sur papier.

Dans ce contexte les librairies traditionnelles ont bien du souci à se faire.
Les structures matérielles des librairies : loyers, assurances et personnel lié à la gestion physique des livres pèsent lourd.
Les grandes surfaces spécialisées tirent encore leur épingle du jeu et se développent de plus en plus sur le Web, où les ventes de livres sont en progression constante et allongent la durée de vie des titres, sur le fameux modèle de la Long tail de Chris Anderson.

Une rupture d’usage est actuellement à l’œuvre au niveau des comportements de lecture, de la consultation et de l’achat des livres. Et pas seulement chez les digital natives. Les premiers adeptes des tablettes e-paper semblent bien être la génération des 40-60 ans et plus, grands lecteurs, qui lisent plusieurs livres par mois et en trimballent toujours avec eux. Ils apprécient grandement de pouvoir se déplacer avec une bibliothèque de plusieurs centaines d’ouvrages et de documents, dans un dispositif ne présentant que l’encombrement et pratiquement le poids d’un livre de poche.

Le rapport avec le Web et l’après Web 2 ?


Il est évident ! Très clairement : le commerce des livres va inévitablement devoir se développer sur les modèles du e-marketing qui sont en train de se mettre en place dans l’après Web 2.0.

Traçons synthétiquement l’évolution du Web par rapport à ce qui est véritablement important.
Qu’est-ce qui est véritablement important ?
L’expérience de l’utilisateur.
Dans ce sens, nous pourrions dire que :

  • Le Web 1, c’était de la retranscription.
  • Le Web 2 de la participation.
  • Le Web sémantique, de la simplification.
  • Et le Web 3D sera de l’immersion.


Pour certains, le Web 3.0 serait le Web sémantique. Un Web plus intelligent, ordonnant et appelant grâce à des métadonnées l’information précise, utile pour un internaute X à un moment T.
En fait, il s’agit ni plus ni moins que d’une amélioration inévitable du Web 2.0 : un Web 2.1 pour répondre à la surcharge informationnelle dont nous ressentons de plus en plus les premiers contrecoups.

Le Web 3.0 sera un Web 3D. Celui qui est en train d’émerger de l’univers des jeux en ligne et de l’expérience grandeur nature de Second Life, et qui trouvera son plein épanouissement dans un Web 4.0 : un Web sémantique en 3D, qui au-delà de l’interactivité développera une interface immersive entre avatars et internautes, avatars et avatars, internautes et internautes.
L’écran des écrans disparaîtra.

Vers un Web immersif


De quoi s’agit-il ?
En 2008 la majorité des grandes enseignes travaillent à la virtualisation de leurs boutiques. Ce terme de “virtuel” fréquemment utilisé, engendre cependant la confusion. On entend : “qui n’est pas réel”, alors qu’en fait, virtuel signifie “qui existe en puissance”.
Lorsque les échanges et leurs acteurs sont bien réels, la simulation d'un environnement par des images de synthèse tridimensionnelles n’éclipse en rien leur réalité.

Il s’agit, dans un premier temps, de la modélisation en 3D des boutiques, avant d’intégrer des passerelles entre boutiques réelles et boutiques virtuelles on line.
Essayage virtuel de vêtements ou de paires de lunettes par l’entremise d’un avatar présentant ses caractéristiques physiques et avec son propre visage, ou dans une nouvelle génération de cabines d’essayage se réduisant à un “miroir magique”, se développent et arriveront prochainement.
L’on observe déjà que nombre de marques et d’enseignes développent leurs propres réseaux sociaux sur le Web 2.0, voire une présence sur Second Life.

Demain des librairies dans le Web immersif


Comment serait-il possible que les librairies restent à l’écart ?
Ce serait là leur disparition assurée. Les lecteurs attendent aujourd’hui de pouvoir, à distance, accéder au fonds de leur librairie préférée, de pouvoir y feuilleter les livres de leurs choix, accéder à des informations complémentaires, dialoguer avec le libraire, passer commande, etc.

Comme les autres commerces, les librairies physiques (brick and mortar) devraient parallèlement et rapidement s’équiper de nouveaux outils ayant pour finalité première d’enrichir les expériences des consommateurs. Des sociétés de diffusion/distribution de livres étudient pour l’instant les possibilités d’équiper les librairies de bornes de téléchargements d’e-books et de dispositifs de POD (Print on demand, encore que ces derniers soient particulièrement onéreux, encombrants et certainement antinomiques avec le développement de terminaux de lecture numérique…).

Ce qui est certain c’est que l’e-shopping dans le Web 3D n’aura plus rien à voir avec les achats que nous pouvons aujourd’hui faire sur le Web 2.0. Il se vivra en mode interactif et immersif.

Si nous portons notre attention uniquement sur Second Life nous pouvons déjà y relever : la présence de nombreuses bibliothèques, dont celles des principales universités américaines, des dispositifs de lecture innovants, notamment dans le cadre de la Bibliothèque francophone ; plusieurs îles anglo-saxonnes dédiées aux livres, et notamment une pour les développeurs d’Amazon ; des manifestations littéraires, des conférences d’auteurs au lancement du reader de Sony dans l’espace d’exposition de l’éditeur Ramdom House ; des initiatives pédagogiques, avec de premières expériences d’immersion de jeunes lecteurs dans des univers romanesques…

Le modèle qui se développerait serait celui du cobrowsing : l’internaute se connecte à l’espace 3D, il peut visiter la boutique (librairie, par exemple) telle qu’elle est dans la réalité, il peut échanger avec d’autres clients, et, surtout, il peut demander des informations, des explications aux vendeurs (libraires) présents, soit, part le truchement de leurs avatars respectifs, soit, en visiophonie.
Par ailleurs, l’internaute a la possibilité, depuis la boutique réelle ou depuis sa représentation 3D, d’accéder et de naviguer dans le site Web particulier de la librairie, ou bien dans le Web en général, pour rechercher les informations ou les avis complémentaires qu’il désire (ce système est en train d’être implémenté dans Second Life).
Des avatars robots en nombre peuvent répondre aux questions basiques et orienter les visiteurs. Dans les deux espaces, des interfaces de consultation des e-books, des outils interactifs permettant de constituer des bibliographies, d’effectuer des recherches, d’accéder aux critiques d’autres lecteurs et cetera, sont proposés en accès libre.

Il est indéniable que les développements en cours dans le domaine du e-marketing évoluent ainsi vers la 3D et la simulation, avec, au delà d’une plus grande interactivité avec la clientèle, une véritable évolution de la relation client.
A terme la finalité est de proposer aux consommateurs de véritables environnements immersifs où la perception polysensorielle (visuelle, olfactive, tactile, kinesthésique) enrichira l’expérience, que ce soit sur les lieux de vente, ou bien via le Web à distance, notamment par le biais de l’Internet embarqué (embedded Internet).
La finalité de ces réalités “virtuelles” devant être d’augmenter l’expérience, d’enrichir l’information, en l’occurrence, d’un client potentiel.
Aux nouveaux dispositifs de merchandising du commerce traditionnel et de publicité sur les lieux de vente, la librairie devra ajouter de nouveaux dispositifs de consultation et de téléchargement des livres.

L’interface lecteurs/livres au centre des évolutions en cours

Un groupe de recherche du Conservatoire National des Arts et Métiers : "Interactivité pour lire et jouer", explore ces domaines par le recours aux techniques de la réalité virtuelle, dont les jeux vidéo, il faut bien le reconnaitre, dopent le développement.
Le Laboratoire des usages en technologies de l'information numérique, de la Cité des sciences et de l'industrie, se penche sur les nouvelles pratiques liées aux e-books.
Au sein du nouveau centre Neurospin du CEA, dédié aux techniques d’imageries cérébrales, le professeur Stanislas Dehaene, auteur en 2007 de l’ouvrage de vulgarisation : “Les neurones de la lecture” (Odile Jacob éd.), travaille à mettre en évidence comment la lecture, invention culturelle récente de l’espèce humaine, évolue de sorte à s’adapter au mieux aux aptitudes de nos circuits cérébraux.

De nouvelles interfaces de consultation de textes sont à l’étude : manipulateurs d’e-books, sur le modèle en quelque sorte de la console de jeux vidéo Wii de Nintendo, capables de détecter la position du lecteur et de défiler les pages selon ses mouvements, de lui permettre de consulter plusieurs documents en même temps.
En projetant virtuellement dans un espace immersif en 3D des “pages” à la volée, le lecteur pourrait, comme un oiseau, les survoler et choisir de se poser sur celles qu’il souhaiterait lire en détails.
Il s’agit en somme d’inventer un mode de navigation dans les textes, plus souple et plus libre que ceux des livres reliés ou du Web et de ses périphériques (souris, écran…).

Les nouveaux dispositifs de lecture devraient permettre de mieux adapter l’affichage et l’ordonnancement des textes aux capacités de notre architecture cérébrale, et pourraient, à plus long terme, s’inscrire dans l’épopée de la robotique évolutionnaire, en train… de s’écrire.

Mais où allons-nous ?
En basculant dans cet univers de la dématérialisation, le livre pose, avec une acuité nouvelle par rapport aux anciens travaux de la linguistique, la problématique de la réception des textes.
Le challenge à relever est la mise au point de systèmes d’affichage qui s’adaptent avec la meilleure performance au fonctionnement de nos cerveaux d’animaux-lecteurs.
Si la lecture a évolué depuis les rouleaux de papyrus et la déclamation des textes, les livres imprimés et reliés que nous connaissons aujourd’hui et notre lecture silencieuse, ne sont certainement pas le mode de lecture le plus performant que notre espèce puisse atteindre.
Des projections synchronisées à la vitesse d’acquisition du lecteur de mots par groupes restreints est l’une des pistes à l’étude.
Mais c’est là un autre sujet…

Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que les développements du e-marketing dépasseront rapidement, tant les portails Web 2.0, que les bornes de téléchargements d’e-books dont les librairies les plus avancées projettent la mise en place.
D’autant plus que, au-delà la numérisation des œuvres et la commercialisation de terminaux de lecture connectés aux réseaux Wifi ou UMTS, nous évoluons finalement vers ce que nous pourrions appeler une “dématérialisation dure” du livre : une époque où les e-books ne seront même plus téléchargés, mais, simplement lus en streaming dans un écosystème cloud computing.

Trop souvent les professionnels ont tendance à s’arrêter aux micro-initiatives, au lieu d’anticiper les macro-phénomènes.

En attendant, si la librairie indépendante ne prend pas son destin en main et ne part pas rapidement à la conquête de ces nouveaux espaces, les grandes industries de l’entertainment les coloniseront à leur seul profit. Qu’on se le dise.

Lorenzo Soccavo


*Lorenzo Soccavo est Prospectiviste de l’édition, et l'auteur du livre "Gutemberg 2.0 le futur du livre" (2nde édition, M21 Edition - 2008),
son site http://lorenzo.soccavo.free.fr

15.04.2007

Gutenberg 2.0, le Futur du Livre

 

medium_Gutemberg_copy.2.jpg 

 Lorenzo Soccavo
M21 Editions, 2007


Denis Failly - Lorenzo Soccavo, pourriez vous nous dresser un rapide portrait des technologies e-paper que vous développez dans votre livre "Gutenberg 2.0 : le futur du livre" ?   

Lorenzo Soccavo - medium_Lorenzo_Soccavo.jpg
Les affichages en e-paper reposent sur la technologie de l'encre électronique (e-ink) imaginée au Parc Xerox à la fin des années 1970 et mise au point à partir du début des années 2000 au sein du MIT.
Le principe de base est celui de l'électrophorèse. C'est-à-dire du déplacement contrôlé de particules, en l'occurrence des micro-capsules contenant, pour les unes des pigments noirs, pour les autres des pigments blancs, soumises à un champ électrique. Avec ce système une simple impulsion électrique suffit pour générer l'affichage de textes ou d'images (pour l'heure en noir et blanc donc, mais avant 2010 en couleurs). Cet affichage reste stable, sans consommer d'énergie et surtout : sans aucun rétro éclairage. C'est la raison pour laquelle le confort de lecture sur une feuille e-paper est exactement le même que sur une feuille de papier traditionnel. Ce n'est pas un écran au sens classique du terme et cela n'a plus rien à voir avec les lecteurs d'e-books que nous avons pu connaître au début des années 2000, comme le Cybook de Cytale par exemple. Sur ce principe de base de l'encre électronique, différents industriels sont actuellement en concurrence. Pour parvenir à un affichage couleurs par exemple (comme Fujitsu), pour des encres permettant un affichage encore plus rapide (comme Bridgestone), pour plus de flexibilité...  
Une bonne nouvelle est que la France n'est pas absente de cette révolution technologique. Je parle de "révolution technologique" car il s'agit bien d'une technologie de rupture à mon avis, dans le sens où il s'agit à moyen terme, comme je le démontre dans mon livre, d'une véritable alternative au papier classique.       
En France donc, sous le nom de Bookeen, deux anciens de l'aventure Cybook, Michael Dahan et Laurent Picard ont repris le flambeau. Mais surtout, une société baptisée Nemoptic est spécialisée dans le e-paper et développe actuellement toute une filière française d'édition et de distribution de journaux et livres électroniques, comprenant notamment la création d'un lecteur, portant le nom de Sylen (pour système de lecture nomade). Ce projet Sylen a été récemment sélectionné par le Ministère de l'Industrie comme l'un des projets que les pouvoirs publics français vont financer. Il est très intéressant à suivre dans le sens où il s'agit en l'espèce d'une autre technologie. En fait c'est du LCD, des écrans à cristaux liquides, mais, quiont les mêmes facultés que l'e-ink américaine.
                      

Denis Failly - A quand l'écran souple et enroulable pour consulter son journal et où en est-on du cartable électronique dont on parle depuis longtemps ?  

Lorenzo Soccavo
- Pour les "écrans" enroulables : bientôt. L'e-paper est déjà flexible d'une part, pour le protéger, d'autre part en attendant que les autres composants électroniques (microprocesseurs, batteries...) soient également flexibles, les feuilles d'e-paper sont enchâssées pour l'instant dans un support rigide. Et puis, d'un certain point de vue (le mien par exemple) ce peut être plus aisé de lire sur un support léger et fixe, un peu comme une tablette, que sur une surface trop flexible...  Polymer Vision, une filiale de Philips, développe plusieurs prototypes de dispositifs e-paper entièrement enroulables. Elle devrait commercialiser en 2008 en partenariat avec Telecom Italia un appareil, pour l'heure appelé Cellular Book. Il s'agira d'un téléphone portable avec une feuille e-paper de 5 pouces, dépliable et sur laquelle les utilisateurs abonnés à Telecom Italia pourront lire la presse et des livres... Epson vient également de présenter à Berlin un prototype de papier électronique avec une épaisseur de seulement 0,47 mm. Ils utilisent dutransistor en silicium polycristallin qui permet une structure entièrement flexible. Mais c'est certainement du côté de Taiwan que viendront les plus grosses surprises...     Pour ce qui est du cartable électronique il est certain que les nouveaux dispositifs de lecture e-paper vont accélérer leur apparition. A ce jour c'est un peu une Arlésienne. Les pouvoirs publics en région fournissent de plus en plus aux jeunes des clés USB pour faire la transition entre les espaces numériques de travail ou les cyberbases de l'école et l'ordinateur familial. Ce n'est ni très ambitieux, ni très motivant. Surtout pour des jeunes de plus en plus technophages. Depuis quelques mois iRex Technologies, un fabricant de dispositifs e-paper (iLiad) fait un test grandeur nature dans un établissement scolaire hollandais. Quelques projets s'élaborent aussi en France, mais ils sont encore confidentiels et vous comprendrez que je reste discret...


Denis Failly - Face au phénomène participatif et d'auto-production de contenu, les nouveaux usages que nous appellerons 2.0 pour faire court, questionnent la notion de droit d'auteurs (qui doit dater de 1791 en France) voire même de propriété, l'échange peer to peer s'appliquera aux ouvrages, documents...que pensez-vous de tout cela ? 

Lorenzo Soccavo - Très vaste question ! Nous entrons dans l'ère, non seulement de la dématérialisation des supports, mais aussi de la participation et de la convergence. Au fond, comme la musique, l'écrit quitte le support physique pour devenir digital. Comme vous le remarquez, c'est au fond un mouvement général de la société : jeunes cinéastes qui autoproduisent leurs premiers courts-métrages, explosion du nombre de labels indépendants dans la musique,de collectifs d'artistes plasticiens, etc. Pourquoi les auteurs de l'écrit resteraient-ils en marge de ce mouvement d'ensemble ?
Pourquoi eux seuls ne seraient-ils pas partie prenante du peuple des connecteurs chers à Thierry Crouzet ? 
De nombreux modèles innovants, d'écritures collaboratives, d'auto-édition ou d'éditions alternatives, de diffusion d'e-books, etc. apparaissent régulièrement sur le Web. Les professionnels font, eux aussi et heureusement, de plus en plus appel aux NTIC.    
Certes, le droit d'auteur va certainement devoir évoluer compte tenu, à la fois, de la dématérialisation des supports et, des nouveaux circuits de diffusion distribution qui vont rapidement se mettre en place. Comme le reste de la société, l'édition et la presse vont devoir aborder des rivages nouveaux, ceux d'un nouveau continent, de ce continent virtuel qui émerge du Web 2.0. Avec les nouveaux dispositifs de lecture les textes vont accéder à une véritable diffusion réticulaire et ne plus être prisonniers de supports papier, reliés, fermés sur eux-mêmes et tout et tout.    
Le marché et la législation vont devoir s'adapter, c'est inévitable.   
              

Denis Failly - Comment voyez vous justement l'avenir du livre et des métiers de l'édition, avec vous un ou deux scénarii (entre le probable, le souhaitable et le vraisemblable) à nous suggérer ?


Lorenzo Soccavo - Le plus probable c'est que nous entrons, avec l'industrialisation de l'e-paper (la première usine européenne sera opérationnelle à Dresde en 2008) et la commercialisation des premiers readers (dispositifs de lecturesur e-paper) en France, notamment via les offres d'abonnement du quotidien Les Echos, le plus probable donc est que nous entrons dans une phase detransition. L'édition maintenant s'ouvre au numérique qu'elle intègre aujourd'hui dans son développement.  Il va se passer pour le livre ce qui est en train de sepasser pour la musique et la vidéo, y compris sur le versant DRM et l'assouplissement auquel nous assistons depuis quelques mois.   
L’édition  va vivre une révolution comparable à celle de Gutenberg.  
Le plus difficile est d'en prévoir avec précision les délais et les conséquences sur ceux qui refuseront de s'adapter, mais je ne crois pas qu'un autre scénario soit possible.                 


Denis Failly - M21 Editions est plutôt à l'avant garde, en alerte et en veille sur les innovations dans les TIC,  mais quid de tous ces éditeurs, des plus petits au plus traditionnels voire plus prestigieux, qui semblent sommeiller ou ne rien voir des changements de paradigme en cours ?
 

Lorenzo Soccavo - Les éditions M21 de Malo Girod de l'Ain sont en effet un bel exemple d'une maison innovante, ouverte, comme son nom l'indique, aux métamorphoses du 21ème siècle. C'est pour cela que j'ai tenu à y publier mon livre "Gutenberg 2.0", notamment parce que j'avais sur la plateforme de vidéoblogs Cluster21, NouvoLivrActu que j'avais créé en 2005 et qui est le premier blog francophone de veille et d'information sur tout ce qui concerne le livre, l'édition et la presse à l'ère numérique... Mais il ne faut pas pour autant croire que le reste de l'édition française est sclérosé. Non ! Ce serait un cliché facile, une idée reçue. Certes, le monde de l'imprimé en général, de l'édition et de la presse en particulier, va traverser, non pas une crise de croissance, mais une véritable mutation. Il va falloir évoluer. Il va falloir innover. Il va falloir oser, risquer et être inventif. Actuellement et depuis quelques années, nous vivons quoi ? Une surproduction de titres, à la durée de vie de plus en plus courte, et, l’expansion d’une world littérature de super best-sellers. D'un côté, les acteurs économiques s'y retrouvent de plus en plus difficilement, et, d'un autre côté, les lecteurs tendent à devenir de plus en plus de simples consommateurs de livres. Cela ne peut pas s'éterniser. Ce n'est pas, à terme, un modèle économique viable. L'enjeu majeur aujourd'hui est, je pense, d'anticiper les ruptures d'usages des lectorats et de pouvoir offrir à ces derniers de nouveaux produits et de nouveaux services adaptés et à l'époque et à leurs attentes. Je pense qu'il ne faut pas laisser les ingénieurs, les techniciens, les informaticiens décider seuls de l'avenir du livre. L'offre technologique, même si elle est séduisante, n'est que technologique.  Les départements R&D sont appelés j'espère à se développer dans les maisons d'édition. Les éditeurs doivent rester les donneurs d’ordres et concevoir de nouveaux produits, de nouveaux services qui, tout en intégrant les possibilités offertes par le numérique, préservent l’expérience irremplaçable de la lecture et sauvegardent ce qui fait la noblesse des métiers d’auteur et d’éditeur.         

        
Denis Failly - Vous qui êtes un homme de l'écrit, comment voyez vous justement à long terme la place de l'écrit, notamment auprès des plus jeunes générations ("screenagers"), dans ce bouillonnant magma multimédia qui n'a pas révélé tout le champ des possibles ? 


Lorenzo Soccavo - Les générations digital natives sont bien plus ouvertes à l'écrit que beaucoup l'imaginent... Il suffit de surfer sur ce que nous pourrions appeler le Web littéraire, ou même sur le Web tout simplement, pour s'en persuader rapidement. Le phénomène Harry Potter, par exemple, a généré de véritables communautés de fans qui écrivent des suites entre deux volumes de la série. Les jeux numériques sont par ailleurs en train de faire émerger de véritables capacités narratives dans la jeunesse. Un art de fabriquer en quelque sorte des univers. Art qui n'est pas très éloigné au fond de celui des romanciers... Il y aurait beaucoup aussi à dire sur la culture Manga et sur ses développements probables chez nous...     
Chez nous justement, certains s'occupent déjà de concevoir de nouveaux dispositifs de lecture adaptés aux jeunes générations et à leurs pratiques basées sur la mobilité et l'interaction. Très vite les readers e-paper vont devenir communiquant entre eux et l'émulation qui naitra des communautés de lecteurs et de leurs collaborations ne sera pas sans effets. Une nouvelle culture de la lecture a des chances d'émerger. Une culture basée davantage sur la participation, les échanges et interactions entre lecteurs, mais aussi entre lecteurs et auteurs, entre lecteurs et éditeurs...  C'est en effet quelque chose de l'ordre de la chance je pense. Cela va bouleverser le marché du livre mais cela est inévitable et il faut aider cela...  De toute façon : avons-nous le choix ? 


Denis Failly - Lorenzo Soccavo, je vous remercie


En bref :

Lorenzo Soccavo intervient en tant que conseil R&D auprès des maisons d'édition pour les accompagner dans l'innovation et notamment l'intégration des technologies e-paper.
retrouvez son blog Nouvolivractu