23.07.2011

Demain le Web

Fred Cavazza nous préfigure ce à quoi ressemblera le Web dans les prochaines années et ne ratez pas son article sur Les leviers d’innovation du web pour les 5 prochaines années

 

30.09.2008

Vers un Web 3

Une contribution de Fred Cavazza* (2/2)

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NB : Fred Cavazza nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur son site www.fredcavazza.net en 2006 mais qui demeure... d'actualité

A peine le web 2.0 et ses concepts disruptifs commence-t-il à révéler son réel potentiel que l’on commence déjà à parler de la prochaine itération : le web 3.0.

Ce mystérieux web 3.0 est-il une réalité aujourd’hui ? Non, pas du tout. Est-il opportun d’en parler dès maintenant ? Oui, car les fondements d’une ère nouvelle pour les services en ligne sont en train d’être façonnés.

Pour mieux comprendre et appréhender les enjeux de cet (hypothétique) web 3.0, il me semble important de revenir sur les anciens modèles, de les comparer avec les modèles actuels et de se projeter dans un avenir proche.

Web 1.0 : une expérience intégrée

La première version moderne du web, celle que nous avons connu à la fin des années 90 (je fais abstraction des débuts laborieux de l’internet), correspond schématiquement à une expérience intégrée de bout en bout par de gros acteurs.

EXPERIENCE INTEGRE.png

Si nous prenons comme exemple le choix et l’achat d’un produit culturel (livre ou CD), une des expériences les plus complexe en ligne, nous constatons que des acteurs comme Amazon étaient présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur :

  • La découverte dans les têtes de rubriques et sous-rubriques ;
  • La validation avec les notes et avis des autres utilisateurs ;
  • L’achat avec la liste de souhaits ou le panier ;
  • Le paiement qui est intégré au site.

Web 2.0 : une expérience collaborative et déstructurée

Si l’on se place maintenant dans la peau d’un internaute averti (les fameux power user), il dispose d’une palette bien plus large de sources d‘informations et de services marchands. Ces derniers sont autant de nouveaux maillons de la chaîne de valeur qui viennent se substituer aux précédents.

EXPERIENCE COLLABORATIVE ET DESTRUCTUREE.png

L’expérience de l’utilisateur tout au long de son achat sera complètement déstructurée :

  • La découverte d’un produit peut se faire sur des blogs ou des réseaux sociaux affilié, sur des moteurs de recommandations comme Pandora ou au sein de communautés d’achat comme ShopWiki ;
  • La validation d’un choix peur se faire sur des portails de social shopping comme Crowdstorm ou sur des sites spécialisés comme LibraryThing (pou les livres) ou Yahoo! Tech (pour les gadgets technologiques) ;
  • L’achat peut se faire sur des boutiques en marques blanches comme celles que propose Amazon ( aStore), eBay ( eBay Stores) ou encore Zlio ;
  • Le paiement peut enfin être déporté sur des systèmes d’encaissement comme ceux de PayPal ou de Google Checkout.

Web 3.0 : une expérience immersive et étendue

En anticipant une montée en puissance de services innovants qui commencent à voir le jour, il est possible d’identifier encore de nouveaux maillons pour une chaîne de valeur qui ne se limitera plus au web.

EXPERIENCE IMMERSIVE.png

L’expérience d’achat de l’internaute sera d’une part plus immersive mais surtout plus étendue à d’autres domaines que le web :

  • La découverte de produits pourra se faire dans des univers virtuels (comme ceux d’ Habbo Hotel ou de Second Life), dans des jeux en ligne (comme dans World of Warcraft ou le Xbox Live) ou à l’aide de widgets (comme ceux proposés par le Dashboard d’Apple ou Yahoo! Widget) ;
  • La validation des produits serait fondée sur des services indépendants qui s’appuieraient sur des systèmes de gestion universelle de la réputation des prescripteurs (comme ceux de BazaarVoice, iKarma ou Rapleaf) ;
  • L’achat pourrait se faire à l’aide d’un mashup marchand comme celui de Cooqy ou à l’aide d’applications marchandes connectées comme le Mozilla Amazon Browser) ;
  • Le paiement pourrait enfin se faire directement au sein du système d’exploitation (en exploitant le futur CardSpace de Vista), sur d’autres terminaux (comme les mobiles à l’aide de PayPal Mobile) ou à l’aide de moyens de paiement qui sont utilisés dans les univers virtuels (en Linden Dollars par exemple puisque des banques vont prochainement proposer des services bancaires dans Second Life).

Et le web sémantique ?

A la base de ces réflexions sur le web 3.0, il y a un article publié sur le NY Times : Entrepreneurs See a Web Guided by Common Sense. Cet article nous décrit le web 3.0 comme un web sémantisé. Vision intéressante mais faussé : il est important de rappeler que les principes (et technologies) du web sémantique n’ont pas attendu le web 3.0 pour se développer et se perfectionner. Voilà de nombreuses années que le RDF est exploité comme meta-langage et que de nombreuses autres initiatives permettent de structurer l’information : pour la syndication, les formulaires, le reporting financier, l’ identité numérique ou encore les microformats.

Sémantiser le web est une entreprise titanesque et il faudra de nombreuses années (décennies ?) pour y arriver, d’autant plus qu’avec les progrès réalisés par les moteurs de recherche ou les bases de données, il est tout à fait possible d’apporter les mêmes bénéfices que ceux cités dans l’article.

Pour finir, rappelons que la couche sémantique de l’information présente surtout un gros potentiel pour les systèmes informatiques, comprenez par là que les utilisateurs (ceux qui sont à l’origine de la révolution du web 2.0) n’y trouvent pas forcément d’intérêt.

C’est pour quand le Web 3.0 ?

Pour l’instant il est encore beaucoup trop tôt pour pouvoir faire une prévision fiable, d’autant plus que ma comparaison ne prend en compte que la facette marchande du web (ce qui est loin de refléter sa richesse). Vous trouverez une version plus grande de ce schéma ici : Web 3.0.

Ce qui est certain par contre, c’est que nous allons progressivement déporter une partie des services que nous utilisons sur le web vers notre poste de travail (à l’aide de widgets ou de RDA) ou vers nos terminaux mobiles. De même, la gestion de notre identité numérique va prendre une place bien plus importante.

Notre mode de consommation de l’information ou des services en ligne va donc s’éloigner du web (et ses pages HTML) au profit de l’internet (et ses applications connectées). Il serait donc plus juste de parler d’internet 3.0 plutôt que de web 3.0.

Je vous donne donc rendez-vous dans un an ou deux pour vérifier si cette prédiction se réalise ou si nous évolueront vers des services encore plus sophistiqués.

Fred Cavazza


Fred Cavazza*
est un consultant indépendant qui anime de longue date le blog www.fredcavazza.net qui traite de l'actualité, des usages et des innovations dans le domaine de l'Internet

Hypothèse d'évolution pour le Web 2

Une contribution de Fred Cavazza* (1/2)

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NB : Fred Cavazza nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur son site www.fredcavazza.net en 2007 mais qui demeure... d'actualité


"Voilà maintenant plus de deux ans que je parle de web 2.0 sur ce blog. Il s’est passé beaucoup de choses en deux ans, aussi je vous propose de vous projeter dans l’avenir proche (pourquoi pas dans deux ans) et d’essayer d’anticiper quelles pourraient être les hypothèses d’évolution des services ayant fait le succès du web 2.0.

Ce billet ne parle pas du web 3.0 (quoi que…)

Nous pourrions appelez ça le web 3.0… mais cela risquerait de provoquer une autre polémique qui ferait de l’ombre aux services que je vais vous présenter dans ce billet. Je me suis déjà prêté l’année dernière à cet exercice délicat ( Vers un web 3.0 ?) mais c’est un billet publié sur How To Split An Atom qui m’a le plus inspiré : How To Define Web 3.0. Si vous voulez vous projeter encore plus loin, je peux également vous recommander ce billet qui s’intéresse aussi au web 4.0 et au web 5.0 : What is Web 3.0?.

Donc pour résumer : appelez-ça le “web 2.1“, le “nouveau web 2.0“, le “web 2.0+“… appelez-le comme vous voulez mais faites au moins l’effort de méditer sur les concepts qui sont présentés dans ce billet avant de vous écrier “mais… c’est ENCORE une connerie de marketeux en mal d’inspiration !“.

Blog 2.0 : Vous êtes votre propre marque

Qui se souvient de la première fois où il a entendu parler de “blog” ? Oui je sais ça date… et pourtant, si vous faites abstraction de ces infâmes sidebar qui pullulent de widgets à la con, le principe des blogs n’a quasiment pas évolué : billets, commentaires, catégories.

Et pourtant, la relève est déjà là sous la forme de services de micro-blogging comme Twitter. J’ai choisi ce service comme exemple car c’est le plus connu. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce type de services ne laissent pas indifférent : soit on déteste, soit on reste hypnotisé. Je serais tenté de me rallier à l’opinion de Nicolas Clairembault ( Twitter et les a-blogueurs : posons-nous 5 minutes pour en parler) mais je préfère plutôt m’intéresser à un service comme Jaiku qui est bien plus abouti (cf. Twitter + Plazes + Ziki = Jaiku).

En poussant un peu plus loin ce concept d’agrégation de l’activité quotidienne d’un individu, on en arrive à regarder d’un oeil moins méfiant les services de lifelogs comme LiFE-LiNE. Alimentée en permanence par nos actions quotidiennes, ces lignes de vie digitales sont le témoin et la mémoire de notre présence en ligne, de notre existence passée et présente.

Encore plus fort, puisqu’il est question de documenter notre quotidien, pourquoi ne pas en faire un documentaire filmé via une webcam allumée en permanence ? C’est ce que vous propose déjà de faire des services comme uStream : adapter aux individus le principe de lifecast.

Et là vous allez me dire : “mais pourquoi se donner autant de mal pour diffuser la banalité du quotidien d’inconnus ?“. Et je vous répondrais qu’il n’est pas ici question de trouver une audience qui sera intéressée par l’intégralité de vos publications, mais seulement par de petites portions. Les chaînes de télévision génèrent des dizaines de millions d’euros avec des émissions de télé-réalité, pourquoi ne pas laisser le principe de la longue traîne s’appliquer à ce type de contenu : excessivement banal mais tellement authentique. Souvenez-vous que sur le web tout le monde peut avoir son heure de gloire, alors autant prendre des précautions et ne pas rater sa chance !

Social Shopping 2.0 : Nous sommes tous des commerçants

Reparlons maintenant de micro-blogging mais dans un cadre de commerce en ligne : Tant qu’à documenter le quotidien d’un individu (ses actions, déplacements, rendez-vous…) pourquoi ne pas également documenter ses achats ? Nous pourrions ainsi imaginer un service à mi-chemin entre Shopalize et Zlio qui archiverait vos achats et vous rémunèrerais en fonction des ventes réalisées à partir de cette buylog via un système d’affiliation silencieuse (non-contraignant pour l’utilisateur).

De même, cela n’a pas encore été fait en France, mais de nombreux services de Team Buying existent déjà en Chine. Pourquoi ne pas envisager des agents intelligents capables d’identifier des groupes d’utilisateurs homogènes (ayant les mêmes besoins et fréquentant les même quartiers) et de leur proposer des rassemblements spontanés pour faire de l’achat groupé hors-ligne. Le tout orchestré par SMS, géolocalisation de votre téléphone portable et anticipation d’une baisse des prix à l’aide de services prédictifs comme Farecast (pour l’instant limité aux prix de billets d’avion et d’hôtels). Celui ou celle qui mènerait les négociations avec le marchand se verrait créditer des points de confiance par les autres acheteurs (l’utilisation de ces points reste à définir, si vous avez une idée, n’hésitez pas à la publier dans les commentaires).

Réseaux sociaux 2.0 : des millions d’amis (virtuels) à portée de clic

Oubliez MySpace et ces 200 millions de comptes, l’avenir des réseaux sociaux se trouve ailleurs. Peut-être dans la Facebook Platform, une sorte de système d’exploitation en ligne pouvant héberger une infinité de services au sein d’un écosystème ( Facebook se métamorphose en web OS). Le tout reposant bien évidement sur la gigantesque base de données d’utilisateurs sous le contrôle d’un éditeur tout puissant (ça ne vous rappelle pas un certain moteur de recherche qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années ?).

Puisque que l’on parle du loup, autant aborder le cas de SocialStream,un réseau social universel qui mise avant tout sur l’unification (unified social network) et l’interopérabilité. Une sorte de Facebook Platform à la sauce Google.

Evoquons ensuite le cas très intéressant de Skaaz, un service à mi-chemin entre avatar et agent conversationnel ( Créez votre double virtuel avec Skaaz). Le principe est redoutable : créer un avatar intelligent qui va apprendre à reproduire votre personnalité pour pouvoir converser à votre place.

A quand les agents intelligents qui vont parcourir les bases de données des services de rencontre pour trouver un “profil correspondant” du sexe opposé, faire les tour des sites d’opinions pour trouver le meilleur restaurant de la ville, choisir une date compatible avec les agendas publics de Mr et Mme, envoyer un SMS 5 minutes avant le rencard pour être sûr de ne pas être en retard…

Je rajouterais une dernière hypothèse d’évolution avec les réseaux sociaux en 2.5 D comme CyWorld qui propose un compromis très efficace alliant pages perso, avatars, micro-facturation et v-marketing. Chez nous on a le même, et ça s’appelle Habbo.

Contenus multimédia 2.0 : Nous sommes tous des directeurs de programmation

A l’heure où YouTube semble plus puissant que jamais (son audience dépasserait celle de Google), les regards des géants de l’audiovisuel se tournent plutôt vers Joost, une plateforme d’IPTV en P2P (hé hé hé, il fallait la placer celle-là !). Car il faut bien se rendre à l’évidence : plus on leur en donne (du contenu) et plus ils en consomment (de la bande passante). Arrêtons de nous mentir et regardons la réalité en face : trop de frais techniques (hébergement, bande passante), trop de contenus illégaux (sous copyright), trop de polémiques (pour hébergement de contenus à caractère raciste / pornographique)… tout ça va bien s’arrêter un jour, même quand on s’appelle Google. Bref, la solution se trouve dans une nouvelle génération de service de distribution de vidéos en ligne : une infrastructure technique moins lourde, des contenus “casher“, un moteur de recommandation et de ciblage publicitaire efficace…

Et puisque l’on parle de moteur de recommandation, souvenez-vous que le temps est la monnaie de demain. A partir de là, les services capables de faire des recommandations pertinentes sous forme de playlist de vidéos, de musiques et pourquoi pas de casual games seront également en mesure de modéliser des profils de consommateurs valant de l’or pour les annonceurs. J’anticipe ainsi un service à mi-chemin entre Pandora, TOITI, Cafe et régie publicitaire. Le tout en multi-plateforme et haute-définition bien évidemment !

Terminons ces hypothèses de l’entertainment 2.0 avec un principe de show TV open source : les éditeurs se “contenteraient” de rédiger un brief et de réaliser un pilote, les spectateurs se chargeraient ensuite de faire évoluer l’histoire (avec un système de soumissions / votes), de gérer le casting (avec un service de crowdsourcing comme ItsOurMovie) ainsi que le financement (via un système de collecte de fond en mode P2P).

Mashup 2.0 : Vous êtes votre propre directeur informatique

Le web 2.0 à au moins l’avantage d’avoir pu familiariser le grand public avec des notions informatiques complexes comme les mahups et les API. Mais si tout le monde à l’exemple de Google Maps en tête, qui connaît de services de conception de mashup comme Yahoo! Pipes, Google Mashup Editor ou encore Popfly ? En rendant les mashup accessibles à tous, ces services facilitent la re-sémantisation des contenus ainsi que la transformation des sites en services (lire à ce sujet ce très bon billet : When Web Sites Become Web Services).

Encore plus fort, en combinant des solutions comme DAMIA et QEDWiki (déjà présentés en vidéo), on se met à rêver d’un système d’information extrêmement modulaire que l’on pourrait enrichir et personnaliser à l’aide de widgets applicatifs partagés au sein d’un écosystème. Le nirvana de l’ Entreprise 2.0 !

Je terminerais cette série d’hypothèse d’évolution avec le concept de web OS, ultime itération des portails personalisables (une sorte de Netvibes 2.0). Les solutions comme EyeOS, Goowy, YouOS, DesktopTwo… sont ainsi très intéressantes mais n’apportent somme toute pas grand chose de neuf. Je rejoins sur ce point l’avis mitigé de Guillaume Plouin : Reparlons des WebOS. Au-delà de l’exploit technique, il manque encore quelque chose à cette nouvelle génération de systèmes d’exploitation… peut-être une gestion du mode déconnecté… comme le promet Parakey… récemment racheté par Facebook. Quoi, Encore Facebook ? Et oui, encore Facebook ! Voilà peut-être qui explique pourquoi la valorisation de ce service est estimée à plusieurs milliards de dollars.

Conclusion

Il est maintenant temps de prendre un peut de recul sur toutes ces hypothèses et d’identifier les signaux-clés :

  1. Les ingrédients sont déjà là mais pas forcément bien dosés ;
  2. Les innovations technologiques liées à ces services restent encore à stabiliser ;
  3. La notion de crowdsourcing est quasi omniprésente ;
  4. les avis sont partagés entre enthousiasme excessif et scepticisme latent.

Traduction : ça va vite (peut-être trop vite) et c’est énorme. Toujours est-il que l’on n’arrête pas le progrès et que je ne peux que me réjouir en découvrant tout ces nouveaux services qui sont autant de nouvelles opportunités. Alors faites-donc comme moi : réjouissez-vous !"

Fred Cavazza

Fred Cavazza* est un consultant indépendant qui anime de longue date le blog www.fredcavazza.net qui traite de l'actualité, des usages et des innovations dans le domaine de l'Internet