08.12.2008
Le piratage n’est qu’une étape transitoire vers l’équilibre des marchés numériques


Le rapport Olivennes est non seulement critiqué en France mais aussi par la Commission Européenne. Les sénateurs français, Dieu merci, semblent vouloir revenir à plus de bon sens en limitant la portée de certaines sanctions. Laisser l’impression que les internautes français sont tous des délinquants en puissance n’a pas été très productif. Les publicités sur Internet, sur les DVD et autres supports ne parlent que de ça. Pour la grande majorité des internautes il n’est pas question de laisser la Toile hors la loi, pas plus que de léser les artistes et les auteurs victimes de la « démarque inconnue ». Mais il n’est pas question non plus d’ignorer la maturité progressive des marchés qui ce traduit pas une croissance de la vente de biens culturels et une diminution relative des pertes pour cause de téléchargements pirates.
Cent cinquante mille dollars pour avoir téléchargé 37 morceaux sous copyright ! Peut‐être le lecteur se rappelle t’il de Whitney Harper, une jeune américaine qui a été traduite devant les tribunaux par la RIAA (Recording Industry Association of America[1]) . Les lobbies de l'industrie musicale avaient demandé à ce que le Copyright Act soit respecté et qu'une peine entre 750 et 30 000 dollars soit infligée pour chaque acte jugé illégal. Comme Whitney Harper était coupable d’avoir utilisé un moteur P2P pour effectuer 37 téléchargements, la note se montait à quelques 150 000 dollars. Le juge n’en accepta que 7400. Whitney n’avait que 16 ans à l’époque des faits. Jugeant cette sentence trop clémente, la RIAA a décidé dans un premier temps de faire appel (sans doute pour en tirer un peu plus d’argent afin de faire face à ses frais d’avocats) ce qui fut largement contesté par l’opinion publique. Du coup, la RIAA a modifié sa position et sa communication en présentant son appel comme une action «éducative ». En réalité, la RIAA a déjà dépensé des fortunes en procès sans grands succès comme dans l’affaire l’opposant à Jammie Thomas[2]. Ces mésaventures peuvent concerner n’importe quel internaute. Elles sont la résultante d’un juridisme très anglo‐saxon exacerbé par une âpreté indécente aux gains.
Si on prête quelque intérêt aux pertes annoncées à l’économie des contenus par le piratage et la contrefaçon ont obtient des chiffres qui donnent le vertige. Elles auraient coûtées quelques 250 milliards de dollars par an aux Etats‐Unis. On ne peut qu’être sceptique face à de tels chiffres. C’est la question que le journaliste américain, Timothy B. Lee, s’est avisé de poser au responsable de la communication de l’organisme américain en charge des infractions sur le copyright. Prudent, ce dernier à indiqué qu’il fallait enlever de ce montant, celui spécifique à la contrefaçon. Plus problématique a été le fait que ce journaliste n’a jamais pu obtenir comment la police fédérale a fait ses calculs et comment elle est arrivé à ce chiffre. Pire, elle n’a pas été en mesure de donner ces sources. En fait notre enquêteur s’apercevra qu’une des seule sources plausibles était un article sur la contrefaçon paru dans Forbes plus de dix ans auparavant (1993). Poursuivant son enquête notre journaliste s’adressera alors à une association (IACC) qui réunit des industriels qui se défendent collectivement contre la contrefaçon. Là, il y apprendra que le chiffre donné était une estimation qui couvrait l’ensemble des marchés mondiaux et pas que les Etats‐Unis. De son coté, l’Institut d’Innovation Politique, un groupe de lobbyistes qui pousse à renforcer encore la protection du « copyright », avance une estimation tout aussi fantaisiste de 58 milliards de dollars de pertes annuelles. Elle est en réalité plus proche de 20 milliards selon Timothy B. Lee[3] qui plaide, comme je le fais régulièrement, pour que les sources et les liens soient disponibles afin de stopper ces exagérations. Des chiffres parfois très fantaisistes courent un peu partout comme, par exemple, le fait que la piraterie sur Internet serait à l’origine de la perte de 750 000 emplois. Au gré de la recherche de sensationnel ces estimations fantaisistes ne rendent service à personne.
Que doit‐on comprendre par « démarque inconnue » ?
L’expression est utilisée dans la grande distribution. Elle recouvre les pertes dues à des vols par des clients et du personnel, des consommations sur place, des erreurs de référencements et des prix marqués, des écarts entre les stocks informatiques et les stocks réels, le tout pouvant représenter des sommes considérables. En 2004, la revue LSA faisait état de 6 milliards d’euros de pertes et 4,6 milliards pour seuls les vols de produits en 2006 selon le GRTB VII. Rapportée à l’idée du piratage sur la Toile, ce pourrait être comparé à ce que faisait nombre de garnements lorsque dans les années 60, ils entraient en douce par la porte de sortie pour voir un film sans payer. Les garnements d’aujourd’hui utilisent internet pour se télécharger des films ou des morceaux de musiques sans payer. Ce qui représente un manque à gagner pour les opérateurs (et les ayants droits de la production). Du coup ces derniers ont tout intérêt à hurler le plus fort possible afin de limiter les téléchargements pirates qui diminue d’autant les droits qui leur seront payés. Ceci dit, ces droits négociés avec les opérateurs tiennent compte du manque à gagner de la démarque inconnue, comme le fait la grande distribution qui répercute sur la totalité des clients la perte constatée. Ce dont, bien sur, on ne parle jamais.
Pour une majorité, pourtant favorable au téléchargement légal, les lois en discussion sont taillées sur mesure pour les éditeurs plus que pour les producteurs et les artistes intervenant dans le processus de création. D’ailleurs, beaucoup sont partant sur des façons différentes de les rémunérer. Le problème est que cela n’arrange pas toujours les éditeurs traditionnels. Au début des téléchargements payants, il n’y avait pas de différence de prix entre un achat CD et les singles (20 en moyenne) proposés sur la Toile à 0,97 euros le morceau. On peut comprendre la mauvaise humeur de ceux des internautes qui voyaient les éditeurs confisquer la marge supplémentaire offerte par ce type de distribution. Aujourd’hui, des forfaits de téléchargements illimités sont disponibles car financés par des produits dérivés, la publicité ou le sponsoring. Des offres de téléchargements low cost voire gratuits ne cessent d’être lancées sur la Toile, dont certaines venant de l’étranger, intensifiant la concurrence entre majors et éditeurs imaginatifs. Ce phénomène contribue à dynamiser les marchés et plaide pour une extrême prudence dans les interventions autres que structurelles. Le rapport Olivennes a laissé l’impression regrettable que les « fournisseurs » des copies pirates et les hébergeurs n’étaient pas concernés par les sanctions et les contrôles. Aussi, si les actions de sensibilisation et de communication vers les internautes doivent continuer, il convient néanmoins de rappeler que ce sont d’abord les fournisseurs et les distributeurs de produits numériques illicites qui doivent être inquiétés et que ce message aussi il faut le faire passer. Le Parlement européen vient d'adopter un rapport qui appelle à ne pas criminaliser les consommateurs. De leur côté le Sénat américain et la MPAA, (Association des majors de l’édition musicale) n'ont plus l'intention de s'attaquer directement aux internautes[4]. Ils privilégient la poursuite des individus reconnus coupables de distribution illégale de fichiers. Au Canada, les forces de l'ordre ont cessé de poursuivre les internautes qui téléchargent de la musique et des films et n'en font pas commerce. En d’autres termes, les juges s’intéressent surtout au parasitisme commercial dont sont victimes les ayants droits. Même en France, les juges sont attentifs à tenir compte de l'absence de but lucratif[5]. Les sénateurs français de leur côté ne souhaitent pas criminaliser d’office les internautes.
Le piratage détourné ? Myspace vient de passer un accord avec le site américain Auditude spécialisé dans la promotion des vidéos. Cette société repère les vidéos pirates illégales et les associent à des bannières publicitaires dont certaines dénoncent le piratage. Les revenus tirés de ces bannières sont partagés avec les ayant droits. Pas très orthodoxe, ce procédé qui traque les atteintes au copyright, parasite le piratage et surtout le rend plus visible auprès des internautes ce qui parait une excellente chose. Cela surprend encore les éditeurs de contenus mais MTV Networks (MTV, Comedy Central, Nickelodeon, etc.) qui trouve l’idée astucieuse vient de signer un accord avec MySpace et Auditude pour que ses vidéos piratées deviennent rentables de préférence à des procès toujours aléatoires et coûteux.
Même si cela est long, les marchés s’adaptent et les pertes dues à la démarque inconnue diminuent. L’économie numérique quitte très progressivement la zone far West pour une régulation plus sereine. IDC vient de présenter pour la cinquième année consécutive une investigation sur la « démarque inconnue » (ou piratage pour les éditeurs) dans le monde à la demande de la BSA (Business Software Alliance[6]). Sa principale conclusion est que le piratage de logiciels en 2007 a relativement diminué dans 67 pays et augmenté dans 8 seulement. Si la France reste un pays sous surveillance, une baisse se confirme depuis trois ans. Pour l’Hexagone, l’étude IDC avance que le piratage de logiciels est responsable de la perte de 2,6 milliards de dollars. Oui, mais la France est aussi l’un des plus gros consommateurs mondial de biens numériques. Ainsi selon Comscore, un organisme d’étude dédié au Net, un internaute français regarde 90 movies contre 77 en moyenne pour un internaute américain, ce petit monde étant devancé par les canadiens avec 112 vidéos. Une tendance qui ne pourra qu’augmenter au détriment du temps passé devant la télévision en contribuant à une demande plus importante des débits circulant dans les réseaux des opérateurs. Une des raisons de cet engouement me paraît évidente. La France fait partie des nations les mieux équipées en matière de haut débit. Ce qui peut aussi expliquer l’importance des téléchargements pirates… ou pas, alors que le mode de facturation des opérateurs reste encore neutre par rapport à ces gros consommateurs. Ce qui fait que la majorité des utilisateurs ne paie pas en proportion de leur consommation. Problème qui me paraît, à l’évidence devoir être résolu un jour ou l’autre. Il ne faut pas que la bataille des éditeurs, même légitime à certains égards, ne trompe l’analyse. Malgré le brouhaha actuel, le législateur doit garder à l’esprit qu’il fait l’objet de pressions destinées à maintenir les positions des intervenants alors que se multiplie les initiatives en matière de modèles économiques nouveaux. Face à la démarque inconnue de l’économie numérique les élus doivent sanctionner les dérapages les plus significatifs du « parasitisme » commercial mais en laissant faire les forces du marché des contenus qui se régulera progressivement.
Denis Ettighoffer
[1]-http://www.riaa.com/
[2]-http://www.clubic.com/actualite‐169622‐affaire‐thomas‐ria...
[3]-http://www.freedom‐to‐tinker.com/blog/tblee/piracy‐statis...
[4]-Plutôt que de privilégier le modèle répressif, la justice belge contraint les hébergeurs à installer un filtrage des activités de téléchargements de P2P. En juin 2007, un tribunal de Bruxelles a imposé au fournisseur d'accès à Internet (FAI) Scarlet, ex‐Tiscali, de mettre en place des mesures techniques pour empêcher le téléchargement illégal des contenus de la Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs (Sabam). Le mythe selon lequel il serait impossible d’assurer un filtrage efficace a été balayé par les remises de conclusions d’un expert qui a proposé onze solutions de blocages possibles. Philippe Crouzillacq , 01net.
[5]-A‐t‐on bien évalué les difficultés de disposer des procédés de traçage contre des internautes qui ne savent pas toujours identifier un fichier légal d’un autre que ne l’est pas? Ce qui sera l’occasion d’autant de litiges générant des milliers de procédures auquel les tribunaux devront faire face.
[6]-Pour rappel, la BSA est une organisation mondiale regroupant plusieurs grands éditeurs (Adobe, Apple, McAfee, Microsoft, Symantec, ...) qui revendique une mission de promotion d'un monde numérique légal et sûr. L'une des armes favorites de la BSA dans son " sacerdoce ", est la publication d'études alarmistes et par ailleurs souvent sujettes à caution, dans lesquelles sont pointés du doigt les principaux pays où la piraterie logicielle est monnaie courante avec les pertes toujours colossales que cela engendre pour l'économie mondiale.
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'autres ouvrages, parmi lesquels :
- Mét@-Organisations,
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28.11.2008
L'Internet des objets


Une contribution de Joël de Rosnay* (2/3)
En novembre 2005 à Tunis s'est déroulé le Sommet mondial sur la société de l'information. L'Internet des objets (Internet of things) était à l'ordre du jour. Il représente certes des avantages, mais aussi un danger potentiel, les exemples suivants le montreront.
Objets familiers
Les objets familiers vont de plus en plus communiquer avec nous. Il peut s'agir de nos clés de voiture, d'un parapluie, de notre téléphone portable, d'un sac à main... Ces objets seront dotés de puces électroniques " RFID " (radio frequency identification). Ces petites puces sont capables d'émettre et de recevoir à distance, par ondes radio, vers une balise, un PDA, un téléphone portable… Ces balises envoient un signal qui " interroge " la puce. Celle-ci répond : " Je suis là ! Je mesure tel paramètre " par exemple.
Qui n'a pas égaré sa voiture dans un parking ? Avec cet appareil intégré à votre trousseau de clés, une sorte de petite boussole équipée d'une aiguille indiquera dans quelle direction est garée votre voiture, laquelle allumera ses phares à votre approche… Il en sera de même avec votre téléphone portable ou tout autre objet égaré.
Biométrie
Au premier semestre 2006, la Cité des sciences a consacré une exposition à la biométrie. Bien sûr, on connaît déjà l'empreinte digitale. En revanche, on connaît beaucoup moins l'iris de l'œil, la voix et un certain nombre de signes biométriques facilement reconnaissables comme le dessus de la main ou l'oreille. La biométrie est de plus en plus utilisée dans le domaine de la sécurité, par exemple pour se connecter à un ordinateur ou entrer dans une zone protégée.
Au lieu de retenir mots de passe et codes secrets (du digicode à son numéro de carte de crédit…), un appareil connecté à la prise USB de son PC reconnaît l'empreinte digitale (ou l'iris, ou la voix) de l'utilisateur et l'autorise à entrer dans le programme, la maison ou la zone réservée. Après avoir tapé son code, on applique l'empreinte de son pouce sur une touche tactile du boîtier. La fois suivante, cette opération ne sera plus nécessaire car il suffira d'apposer son pouce sur la zone sensible pour que, automatiquement, la mémoire de la petite boîte, connectée à la prise USB, transmette le bon code.
Personnalisation
Imaginez que vous pénétrez dans un environnement et que celui-ci vous identifie personnellement. L'environnement ajuste immédiatement la température de la pièce, diffuse une musique que vous appréciez ou charge sur le PC le dernier logiciel sur lequel vous avez travaillé lorsque vous avez séjourné dans cet espace. Les aspects pratiques sont évidents, mais cette personnalisation à outrance peut également se révéler inquiétante, comme on le verra.
Périphériques ou " téléphériques " ?
On a beaucoup parlé des périphériques, que je préfère appeler " téléphériques "… Rien à voir avec la montagne évidemment, il s'agit de ces objets portables (clés USB ou autres DVD) que l'on connecte sur n'importe quel PC.
Certaines clés USB contiennent tous les programmes d'un vrai ordinateur. Quand vous les branchez sur un PC qui n'est pas le vôtre, l'ordinateur inconnu charge une configuration identique à celle de votre propre PC. Vous avez l'impression de travailler sur votre ordinateur habituel. Il s'est " booté ", disent les informaticiens. Quand vous retirez cette clé, un système de sécurité détruit automatiquement tous les fichiers que vous avez créés ou utilisés, ce qui ne laisse aucune trace sur le PC de l'hôte. Inutile de préciser que cette clé est très précieuse et que vous n'avez pas intérêt à la perdre… Dans l'Internet du futur, on n'emportera pas toujours son ordinateur ou son PC portable avec soi. On prendra vite l'habitude de se déplacer avec un trousseau de clés USB...
Capteurs intelligents
Les capteurs intelligents sont très utiles pour mesurer la température des bâtiments et réaliser des économies d'énergie. Ces capteurs peuvent aussi détecter des individus en train de s'introduire dans un espace protégé (banque, entrepôt, usine…) et prendre des photos ou des vidéos de quelques dizaines de minutes.
La société Nokia propose un téléphone " M2M " (machine to machine), qui permet d'envoyer des instructions à des machines situées à distance, déclenchant par exemple le bouton de mise en route du chauffage. La chaudière sera équipée d'un téléphone, sans cadran ni clavier bien sûr. C'est une puce électronique qui contiendra les caractéristiques du téléphone classique. Ainsi, quelques jours avant de rejoindre sa maison de campagne, le propriétaire pourra envoyer un SMS au numéro de la chaudière (enregistré dans le répertoire de son téléphone) pour qu'elle allume le chauffage. La chaudière vérifiera au préalable si elle peut ou non se mettre en marche. Si elle ne peut pas démarrer (par exemple parce que la visite de maintenance n'a pas été effectuée dans les délais), son téléphone renverra un SMS ou un message vocal préenregistré indiquant qu'il est impossible de déclencher la chaudière et proposera de contacter directement le réparateur. Si le propriétaire répond " oui ", le système enverra alors un SMS (ou un message vocal) au dépanneur. Voilà en quoi consistent les réseaux de capteurs sur Internet et le langage M2M.
Joël de Rosnay
*Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur.Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l'Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de "Venture capital").
Conférencier, Il est l'auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont pour les plus récents :
-"2020 Les Scénarios du Futur" , Editions Des idées des Hommes - 2007; voir notre interview pour les Entretiens du Futur ici :
http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2007/05...
-"La révolte du pronétariat, des mass media aux medias des masses", Editions Fayard-Transversales - 2006, avec la collaboration de Carlo Revelli.
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26.11.2008
Un Internet de plus en plus mobile


Une contribution de Joël de Rosnay* (1/3)
Chacun aura son petit ordinateur personnel nomade, un mini-PC que l'on pourra emporter partout avec soi, un peu comme les managers avec leur inséparable BlackBerry (organiseur de poche)… D'autres continueront d'utiliser un stylo, mais pas n'importe lequel : un modèle innovant comme celui mis au point par la société Logitech, qui permet d'écrire sur un papier spécial. Les caractères sont numérisés et transmis à l'organiseur ou au PC grâce à un émetteur Bluetooth situé à l'extrémité du stylo. Quant au Digital Pen, il enregistre les mouvements du stylo grâce à un clip fixé sur le bloc-notes. Le procédé est donc un peu différent puisque ce sont les déplacements du stylo sur le bloc qui s'inscrivent sur un écran numérique pour être transférés sur un tableau situé à distance ou sur un ordinateur.
Avec DragonDictate ou ViaVoice d'IBM, deux logiciels qui offrent de substituer la dictée automatique à la frappe, taper sur un clavier devient superflu. Quiconque, équipé d'un microphone et d'un casque sans fil, peut circuler librement tout en dictant des phrases à son PC, lequel écrit directement en format Word à l'écran. Certaines de ces technologies existent déjà, ou seront téléchargeables sur l'Internet de demain.
Un autre exemple possible : une adolescente pourra communiquer avec ses amies grâce à un téléphone-écran se portant, comme une montre, au poignet. L'écran sera souple, comme il en existe déjà. Quand la jeune fille se connectera, elle entendra son amie. Les deux ados pourront proposer à un de leurs camarades de les rejoindre alors que celui-ci se promène au milieu de la foule, dans les rues de Londres. Une fois repéré grâce à la localisation GPS, le garçon, équipé du même appareil, pourra accepter ou non de se connecter et envoyer un message via la messagerie ou leur parler grâce à son téléphone-écran.
On peut encore imaginer que, d'ici à 2020, les guides d'un musée scientifique, par exemple, pourront communiquer avec les visiteurs par l'intermédiaire d'un écran transparent qui s'afficherait sur leur poignet, comme une montre dotée d'un écran large et souple. Un " journal du futur " pourrait être projeté sur cet écran, lui-même connecté au réseau Intranet du musée ou à un réseau extérieur.
Il existe des quantités de situations possibles grâce à ces nouveaux outils. Une personne pourra rester en contact permanent avec ses parents ou ses enfants. Ainsi, une mère pourra suivre les déplacements de son enfant sur l'écran fixé à son bracelet, et lui rappeler qu'il doit aller à son cours de musique... De retour à la maison, cet enfant chaussera sa paire de lunettes spéciales, connectée à l'Internet du futur, et suivra un match de football sur l'écran flottant projeté devant ses lunettes. Tout en regardant le match, il pourra accéder à des informations sur les joueurs ou à des statistiques sur les actions, les buts, etc.
L'Internet du futur offrira de nouvelles applications dans le secteur de la santé également. Par exemple, un patient (ou un sportif) pourra être suivi médicalement par des spécialistes l'informant en permanence de son état de santé. Même la pratique quotidienne du vélo d'appartement pourra connaître une petite révolution. Un vélo un peu particulier, équipé d'un écran et connecté en permanence à un centre médical, transmettra chaque jour aux médecins des informations sur l'état de santé du patient (paramètres cardiaques, tension artérielle, etc.). Il sera alors aisé d'adapter l'entraînement en fonction des progrès ou des difficultés du patient ou du sportif, ou de lui conseiller une alimentation correspondant à la quantité de calories nécessaires pour accomplir un effort donné
Toutes ces nouveautés, l'Internet mobile, les outils de communication à haut débit, les systèmes de communication personnalisés, etc., donnent une idée du " mobile Net " de demain.
Parmi les différents services en train de naître sur cet Internet de demain, les plus remarquables sont certainement la mutualisation des réseaux d'ordinateurs, les nouveaux moteurs de recherche et les nouveaux services dédiés à l'éducation (ou " e-éducation ").
Grid computing
Grâce à l'Internet à haut débit, il est déjà possible de connecter entre eux des PC situés en des endroits différents : ce réseau d'ordinateurs est aussi appelé grid computing (ou grid). La France fait partie d'un grand réseau international de grid computing. De même, en Suisse et en Italie, les ordinateurs qui ne travaillent pas en permanence peuvent offrir une partie de leur " temps libre " à l'exécution de tâches mutualisées (en collaboration avec d'autres ordinateurs donc). La puissance de calcul est telle qu'il est possible de réaliser des opérations impraticables jusqu'à présent, notamment des simulations, des calculs, de la génomique (l'étude des gènes), de la prévision météo (en particulier à des fins militaires) ou des jeux massive multi-users online games (MMOG) qui se déroulent à l'échelle internationale. Dix mille, cent mille, cent cinquante mille joueurs ou plus, représentés sous forme d'avatars, participent à des jeux en ligne, connectés via ces ordinateurs en réseaux. Dans quelques années, ces PC interreliés pourront être utilisés à d'autres fins, proposant par exemple une forme d'éducation mutualisée à l'échelle
Web intuitif
Les moteurs de recherche (Google, Exalead ou Yahoo) que les internautes du monde utilisent quotidiennement proposeront eux aussi de nouvelles applications dans l'Internet du futur. Pour les non-pratiquants du Net, je précise que ces moteurs de recherche, constitués d'ordinateurs en réseau, acceptent les requêtes par mots-clés sur tous les sujets possibles. Les réponses obtenues, classées par ordre de pertinence par rapport à la question posée, apparaissent sous forme de listes de références ou d'informations cliquables.
Grâce à ces robots logiciels, le " Web sémantique " va émerger en 2020. Il s'agira d'un Web " intuitif " : au lieu de répondre à votre recherche en recommandant un ou plusieurs sites à visiter, le Web intuitif établira des liens entre vos demandes précédentes. L'historique de vos requêtes sera mémorisé sur votre PC (avec votre accord bien sûr). Cet historique permettra de placer votre demande dans un contexte plus large et, ainsi, d'augmenter vos chances d'affiner vos recherches et d'apporter une réponse plus pertinente. Cette technique va radicalement modifier le travail de recherche.
Des chercheurs utilisent déjà différents types de robots logiciels, mais les moteurs de recherche du Web intuitif vont créer une série de nouveaux services, ou " Web services ".
Les services de mutualisation entre usagers vont ainsi se développer. La mutualisation a démarré avec le téléchargement de musiques sur le Net. On estime que soixante-deux millions de jeunes ont déjà pratiqué le téléchargement grâce aux logiciels Napster ou Gnutella. La musique téléchargée est stockée sur les PC d'autres utilisateurs, qui peuvent à leur tour télécharger des morceaux de n'importe quel artiste. On connaît les problèmes juridiques que le téléchargement pose en matière de reproduction et de droits d'auteur. Le téléchargement touche également la vidéo, avec des logiciels comme BitTorrent, ou la nouvelle télévision en pair à pair (P2P), lancée en 2007 sous le nom de Joost par Janus Friis et Niklas Zennström, les créateurs de Kazaa et de Skype.
Parmi les nombreux Web services, l'un des plus importants reste le téléphone en P2P, avec Skype notamment. Contrairement au téléchargement illégal de musique (c'est-à-dire télécharger gratuitement sur des sites pirates pour ensuite revendre), ce système gratuit de téléphonie, qui offre un son d'excellente qualité grâce aux relais d'ordinateurs, est tout à fait légal. Tout le monde a le droit de téléphoner, même si cela ne satisfait pas les grands opérateurs... L'intérêt de la téléphonie gratuite est d'offrir un service tout en proposant des services complémentaires payants à forte valeur ajoutée. J'y reviendrai plus loin. Sur ce modèle, la mutualisation de services (musique, expertises, troc, livres, télévision…) va se généraliser dans l'Internet du futur.
E-commerce interactif
Jusqu'à présent, les consommateurs étaient des individus passifs et plutôt mal identifiés. Les fabricants réalisaient des études de marché et achetaient de la publicité pour les inciter à consommer. Les producteurs et leurs réseaux de distribution offraient des produits ou des services dans un lieu dédié à la vente, que les acheteurs décidaient d'acheter ou non.
Grâce à Internet (et, avant Internet, au Minitel), la donne est en train de changer. De plus en plus de consommateurs exigent une vraie valeur ajoutée et un service personnalisé. Pour obtenir satisfaction, ils envoient en permanence de l'information aux fabricants ou à leurs distributeurs. Grâce à ce retour inespéré, désormais, le producteur peut mieux connaître les attentes de ses clients potentiels.
Par conséquent, la relation producteur/consommateur évolue et s'apparente davantage à un contrat entre un prestataire et un usager. Les entreprises ont vite pris conscience qu'elles dégageraient plus de gains en vendant des produits (par exemple des mises à jour de logiciels) à des clients bien identifiés plutôt qu'en écoulant leurs produits auprès d'acheteurs qu'elles ne connaissent pas et dont elles risquent de perdre la trace dès que ceux-ci auront disparu avec leur machine à laver, leur téléphone ou leur automobile…
Tout le nouveau commerce d'Internet, le " e-commerce " moderne interactif, consiste à exploiter l'interaction créée entre les producteurs et les consommateurs et à cerner le plus précisément possible la demande, afin de répondre à leurs attentes de manière personnalisée.
Technologies d'apprentissage et e-éducation
Dans la société à venir, un des grands espoirs de l'Internet de 2020 me semble incarné par les technologies d'apprentissage ou la "e-éducation ".
Grâce au satellite, on peut appliquer des technologies complexes à beaucoup de monde, mais on peut aussi s'adresser à quelques personnes (un professeur diffuse son enseignement à plusieurs élèves), voire à une seule (c'est le tutorat), avec l'enseignement personnel assisté par ordinateur. Entre les deux solutions, il existe aussi des systèmes d'évaluation par vidéoconférence
Aujourd'hui, mais plus encore dans les prochaines années, les entreprises proposeront à leurs salariés des modules de formation " à la carte ", sur Internet ou Intranet (avec tuteurs ou professeurs médiateurs).
Même si modèles économiques et systèmes d'évaluation restent à inventer et qu'il demeure nécessaire de faire reconnaître officiellement ces modes d'éducation par les États, il apparaît déjà comme certain pour la plupart des prospectivistes en matière d'éducation que les systèmes éducatifs et d'apprentissage représenteront un des secteurs majeurs de l'Internet de demain.
Joël de Rosnay
*Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur.Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l'Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de "Venture capital").
Conférencier, Il est l'auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont pour les plus récents :
-"2020 Les Scénarios du Futur" , Editions Des idées des Hommes - 2007; voir notre interview pour les Entretiens du Futur ici :
http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2007/05...
-"La révolte du pronétariat, des mass media aux medias des masses", Editions Fayard-Transversales - 2006, avec la collaboration de Carlo Revelli.
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26.10.2008
Rizotto, CACO et rhizomes : bienvenue à la bl-EGO-sphère !


Une contribution de Brice Auckenthaler*
- Web / Temps 1 : back to 3 milliards d'années, le risotto
La conception du Monde, Dieu s’y est mis tout seul et s’en est plutôt pas mal sorti. Le Big Bang qui en résulta créa une énorme bouillie. Appelons-la risotto, c'est plus appêtissant. Comme tout bon risotto, c'est le touillage lent et délicat de chaque ingrédient qui déclenche la magie.
Quant aux innovations qui ont rythmé le progrès, la plupart sont le fruit d’intuitions personnelles [Léonard de Vinci ou Jules Verne continuent à faire fantasmer aujourd’hui], de besoins a priori égoïstes [le walkman est né de l’envie d’Akito Morita –président de Sony à l’époque- d’écouter de la musique en jouant au golf], de constats solitaires [James Dyson inventa l’aspirateur sans sac alors qu’il n’en avait pas la compétence technique mais était confronté à une interrogation : comment se fait-il que mon aspirateur n’aspire plus alors que le sac n’est qu’à moitié plein ?]. Ou bien d’expérimentations osées [le Post-it® -fruit d’un ingénieur qui mis au point une colle qui se décolle- est plutôt rupturiste pour une entreprise qui fabrique des adhésifs !]. Voire de hasard personnel : ainsi le mythe du Roquefort découvert par un berger qui avait laissé traîner une miche de pain avec du lait qui a fermenté…
Moralité # 1 pour Web 3.0 : arrêtons de penser que le web et l'innovation sont affaire de bouillie collective seulement. Quelque soit l'option technologique, cela restera avant tout une question d'envie, de conviction, d'implication et de pilotage individuel.
- Web / Temps 2 : aujourd'hui, la CACO
Serge Tisseron a coutume de dire que toute invention est la réalisation d’un fantasme. A l’aube de ce 3ème Millénaire -où relationnel et transparence sont les nouvelles antiennes des hyperliens que nous souhaitons tous tissés- c'est désormais la capacité à innover à plusieurs et à produire des idées collectivement qui semble être devenue la façon de concrétiser ce fantasme. Trois ruptures ont favorisé cette évolution : la place prise par l'innovation en tant qu’outil de management ; l’interactivité foisonnante du web 2.0; le développement des économies de service.
Toutes les études le confirment : le client final devient de plus en plus expert marketing ; il s’implique dans sa relation avec les émetteurs d’offres que sont les marques, n’hésite plus à contester quand il estime que cette relation est insatisfaisante, se met à résister, voire à boycotter [cf. la propagation viral d’Internet]. Linux a posé les bases de cette co-conception en inventant l’OpenSource qui permet à des passionnés [pas forcément des professionnels] d’améliorer une version bêta d’un logiciel et d’en être ainsi co-auteurs. Plus récemment, Intel a annoncé fin 2006 qu’il offrait 300.000 dollars aux clients qui apporteraient des innovations gagnantes [1] . Le gagnant a été désigné au Spring Intel Developer Forum qui s’est tenu en mars 2007 à San Francisco. Et fin décembre 2006, le magazine Time a élu comme personnalité de l’année ‘You’ -vous et moi. Dans son édito, Richard Stengel, l’éditeur en chef, explique que cette nomination est un hommage à ce qu’il appelle l’avènement des ‘user generated contents’ "[2] nouveau comportement collectif qui devrait, selon lui, transformer l’art, la politique et le commerce par l’intervention créative et pertinente d’amateurs.
Quel rapport peut-il alors bien y avoir entre la Ratp, le collectif Creative Commons, Innocentive [3] [site initié par Elli Lilly], la chanteuse islandaise Björk, la nouvelle Fiat 500, les sites YouTube.com ou MySpace.com, l’initiative française wat.tv, Mastercard, Findus, la confiture d’innovation d’IBM, le site d’Apple ipodloundge, la marque Dove, Agoravox, les universels Wikipedia, Citizendium ou answers.com, le coréen ohMyNews, le français Rue89, les américains Threadless, Boeing ou mom’s inventors, ou encore A swarm of angels, Crédit Mutuel, EDF et Current TV d’Al Gore …?
Tous ont ouvert leur processus de création en invitant dans la cuisine -qui des collaborateurs issus des différents départements de l’entreprise, qui des clients ou des consommateurs- à se mêler de ce qui ne les regardent à priori pas du tout : la conception du risotto innovant.
Cette nouvelle ouverture, expertsconsulting l'a appelé la CACO [Conception Assistée par COllaborateurs et Consommateurs].
Moralité # 2 pour Web 3.0 : après l'innovation à tous les étages de l'entreprise [cycle des années 90], voici peut être venu le temps où les portes de l'entreprise volent en éclats pour convier les clients dans la cuisine de la conception de nouvelles initiatives [4].
Arrêtons de penser linéarité, chronologie, hiérarchie, autorité top-down. Pensons zig zag, chemin de traverse, confiance.
- Web / Temps 3 : demain. Bienvenue à une économie en rhizomes où c’est nous qui créons les pièces du L-EGO !
Côté entreprises, la gestion des ressources humaines devient de plus en plus problématique du fait d’une démotivation croissante. D’autre part, les marchés sont de plus en plus poreux, rendant les marques potentiellement concurrentes les unes des autres. Ce phénomène trouve son pendant au travers de la transparence grandissante des frontières entre l’entreprise et les clients.
Côté science, nous venons de découvrir [5] que [formidable espoir généré !], chez des humains, l’activité d’un messager chimique clef, la dopamine, affecte des circuits neuronaux vitaux impliqués dans les "circuits de la récompense » [motivation, apprentissage].
Et, outre Rhin, des chercheurs de l’Institut Max Planck de neurobiologie et de l’Université de la Ruhr-Bochum viennent de prouver que les cellules nerveuses du cerveau adulte ne recevant plus d’informations de la part de leurs neurones voisins sont capables de tisser de nouveaux contacts avec d’autres neurones. Le cerveau humain contient environ 100 milliards de cellules nerveuses, chacune d’entre elles possédant 10.000 à 20.000 contacts avec des neurones voisins. Ce réseau permet notamment de recevoir et de traiter les informations sensorielles. Or, si des informations provenant d’un des organes sensitifs manquent, comme c’est le cas par exemple lorsque la rétine d’un œil est endommagée, les cellules nerveuses liées à la zone touchée ne reçoivent plus d’informations.
Les scientifiques ont pu montrer que, dans ce type de traumatisme, ces cellules restructurent leur réseau [Boris Cyrulnik appelle cela la résilience]. Quelques jours après une lésion de la rétine, ces neurones développent des prolongements trois fois plus vite que les neurones voisins n’étant pas directement concernés par le dommage. Ces prolongements permettent de trouver et d’identifier les cellules voisines adéquates pour l’échange de données.
Moralité # 3 pour Web 3.0 : le réseau sera rhizomique ou ne sera pas..
Arrêtons de penser mondialisation, glocalisation. Cela fusille [cf. la bulle financière actuellement] et épuise la planète. Pensons pêche [lancer le bouchon le plus loin possible dans l'avenir pour tisser des liens et inventer des scénarios excitants] et interconnections [tous et chacun liés –et récompensés- par la force du crowdsourcing].
Pensons bl-EGO-sphère imaginative [chaque ego valorisé et satisfait pour la création et la co-animation d'un puzzle Lego constitué de nouvelles belles causes collectives].
Pour garantir un succès pérenne désormais, impliquons collaborateurs et clients pour en faire des auteurs, concepteurs et ambassadeurs des offres dont ils seront, demain, consommateurs. Et entrons de plein pied dans la nouvelle économie de l’imagination collective.
- Sommes-nous entrés dans un monstrueux bazar ingérable ?
La plupart des initiatives testées en ce moment se sont avérées de vrais bazars à mettre au point et à animer. Pour ne pas se laisser submerger par les débordements créatifs en provenance de l’intérieur et de l’extérieur, la conception collective nécessitera une équipe de pilotes animateurs enthousiastes. Le pouvoir ne vient plus d’en haut, mais du cœur du réseau.
Autre erreur à éviter : penser que créer collectivement, c’est systématiquement du collectif. C’est tentant, car c’est une Lapalissade, mais c’est ingérable, car solliciter trop intensivement des équipes bute contre les disponibilités de chacun. A l’instar des sports collectifs, c’est la l’agrégation d’individualités complémentaires qui crée souvent l’étincelle. Et surtout, c’est l’alternance de phases collectives et de phases individuelles, où chacun apporte son expertise pointue et spécifique, qui garantira l’accouchement d’initiatives probantes.
Ensuite, il faut avouer que le résultat est souvent assez décevant qualitativement : wat tv est pour l’instant assez pauvre en contenu ; et la plupart des jolies idées soumises sur www.ipodlounge.com [où les prototypes présentés sont tous d’origine extérieure –ce qui met une gentille pression sur les ingénieurs dans la boîte : ‘’Regardez ce que nos clients eux-mêmes sont capables de concevoir sans nous...!’’] s’avèrent techniquement irréalisables par Apple.
Autre inconvénient de la conception collective : la remise en question. Ainsi l’initiative Ideastorm, lancée en février 2007 par Dell, géant de l’informatique, auprès de la communauté de ses clients. Plus d’un million de visites, plus de 7.000 suggestions générées… dont beaucoup n’allaient pas dans le sens des décisions qu’avait prévu le management de Dell.
Autre tentation : croire que n’importe qui peut créer collectivement. Certains artistes, designers, ou concepteurs sont de vrais autistes et ne conçoivent pas être mêlés à d’autres créatifs, pire, à des amateurs. Il y a également un effet pervers : laisser entendre que l’entreprise n’est plus capable d’étonner ses clients et qu’elle a besoin d’eux pour cela. La délégation de créativité peut alors se transformer en démission perçue. Le résultat est parfois décevant aussi parce que l’initiative collective est paralysée par son ambition : l’idée meure car elle est trop non politiquement incorrecte, ou demande beaucoup de courage et d’énergie pugnace.
- 5 conditions pour le Web 3.0
Pour que le résultat d’une démarche de conception collective soit meilleur que si elle n’existait pas, et afin que le bazar collectif créatif n'explose pas en vol, il faut respecter 5 conditions :
- la confiance mutuelle [un client qui doute de la sincérité de la démarche ne s’impliquera pas],
- un problème clairement identifié, qu’une communauté créative serait plus à même de solutionner qu’un chercheur tout seul,
- un modérateur agitateur [souvent un consultant, gardien du temple et de l'exigence mutuelle],
- un cruise control fin pour piloter le processus. Et, enfin,
- un mode de rémunération cohérent avec l’enjeu [ainsi, récemment, You Tube s’est résigné à payer les gens qui lui envoient des vidéos].
Quand la communauté créative est pilotée sans arrière-pensées du type, ‘il faut absolument que cela marche à tous les coups/coûts’…, quand elle invite les collaborateurs, les clients et les citoyens à mettre la main à la pâte en leur expliquant clairement les véritables enjeux et les règles du jeu, alors, oui, le résultat pourra être probant. Et renforcera, n’ayons pas peur des mots, la fierté d’avoir acheté un bien ou un service vraiment particulier, puisque ces créatifs d’un nouveau genre auront contribué à les concevoir.
Un nouveau système nerveux est en train de se créer qui changera la façon dont nous percevons le monde. Mais aussi la façon dont le monde change. Ses conséquences sont à la fois difficiles à connaître et impossibles à estimer.
Beaucoup de rêveurs créatifs vont arriver, vont-ils réussir à apprendre à jouer avec d’autres ?
Brice Auckenthaler
[1] Détails sur http://www.intel.com/idf/corechallenge.htm. Netflix procède de même : http://www.netflixprize.com où les clients sont invités à co-créer des innovations ou des améliorations entre octobre 2006 et octobre 2011 ! Grand Prix : 1 million de dollars !
[2] Edito page 4 de Time Magazine 25/12/2006 : ‘’User generated content’’ : contenus créés par les utilisateurs.
[3] Plus de détails au chapitre ‘’Les outils de l’imagination collective’’. Et sur http://www.innocentive.com/
[4] Selon Procter & Gamble, 50% des innovations devraient provenir de l’extérieur de l’entreprise [contre 15% seulement aujourd’hui].
[5] Octobre 2008 : Jean-Claude Dreher du Centre de neuroscience cognitive (CNRS/Université Lyon 1), en collaboration avec une équipe américaine du National Institute of Mental Health (Bethesda, Maryland
Brice Auckenthaler est associé d’expertsconsulting, spécialisé dans le management de l’innovation et l'innovation; il est aussi enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur l’innovation et la prospective dont les deux derniers : "L'imagination Collective", Editions Liaisons juin 2007 et "Imagination 3.0" janvier 2008.
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15.10.2008
Après le Web 2


Une contribution de Emmanuel Gadenne*
Le Web 2.0 a vu l'apparition d'une multitude de nouveaux acteurs dans des domaines très divers : réseaux sociaux, blogs, microblogs, wiki, partage de photos, de vidéos, de liste de musique, de favoris, de slides…
Aujourd'hui, beaucoup de sites web veulent s'accrocher au train du Web 2.0 en se revendiquant communautaires, en ajoutant une fonction ajout d'amis, un statut ("What am I doing ?") et des possibilités d'échanges : tags, rating, commentaires…
L'usage de tous ces sites Web 2.0 requiert une procédure classique et répétitive : saisie de son profil, ajout de sa photo, invitation de ses amis à partir de son webmail, renseignement de son statut, puis activité en ligne pour exister a minima sur l'outil, et pouvoir, peut-être, commencer à en titrer quelques profits. Tout cela est bien fastidieux, surtout si l'on veut tester le dernier réseau social ou le dernier outil de microblog à la mode !
Une première simplification est déjà en marche. Ainsi, Google dans un outil comme YouTube permet déjà la signature reposant sur la réutilisation directe de son compte Google. On tend ainsi à avoir un compte unique (son compte Google) pour accéder à une multitude d'outils. Ainsi, en ce qui me concerne, j'accède avec le même compte aux outils YouTube, Gmail, iGoogle, Google Reader, Google Maps, Blogger, Analytics, Google Docs.
Un deuxième type de transformation viendra aussi du rachat des acteurs de niche par les grands acteurs qui s'étendent sur tous les créneaux : Microsoft et Google en ce qui concerne le Web.
La nouveauté viendra aussi de la gratuité ! Pour barrer la route à son adversaire, rien de tel que de l'attaquer au niveau de son business plan. C'est ainsi que Google offre Google Docs gratuitement pour barrer la route à Microsoft qui tire une grande partie de ses revenus de Microsoft Office. En échange, et c'est de bonne guerre, Microsoft propose Live Search sans affichage de liens sponsorisés pour barrer la route à Google qui tire de ces liens sponsorisés la majorité de ses revenus. Sur ce principe, on verra peut-être des leaders absents du marché des réseaux sociaux proposer des clones de Facebook sans publicité ou des clones de LinkedIn ou de Viadeo sans abonnement premium.
Au-delà, je pense que l'après Web 2.0 sera un Web vraiment centré autour de l'internaute.
Les données de l'internaute seront centralisées dans un espace unique, car on a qu'un seul nom, qu'un seul prénom, qu'une seule date de naissance, etc. L'internaute pourra en revanche choisir quelles données il souhaite diffuser dans quels sites. Ainsi par exemple je m'appelle Emmanuel Gadenne dans Facebook comme dans Viadeo mais je ne souhaite pas utiliser la même photo de profil dans ces deux sites.
On aura aussi la possibilité de saisir une information dans une interface centralisée et de la diffuser sur plusieurs sites. Par exemple l'information "J'interviewe Osiris Martinez" qui fait référence à un billet de mon blog et qui est à la fois pro et perso pourra être publiée de façon simultanée en direction de Facebook, Twitter, LinkedIn, Plaxo, Frienfeed, Plurk, Viadeo…
Mon réseau d'amis sera aussi consultable en un point unique : je verrai ainsi plus facilement les contacts avec lesquels je suis en relation à la fois dans Facebook, Viadeo et LinkedIn, ainsi que les contacts qui font partie de la communauté des lecteurs de mon blog.
L'interface Web de demain sera donc centrée autour de la donnée. Si je change de nom ou de prénom, je dois pouvoir le faire en un point. Si je veux établir un contact en ligne avec mon cousin, je dois pouvoir lui envoyer en un clic une demande pour Facebook, Plaxo, Viadeo et LinkedIn. Idem pour le détails de mes expériences professionnelles, je dois pouvoir en centraliser la description en français et en anglais s'en avoir recours à des copier-coller.
Lorsque je décide de devenir utilisateur d'un nouveau site Web, je pourrai alors autoriser celui-ci à récupérer les données que je souhaite lui transmettre (nom, prénom, date de naissance…) tout en précisant celles qui sont inaccessibles et celles qui ont un accès réservé, et ce sans aucun copier coller ni ressaisie. Si le nouveau site sollicite de nouvelles données, par exemple mes essais préférés, ceux-ci seront stockés dans ma base de données personnelle et utilisables par la suite par d'autres sites avec mon autorisation.
Le Web de demain permettra de stocker nos données et nos fichiers sur Internet et d'en donner un accès facile.
Les moteurs de recherche seront aussi d'avantage basés sur l'analyse du sens que sur la recherche de mots clés. Aujourd'hui si on tape "Acheter voiture" dans Google, on obtient une liste très pertinente de choix pour nous guider dans l'achat d'une voiture.
Mais si on veut connaître le marché de la pomme aux Etats-Unis une requête du type "apple market US" ne nous renseigne pas du tout ! Et oui, il aurait fallu lancer une recherche sur "apple fruit market US". Google devrait me suggérer cette requête…
Si le CV en ligne de ma base de données personnelles précise que je suis fabricant de jus de fruit, où si mon réseau de contacts comporte de nombreux producteurs de pommes, Google aurait même pu me l'exécuter par défaut si j'utilise le bouton "J'ai de la chance", tout en me proposant un lien alternatif "apple computer market US"…
Emmanuel Gadenne
*Emmanuel Gadenne est Consultant Manager chez Sopra Group et animateur d'un blog sur les nouveaux usages du Web (http://www.webusage.net/)
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13.10.2008
Le Web 3D collaboratif


Une contribution de Philippe Peres*
Le web 2.0 et le web 3D qui lui fera suite ne sont que les préludes de changements sociétaux plus importants.
Nous sommes sans doute à l’aube de profondes mutations de nos sociétés occidentales modernes avec des conséquences au niveau de l’organisation du travail (travail collaboratif), du social (réseaux sociaux) et du politique (démocratie participative) qui devraient au final donner une plus grande liberté de choix à l’individu (fin de la société de consommation et de la société de masse, passage à la société de la connaissance et de l’intelligence collective).
Mais les changements de paradigmes socio-économiques se font aussi souvent dans la douleur car la résistance au changement est bien là.
C’est dans cette logique d’innovation sociale qu’il faut imaginer des outils collaboratifs qui ont un potentiel de changement des pratiques. La tâche est ardue, les résistances sont nombreuses, mais au final le projet est vraiment porteur :
E-learning d’abord pour changer les apprentissages en replaçant l’individu au cœur du savoir et en lui donnant la maîtrise de ses savoirs, Travail collaboratif et réseaux sociaux ensuite pour replacer l’individu au cœur des pratiques sociales (travail, loisir, consommation).
Sans oublier bien sûr la dimension politique qui donne sens à ces mutations, car que faire de cette plus grande liberté de choix qu’apporte la technologie ? C’est là qu’on peut rejoindre aussi le concept d’éco-innovation, de l’innovation orientée développement durable.
Ces outils sont web et 3D. Pourquoi ?
D’ici moins de 5 ans, en allumant votre ordinateur, sous Linux, Windows, Mac ou tout système d’exploitation, ou Web OS, vous accéderez à un bureau virtuel en 3D à partir duquel vous pourrez lancer différentes applications et accéder à des environnements web en 3D temps réel.
Car la 3D temps réel n’est pas seulement réservée au domaine du jeu, comme on pourrait le penser au premier abord. Elle permet aussi de développer de nouveaux environnements de travail collaboratifs (réunion à distance en web conférence, formation en classe virtuelle), de e-commerce (boutiques et galeries commerciales virtuelles) ou de réseaux sociaux d’expression et de partage (espaces personnels 3D) …des applications tant professionnelles que grand public qui reposent sur la 3D et la collaboration en temps réel.
La 3D est là pour apporter une dimension supplémentaire (un supplément d’âme) plus esthétique mais aussi et surtout pour permettre un accès plus immédiat à du contenu multimédia : c’est l’idée d’ « image habitable », telle qu’exposée par Sylvain HUET et Philippe ULRICH : « Habiter une image, c’est comme habiter une maison : on y entre, on y reçoit, on y partage, on y travaille, on s’y repose, on la construit, on l’emménage, on l’agrandit, on la range, on la dérange. La seule différence, c’est que l’image qu’on habite n’a pas de matérialité, ou plutôt sa matérialité est changeante : tel mur n’est pas constitué de ciment, mais se trouve être une parcelle de surface magnétique quelque part sur un disque dur, mais aussi quelques transistors d’un ordinateur, mais aussi quelques états électriques d’un câble coaxial, et pour finir quelques électrons dans le tube cathodique de votre moniteur. Réel ou virtuel, là n’est plus la question, car tout ce que vous faites dans cette image, c’est-à-dire tout ce que vous communiquez dans cette image est bien réel : ce que vous faites aux autres, ce que vous dites aux autres est aussi réel que si vous utilisiez un support matériel. On parle souvent de “l’âme d’une maison”, en évoquant en fait les traces que les habitants et les visiteurs y laissent. Il en est de même pour l’image qu’on habite : elle est marquée par la vie qui s’y organise. »
On l’aura compris, ces environnements web 3D sont donc de vrais lieux de vie, multiutilisateurs, des environnements riches, conviviaux, multimédia et qui donnent véritablement sens à l’idée de convergence (voix, données, images). La 3D n’étant qu’une fonction parmi d’autres (car l’environnement 3D est le contexte naturel des échanges et des rencontres) telles que des fonctions réseau, audio, vidéo, web, sql…nécessaires à la mise en place de solutions collaboratives en ligne.
Ces environnements s’inscrivent dans une logique « 2.0 », UGC (User Generated Content), à charge pour leurs occupants de les personnaliser et d’imaginer les modes de vies et d’interactions qu’ils pourront avoir en leur sein.
Des environnements qui font appel à de nouveaux « architectes du virtuel », des architectes soucieux d’écologie et de développement durable, des architectes soucieux d’esthétique mais aussi de sécurité informatique et du respect de la vie privée. Des architectes dont les compétences sont tant la maitrise des réseaux, de la sécurité, des bases de données et de la programmation que celle de la conception et du développement 3D, de l’animation d’avatars, du design 3D et du sens de l’esthétique.
Autour de ces environnements, c’est un véritable écosystème qui peut se mettre en place : implication de la communauté des développeurs et des infographistes 3D pour designer et meubler ces mondes 3D, des sponsors et publicitaires pour financer les environnements grands publics ouverts, de partenaires pour commercialiser les environnements privatifs.
Les environnements virtuels collaboratifs ne remplaceront jamais les environnements réels et l’interaction humaine directe mais ils permettront surement de s’en rapprocher et d’offrir ainsi une meilleure qualité de vie, une plus grande facilité de communication, d’interaction et de collaboration entre personnes distantes, plus de souplesse et d’autonomie au travail, des possibilités nouvelles d’apprendre de développer et de partager ses connaissances.
La société de la connaissance et de l’intelligence collective (au service d’individus plus libres et plus responsables) qui est notre futur à tous repose sur une nouvelle économie de l’immatériel, sur des innovations orientées développement durable, mais aussi sur ces technologies collaboratives et temps réel, et sur les architectes du virtuel qui les bâtirons en vue d’un monde meilleur.
Philippe Peres
*Philippe Peres est Président de I-Maginer
Voir une illustration vidéo sur : http://www.youtube.com/watch?v=sv-aRyKc7aA
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09.10.2008
Demain l'intelligence des données


Une contribution de Hubert Guillaud* (4/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"Quand on regarde l’avenir, on a souvent tendance à penser que le changement le plus radical reposera sur l’internet des objets, une intelligence qui va bouleverser notre relation avec eux et leurs relations entre eux. Bien sûr, parce qu’on va les tenir dans nos mains, parce qu’ils vont bouger sous nos yeux, ces changements-là seront spectaculaires.
Pourtant, demain, il n’y a pas que les objets qui seront intelligents : il y aura aussi les données. Et l’impact de ce changement pourrait bien être tout aussi radical.
Voilà longtemps que Tim Berners-Lee nous explique que le web sémantique est l’avenir du web (voir la traduction de l’article originale dans la lettre de l’URfist de Toulouse de novembre 2001 .pdf). Reste que le terme est difficile à faire comprendre et entendre à bien des néophytes. Sans compter que l’évolution qui se profile dans le domaine des données ne repose pas seulement sur la sémantisation du web et ne se résume pas à inscrire des méta-données pour décrire les données.
L’intelligence des données (au sens, plutôt, que l’on donne à “intelligence économique”), c’est d’abord leur abondance et leur accessibilité, même si chaque donnée demeure elle-même tout à fait brute. C’est par exemple accéder aux données de tel capteur, de telle caméra ou de tel moniteur. C’est la possibilité, demain de tracer n’importe quel évènement du monde réel. C’est la fouille de données accessible depuis chez soi, permettant d’analyser les statistiques de la criminalité ou de la circulation dans sa ville, ou des informations sur ce que lisent les gens, avec un raffinement de détails, des modalités de recherche et de précision dans la requête toujours plus grands.
Ce n’est donc pas seulement la sémantisation qui change la donne, mais aussi l’accès à un nombre croissant de données, associé à la possibilité de les reconfigurer, de les recombiner sans cesse, de plus en plus facilement, pour en tirer des intuitions neuves ; la possibilité d’en faire des mashups, de produire des nouveaux services dont elles forment la matière première… Quand les données elles-mêmes ne sont pas “intelligentes”, leur masse, bien exploitée, peut produire du sens bien au-delà de ce que nous imaginons, comme l’explique Ian Ayres. Pas seulement des masses d’information statiques et statistiques d’ailleurs, mais des données qui vont être de plus en plus dynamiques, parce qu’elles seront accessibles à distance et en temps réel bien sûr, mais surtout parce que ces données mêmes seront le résultat de flux de données eux-mêmes mouvants. De combinatoires. De formules appelant d’autres données, provenant de bases sémantisées, de nos historiques de navigation, ou de requêtes sur des applications tierces.
Comme l’imageait Bradley Horowitz, responsable du département des nouvelles technologies chez Yahoo, en évoquant l’avenir de l’internet des objets pour la BBC : “Mon téléphone sait toujours l’heure qu’il est. Il sait approximativement toujours où je suis via GPS ou via le réseau téléphonique qu’il utilise. Si le système sait aussi que je suis présent à tel évènement à telle heure (via mon agenda ou mes messages), alors quand je prends une photo, le système est capable d’automatiser l’étiquetage de cet évènement et d’introduire les métadonnées automatiquement. C’est ce vers quoi nous tendons : un monde où le qui, quoi, où et quand peuvent être générés, lus et résolus automatiquement par les machines.”
Le croisement des données elles-mêmes, au lieu et à l’heure où elles sont collectées ou regroupées va en générer de nouvelles.
L’intelligence des données, ce n’est pas que le web sémantique, c’est aussi le web implicite, celui qui comprend ce que vous faites, ce que vous avez fait et en déduit ce que vous allez faire. C’est celui qui trace vos données, votre histoire, qui suit votre “parcours”, votre “chemin” pour apprendre de vous et mieux vous servir et qui se diffuse demain au-delà du web, jusqu’à nos mobiles.
L’intelligence des données c’est enfin ce web que nous façonnons à coups de liens, d’étiquettes, d’intelligence collective : “Chaque fois que nous forgeons un lien entre les mots, nous lui enseignons une idée”, disait Kevin Kelly. C’est ce web qui apprend de nous. Ces données qui prennent du sens quand on les touche. Nos actions qui deviennent une donnée primordiale pour donner de l’intelligence à l’ensemble. Un web sémantique a posteriori, en quelque sorte, qui repose sur le constat qu’il semble parfois plus difficile de rendre les données “intelligentes” en les qualifiant a priori, que d’acquérir une “intelligence”, une perception et une compréhension riches, des données brutes que notre monde produit à jet continu.
Assurément, l’intelligence des données va transformer notre rapport à l’information aussi sûrement que l’internet des objets va bouleverser notre rapport à notre quotidien (l’un n’ira pas sans l’autre d’ailleurs).
Nous allons mesurer le monde, notre vie, notre entourage, notre réseau comme jamais. Tout sera traçable et tracé, comme le montre d’une manière ludique Socialistics, cette petite application pour Facebook qui mesure les pulsations de votre réseau social. Un outil de lifelogging (ces outils qui augmentent notre intimité d’informations) qui rassemble toutes les données de votre réseau relationnel pour produire des mesures vous permettant d’en connaître les tendances (répartition par âge, par ville ou pays, par genre, par tendances politiques ou religieuses…). Cet outils de classement et d’analyse illustre à merveille la puissance de l’information que l’on pourrait être capable de produire demain. Cela ne va pas seulement nous donner accès à une “nouvelle classe d’outils”, comme l’évoquait Tim Berners Lee, mais radicalement changer nos pratiques, notre regard sur celles-ci et sur tout ce que nous faisons et nous entoure.
Reste qu’il ne faut pas oublier que les données ne sont pas intelligentes pour elle-mêmes. Leur couplage peut aussi produire des syllogismes faciles et des erreurs d’interprétation : coupler une base de donnée statistique sur la criminalité et une autre sur la pauvreté de la population fera peut-être ressortir l’image fameuse des “Classes laborieuses, classes dangereuses”. Cela n’en fait pas forcément une vérité, disait déjà l’historien Louis Chevalier. Et puis, on n’est pas obligé d’aimer la perspective d’un monde infiniment lisible, traçable et analysable. Ca ne doit pas nous empêcher d’y réfléchir."
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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Vers un Web granulaire


Une contribution de Hubert Guillaud* (2/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"La conception web peut-elle devenir plus granulaire ? Par granulaire, on entend la possibilité de composer des sites web complexes à partir de “pièces détachées”, de fonctions unitaires externalisées auprès d’autres acteurs. Ainsi, on peut de plus en plus imaginer l’externalisation de processus tels que l’authentification d’un utilisateur (OpenId), la mise en place d’un système de réputation (RapLeaf), le stockage (Amazon S3) ou le traitement de données (Amazon EC2), la vérification des e-mails (Undisposable) de vos visiteurs, etc. Autant de bases de données et de fonctions qui, connectées les unes aux autres, finissent par constituer l’infrastructure même de services riches et complexes. Cela induit deux avantages majeurs explique Emre Sokullu pour Read/Write web : diminuer le coût et le temps de développement, et profiter à la demande de solutions puissantes et massives.
Mais “pourquoi alors l’implémentation de ces solutions - qui sont pourtant l’une des promesses du web 2.0 - reste -t-elle si lente ?”, s’interroge Emre Sokullu. Parce qu’avec ces applications on ne se contente pas de sous-traiter un service, on transfère une partie de son capital. Déléguer l’authentification, ou la gestion de la réputation, c’est-à-dire une partie de sa relation avec ses propres clients/utilisateurs, n’a rien d’évident. “Partager” son client pour construire des “suites servicielles” qui répondent de manière plus complète, ou plus personnalisée, à ses besoins est certes nécessaire, comme l’explique depuis longtemps Bruno Marzloff (par exemple dans Mobilités.net, pp. 54-58) - mais il s’agit bien d’abandonner, ou a minima de partager, la propriété d’une part de son capital, ce à quoi peu d’entrepreneurs sont aujourd’hui préparés…
Ces services sont aussi perçus comme incertains : comment faire confiance à des start-ups, voir même à des grandes sociétés comme Amazon, quand on ne voit pas toujours clairement où et comment elles tirent profit de ces services ? L’éventuelle indisponibilité fait aussi partie des risques invoqués : plus la chaine compte de maillons indépendants, plus les sources de problèmes potentiels se multiplient (pour ma part, j’aurais tendance à dire que c’est là l’argument le moins pertinent : la plupart de ces services sont extrêmement fiables et supportent très bien les montées de charge, c’est d’ailleurs l’un de leurs principaux arguments de vente).
Enfin, la mise en oeuvre n’est pas si facile. Les développeurs doivent comprendre de nouvelles structures de développement et intégrer des API (interfaces de programmation) toujours différentes pour expérimenter ces services.
Face aux nécessité toujours plus grandes de fonctionnalités, face à l’exigence d’innovation qu’imposent les petits comme les grands acteurs du web, on devine pourtant qu’il n’y a pas d’autres modèles à terme. Qu’on ne peut plus imaginer de vastes développements sans faire appel à des éléments extérieurs. Ça n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. Les sociétés de service font depuis plusieurs années de l’”intégration de services”, même s’il s’agit plus souvent d’agencer différents logiciels entre eux au sein des frontières du système d’information, que d’exploiter une multitude de web services.
Comme le souligne Didier Durand, cette structuration permettra bientôt de monter des sociétés sans infrastructures propres “en limitant son travail au strict apport de sa valeur ajoutée spécifique, sans répliquer les bases opérationnelles déjà disponibles en tant que service et pouvant fonctionner à l’échelle du web tout entier”. Les services vont donc pouvoir se croiser pour prospérer les uns grâce aux autres. Les sociétés pourront accéder à des centaines de millions d’utilisateurs par des canaux et dans des contextes les plus variés, sans avoir à résoudre des problèmes d’échelle ou de disponibilité de services… Une perspective qui est déjà en train de transformer radicalement le ticket d’entrée dans le monde de l’innovation technologique logicielle, et qui pourrait, pourquoi pas, souligne Didier Durand, redistribuer les cartes de l’investissement entrepreneurial.
Ce web granulaire contient en germe une autre perspective qui pourrait s’avérer encore plus déterminante à l’avenir : la capacité de ces pièces détachées à “transformer les applications en environnements programmables”, comme le décrit Tim O’Reilly en évoquant Pipes, la dernière et remarquable innovation lancée par Yahoo! (Pipes pour “tuyaux”, en référence à ces lignes de code qui permettent de faire communiquer deux programmes informatiques, comme l’explique InFlux). Yahoo! Pipes est un service en ligne qui permet de mixer très librement des flux d’information ou des fonctionnalités, via un éditeur de programmation visuel et simplifié, pour créer de véritables applications composites, sans avoir besoin de savoir programmer. “L’usager technophile et “early-adopter” est donc aujourd’hui convié à évoluer dans une sphère socio-technique dont “on” lui offre de maitriser les outils, les environnements, les procédures, les techniques”, conclut Olivier Ertzscheid. On peut ainsi créer en quelques minutes une application qui va illustrer à partir de photos de FlickR les articles du Monde, du Figaro ou de votre propre site à partir des mots clefs présents dans le texte ; ou encore construire une application qui mixe les informations sur les restaurants de Chicago via Yahoo! Local et les photos de ceux-ci via FlickR.
Bien évidemment ce qui devient le plus important dans cet environnement, c’est la qualité des données et de leur structuration, comme le souligne très justement Alex Iskold pour Read/Write Web. Sans compter qu’il faudra aussi que ce type d’outils s’ouvre vraiment… En effet, l’essentiel des bases de données que Yahoo!Pipes permet d’utiliser à ce jour sont celles de de services appartenant à Yahoo. Faut-il y voir un signe que même les grands du Web 2.0 ont du mal à partager la propriété de leur capital ?"
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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Vers le Web implicite


Une contribution de Hubert Guillaud* (1/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"Le concept du web implicite est simple”, explique Alex Iskold de Read/Write Web. “Quand nous touchons l’information, nous votons pour elle. Quand nous venons sur un billet depuis un article qu’on a apprécié, nous passons du temps à le lire. Quand on aime un film, nous le recommandons à nos amis et à notre famille. Et si un morceau de musique résonne en nous, nous l’écoutons en boucle encore et encore. Nous le faisons automatiquement, implicitement. Mais les conséquences de ce comportement sont importantes : les choses auxquelles nous prêtons attention ont une grande valeur pour nous, parce que nous les apprécions.”
Le web nous donne justement l’occasion de capturer ce sur quoi nous portons de l’attention. Le web implicite est déjà une réalité, comme le montrent les moteurs de recherche et les moteurs de recommandations : nos gestes et actions en ligne révèlent nos intentions et nos réactions. Et d’en donner comme bon exemple, Last.fm, le moteur de recommandation de musique qui, se basant sur votre bibliothèque d’artistes préférés, vous recommande des chansons que vous ne connaissez pas. Nos achats, nos navigations, nos requêtes alimentent des moteurs de recommandation qui affinent le World Wide Web pour nous. “Nous sommes donc passés d’une toute puissance du lien hypertexte, point nécessairement nodal de développement du réseau et des services et outils associés, à une toute puissance du “parcours”, de la navigation “qui fait sens”, de la navigation “orientée” au double sens du terme”, explique avec brio Olivier Ertzscheid. Bien sûr, cette attention portée à nos actions contient en germe des menaces sur notre intimité : pas tant sur le fait de monétiser nos parcours dans des logiques marketing propres au service qu’on utilise, mais plus encore des dérives d’exploitation tierces de nos profils. Que Google exploite notre historique de requêtes pour affiner les nôtres et nous proposer de la publicité adaptée quand on utilise ses services, soit, mais que ce même parcours bénéficie à l’un de ses partenaires ou à un autre service que je fréquente (ou pire, que je ne fréquente pas) posera certainement des questions plus profondes.
Le lien hypertexte a-t-il encore du sens ?
Le lien hypertexte va-t-il disparaître ? C’est l’une des implications terriblement provocatrice que suggère l’idée du web implicite. Le lien hypertexte, sous sa forme actuelle, nous conduit d’un endroit fixe à un autre endroit fixe, sans prendre en compte notre parcours, nos désirs, nos envies, le temps qui passe, l’actualité… En fait, ce n’est pas tant le lien hypertexte qui est appelé à disparaître que la stabilité de la relation entre deux documents que le lien créé. Demain, nos liens lieront des données, des documents et des données, des documents en train de se faire et des données à venir. Les liens se produiront tout seuls ou presque, au sein d’applications, à partir de nos traces et à partir de termes ouverts à l’interprétation. Le web devient un espace d’inférences, comme s’il mimait un début de capacité de raisonnement, lui permettant de s’adapter, de muter, selon l’environnement, pour mieux nous servir, voire mieux nous ressembler.
Nos liens vont devenir instables. Nos mots eux-mêmes ne seront peut-être plus que des inconnues dans des équations de phrases, des termes mouvants au gré de l’actualité ou des visiteurs pour mieux s’adapter aux contextes de chacun. C’est ce que montre par exemple une des nouvelles fonctions de Google Doc (une fonction qui date visiblement de novembre 2006, mais que Google Blogoscoped a mis en avant seulement récemment) : GoogleLookup. L’idée de GoogleLookup est assez simple : permettre d’interfacer les résultats d’un tableau avec des données issues du web. Le but : permettre à votre tableau aujourd’hui, à votre graphique et à vos textes demain, de rester à jour. En entrant une formule particulière, qui cherche les données sur le web, il est ainsi possible de créer un tableau où le nom du maire ou celui d’un ministre se met à jour tout seul, via l’internet (explications et limites actuelles des données interrogeables). Votre tableau de données peut aussi se connecter à des résultats sportifs ou à GoogleFinance et incorporer les dernières valeurs d’un marché (explications complémentaires). Les documents que nous rédigerons pourront demain citer des fonctions ou des données plutôt que des noms de personnes ou des chiffres, leur permettant de s’actualiser ou de se contextualiser seuls. Votre article sur Second Life ne citera plus le nombre d’inscrits au service au jour et à l’heure ou vous aurez écrit votre billet, mais le chiffre évoluera avec le temps en prenant en compte les données chiffrées émises par LindenLab.
Bien sûr, il a toujours été possible d’interfacer une base de donnée et un tableau, mais faire que cette base de donnée soit en prise directe avec un résultat de requête en ligne, en temps réel, est un pas de plus - sans compter le degré de simplicité et de complémentarité atteint qui semble mettre encore un peu plus le web en interaction avec lui-même. Dans la lignée de Freebase ou d’autres briques sémantique, ou du wiki sémantique (Google Doc a d’ailleurs souvent été évoqué comme un wiki évolué et réussi) que nous évoquions il y a moins d’un an, le web sémantique continue sa mue pour arriver jusqu’à nous.
Reste à ces applications et ces moteurs à s’affiner, à élargir leur périmètre et leurs modalités de requête : demain ils sauront ce que nous sommes capables de chercher selon l’heure de la journée, notre lieu de connexion, le lieu d’où nous venons, notre environnement applicatif ouvert, les actualités qui nous concernent…
Le lien hypertexte ne disparaîtra pas, car c’est lui qui rend ce web implicite possible, c’est lui qui en est l’armature, c’est parce que l’on fait des liens que les données prennent du sens comme le montre le PageRank de Google. Mais un autre web naît à côté de celui que nous connaissions. Assurément, comme le souligne encore Olivier Ertzscheid citant les théories de l’hypertexte de Vannevar Bush, “le parcours, le “chemin” (trail) importent au moins autant que le lien”. “Au moins autant”, c’est dire si ce web est encore amené à progresser."
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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06.10.2008
Le virtuel un paradigme révolutionnaire

Les espaces virtuels d’activité

Une contribution de Roger Nifle*
La mutation ce ne sont pas seulement des gadgets technologiques qui suscitent à tous âges des émois adolescent mais aussi une révolution paradigmatique qui bouleverse notre rapport au monde comme un saut de civilisation peut le faire. Les espaces virtuels d’activités préfigurents les mondes où se traiteront bientôt toutes les affaires humaines.
L’âge du Sens, l’âge des communautés de Sens, l’âge du service, l’âge du virtuel, telles sont les caractéristiques du nouveau contexte qui suit l’âge des représentations et de la Raison. Une révolution copernicienne remet tout en question, ce n’est pas une représentation de plus, une bonne idée de plus, un effet de la seule imagination. L’Humanisme Méthodologique élabore depuis trente ans les outils conceptuels et méthodologiques destinés à cette mutation. Les analyses de prospective humaine qui en découlent rejoignent cet aboutissement que sont les espaces virtuels d’activités communautaires. C’est donc une synthèse de ces travaux croisée avec les tendances émergentes d’une mutation qui permettent ces nouvelles propositions, ces innovations radicales que sont les EVA. il s’agit aussi de rompre avec des procédés qui relevaient d’un autre âge et maintenant dépassés malgré des compulsions terminales de plus en plus vaines
Le virtuel, c’est le réel humain, un hyper réalisme qui remet à sa place l’accessoire comme médiation, moyen d’accès à l’essentiel, le Sens. Le virtuel c’est le portage accessoire du Sens. C’est, autrement dit, une situation à vivre.
Une situation à vivre, c’est autre chose qu’une représentation, qu’elle soit imagée ou plus formelle, c’est autre chose qu’un fonctionnement technique, c’est autre chose que des impressions ou des sentiments provoqués, esthétiques ou non. La situation comporte ces différents registres comme registres accessoires mais, en eux-mêmes, ils ne font qu’un décor, une scène, pas une situation.
La scène et le décor du théâtre ne font pas la pièce. Elle n’existe, en situation, que lorsqu’elle est jouée en présence de toutes les parties prenantes. Il en est de même pour le virtuel, pour les espaces virtuels d’activités communautaires.
Pour les comprendre et les réaliser, il faut franchir la barrière de la mutation, accomplir cette révélation copernicienne, sauf à rester accessoiriste, spécialisé ou technicien. Il en faut aussi mais sans confondre les rôles et les compétences. Le paradoxe c’est que pour les “usagers”, il n’y a pas à questionner de telles complications. Ils ont à vivre les situations, capacité de tout humain, pas à penser, ni à construire les espaces virtuels. Par contre les professionnels qui vont être attachés au virtuel devront intégrer les trois fondements décrits ci après.
Les sciences du virtuel, nouvelles sciences d’une réalité relevant d’une révolution copernicienne (ou galiléenne), où toute réalité est “virtuelle”. Les problématiques et leurs solutions que les EVA “matérialisent” relèvent des sciences du virtuel. C’est dire l’exigence de refondation et l’inanité d’une transposition d’analyses relevant d’un paradigme dans des situations relevant d’un autre.
Malheureusement les réflexes résultent encore surtout du premier tant que la mutation n’est pas dépassée et maîtrisée. Comment ne pas suggérer d’entreprendre d’urgence cette conversion systématique aux “sciences du virtuel” dans tous les domaines.
L’ingénierie du virtuel. Tous les réflexes de l’action, de la production, méthodes, procédés sont à revoir. C’est d’autant plus impérieux que les habitudes reposent souvent sur des fonds obscurs rarement questionnés. La réflexion méthodologique au temps des technologies est l’une des plus pauvres laissant des non dits et des zones obscures considérables.
L’ingénierie du virtuel est celle de la construction de situations à vivre. Une situation est à la fois un ensemble d’accessoires mais aussi un ensemble de modalités vécues par ceux qui l’habitent. Cependant elle plonge des racines dans celles de la communauté engagée et de chacun qui y participe. Paradoxalement la construction accessoire, ainsi donnée à expérimenter, doit permettre une liberté portant sur l’essentiel.
Ce n’est pas la situation qui agit mais ceux qui la vivent. La situation n’est pas construite pour vivre à la place des gens, ni les obliger à vivre ceci ou cela. Ça c’est le fait des âges antérieurs avec la croyance que les représentations s’imposent ou que ce sont des procédés qui opèrent pour les gens ou sur les gens eux-mêmes.
L’ingénierie du virtuel est une ingénierie humaine basée sur la connaissance des processus humains à différentes échelles, en rapport avec la résolution de problématiques auxquelles sont dédiées spécifiquement les EVA, en fonction des situations à traverser par les personnes, les groupes et communautés. Cette ingénierie humaine qui ne peut méconnaître que les sciences du virtuel sont des sciences humaines ni que les “espaces virtuels” utilisent des accessoires qui font appel à une certaine maîtrise des représentations, techniques, esthétique et aussi des sensibilités. Cependant on se souvient que l’accessoire est toujours un artifice, même quand il est pris parmi les réalités communes.
La méthode des champs de cohérences morphogénétique fondée sur un processus de créativité générative vise à passer par un “modèle virtuel” pour élaborer des scènes et espaces virtuels adaptés ensuite à de multiples situations et leurs multiples aspects.
Les valeurs du virtuel. Outre la communauté de racines étymologiques indo européenne (WIR) entre ces deux termes, les espaces virtuels d’activité communautaire sont aussi des vecteurs du Sens du bien commun. A la question “à quoi ça sert”, la réponse suppose qu’il y ait un bien à en tirer. Cependant on sait que chacun peut désigner comme bien ce qui lui chante sans éclairer pour autant le Sens qu’il privilégie. Il est vrai que des espaces virtuels peuvent être construits dans n’importe quel Sens. Seulement, seul un discernement du Sens suffisant pour élucider la problématique, comprendre les situations vécues et favoriser le processus de résolution permet la conception et la construction d’espaces virtuels d’activités collectives. Évidemment aucun modèle formel ou procédure méthodologique ne peux y pourvoir.
Ainsi, dès la construction, les espaces virtuels d’activités communautaires sont porteurs d’un “Sens du bien commun” dont les modalités sont spécifiques. Le Sens du bien commun préside donc à la conception et la construction d’un espace virtuel donné (c’est-à-dire une problématique à résoudre dans un champ communautaire spécifique). Il lui confère la vertu de favoriser une pédagogie de la connaissance et de la maîtrise individuelle et collective.
L’usage d’un espace virtuel d’activité communautaire n’est pas réduit à l’utilitaire mais sert le développement personnel et collectif dans tous les termes du développement humain, professionnel et aussi bien matériel. Il n’y a pas d’objectifs matériels ou techniques qui vaillent sans qu’ils représentent un Sens pour quelqu’un, comme l’accessoire ne vaut que par l’essentiel qu’il réalise ou révèle.
Ainsi les espaces virtuels d’activités communautaires participent non pas seulement à une nouveauté séduisante mais à un mouvement du monde, à un progrès de civilisation humaines auxquels ils contribuent.
Ne cherchons pas à évaluer les EVA selon des critères purement utilitaires et techniques mais recherchons quelles utilités humaines ils auront. Ne cherchons pas à évaluer les EVA selon des critères purement formels et des modèles à la mode, modernes, ou qui passent pour des évidences dans les déviances de l’époque. Il ne faut pas se priver pour autant d’utiliser les représentations qui conviennent mais seulement comme médiations, moyens intermédiaires. Nous sommes au tout début de l’ère du virtuel et les espaces virtuels d’activités communautaires en sont les premières productions véritablement significatives.
Toutes les réalités et réalisations sont “virtuelles” au Sens de porteuses de “vertus” ou de Sens mais c’est la première fois qu’une science du virtuel et une ingénierie du virtuel en permettent la systématisation, à condition aussi d’en intégrer la valeur et les valeurs.
Roger Nifle
*Roger Nifle est directeur de l'institut Cohérences et confondateur de l'Université de prospective humaine
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01.10.2008
Web 2.0 for ever


Une contribution de François Laurent*
Après le Web 2.0, on aura ... le Web 3.0 ! Puis le 4.0, le 5.0 ...
Pour moi, il n'y aura pas d'après Web 2.0 - sauf pour les pubeurs et autres marketeux qui ont de la salade à vendre (ceux qui vont enterrer le marketing à force de prendre le consommateur pour un zombie).
Bien sûr, il y aura un Web mobile : il est d'ailleurs déjà en marche (mauvais jeu de mots) ; mais le Web mobile, avec son marketing de la géolocalisation, ne saurait être le successeur du 2.0 : juste une progrès technologique, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
Les tenants de la Metaverse Roadmap ne jurent que par les univers en 3D, les petits fils d'un Second Life aujourd'hui plombé par des temps de réponse dissuasifs et un gigantisme disproportionné qui nous donne l'impression de toujours errer dans des espaces désespérément vides.
Mais les uns comme les autres, même si je comprends leur militantisme - et je crois dans les univers 3D, je les attends avec impatience ; le marketing mobile m'amuse beaucoup moins, je dois le reconnaître, son intrusivité me gêne énormément. Les uns comme les autres donc confondent avancées technologiques et progrès sociétaux.
Le Web 2.0 ne repose d'ailleurs pas vraiment sur des prouesses technologiques ; enfin, rien de comparable à faire entrer Internet dans un combiné téléphonique ou de construire de vastes univers en trois dimensions !
Par contre le Web 2.0 a totalement transformé notre société - enfin est en train de la bouleverser de fond en comble. Et la révolution est loin d'être achevée.
C'est quoi, le Web 2.0 ? De l'Ajax, des flux RSS ? Que nenni !
Le Web 2.0, c'est la possibilité donnée à tout un chacun de devenir acteur du Web.
Internet, c'est une machinerie formidable ... mais dans sa conception initiale, Internet ne faisait que renforcer le pouvoir des acteurs traditionnels du monde politico-économico-médiatique : le Monsieur Tout Le Monde de l'ère pas si ancienne du Web 1.0 accédait à un flux gigantesque d'informations nouvelles, ce qui constituait déjà en soi un progrès incommensurable.
Mais il accédait : jamais il n'aurait pu - espéré, osé espérer - alimenter lui-même un jour les tuyaux.
Quand il voulait acheter un ordinateur, il pouvait en apprendre quasiment autant que les vendeurs ; puis également négocier les prix après s'être promené au hasard des comparateurs de prix. Et les distributeurs ont vu débarquer dans leurs boutiques des consommateurs d'un type nouveau, mieux armés, désespérément mieux armés et négociateurs en diable : j'ai alors utilisé le terme "d'empowered consumer".
Quoi qu'il en soit, la communication demeurait verticale : les marques, les annonceurs, les médias au sommet ... et la plèbe en bas. Certes, parfois, on la laissait s'exprimer ... d'où le succès des premiers forums de discussion - à distinguer des forums techniques de type questions réponses. Mais dans un forum, on n'est pas vraiment chez soi.
Sur son blog, si : sans connaissances informatiques, sans argent non plus, le citoyen peut s'exprimer sans contraintes chez lui : un privilège jusqu'alors inaccessible.
Je ne referai pas ici le "tour complet du propriétaire" du Web 2.0 : du blog plus ou moins collaboratif au wikis et autres réseaux sociaux, s'installe un nouveau système communicationnel : le many to many remplace le one to many.
La démocratie s'installe sur la toile : contrairement à ce que d'aucuns prétendent, il n'est pas temps de tourner la page de Mai 68 : jamais l'esprit de 68 n'a été aussi présent. Mais évidemment, c'est diablement déstabilisant : car les politiques tout comme les marques y ont beaucoup à perdre.
Bref, la rupture "électronique" du Web 2.0 en recouvre une autre, bien plus importante : celle qui marque le passage d'une Civilisation 1.0 à une Civilisation 2.0 ! De l'oligarchie politico-économico-médiatique à la démocratie participative. Ou collaborative. Ou ...
... ou à la démocratie, quand chacun peut s'exprimer, contribuer, créer.
C'est une page lourde de plusieurs centaines d'années qui se tourne : et certains oseraient penser qu'il suffit de miniaturiser un peu plus les terminaux Internet ou remplacer le graphisme actuel de nos interfaces par des avatars en 3D pour changer de numéro !
Quelle mégalomanie !
A la rigueur, parlez de Web 3.0 ou 200.0 si le coeur vous en dit ; la vraie vie - loin de la frime et de la pub - se chiffrera encore longtemps en 2.0 !
François Laurent
*François Laurent est co-président de l'ADETEM , créateur du blog Marketingisdead, il est par ailleurs auteur du récent livre "Marketing 2.0, l'intelligence collective" (M21 Editions-2008), voir interview ici : http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2008/06/21/marketing-2-0-l-intelligence-collective.html
14:40 Publié dans - Après Web...2, - Internet, Web2.0, - Marketing-Communication, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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29.09.2008
Pistes pour l’après Web 2


Une contribution de David Fayon*
Avant de parler d’un « après Web 2 », il convient de revenir sur les trois périodes de l’informatique pour mieux comprendre les futuribles ou futurs possibles. En effet selon Nietzsche « L’homme de l’avenir est celui qui a la plus longue mémoire » et la transition pour chacune des périodes de la courte histoire de l’informatique a été marquée par un changement de paradigme comme l’illustre la figure qui suit :
Il semble néanmoins évident que l’après Web 2 sera le paroxysme de l’« ère des données » dans laquelle nous sommes, et qui avec le caractère participatif du Web 2.0 et les outils qui les exploitent, prennent une importance considérable. Mais celles-ci seront qualifiées d’une façon intelligente pour permettre une exploitation facile. Une des difficultés actuelles est de trouver la donnée pertinente dans le flot considérable d’informations sur le Web. Aussi une des considérations souvent évoquées est celle d’un Web 3 qui serait un Web sémantique avec marquage intelligent des informations et des possibles recherches en langage naturel du type « J’aimerais partir en vacances cet été avec ma femme pour un budget inférieur à 2 000 euros pour 15 jours dans un endroit chaud ». L’intelligence collective y gagnera. Nous resterons avec les Web 2 et 3 pour longtemps dans cette exploitation des données car aujourd’hui toutes les potentialités du Web ne sont pas encore utilisées.
Une autre école de pensée pour le Web 3 est celle d’Internet des objets avec l’apparition d’une multitude d’objets communicants, souvent nomades, reliés à Internet. C’est la transition de « sur Internet » à « avec Internet », un monde où Internet est omniprésent : tableau de bord de son véhicule, domotique, vêtements connectés et plus généralement tout objet de la vie quotidienne, y compris des bornes publiques d’information. La généralisation du téléphone portable au quotidien (plus de 3 milliards dans le monde à ce jour) amène déjà certains leaders d’Internet à se positionner sur ce créneau comme Google avec son système d’exploitation Android, les publicités contextuelles sur portables représentant un enjeu commercial considérable. Une des questions est « Qui détrônera Google ou est-ce que Google a les moyens d’évoluer vers un après Web 2 ? » (avec une course permanente à l’innovation et le rachat de start-up prometteuses) sachant que précédemment IBM n’a pu conserver son rang avec l’avènement du logiciel et que Microsoft, à un degré moindre, a du mal à s’implanter de façon hégémonique sur le créneau du Web.
Au-delà de ces considérations, d’autres réflexions sont à garder à l’esprit. Car si l’on est dans l’ère des données, il ne faudrait pas hypothéquer les évolutions ou changements radicaux au niveau du matériel ou du logiciel.
Pour le matériel, la loi de Moore ou le doublement de la puissance des microprocesseurs tous les 18 mois pourrait ne pas être éternelle du fait des contraintes physiques d’une part et de pistes existantes dans le domaine de la recherche d’autre part. Elles redistribueraient les cartes. Ce sont les ordinateurs quantiques où le transport des données est effectué via des électrons. Les électrons seraient utilisés comme des bits quantiques et transiteraient un par un à chaque impulsion électrique. Le bit quantique (qubit) peut contenir 0 et 1 simultanément ce qui signifie que sa valeur peut être indéfinie, contrairement à l'informatique classique où le bit prend la valeur 0 ou 1 (http://www.atelier.fr//article.php?artid=34498&catid=26). Néanmoins le règne du silicium est si fort, à l’image du pétrole dans le secteur automobile, que tout changement radical rapide est peu probable.
Pour le logiciel, une évolution primordiale qui traduit le caractère collaboratif pourrait être la généralisation de la programmation parallèle et distribuée (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43690), ce qui nécessite une adaptation profonde dans la façon de programmer notamment quant aux synchronisations entre tâches, ce qui induit une complexité pour les programmeurs.
Un autre changement est celui du « cloud computing » ou « informatique nuageuse » dans lequel la mémoire et les capacités de calcul des ordinateurs sont réparties dans des serveurs dans le monde entier. Les utilisateurs accèdent en ligne aux services sans se soucier de la gestion des versions ou des configurations, ce qui est plus simple en terme de maintenance notamment. L’accès pouvant se faire par un navigateur, ce qui explique le récent lancement de Chrome par Google.
Au niveau des protocoles du réseau Internet, les technologies post-IP avec les projets américains GENI (Global Environment for Network Innovations) ou européens TNF (The Network of the Future) marqueront une rupture par rapport aux protocoles IP et IPv6 avec entre autres un caractère adaptatif, l’intelligence dans la configuration et la consommation énergétique, etc.
À plus long terme, d’aucuns spéculent sur un Web 4.0 ou web neuronal. Mais là, on rejoint les thèmes de science-fiction.
Concrètement, en l’absence de rupture majeure, nous assisterons ces prochaines années à des évolutions et des innovations tout azimuts : révolution des usages car un des enjeux réside dans la lutte contre la fracture numérique et "l’alphanétisation" de la société dans son ensemble, décollage plus rapide entre innovation et commercialisation ou lancement des services, combinaison de techniques et d’outils existants à l’image des mashups, développement des techniques de reconnaissance des formes et de leurs applications, géolocalisation et ubiquité numérique, introduction du e-paper et des supports l’utilisant, massification d’outils faisant appel aux Web 3D et d’univers virtuels post Second Life (par exemple outil Yoowalk en France www.yoowalk.com) et développement d’univers virtuels avec des alertes sur des outils communicants pour mener deux vies de front.
David Fayon
David Fayon* vient de publier son 3ème ouvrage « Web 2.0 et au-delà » sous-titré « Nouveaux internautes : du surfeur à l’acteur », Economica-2008, Préface de Pierre Kosciusko-Morizet, Postface de Guy Pujolle.
Site : http://david.fayon.free.fr Blog : http://livres-internet-web.over-blog.com
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27.09.2008
GAME OVER...Changeons l'Internet!


Une contribution de Olivier Auber* (photo çi dessus) et
Olivier Zablocki (Ψ.observers)
Si pour nous, utilisateurs de base de l'Internet, la gouvernance du réseau ressemble à une collusion entre acteurs techniques, commerciaux et politiques [1] , c'est que contrairement à l'opinion couramment admise selon laquelle l'Internet serait un organisme acentré fonctionnant de manière répartie, il est au contraire parfaitement centralisé [2]. Le réseau est organisé de manière hiérarchique au niveau de ses normes et de son infrastructure. Au sommet de la pyramide il y a les 13 grands registres d’adresses dites « racines DNS » qui ne forment en fait qu’une seule et même entité au coeur de laquelle se situe le fichier IANA des racines d'adressage qui conditionnent la topologie du réseau [3].
Carte de la gouvernance de l’Internet établie par l’AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération)
L'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) assure l'intégrité de l'édifice au nom de l'intérêt général et des utilisateurs censés être au centre de tout. Dans les faits, ces utilisateurs ne sont jamais réellement partie prenante des discussions. Les grands groupes industriels et les Etats (autres que les Etats-Unis) font comme s'ils avaient voix au chapitre, mais c'est une illusion! En simplifiant à peine, à l'échelle mondiale, c'est le Département de la Défense américain et celui du Commerce qui ont le doigt sur le bouton ON/OFF du réseau, via des instances qu'ils contrôlent plus ou moins directement et divers avatars commerciaux, tels Google qui n'en finit pas de rafler toutes les données mondiales en même temps qu'une part toujours plus grande des cerveaux, des capitaux et des recettes publicitaires.
S'il en est ainsi, ce n'est pas le fait d'un quelconque complot. C'est la conséquence de l'architecture historique de l’Internet qui dès sa création a dessiné un monde où l'Europe et le reste du monde avaient déjà perdu. Les organes centraux américains ont toujours pris logiquement les décisions qu'il fallait pour renforcer leur position dominante et toutes les structures intermédiaires n'ont jamais rien fait d'autre que de se disputer les miettes (marchés locaux).
Trente ans après sa création, le "réseau des réseaux" a produit des concentrations capitalistiques sans précédent, cristallisées dans des infrastructures (backbones et serveurs DNS), des normes (protocoles d'échange, etc.), des codes (logiciels) et pour finir dans une langue dominante (l'anglais). La situation de monopole est le rêve du capitalisme, jusqu'à un certain point. Aujourd’hui, le grand méchant loup, voyant qu’il a dévoré tous les agneaux, commence à s'apercevoir qu’ils n’aura bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Surtout les petits prédateurs locaux voient qu'ils se retrouveront bientôt sans proies. Si rien ne change, le capitalisme se sera tiré une balle dans le pied: GAME OVER.
Dans ce contexte de domination absolue, quelles chances a encore une quelconque pluralité linguistique et culturelle de s'imposer? A notre avis aucune, si on se contente de jouer suivant les règles du jeu actuelles. Les organismes internationaux qui portent ce type de revendications sont intrinsèquement divisés, en proie à des conflits de légitimité sans fin. Ils ont recours en dernier ressort aux Etats dont les modalités démocratiques sont disparates, sujettes à caution, et archaïques en regard des usages de l'Internet. Après le 11 septembre 2001, les Etats sont devenus les principaux artisans du "tout sécuritaire" qui entraîne lui-même la défiance et le terrorisme que leur sécurité prétend combattre... La maigre souveraineté qu'ils tentent d'obtenir sur des zones linguistiques, géographiques et culturelles du réseau n'apparaît pas aux simples utilisateurs que nous sommes comme une planche de salut. Bien au contraire, nous la vivons comme un niveau de verrouillage supplémentaire reproduisant à une échelle plus réduite celui qui est à l'oeuvre à l'échelle mondiale. Le cas de la Chine est l'emblème de cette dérive, mais les pays européens ne sont pas en reste (pénalisation du P2P, généralisation de la surveillance du réseau via les serveurs DNS locaux, etc.). Ils n'apparaissent en rien comme des barrières au contrôle et à l'uniformisation des esprits. Pire, ils agissent en défenseurs des lobbies et en représentants de commerce de "l'Internet haut débit". Mais nous ne voulons pas de cet Internet là qui livre les citoyens pieds et poings liés à des grands groupes! Bref, sur le plan linguistique et culturel aussi, nous sommes au bord de la déréliction complète. GAME OVER.
Entendons-nous bien: il ne s'agit pas de faire ici le procès des personnes impliquées dans les organismes cités plus haut, ni même de mettre en doute leur engagement et leur sincérité. Nous constatons simplement qu'ils fabriquent collectivement et à grand frais un monde dans lequel chacun d'entre eux, à titre individuel, ne désire même pas vivre. Tous sont finalement des victimes d'un phénomène systémique, à la racine duquel se trouve selon nous l'architecture actuelle de l'Internet héritée d'une conception ancienne et dépassée de la cybernétique [5].
Alors où est la sortie? Et bien peut-être dans l'exploration d'une nouvelle architecture du réseau.
Il est dit partout que la version actuelle du protocole sur lequel fonctionne l'Internet depuis 25 ans arrivera à saturation vers 2011 et qu'en conséquence le passage à sa version 6 (IPv6) devra avoir lieu avant, c'est-à-dire tout de suite [6]. Beaucoup n' y voient qu'un un saut quantitatif, à savoir que les nouvelles adresses disponibles à profusion (2 puissance 128, soit environ 2,56 × 10 puissance 38) pourront être utilisées pour identifier, relier et contrôler n'importe quoi (qui), ce qui peut être la source de nouveaux profits ; jusque là, rien de nouveau sur le fond. Mais il y a dans IPv6 l'amorce d'un changement qualitatif qui, selon nous, a une importance décisive: c'est la notion d'adressage de groupe connue sous le nom de "IP Multicast" définie par Steve Deering [7] dès 1985.
Dans l’Internet tel que nous le connaissons, il est impossible de réunir un « groupe » - ce terme désignant une assemblée en conversation synchrone ou asynchrone comprenant plus de deux personnes, ce qui peut vouloir dire des millions - sans avoir recourt à une machine particulière effectuant la commutation entre les individus. Cette machine dépend nécessairement d’un tiers extérieur au groupe (Facebook par exemple), c'est à dire que l'on est toujours "chez quelqu'un" lorsque l'on croit être dans une simple conversation avec autrui dans l'espace public. Il faut donc le dire et le répéter : à ce jour, il n'existe pas de véritable espace public sur l'Internet ! Dans le contexte de verrouillage commercial et sécuritaire du réseau auquel nous assistons, cela équivaut de plus en plus à une « interdiction de réunion sur la voie publique » puisque cette voie publique n'existe pas, en tous cas à une surveillance automatique des réunions privées.
Les « adresses de groupe » prévues dans la prochaine version de l’Internet font potentiellement sauter ce verrou. Elles ne sont pas attachées à une machine particulière. A ce jour, elles ne sont pas la propriété de qui que ce soit, et peuvent être choisies et utilisées par n’importe qui. Tel que défini par Steve Deering, le protocole Multicast est symétrique, c'est à dire qu'il est théoriquement possible pour tous de recevoir ET d'émettre un flux de quelque nature que ce soit sous couvert d'un numéro de groupe. Bien entendu, il faut pour cela des logiciels particuliers [8] capables de formater et d'interpréter ces données. Dès lors, il est possible avec le Multicast de faire de manière économique et sans dépendre de tiers, beaucoup de choses que l'ont fait déjà avec l'Internet actuel (dit Unicast), mais il est surtout envisageable de concevoir une toute nouvelle classe d'applications collaboratives distribuées qui pourraient rendre désuètes très rapidement celles du Web 2.0.
Il y a donc en germe dans IPv6 une toute nouvelle culture du réseau, voire un changement de paradigme qui pourrait remettre le compteur à zéro, à tout le moins rebattre les cartes entre les Etats-Unis et le reste du monde.
Ipv6 peut contribuer à créer enfin un véritable espace public sur l'Internet, à condition que cette idée soit défendue.
Map of the Internet Address Space, LANDER Project (Los Angeles Network Data Exchange and Repository) - [[http://www.isi.edu/ant/address/browse/index.html (plein écran)
Ce changement, nous l’analysons comme le passage d’un réseau fonctionnant suivant une forme de « perspective temporelle » admettant comme points de fuite les serveurs assurant la commutation des groupes, à un autre où s’exercerait une « perspective numérique » [9] régulée par des « codes de fuite » que sont les adresses IP de groupe. Cette transformation extrêmement profonde pourraient conduire l'actuelle "économie de l'attention" a muter en une "économie du lien" impliquant de tout autres rapports sociaux. Elle induit au passage un renouveau complet des formes de légitimité des structures présidant aux destinées du réseau. Dans un esprit plus proche de la « seconde cybernétique » [10], ces organismes devront s’inclure eux-mêmes dans le système auquel elles président, et donc devenir acentrées, comme lui.
Evidemment, il y a nombre de barrières et d'écueils pour en arriver là. Si à première vue, les intérêts des lobbies semblent aller à l'encontre de la mise en place d'un Internet symétrique jusqu'à l'utilisateur même (ce qui conduit théoriquement à l'équivalence complète entre le "tuyau" d"une grande chaîne de télévision et de celui de Monsieur Tout le monde), nous sommes persuadés qu'après réflexion, les pouvoirs en question sont à même de comprendre que ce lâcher prise est un gage de survie pour eux-mêmes et pour l'économie mondiale. Mais pour qu'ils le comprennent, et que les opérateurs de télécommunication laissent effectivement passer les paquets Multicast, il va sans doute falloir le dire et le répéter plusieurs fois.
Les Etats-Unis ne bougeront pas tant qu’ils tirent plus de profits du statu quo que du changement. La Chine est en avance dans le passage à l'IPv6, mais c'est uniquement pour disposer des adresses qui lui manquaient et pour affermir son contrôle. C’est sans doute dans les Etats européens, et singulièrement en France qui est dans une situation d’échec politique, économique et industriel absolu dans le monde de l’Internet actuel que peut apparaître la nécessité et la possibilité d'un véritable changement.
Nous avons la conviction que ce changement ne pourra être obtenu par la seule force des acteurs qui se battent à l'intérieur des institutions de l'Internet version Ancien-Régime ou en confrontation directe avec celles-ci, quand bien même ils bénéficieraient d'une légitimité politique déléguée par les pouvoirs locaux. La résistance institutionnelle ne peut être fertile qu'à la condition qu'elle puisse s'adosser à la mise en œuvre massive par les utilisateurs eux-mêmes et dans un logique factuellement "bottom-up" de toutes les solutions exploitables aujourd'hui et allant dans la direction que nous avons rappelé, à savoir celle d'un Internet "symétrique", centré sur l'utilisateur, et réalisant un véritable espace public. Elles sont plus nombreuses que l'on pourrait le croire : d'une part, parce que l'ensemble de l'ancien système de gouvernance de l'Internet se fissure naturellement sous le poids du nombre croissant d'utilisateurs du réseau et, d'autre part, parce que, outre ces fissures, une foule de niches locales peuvent dès maintenant être occupées autrement.
Nous en concluons à la nécessité de mettre en place sans plus attendre un dispositif massif permettant tout à la fois l'observation et le repérage des niches accessibles et la défense politique et juridique de tous ceux qui décideraient de les investir. Une organisation radicalement nouvelle, a été baptisée « Ψ.observer » à partir de la lettre grecque "psi" qui représente tout simplement l'acronyme de Personal Sustainable Internet (PSI), Internet Personnel et Durable. Son objet a été posé de telle manière qu'il puisse permettre à toute personne de revendiquer librement, sans autorisation ni déclaration préalable, une position d'observateur actif et de bénéficier du soutien de la communauté qui agira elle-même en tirant le maximum de profit de la puissance des organisations de pair à pair / peer to peer (P2P) qui s'imposent aujourd'hui comme le modèle d'avenir, démontré à travers de multiples exemples largement documentés notamment par la P2P Foundation [11].
Le premier acte de cette organisation nouvelle est le présent manifeste GAME OVER qui sera discuté le 28 juin 2008 lors d'une table ronde virtuelle (visioconférence) entre la Vallée de l'Ortolo en Corse du Sud et l' OpenCamp? qui se tiendra au sommet de l'Arche de Défense pour clôturer la Semaine de l'Internet Mondial de Paris. Une version multilingue de ce manifeste sera solennellement remise aux participants à la 61ème Conférence annuelle des ONG organisée par l'UNESCO en septembre 2008 réunis sur le thème de la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme (décembre 1948 - décembre 2008).
Olivier Auber
*Olivier Auber est Chercheur et entrepreneur de l’Internet
[1] ICANN, IANA, IETF, W3C, ISOC, IGF, WSIS, UNESCO, SMSI, ONU, UIT, etc.
Voir Carte de la Gouvernance de l'Internet établie par l'AFNIC
http://www.afnic.fr/data/divers/public/afnic-dossier-gouv...
[2] Medusa: la structure hiérarchique de l'Internet. Cette visualisation de l’Internet donne une idée de la centralisation de l’Internet, mais la sous-estime car elle ne considère que les flux, et non pas les registres d’adresses qui forment une seule et même entité. http://www.adminet.ca/Cawailleurs/archives/427/medusa-la-...
(3] RFC 2826: IAB Technical Comment on the Unique DNS Root
Copyright (C) The Internet Society (2000). All Rights Reserved.
http://tools.ietf.org/html/rfc2826
IANA (Internet Assigned Numbers Authority)
http://www.iana.org/
[4] On a vu récemment comment NetworkSolutions, pour des bonnes ou de mauvaises raisons, en est venu à exercer une censure directe sur le film anti-islamiste de Geert Wilders : http://www.fitnathemovie.com/ Peine perdue évidemment puis que qu'il est disponible partout.
[5] Cette conception est celle de la "Première cybernétique" construite à partir de 1942 par Arturo Rosenblueth, John von Neumann et Norbert Wiener, et beaucoup d'autres, s’attachant aux interactions entre « systèmes gouvernants » (ou systèmes de contrôle) et « systèmes gouvernés » (ou systèmes opérationnels), régis par des processus de rétroaction ou feed-back..
[6] En France, Nerim, Free, et OVH proposent depuis peu à leurs abonnés de passer à IPv6, mais il n'est pas certain à l'heure qu'il est que la possibilité du Multicast symétrique évoquée dans cet article soit effectivement possible et si les paquets Multicast sont routés effectivement au delà du backbone de ces opérateurs. Pour ceux qui connaissent: dans le cas de Free, c'est la transition IPv4&6 de Remi Dépres qui est implémentée. A voir quelles en sont les limites?
[7] RFC 966 - Host groups: A multicast extension to the Internet Protocol S. E. Deering, D. R. Cheriton, Stanford University, December 1985. http://www.faqs.org/rfcs/rfc966.html
Dans IPv4, la possibilité d'utiliser des adresses de groupe n'était qu'une verrue (extension) qui n'a été utilisée par les opérateurs que pour optimiser la bande passante sur leur réseau interne (backbone). C'est aussi ce qui a permis d'amener la télévision sur l'Internet et de proposer la réception de centaines de canaux aux abonnés de l'ADSL. Grâce au Multicast, les flux ne sont émis qu'une seule fois depuis les sources et ne sont routés jusqu'au destinataire que si celui-ci le demande. Il s'agit donc d'un protocole d'une grande économie, à tel point que depuis peu les gens d'Hollywood y voient l'avenir même de la télévision. C'est une vision commerciale fort étriquée des services que peut rendre Multicast.
"The Once and Future King: Multicast looks to (finally) be the future of television."
http://www.pbs.org/cringely/pulpit/2007/pulpit_20071221_0...
[8] Il se trouve que ces logiciels existent, au moins au stade de prototypes, et que beaucoup d'entre eux ont été développé à la fin des années 90 à l'INRIA et à l' ENST Paris.
http://www.infres.enst.fr/~dax/guides/multicast/mdownload...
En 94, Olivier Auber eu la chance de pouvoir impulser le développement de l'un des tout premiers logiciels Multicast ("gp" en bas de la liste) dont la version unicast se trouve là:
http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=Generateu...
[9] Ces attendus théoriques sur le changement de paradigme dont est gros le passage à l'IPv6 figurent dans une étude publiée fin 2007 par l'Observatoire des Territoires Numériques (OTEN) à laquelle l'un d'entre nous a contribué (Olivier Auber) http://anoptique.org/PDF (Partie "cadrage théorique" de la page 11 à la page 37). Ce texte est également accessible sur wiki à l'adresse: http://perspective-numerique.net
[10] Seconde cybernétique développée à partir de 1953 par Heinz von Foerster, puis par Ilya Prigogine, Humberto Maturana, Francisco Varela, etc.
[11] The Foundation for P2P Alternatives : http://www.p2pfoundation.net
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26.09.2008
Les biens numériques au secours du développement économique...durable !


Une contribution de Denis Ettighoffer* (1/3)
Alors que 2008 marque une date historique de la fin du pétrole bon marché, le baromètre européen des énergies renouvelables considère que l’objectif que s’était fixé la Commission Européenne d’arriver à produire 12% de sa consommation totale ne sera pas atteint en 2010. Nous consommons mille six cent fois plus d’énergie qu’en 1900. Aujourd'hui, les nations occidentales font face à des compétiteurs qui à leur tour consomment de plus en plus d'énergie. Une guerre des ressources est lancée. Nous ne pourrons limiter la casse et réduire la consommation des biens tangibles de plus en plus coûteux qu’en remplaçant nos esclaves mécaniques par des esclaves virtuels partout où cela est possible.
Pour Ivan Illich dans son livre, « Energie et Equité », les pays avancés capturaient l'essentiel de la production énergétique mondiale[1]. Dans les années 70, il soulignait déjà le déséquilibre énergétique grandissant entre les nations : 250 millions d’Américains dépensaient plus de carburant que n’en consommaient, tous ensemble, 1 300 millions de Chinois et d’Indiens. Dans tous les pays occidentaux, durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue annuellement par un passager (quel que soit le mode de transport utilisé) a été multipliée par cent. Des facteurs que l’on considérait – à tort ‐ comme secondaires ont brutalement pris de l’importance lorsque des nations asiatiques, indiennes et africaines ont décidé d’accéder aux standards de confort des occidentaux. Cela se traduit par une demande supplémentaire de ressources non renouvelables et une augmentation du prix des matières premières. En 2003, la Chine en plein décollage économique a consommé 30% du pétrole extrait, 30% de l’acier (contre 13% dix ans plus tôt) 40% du ciment produit et mobilisé 25% des investissements directs mondiaux. Une demande qui n’a cessé d’augmenter alors que celle de l’Inde et de l’Afrique démarre en flèche. Dans les dix ans à venir la demande sera telle que nous allons vivre une véritable bataille des ressources. Les études sur les « empreintes écologiques » des sociétés montrent qu’il est déjà impossible d’offrir le confort d’un américain ou même d’un français moyen à toute la planète. C’est une certitude, les énergies de substitution n’arriveront pas assez vite et la croissance vertigineuse des coûts de l’énergie ne changeront rien au fait que certains pourront en payer le prix et d’autres non. La progression de la demande est telle que les progrès réalisés en matière d’économie d’énergie dans les pays de la communauté n’arrivent pas à la compenser. La consommation électrique a plus que doublé entre 1970 et l’an 2000. En tendance actuelle, elle aura encore doublé vers 2030. Nos centrales vont être à la peine et notre budget aussi[2]. Si les pays en développement dans les secteurs secondaire et tertiaire en paieront le prix fort, l’explosion des biens numériques devient une chance pour les pays qui les utilisent pour améliorer leur bilan énergétique. Nous sommes entrés dans le siècle de l’optimisation des ressources prédit par Kondratiev. L’objectif est clair : il s’agit de casser le dogme selon lequel toute croissance économique ne peut se faire qu’en consommant plus d’énergie et de ressources.
L’industrie chinoise manque à ce point d’énergie qu’elle est obligée dans certaines régions de faire tourner des usines en décalage journalier et horaire. Les tensions sur l’énergie et les achats de matières premières sont loin de devoir retomber. L’effet de cisaillement entre production et consommation sera sans doute repoussé et ralenti par divers artifices. Les énergies fossiles sont un capital fini, qui s’épuise. Pour limiter le montant de l’addition dans les décennies à venir une des réponses est de réduire la part de notre consommation énergétique qui va devenir un facteur de compétitivité majeur. Optimiser la consommation énergétique, la réduire de 25%, est un challenge qui n’a rien d’utopique et ses effets peuvent être spectaculaires sur le budget des ménages et des collectivités publiques[3]. Le défi que cela nous pose va stimuler fortement la recherche de solutions de substitution. Parmi les réponses possibles, la dématérialisation croissante des activités et les applications de plus en plus courantes de la simulation (ou réalité virtuelle) répondent au défi énergétique de notre temps. Le capital numérique, le capital immatériel reste, lui, infini et inépuisable. Les biens numériques ne consomment pas ‐ou peu‐ de ressources matérielles, n’appauvrissent pas les sols, n’utilisent pas d’emballages, ne nécessitent pas de transport polluant et coûteux en énergie. Alors quoi de plus efficace et éco‐efficient que de continuer à dématérialiser nos activités et produire des services à distance ? L’économie numérique est une solution pour le renouvellement de notre approche du développement durable (DD) et des modes de consommations des pays avancées. Selon les auteurs spécialisés – pas toujours d’accord entre eux ‐ une conception de l’économie du futur basée sur l’économie de moyens pourrait permettre de multiplier par quatre et plus nos capacités de recyclage et de production. C’est indéniablement sur la planète numérique que se trouve une des solutions attendues pour limiter la consommation énergétique sans bloquer tout développement économique. Dans cette planète, la consommation énergétique de la totalité des télécommunications représentent moins de 1% de la consommation des esclaves mécaniques. Chaque fois qu’un bien numérique se substitue à un bien tangible ce sont des milliers de Kilowatts heures que nous économisons. Chaque fois qu’un service distant élimine ou réduit des déplacements ce sont des milliers d’esclaves mécaniques de moins à nourrir. Dans l’Entreprise virtuelle, le docteur Paul Pilichowski s’exclamait ; « Arrêtons de transporter 80 kg si on peut transporter une donnée ! ». Pour ce dernier, il était aberrant de demander à des gens de se déplacer constamment alors qu’il était possible de développer des solutions de suivi des malades à distance. Depuis, le télédiagnostic est devenu une réalité pour bien des patients mais aussi pour beaucoup d’autres activités. Alors que le prix du pétrole et des sources énergétiques ne cesse d’augmenter, le prix des télécommunications et des outils communicants n’a cessé de diminuer de façon spectaculaire. Nous sommes à un tournant historique d’une époque où les hommes ne doivent plus simplement inventer des machines qui suppléent leurs limites physiques. Ils doivent se tourner vers des outils qui leur permettent de tirer le meilleur parti d’un cortex planétaire qui facilite les échanges de services et de connaissances tout en économisant des ressources énergétiques coûteuses. Il devient évident que la digitalisation de toutes choses nous offre les « esclaves virtuels » dont nous avons besoin pour modifier les règles du jeu stratégique entre nations.
La subsidiarité croissante entre biens matériels et biens numériques a pour conséquence d’améliorer le bilan énergétique d’une économie. Empiriquement, on s’accorde à conclure sur le fait que la contribution économique des investissements immatériels apparait proportionnellement plus significative au fur et à mesure du nombre d’organisations interconnectées. L’effet McAfee des ordres de grandeur croissant joue en matière de réduction des dépenses énergétiques au fur et à mesure que les objets numériques se substituent aux objets tangibles. Le développement de l’e.administration devient non seulement une source d’efficacité collective mais aussi une source d’économies d’énergie. Ce n’est un secret pour personne que le retard au développement économique d’une région donnée tient à son manque de moyens de communication. Le coût de ces échanges de trafic d’affaires et de coordination selon un modèle des années 50 serait insupportable et nous ferait revenir des années en arrière. Si ce transfert des transports vers les télécommunications n’avait pas eu lieu, nous maintiendrions alors une demande d’énergie qui augmenterait de 10% par an pour la seule logistique des transports en général.
De même il faut se sortir de la tête cette idée selon laquelle le Développement Durable devrait être associé à une décroissance durable. D’ici ou là, monte un discours pas très sérieux sur des options de décroissance volontaire. Les vielles lunes reviennent dans des slogans tels que, « Enlever le confort et la richesse à ceux qui l’ont, cela corrigera les déséquilibres ! » ou « limiter la demande » (contraindre devrais‐je dire) alors que des milliards d’individus aspirent à connaître un minimum de confort. Beaucoup de bêtises sont dites au prétexte de justice sociale et économique. Nous préférons les analyses des tenants d’alternatives qui, sans prétendre détenir la vérité, plaident pour des expériences ou des approches différentes selon les pays et leur degré de maturité socio‐économique. La crispation sur un modèle universel du progrès économique, réduit le plus souvent à un taux de progression que l’on se jette à la figure, me paraît détestable et injustifié. Notre grande erreur est sans doute d’avoir depuis des décennies identifiées, confondu même, le progrès avec la croissance économique. Depuis des années la croissance économique n’est plus la réponse à des besoins vitaux, primaires, mais à des éléments de confort ou de différenciation sociale qui semblent indispensables aux castes auxquelles nous appartenons. La commercialisation forcenée de nouveaux biens rendus enviables par des artifices comme la publicité n’est pas forcément un signe de progrès mais encourage plutôt la consommation de ressources supplémentaires. Le problème qui nous est posé aujourd’hui est de savoir si nous sommes prêts à reconsidérer la croissance à la lumière d’une réflexion plus approfondie sur le progrès. Faut‐il rappeler que le taux de progression de la Chine, dont on parle tant, masque le fait que ce pays d’un milliard d’habitants vient d’atteindre à peine un PIB supérieur à celui de l’Italie. Français, italiens, voulez vous échanger leur taux de croissance contre votre pouvoir d’achat ?! L’empreinte écologique d’une telle population même vivant en mode low cost nécessiterait une baisse du niveau de vie des pays riches d’au moins 90%, si l’on en croit Robert Ayres, professeur d’économie à l’Insead[4]. L’idéalisation de certains penseurs du développement durable laisse perplexe qui nous amène droit au mur d’une affreuse récession. Notre problème n’est pas de lancer un concept aussi fumeux que la « décroissance durable » (elle se fait bien toute seule, malheureusement !) mais tout simplement d’optimiser nos modèles actuels en améliorant leur performance là où cela est possible. En inventant, sinon, de nouveaux modèles. Dans un contexte mondial où la croissance va être fortement bridée par les limitations des consommations énergétiques et de certaines matières premières, on peut s’attendre à une réorientation des investissements monétaires vers les filières de la R&D et des produits ou services « économisateurs » de ressources.
L’éco‐efficience globale est, pour les pays avancés, un marché nouveau autant qu’une contrainte, on l’aura compris. Les américains sont souvent présentés comme ne s’intéressant pas aux accords de Kyoto, pourtant les français ne font pas la moitié des efforts des californiens. Contrairement à une propagande stupide, les américains ne sont pas moins sensibles au DD que les européens. Le programme Energy Star a été lancé en 1992 par l'Agence de Protection de l'Environnement des États‐Unis (EPA). Ce programme était destiné à motiver l'ensemble des acteurs économiques mais aussi les collectivités territoriales américaines pour économiser l'énergie. La Communauté européenne imitera les Etats‐Unis dans les années 2000… presque dix ans plus tard ! Je dirais plutôt que, pragmatiques, ces derniers attendent surtout que les entreprises mettent sur le marché des solutions « éco‐efficientes » alternatives. Le discours « évangéliste » sur le DD qui occupe la sphère bavarde ne peut être crédible qu’accompagné de solutions accessibles au plus grand nombre. A la dramaturgie théâtrale de certains européens, les américains préfèrent un solide pragmatisme. Pragmatisme qui passe d’abord par le recherche d’amélioration des dispositifs et technologies utilisés en même temps qu’un balayage systématique des innovations pouvant faire l’objet de vente de produits ou de savoir faire marchands dans le domaine. Pour eux le DD c’est du business ! Dans cette perspective les actions destinées à diminuer « l’empreinte énergétique » et les surconsommations inutiles ne valent qu’accompagnées d’ouverture à de nouveaux marchés. La voiture économe sera suivie de la maison autonome qui sera suivie elle même des emballages biodégradables, suivis des équipements récupérables etc.… Tout un virage est en cours qui modifiera notre rapport aux services et aux biens d’équipements. Nous savons construire de mieux en mieux des maisons et des immeubles complètement autonomes en matière énergétique. Partout des architectes plus ou moins renommés développent des prototypes de bâtiments si économes qu’ils parlent d’immeubles « zéro énergie » (Zero Energy Home). Isolation maximale, peu d’émissions d’effet de serre et autonomie maximum grâce aux énergies renouvelables sont de rigueur. Les initiatives régionales se multiplient et les expertises ainsi constituées contribuent à leur notoriété et deviennent autant de sources de marchés nouveaux dans le monde. Mais pas un mot sur le sujet au dernier salon de l’immobilier de Paris de mars 2007 ! Nous avons raison d’être fiers de nos succès en matière d’avionique et d’industrie spatiale et autres secteurs high tech porteurs. Espérons que nous le serons aussi en matière de gestion des déchets, des énergies renouvelables, d’isolation énergétique, de gestion de l’eau et du recyclage de nos déchets, le tout constituant les futures créations d’emplois« des cols verts[5]». A défaut les américains mais aussi d’autres pays, qui n’importent pas nos beaux parleurs mais exportent des solutions, domineront un marché de l’éco‐efficience évaluée à plus de 500 milliards d’euros pour la moitié du siècle. Peut‐on imaginer que des collectivités locales remplacent le concours de la ville la plus fleurie par celle de la ville la plus économe en énergie ? Où encore des concours de promoteurs de maisons et de bâtiments publics éco‐efficients ? Ne pourrait‐on pas imaginer qu’il soit possible de généraliser le système de revente « des droits à polluer » et considérer que toute entreprise, toute collectivité, toute famille aurait le droit de négocier son économie d’énergie; de la mettre sur le marché. Ainsi en laissant au marché le soin de financer les réductions des consommations énergétiques on leur permettrait de se rembourser leur investissement ! Un marché de l’éco‐efficience s’affirme et croît rapidement. La sobriété énergétique devient une source d’économies budgétaires, d’activités nouvelles, de créations d’emplois et un savoir faire exportable. La France saura t’elle en profiter ?
Denis Ettighoffer
[1] Éditions du Seuil, 1973
[2] Rapport sur la consommation d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables en France Paris, Mars 2006.
Rapport fait en application de l’article 3 de la directive n° 2001/77/CE du 27/09/2001.
[3] Complément www.negawatt.org/telechargement/Article%20scenario%20nW%2...
[4] L’Expansion Management Review de Juin 1997 « Le progrès, oui, mais plus comme avant ».
[5] J’ai souvent défendu l’idée que les emplois du futur seraient essentiellement des emplois de médiateurs et des « cols verts ».
Des travailleurs qui, après les « cols bleus » et les « cols blancs », seraient en charge des secteurs de la gestion de l’environnement, du reconditionnement des déchets, des énergies renouvelables, etc.
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :
- Mét@-Organisations,
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22.09.2008
Y aurait - il un après Web ?

Une contribution de Michel Bauwens*

Y aurait - il un après Web ?
Oui, dans le même sens qu'il y a un après-téléphone … c'est à dire. que quand une technologie devient omni-présente, quand le monde même devient tellement impregné d'un outil, cet outil lui-même disparaît de notre conscience …
Nous allons donc évoluer du World Wide Web vers le Web Wide World, comme l'a déjà dit Nova Spivack[i], qui a écrit le meilleur resumé en anglais[ii] sur la direction du Web d'un point de vue technique.
Ce qui est important, ce n'est pas le point de vue technique, mais plutôt le point de vue social ou sociétal.
Qu'est que le web 2.0 rend possible et que le web 3.0 va rendre évident et généraliser ?
Le futur de l'humanité, la prochaine phase de notre civilisation humaine, ne sera donc pas un remplacement de l'homme par les machines, comme le pense les transhumanistes, mais une intégration bien plus poussée de notre intelligence collective. Le futur sera relationnel ou ne sera pas!! L'après-Web couvrira toutes les technologies qui vont nous permettre de réaliser deux priorités essentielles pour la survie de notre espèce à savoir :
- collaborer intellectuellement et culturellement sans être limité par notre localisation géographique,
- produire les résultats de ces innovations collectives, le plus près possible de notre position géographique, car la forme actuelle de la mondialisation « physique » n'est pas durable.
Certains vont donc évidemment essayer de créer des technologies « propriétaires », qui nous enferment dans le rôle de consommateur « à peine actif », mais d'autres vont continuer à développer des technologies ouvertes qui généralisent la nouvelle dynamique de pair a pair et qui représente une véritable révolution sociale. Nous croyons cependant que les technologies ouvertes vont gagner, car elles créent plus de valeur(s) commune(s), aussi pour les participants « commerciaux », et rendent les acteurs « ouverts » hyperproductifs, comparer aux acteurs « fermés ».
La question du futur est donc : Quels types de technologies vont faciliter l'évolution vers un monde où de plus en plus de citoyens vont pouvoir se rassembler, pour collaborer a la creation de valeur(s) commune(s) ?
Pour cela, nous allons libérer le web de notre PC personnel, notre espace personnel consistera en un accès facile et integré de toutes nos ressources, qui se trouveront dans le « nuage informatique ». En même temps nous serons intégrés dans de vastes espaces collectifs, qui changerons au gré de nos engagements.
Ces espaces informationnels ne seront plus separés du monde physique, mais intensément intégrés dans celui-ci, présents dans les objets devenus intelligents, dans des capteurs multiples. Cette technologie va devoir nous aider à fabriquer des objets physiques, dans une économie politique devenue « durable », et qui ne pourra plus détruire la biosphère dont nous dépendons pour notre survie.
En parallèle, la miniaturisation informatique ne se limitera plus aux ordinateurs, mais ce sont les outils de productions physiques même, qui vont se miniaturiser.
Cela rendra possible une production plus localisée, car le besoin de capital financier deviendra moins important, et les moyens de production deviendront plus accessibles.
Aujourd'hui, il n'est pas difficile de voir que notre monde marche à l'envers. Nous croyons le monde physique infini, et nous le détruisons par une méconnaissance de ses limites; dans le même temps, nous créons des raretés artificielles dans le monde de l'innovation immatérielle, par des restrictions légales de plus en plus rigoureuses et qui freinent de plus en plus le progrès scientifique, technique et social.
Ce système, qui détruit la planète, doit se muer dans son contraire, c'est à dire une reconnaissance des limites naturelles, couplée à une reconnaissance que la collaboration intellectuelle et culturelle globalisée ne peut en aucun cas être freinée, car elle est seule garante que l'humanité peut gagner la course contre la montre contre la destruction biosphèrique.
Nous avons vraiment besoin de mobiliser l'intelligence collective, où qu'elle se trouve, car les solutions ne sont jamais où l'on croit, mais toujours dans un effet inattendu du maillage du réseau.
C'est dans ce cadre plus large que nous devons comprendre l'évolution de la technologie après-Web, qui combinera collaboration mondiale dans l'immatériel, et production plus durable et locale dans le monde matériel.
Ces évolutions ne sont évidemment pas automatiques, car le design de la technologie est toujours éminement politique, mais pourtant, l'espoir peut être de mise, car pour la première fois dans l'histoire, nous avons maintenant vraiment les moyens de 'fabriquer notre futur"!!
Michel Bauwens
[i] http://www.twine.com/item/11h5sf77y-34p/from-world-wide-w...
[ii] http://www.readwriteweb.com/archives/future_of_the_deskto...
*Michel Bauwens est belge, rédacteur en chef de la revue belge Wave; créateur de deux 'dot.coms' belges spécialisées respectivement dans la construction d'intranet/extranet (eCom) et dans le cybermarketing (KyberCo); European Manager of Thought Leadership for USWeb/CKS-MarchFIRST; directeur de stratégie eBusiness Belgacom jusqu'en octobre 2002. Prospectiviste. Co-rédacteur (et enseignant) de deux volumes sur l'Anthropologie de la Societé Digitale (Ichec/ Fac. St. Louis); co-créateur d'un documentaire pour la télévision, TechnoCalyps (sous-titre: the metaphysics of technology and the end of man); ainsi que sur le marketing peer to peer au Japon.
Depuis mars 2003, il vit à Chaing Mai, dans le nord de la Thaïlande, où il anime la Foundation for Peer to Peer Alternatives
17:00 Publié dans - Après Web...2, - Eco-thématiques, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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