10.07.2010

Les vraies rupture d'Internet - comment en est-on arrivé là

Une intervention video de Serge Soudoplatoff à l'ENS (Ecole Nationale Supérieure) vulgarisatrice et claire, qui nous explique en 17 minutes chrono les ressorts historiques majeurs qui ont abouti à l'Internet que l'on connaît et les impacts sur :

- la démocratie,
- la communication horizontale,
- le codesign (co-création), 
- les modéles économiques immatériels avec notamment la fable du mendiant et du restaurateur (vers 10min33) assez symptomatique pour cette dernière quant au déplacement de la notion de prix dans la valeur d'usage et non plus strictement dans l'équation coût+une marge.

Est souligné aussi Internet comme catalyseur de phénomène communautaires, tribaux au sein du réseau qui secrète aussi la valeur par opposition au modéle verticaux, centralisés...

27.01.2010

Stratégie des réseaux : la frilosité européenne

A l’occasion des discussions sur les projets industriels devant être soutenus par le grand emprunt, l’Afdel, organisme réunissant des acteurs majeurs de l’industrie logicielle préconisait un soutien massif à la réalisation de fermes de serveurs européens pour favoriser les applications du « Cloud Computing ». Cette proposition rend publique le retard français et européen dans la réalisation effective de ces plateformes et dans la mise en place d’un réseau internet piloté par des européens. Pour moi, cette annonce c’est surtout celle de l’absence des européens d’un des marchés clés des prochaines années. Pendant qu’on cause de projets, les américains ont pris la main  et proposent des services. Demain, ils domineront les marchés des applications de la vie et de l’économie numérique si nous n’investissons pas massivement dans les industries de la simulation.

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26.09.2008

Les biens numériques au secours du développement économique...durable !

 

 



Dernière minute: Denis Ettighoffer vient de se voir décerner le prix du "Livre de l'économie numérique 2008" par le Club de l'économie numérique, pour son dernier livre "NetBrain, Planète numérique, les batailles des nations savantes (voire notre interview vidéo autour du livre Partie I, Partie II)

Une contribution de Denis Ettighoffer* (1/3)


Alors que 2008 marque une date historique de la fin du pétrole bon marché, le baromètre européen des énergies renouvelables considère que l’objectif que s’était fixé la Commission Européenne d’arriver à produire 12% de sa consommation totale ne sera pas atteint en 2010. Nous consommons mille six cent fois plus d’énergie qu’en 1900. Aujourd'hui, les nations occidentales font face à des compétiteurs qui à leur tour consomment de plus en plus d'énergie. Une guerre des ressources est lancée. Nous ne pourrons limiter la casse et réduire la consommation des biens tangibles de plus en plus coûteux qu’en remplaçant nos esclaves mécaniques par des esclaves virtuels partout où cela est possible.

Pour Ivan Illich dans son livre, « Energie et Equité », les pays avancés capturaient l'essentiel de la production énergétique mondiale[1]. Dans les années 70, il soulignait déjà le déséquilibre énergétique grandissant entre les nations : 250 millions d’Américains dépensaient plus de carburant que n’en consommaient, tous ensemble, 1 300 millions de Chinois et d’Indiens. Dans tous les pays occidentaux, durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue annuellement par un passager (quel que soit le mode de transport utilisé) a été multipliée par cent. Des facteurs que l’on considérait – à tort ‐ comme secondaires ont brutalement pris de l’importance lorsque des nations asiatiques, indiennes et africaines ont décidé d’accéder aux standards de confort des occidentaux. Cela se traduit par une demande supplémentaire de ressources non renouvelables et une augmentation du prix des matières premières. En 2003, la Chine en plein décollage économique a consommé 30% du pétrole extrait, 30% de l’acier (contre 13% dix ans plus tôt) 40% du ciment produit et mobilisé 25% des investissements directs mondiaux. Une demande qui n’a cessé d’augmenter alors que celle de l’Inde et de l’Afrique démarre en flèche. Dans les dix ans à venir la demande sera telle que nous allons vivre une véritable bataille des ressources. Les études sur les « empreintes écologiques » des sociétés montrent qu’il est déjà impossible d’offrir le confort d’un américain ou même d’un français moyen à toute la planète. C’est une certitude, les énergies de substitution n’arriveront pas assez vite et la croissance vertigineuse des coûts de l’énergie ne changeront rien au fait que certains pourront en payer le prix et d’autres non. La progression de la demande est telle que les progrès réalisés en matière d’économie d’énergie dans les pays de la communauté n’arrivent pas à la compenser. La consommation électrique a plus que doublé entre 1970 et l’an 2000. En tendance actuelle, elle aura encore doublé vers 2030. Nos centrales vont être à la peine et notre budget aussi[2]. Si les pays en développement dans les secteurs secondaire et tertiaire en paieront le prix fort, l’explosion des biens numériques devient une chance pour les pays qui les utilisent pour améliorer leur bilan énergétique. Nous sommes entrés dans le siècle de l’optimisation des ressources prédit par Kondratiev. L’objectif est clair : il s’agit de casser le dogme selon lequel toute croissance économique ne peut se faire qu’en consommant plus d’énergie et de ressources.

L’industrie chinoise manque à ce point d’énergie qu’elle est obligée dans certaines régions de faire tourner des usines en décalage journalier et horaire. Les tensions sur l’énergie et les achats de matières premières sont loin de devoir retomber. L’effet de cisaillement entre production et consommation sera sans doute repoussé et ralenti par divers artifices. Les énergies fossiles sont un capital fini, qui s’épuise. Pour limiter le montant de l’addition dans les décennies à venir une des réponses est de réduire la part de notre consommation énergétique qui va devenir un facteur de compétitivité majeur. Optimiser la consommation énergétique, la réduire de 25%, est un challenge qui n’a rien d’utopique et ses effets peuvent être spectaculaires sur le budget des ménages et des collectivités publiques[3]. Le défi que cela nous pose va stimuler fortement la recherche de solutions de substitution. Parmi les réponses possibles, la dématérialisation croissante des activités et les applications de plus en plus courantes de la simulation (ou réalité virtuelle) répondent au défi énergétique de notre temps. Le capital numérique, le capital immatériel reste, lui, infini et inépuisable. Les biens numériques ne consomment pas ‐ou peu‐ de ressources matérielles, n’appauvrissent pas les sols, n’utilisent pas d’emballages, ne nécessitent pas de transport polluant et coûteux en énergie. Alors quoi de plus efficace et éco‐efficient que de continuer à dématérialiser nos activités et produire des services à distance ? L’économie numérique est une solution pour le renouvellement de notre approche du développement durable (DD) et des modes de consommations des pays avancées. Selon les auteurs spécialisés – pas toujours d’accord entre eux ‐ une conception de l’économie du futur basée sur l’économie de moyens pourrait permettre de multiplier par quatre et plus nos capacités de recyclage et de production. C’est indéniablement sur la planète numérique que se trouve une des solutions attendues pour limiter la consommation énergétique sans bloquer tout développement économique. Dans cette planète, la consommation énergétique de la totalité des télécommunications représentent moins de 1% de la consommation des esclaves mécaniques. Chaque fois qu’un bien numérique se substitue à un bien tangible ce sont des milliers de Kilowatts heures que nous économisons. Chaque fois qu’un service distant élimine ou réduit des déplacements ce sont des milliers d’esclaves mécaniques de moins à nourrir. Dans l’Entreprise virtuelle, le docteur Paul Pilichowski s’exclamait ; « Arrêtons de transporter 80 kg si on peut transporter une donnée ! ». Pour ce dernier, il était aberrant de demander à des gens de se déplacer constamment alors qu’il était possible de développer des solutions de suivi des malades à distance. Depuis, le télédiagnostic est devenu une réalité pour bien des patients mais aussi pour beaucoup d’autres activités. Alors que le prix du pétrole et des sources énergétiques ne cesse d’augmenter, le prix des télécommunications et des outils communicants n’a cessé de diminuer de façon spectaculaire. Nous sommes à un tournant historique d’une époque où les hommes ne doivent plus simplement inventer des machines qui suppléent leurs limites physiques. Ils doivent se tourner vers des outils qui leur permettent de tirer le meilleur parti d’un cortex planétaire qui facilite les échanges de services et de connaissances tout en économisant des ressources énergétiques coûteuses. Il devient évident que la digitalisation de toutes choses nous offre les « esclaves virtuels » dont nous avons besoin pour modifier les règles du jeu stratégique entre nations.

La subsidiarité croissante entre biens matériels et biens numériques a pour conséquence d’améliorer le bilan énergétique d’une économie. Empiriquement, on s’accorde à conclure sur le fait que la contribution économique des investissements immatériels apparait proportionnellement plus significative au fur et à mesure du nombre d’organisations interconnectées. L’effet McAfee des ordres de grandeur croissant joue en matière de réduction des dépenses énergétiques au fur et à mesure que les objets numériques se substituent aux objets tangibles. Le développement de l’e.administration devient non seulement une source d’efficacité collective mais aussi une source d’économies d’énergie. Ce n’est un secret pour personne que le retard au développement économique d’une région donnée tient à son manque de moyens de communication. Le coût de ces échanges de trafic d’affaires et de coordination selon un modèle des années 50 serait insupportable et nous ferait revenir des années en arrière. Si ce transfert des transports vers les télécommunications n’avait pas eu lieu, nous maintiendrions alors une demande d’énergie qui augmenterait de 10% par an pour la seule logistique des transports en général.

De même il faut se sortir de la tête cette idée selon laquelle le Développement Durable devrait être associé à une décroissance durable. D’ici ou là, monte un discours pas très sérieux sur des options de décroissance volontaire. Les vielles lunes reviennent dans des slogans tels que, « Enlever le confort et la richesse à ceux qui l’ont, cela corrigera les déséquilibres ! » ou « limiter la demande » (contraindre devrais‐je dire) alors que des milliards d’individus aspirent à connaître un minimum de confort. Beaucoup de bêtises sont dites au prétexte de justice sociale et économique. Nous préférons les analyses des tenants d’alternatives qui, sans prétendre détenir la vérité, plaident pour des expériences ou des approches différentes selon les pays et leur degré de maturité socio‐économique. La crispation sur un modèle universel du progrès économique, réduit le plus souvent à un taux de progression que l’on se jette à la figure, me paraît détestable et injustifié. Notre grande erreur est sans doute d’avoir depuis des décennies identifiées, confondu même, le progrès avec la croissance économique. Depuis des années la croissance économique n’est plus la réponse à des besoins vitaux, primaires, mais à des éléments de confort ou de différenciation sociale qui semblent indispensables aux castes auxquelles nous appartenons. La commercialisation forcenée de nouveaux biens rendus enviables par des artifices comme la publicité n’est pas forcément un signe de progrès mais encourage plutôt la consommation de ressources supplémentaires. Le problème qui nous est posé aujourd’hui est de savoir si nous sommes prêts à reconsidérer la croissance à la lumière d’une réflexion plus approfondie sur le progrès. Faut‐il rappeler que le taux de progression de la Chine, dont on parle tant, masque le fait que ce pays d’un milliard d’habitants vient d’atteindre à peine un PIB supérieur à celui de l’Italie. Français, italiens, voulez vous échanger leur taux de croissance contre votre pouvoir d’achat ?! L’empreinte écologique d’une telle population même vivant en mode low cost nécessiterait une baisse du niveau de vie des pays riches d’au moins 90%, si l’on en croit Robert Ayres, professeur d’économie à l’Insead[4]. L’idéalisation de certains penseurs du développement durable laisse perplexe qui nous amène droit au mur d’une affreuse récession. Notre problème n’est pas de lancer un concept aussi fumeux que la « décroissance durable » (elle se fait bien toute seule, malheureusement !) mais tout simplement d’optimiser nos modèles actuels en améliorant leur performance là où cela est possible. En inventant, sinon, de nouveaux modèles. Dans un contexte mondial où la croissance va être fortement bridée par les limitations des consommations énergétiques et de certaines matières premières, on peut s’attendre à une réorientation des investissements monétaires vers les filières de la R&D et des produits ou services « économisateurs » de ressources.

L’éco‐efficience globale est, pour les pays avancés, un marché nouveau autant qu’une contrainte, on l’aura compris. Les américains sont souvent présentés comme ne s’intéressant pas aux accords de Kyoto, pourtant les français ne font pas la moitié des efforts des californiens. Contrairement à une propagande stupide, les américains ne sont pas moins sensibles au DD que les européens. Le programme Energy Star a été lancé en 1992 par l'Agence de Protection de l'Environnement des États‐Unis (EPA). Ce programme était destiné à motiver l'ensemble des acteurs économiques mais aussi les collectivités territoriales américaines pour économiser l'énergie. La Communauté européenne imitera les Etats‐Unis dans les années 2000… presque dix ans plus tard ! Je dirais plutôt que, pragmatiques, ces derniers attendent surtout que les entreprises mettent sur le marché des solutions « éco‐efficientes » alternatives. Le discours « évangéliste » sur le DD qui occupe la sphère bavarde ne peut être crédible qu’accompagné de solutions accessibles au plus grand nombre. A la dramaturgie théâtrale de certains européens, les américains préfèrent un solide pragmatisme. Pragmatisme qui passe d’abord par le recherche d’amélioration des dispositifs et technologies utilisés en même temps qu’un balayage systématique des innovations pouvant faire l’objet de vente de produits ou de savoir faire marchands dans le domaine. Pour eux le DD c’est du business ! Dans cette perspective les actions destinées à diminuer « l’empreinte énergétique » et les surconsommations inutiles ne valent qu’accompagnées d’ouverture à de nouveaux marchés. La voiture économe sera suivie de la maison autonome qui sera suivie elle même des emballages biodégradables, suivis des équipements récupérables etc.… Tout un virage est en cours qui modifiera notre rapport aux services et aux biens d’équipements. Nous savons construire de mieux en mieux des maisons et des immeubles complètement autonomes en matière énergétique. Partout des architectes plus ou moins renommés développent des prototypes de bâtiments si économes qu’ils parlent d’immeubles « zéro énergie » (Zero Energy Home). Isolation maximale, peu d’émissions d’effet de serre et autonomie maximum grâce aux énergies renouvelables sont de rigueur. Les initiatives régionales se multiplient et les expertises ainsi constituées contribuent à leur notoriété et deviennent autant de sources de marchés nouveaux dans le monde. Mais pas un mot sur le sujet au dernier salon de l’immobilier de Paris de mars 2007 ! Nous avons raison d’être fiers de nos succès en matière d’avionique et d’industrie spatiale et autres secteurs high tech porteurs. Espérons que nous le serons aussi en matière de gestion des déchets, des énergies renouvelables, d’isolation énergétique, de gestion de l’eau et du recyclage de nos déchets, le tout constituant les futures créations d’emplois« des cols verts[5]». A défaut les américains mais aussi d’autres pays, qui n’importent pas nos beaux parleurs mais exportent des solutions, domineront un marché de l’éco‐efficience évaluée à plus de 500 milliards d’euros pour la moitié du siècle. Peut‐on imaginer que des collectivités locales remplacent le concours de la ville la plus fleurie par celle de la ville la plus économe en énergie ? Où encore des concours de promoteurs de maisons et de bâtiments publics éco‐efficients ? Ne pourrait‐on pas imaginer qu’il soit possible de généraliser le système de revente « des droits à polluer » et considérer que toute entreprise, toute collectivité, toute famille aurait le droit de négocier son économie d’énergie; de la mettre sur le marché. Ainsi en laissant au marché le soin de financer les réductions des consommations énergétiques on leur permettrait de se rembourser leur investissement ! Un marché de l’éco‐efficience s’affirme et croît rapidement. La sobriété énergétique devient une source d’économies budgétaires, d’activités nouvelles, de créations d’emplois et un savoir faire exportable. La France saura t’elle en profiter ?

Denis Ettighoffer

[1] Éditions du Seuil, 1973
[2]
Rapport sur la consommation d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables en France Paris, Mars 2006.
Rapport fait en application de l’article 3 de la directive n° 2001/77/CE du 27/09/2001.
[3]
Complément www.negawatt.org/telechargement/Article%20scenario%20nW%2...
[4]
L’Expansion Management Review de Juin 1997 « Le progrès, oui, mais plus comme avant ».
[5]
J’ai souvent défendu l’idée que les emplois du futur seraient essentiellement des emplois de médiateurs et des « cols verts ».
Des travailleurs qui, après les « cols bleus » et les « cols blancs », seraient en charge des secteurs de la gestion de l’environnement, du   reconditionnement des déchets, des énergies renouvelables, etc.

*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :

- L'Entreprise Virtuelle,
- Du mal travailler au mal vivre,
- Mét@-Organisations,
- eBusinessGeneration,
- Le Syndrome de Chronos,
- Le Travail au XXIe siècle
- Le Bureau du Futur

23.07.2007

Communauté et communication à l'heure des réseaux

Federico Casalegno et Collectif, Editions PU Laval

Denis Failly _ Federico Casalegno, pourriez vous nous expliquez   ce qu'est le projet   Living Memory qui a donné lieu à  cet ouvrage ? et ou en est ce projet actuellement ?
  
  
Federico Casalegno - Le projet Living Memory (http://web.media.mit.edu/~federico/living-memory/) explore les nouveaux paradigmes de communication avec les nouvelles technologies multimédias et interactives.  L’objectif à  long terme du projet nous a permis de réaliser un prototype d’un système de communication, véritable environnement communicationnmedium_comm.jpgel en mesure d’aider les membres d’une communauté à  créer et partager leur mémoire collective.
La nouveauté de l’approche de Living Memory réside dans le fait que nous n’avons pas souhaité projeter uniquement un système de communication afin de favoriser l’accumulation d’une mémoire historique et formelle d’une communauté donnée : le défi du projet est de vouloir mettre en oeuvre une ambiance communicationnelle afin de permettre aux membres d’une communauté locale et territoriale de partager des informations concernant leur vie quotidienne. Ainsi, il ne s’agit pas simplement de projeter un instrument technologique pour recueillir et rendre accessibles les informations formelles d’une communauté, mais plutà´t   de mettre en place un environnement communicationnel qui puisse conserver et diffuser les communications quotidiennes et les échanges informels des habitants d’un quartier défini, et de rendre ces informations accessibles et disponibles.
Dans une communauté locale et territoriale circulent une infinité de messages et d’échanges entre personnes, annonces et communications informelles reflétant les besoins et les vicissitudes de la vie de tous les jours. Ces messages témoignent de la nécessité que les membres d’un quartier ont de partager une mémoire ordinaire et de communiquer entre eux.
L’environnement communicationnel projeté avec Living Memory se propose donc d’accompagner ces dynamiques qui existent depuis toujours dans une communauté locale, mais sans bouleverser les rythmes et les formes sociales préexistantes de la communauté en question.
La mémoire quotidienne de Living Memory est ainsi une mémoire interstitielle, celle des conversations ordinaires et banales de tous les jours permettant aux membres d’une communauté, habitant un territoire précis et situé, de nourrir leurs liens sociaux.
C’est exactement la nature de ces liens qui nous conduit à  réfléchir sur les nouvelles formes d’agrégations sociales et sur les nouvelles esthétiques communautaires.
Il est évident que nous n’excluons pas la mémoire collective ou bien celle plus formelle d’une communauté donnée  :   bien au contraire, le projet Living Memory pourrait se résumer dans la tentative de faire rentrer en résonance les diverses expressions de la mémoire. En ce sens, la finalité ultime du projet est celle de permettre l’inter-communication entre les membres d’une communauté, entre les petits groupes et les associations, entre les institutions sociales et la culture locale.
Nous sommes ainsi face à  de nouvelles dynamiques de sédimentation du savoir social, à  de nouvelles synergies entre la mémoire quotidienne, les formes de communication et les agrégations communautaires  : Living Memory explore ces nouvelles dynamiques émergeantes.

Living Memory  : l’environnement communicationnel

L’environnement communicationnel projeté avec Living Memory se base sur trois dispositifs fondamentaux.Ces trois dispositifs forment un environnement communicationnel et existent au niveau de prototypes. Ce qui est intéressant pour nous, ici c’est de considérer les dynamiques de communication que ces dispositifs engendrent.
(I) Le premier prototype est constitué par un  «  écran   » émettant des informations qui concernent les activités de la communauté elle-même  : annonce de fêtes ou célébrations, informations sur le trafic routier, événements sportifs, cinéma, théà¢tres, ventes spéciales, réunions, événements sociaux, activités associatives etc.
Ces écrans sont destinés à  des lieux publics de grand passage et peuvent être installés sur des places ou dans des centres commerciaux par exemple.

(II) Le deuxième dispositif est constitué par un  «  jeton   » que les membres d’une communauté peuvent acheter et garder sur eux. Quand ils voient une information intéressante sur l’écran, par exemple, ils peuvent la capturer tout simplement en faisant glisser le jeton sous l’écran. A ce moment, le jeton ne garde pas l’information en tant que telle mais il garde la stratégie pour accéder à  cette information  :   il a la fonction d’un  «  signet   » d’un navigateur Internet ou d’un garde page d’un livre classique.
Ainsi, si par exemple l’écran me communique qu’un nouveau médecin pratiquant l’acuponcture s’installe dans mon quartier, avec le jeton je peux simplement garder en mémoire la stratégie d’accès à  cette information, sans pour autant en avoir les contenus. Pour accéder aux contenus, et obtenir les informations sur le nouveau médecin et sur l’acuponcture, par exemple, je dois utiliser le troisième dispositif  : la table interactive.

(III) Le troisième dispositif est constitué d’ une  «  table interactive   » avec écran tactile à  partir duquel on peut accéder et interagir avec les informations. Ces  «  tables interactives   », connectées aux réseaux, se trouvent dans des lieux publics, comme dans des bars, bibliothèques, écoles et centres commerciaux.
Ici, par exemple, gràce à  l’aide du  «  jeton   », je peux retrouver des informations sur le médecin de l’exemple précédent et naviguer dans les contenus  ; savoir ce que c’est que l’acuponcture, quand il est approprié de l’utiliser, quels en sont les bénéfices, etc.
De plus, c’est exactement grà¢ce à  ce troisième dispositif que je peux envoyer des informations dans le système ou commenter celles que je lis en participant ainsi à  l’alimentation de la mémoire collective de la communauté.
Enfin, pour nous retrouver dans ce flux d’informations et de mémoires, des  «  agents intelligents   » ont été développés. Il s’agit de logiciels qui nous aident à  retrouver les informations pertinentes par rapport à  nos centres d’intérêts.
C’est ainsi à  partir de ces postes multimédias interactifs que les membres d’une communauté locale peuvent consulter et envoyer des informations pertinentes tout en participant à  la réélaboration constante de leur mémoire collective.
  
  
Denis Failly - "Mémoire, Communauté et Communication" constituent les  3 axes autour desquels s'articule le livre,  comment ces 3 domaines que vous explorez au cours de vos entretiens d'experts, se rencontrent-ils, quelles sont leurs synergies ?"

Federico Caslegno
-Mémoire
Depuis toujours le thème de la mémoire, avec son charme et ses mystères, intrigue l’homme qui cherche à  en comprendre ses mécanismes ainsi que ses secrets.
Les philosophes de l’antiquité décrivirent la mémoire avec des métaphores afin de cueillir mieux son essence. Ainsi, la première métaphore nous présente la mémoire comme une tablette de cire sur laquelle la mémoire, comme si elle utilisait un sceau, imprime l’image-souvenir de l’objet mémorisé. La mémoire est ici vue comme une trace.
Une deuxième métaphore considère la mémoire comme un vaste grenier, c’est-à -dire une réserve dans laquelle l’homme conserve les impressions du passé échappant à  l’oubli. Se souvenir signifie, dans ce cas, récolter depuis ce trésor d’informations, depuis cette masse inerte, des souvenirs.
Enfin, dans la dernière métaphore, les souvenirs sont comme des oiseaux de diverses espèces et de divers couleurs enfermés dans un colombier de l’âme. Dans cette forme de mémoire active, les souvenirs ne sont pas immobiles mais ils volent et frissonnent comme des entités vivantes  : la mémoire est ici conçue comme une activité.
Les trois métaphores (qui nous rappellent les trois noeuds de mémoire du projet living memory) représentent diverses formes de mémoire qui peuvent coexister et qui amènent notre attention sur le fait que la mémoire se réfère également à  la possibilité de stocker, d’accéder aux informations. Ainsi, il est évident qu’avec le développement des nouvelles technologies de l’information nous sommes en face à  de nouveaux scénarios qui redéfinissent comment la mémoire collective et individuelle se combinent avec la capacité de stocker des informations et de transmettre, sur support numérique, un nombre toujours croissant d’informations.

  
Communauté:

Dans les sociétés dans lesquelles les nouvelles technologies peuvent nous amener à  communiquer et à  interagir avec des personnes physiquement de plus en plus éloignées, parfois inconnues, la notion de communauté se redéfinit tout en assumant des configurations impensables il y a seulement quelques années. Dans ce glissement de valeurs, les catégories classiques qui nous permettaient de comprendre la notion de  «  communauté   » dans ses divers aspects, changent tout en permettant à  des nouveaux paramètres conceptuels d’émerger. Le projet Living Memory est partie du présupposé que les nouvelles technologies peuvent nous faire accéder non seulement au Village Global mais également au Village Fractal, tout en identifiant l’emplacement géophysique ainsi que l’appartenance territoriale comme un élément clé pour la définition de communauté. De plus, la superposition du territoire réel et les réseaux de télécommunication, entre l’espace et le cyberspace, nous porte à  considérer le tissu connectif comme paradigme émergeant.
Les nouvelles technologies redéfinissent les contours de notre sentiment d’appartenance communautaire tout en ouvrant de nouvelles pistes de réflexion.
 
Communication  :

La prolifération et la diffusion des moyens de communication correspondent-elles véritablement à  une communication plus efficace entre être humains  ?
Walter Benjamin serait probablement très sceptique car déjà  dans son ouvrage  «  l’oeuvre d’art à  l’époque de la reproductibilité technique   », il nous amène à  considérer les modalités de transmission et de reproduction de  «  l’aura   » qui distingue l’oeuvre artistique et que la reproduction mécanisée ne peut communiquer. Comment transmettre l’hic et nunc, comment communiquer l’aura qui rend un tableau unique ?
Comment reproduire ce sentiment d’unicité qui se consomme dans l’instant et qui confère à  la communication une impalpable densité  ?
Le défi lancé par les nouvelles technologies est celui de permettre un véritable flux de communication  : c’est exactement cette capacité de transmettre le contenu de l’information, catalysée dans la synergie entre l’information et son contexte, entre l’information et le sens que les individus lui attribuent. C’est de mettre en résonance l’information stratégique avec la communication expérientielle.
Contextualiser l’information signifie ainsi enrichir l’information disséminée avec son aura, avec le contexte social et culturel.
Voici le défi posé aux nouveaux medias et aux nouveaux environnements de communication

Denis Failly - Merci Federico

20.06.2007

Prometeus, prospective sur l'Internet de demain

Un raccourci rapide mais éclairant d'aujourd'hui à demain