16.01.2009
Dans l’économie Immatérielle, les Entreprises doivent se développer grâce aux Idées


Une contribution de Denis Ettighoffer*
Le Forum de Davos de 2006 avait pour thème « l’impératif créatif ». Lors de son discours d’ouverture, son fondateur, le professeur Schwab, a fustigé le mépris des idées et argumenté pour «une économie fondée sur les idées et la capacité à les mettre en œuvre »[1].
Au «siècle des lumières » la force de la langue française tenait à la force des idées qu’elle véhiculait. Le rayonnement culturel de la France n’a pas cessé de diminuer depuis. Cela n’est pas le fait d’une faiblesse de la « langue », mais d’un déficit de créativité. L’américain Paul Romer, professeur d’économie à l’Université de Standford, a développé une théorie de l’économie des idées à l’origine d’une croissance économique au moins aussi spectaculaire que celle des gains de productivité dus à la systémique informatique[2]. De ses travaux, on retient que l'économie des objets est différente de celle des idées. L'une est physique, finie, elle débouche sur la pénurie. L'autre ouvre un champ inimaginable de choses que nous pouvons faire. Aux États-Unis, mais aussi en Europe et dans les pays du Sud. Ce qui manque aux pays en développement, ce sont les idées plus que la main-d’œuvre ou le capital. Il est possible de les y amener. Mais ces idées ne sont pas dans les bibliothèques, elles sont dans les entreprises. Aujourd’hui, elles circulent sur la Toile ! Aussi nous faudra-t-il investir la Toile et avoir des idées, beaucoup d’idées, de la jeunesse, de la folie, un peu, et de l’audace, beaucoup, pour redevenir le pays fertile du « siècle des lumières ». Avec l’Internet, plus d’un milliard et demi de personnes peuvent y échanger leurs connaissances, établir des contacts sociaux. Pour la première fois dans l'histoire humaine, la coopération massive d’individus de toutes origines à travers le temps et l'espace est soudainement facile et de moins en moins coûteuse. Dans des espaces numériques dédiés, des milliers de citoyens savants du Web pourront grâce à leurs connaissances et à leurs idées se pencher sur divers problèmes et, collectivement, leur apporter des solutions plus rapidement, plus économiquement. L’ensemble de ces facteurs concourent à la création de lean organisations à faible intensité capitalistique et à forte intensité de matière grise, caractéristiques de l’économie coopérative. Les réseaux sociaux deviennent des vecteurs d’essaimage d’idées, d’échanges d’expériences et de recherches partagées. Les idées des individus savants peuvent changer le monde et constituer de nouvelles sources de richesses.
La France, dit-on, n’a pas de pétrole, mais saura-elle vraiment produire des idées pour s’installer sur les marchés de l’économie immatérielle, contrer ces compétiteurs et relancer durablement sa croissance !? Les règles du jeu changent. Le marché des licences représentera plusieurs centaines de milliards de dollars dans moins de vingt ans. Pour y faire face la France est-elle suffisamment créative alors que la recherche c’est du business et que les laboratoires et les universités deviennent productrices de valeur grâce à la vente de licences ? Nous devons devenir de vrais producteurs d’idées qui attirent les meilleurs talents puis des « commerçants » des savoirs afin de rentabiliser le fruit de nos innovations. Un paquet de grosses têtes ne fait pas un groupe innovant. Cette confusion entretenue entre l’innovation et la production d’idées me paraît dangereuse. Ce sont les idées qui « allument » les innovations, pas l’inverse. Cette simple observation a des répercussions considérables sur les méthodes utilisées pour gérer des processus d’idéation qui deviennent collectifs. Les compétitions à venir se déplacent vers les capacités des organisations à inventer, mais aussi à mettre en œuvre leurs idées rapidement. La performance d’une société moderne se mesure par sa capacité à passer de l’idée à l’action. Il s’agit d’éviter de voir nos scientifiques et nos créatifs s’enliser dans des organisations lourdes, incapables de réactivité.
- Saurons-nous gagner des devises sur ces nouveaux marchés alors même que la majorité de nos entreprises ne sait pas valoriser ses actifs immatériels?
- Aurons-nous des entreprises et une nation fertiles, abeilles et fleurs à la fois !?
- Entreprises, disposez-vous d’un patrimoine intellectuel de valeur ?
- Seriez-vous exportatrices d’idées ?
- Avez-vous de quoi offrir aux nouvelles bourses des savoirs ?
- Savez-vous accéder aux idées pertinentes ?
- Faites-vous le nécessaire pour valoriser le capital d’idées de vos collaborateurs ? Savez-vous valoriser vos savoirs ?
- Savez-vous les rémunérer ?! Rendez vous compte : dois-je être moins payé si je réalise en dix minutes ce qu’un incompétent fera dans une journée ?
Cette question sur la récompense de la créativité des salariés, s’accompagne, avec les nouvelles logiques de l’économie immatérielle, d’une remise en question fondamentale des ukases de la productivité du travail et de la confrontation des facteurs de production traditionnels vue par les économistes du 20ème siècle. Nous sommes dans une guerre de l’intelligence. Il faut cesser de mener cette guerre des biens immatériels comme on dirige une administration. La réponse aux exigences de cette "créativité collective" ne se fera pas sans bouleverser les façons de penser le management d'hommes organisés en réseaux professionnels ni sans revoir les façons d'organiser l'accès à des ressources immatérielles. Les entreprises devront absolument libérer et encourager les échanges d’idées dans les réseaux et gérer des processus de constitution des banques d’idées. Les dirigeants devront reconnaitre leur personnel comme le premier élément de leurs actifs immatériels.
Pour vous familiariser avec cette … idée, je vous invite à télécharger le chapitre VII « Pour profiter de l’économie des idées[3]», de mon livre « Netbrain, les batailles des nations savantes »[4] qui vient d’obtenir le prix 2008 de l’économie numérique. Nous y montrons les profits considérables dégagés par celles des entreprises qui ont favorisés les espaces d’échange de connaissances et de créativité. Car c’est cela notre capital aujourd’hui. Un capital immatériel, gigantesque qui donne, aux pays comme aux entreprises qui pétillent d’idées, la chance de fertiliser le monde et d’innover en s’enrichissant.
Denis C. Ettighoffer
[1] Jean-Pierre Robin, Le Figaro du 8 janvier 2006.
[2] Voir http://www.jourdan.ens.fr/grenet/TD/TD11.pdf et le papier de Jean-Marc Vittori, « Innovation contre récession » qui résume les thèses de Romer http://membres.lycos.fr/ses2000/Progtech.htm Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Romer
[3] http://www.ettighoffer.com/fr/livres/7emechapitreNebrain....
[4] Dunod 2008
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :
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17.10.2008
La Toile porteuse d’une révolution libérale d’un nouveau type


L’économie de la planète numérique a pour première caractéristique d’être à l’origine d’un grand mouvement du libéralisme. J’entends par là qu’elle libère les énergies et rend possible des millions d’initiatives dont l’autoproduction sur la Toile est un exemple. Aller sur la Toile, c’est devenir acteur de sa vie numérique. Une vie qui n’est pas que de loisirs si on songe aux formidables capacités économiques du cyberespace. La très grande majorité des modèles économiques sur Internet s’appuie sur l’esprit pionnier et d’aventure des plus audacieux pour en défricher les potentiels afin de s’enrichir. L’arrivée de ces entrepreneurs sur la planète numérique aura permis de créer des millions d’emplois. Contournant la chose bureaucratique, c’est un monde de la prise d’initiative, du travail indépendant, de la recherche volontaire d’informations ou d’innovations. Déstocker des chaussures, lancer des idées de promotions par téléchargements de démonstrateurs, organiser sa comptabilité sur un bureau virtuel, des millions d’initiatives ont été constatés partout, autant de services en ligne innovants. Ils contournent les inerties des marchés locaux, des instances administratives ou politiques obsolètes qui découragent toutes initiatives en faisant appel à des solidarités professionnelles qui expliquent comment résoudre un problème ou un autre. Les migrants de la planète numérique ont pour point commun de vouloir librement utiliser ses potentiels. Les raisons sont multiples, bénéficier de l’autonomie offerte par la Toile pour se désenclaver des territoires historiques, pour se libérer de certaines contraintes sociales, économique et culturelles. L’internaute avec le self employment (ou auto-entrepreneur) devient un adepte de l’économie libérale, de la transaction ou de la relation choisie et non plus imposée. Si de multiples individus y ont trouvé de quoi améliorer leur train de vie, d’autres y trouve des réponses utiles à de multiples préoccupations sociales, professionnelles, philosophiques culturelles ou sentimentales. Internet est peut être un monde qui doit se policer mais cela reste un lieu où on se sent libre de naviguer et de découvrir à son aise des êtres distants mais passionnants que peut être on ne rencontrera jamais physiquement. Les frontières confessionnelles, économiques, sociales s’effacent au bénéfice d’une curiosité qui relient indifféremment riches et pauvres, lettrés et ignares. Sur cette planète, c’est la prise d’initiative qui fait le succès. C’est l’audace dans les idées et les services qui apportent des récompenses monétaires ou pas. L’expansion n’y est pas dictée par des apparatchiks, la hauteur des émoluments par la durée du travail, l’âge de la retraite par des syndicats, les choses à savoir ou pas par des entreprises privées. Le sentiment d’appartenir à une communauté plus qu’à une classe sociale constitue une vision renouvelée de son engagement social mais aussi l’occasion de faire des économies ou de trouver des revenus complémentaires et des rencontres sociales et solidaires d’un nouveau type. Voilà pour les généralités.
Mais s’est aussi un monde où la plupart des internautes trouve une économie coopérative capable de s’affranchir des excès du capitalisme livrant les hommes et leurs familles aux lois du marché et celles des mêmes livrés à l’arbitraire du dirigisme collectiviste. L’horreur dans tous les cas. Les publications sur l’économie de la connaissance circulent un peu partout dans le monde. Toutes mettent à un moment ou à une autre le fait que les activités intéressant de près ou de loin les échanges de connaissances dépendent de la participation volontaire des internautes en général. Les résidents de Netbrain, la planète des savoirs partagés, sont des coopérateurs par essence. Cette économie de la connaissance en devenir, encourage aux coopérations altruistes et aux solidarités choisies et non contraintes. Elle est démocratique en cela qu’elle irrigue de ses savoirs, de ses services et de ses capacités toutes les couches de la société mondiale sans exceptions. Elle est un instrument de régulation des sociétés modernes. Car les modèles coopératifs sont une réponse historique à des marchés à faible intensité économique. C’est la solution des « pauvres », celle de la faible intensité capitalistique, c’est sans doute la raison pour laquelle la « coop » n’a pas trop la côte. Ça fait ringard. Ça renvoie à un passé d’ouvriérisme militant plus qu’à une idée brillante d’organisation de l’offre et de la demande capable de faire vivre de micros marchés. C’est un monde du lien social et économique éco-efficient. C’est dire l’importance à accorder à la culture du don et du lien dans les organisations. Une posture qui non seulement favorisera les échanges d’expériences et de savoirs mais en plus contribuera à renforcer les liens qui unissent toutes communautés ; le sens d’un objectif commun et une confiance réciproque dans le groupe. Aussi, craindre la libéralisation des échanges des savoirs et des idées comme cela a été le cas pour les échanges marchandises, c’est se condamner à la mort économique. Non, la seule façon de continuer notre développement tient à notre capacité collective à nous glisser dans de nouveaux modèles sociaux économiques, en inventant de nouveaux scénarios, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux projets, tout en tenant compte de leurs inconvénients, de leurs dangers spécifiques. Sur la Toile on peut voir le libéralisme, c’est à dire les « forces des marchés » autrement que par l’idéologie. On peut les utiliser. Cela donne lieu à des idées originales comme celle de ce cinéaste canadien Gregory Colbert, auteur d’un salon nomade «Ashes and snow» (Cendres et neige). Une œuvre magnifique d’un photographe inspiré[1]. Il a créé une fondation pour prélever un modeste droit d’auteur sur toute publicité mettant en scène des animaux sur le web. Ce prélèvement de 1 % servira à financer les projets de conservation des animaux dans le monde. Un label Animal Copyright distinguera les produits respectant le droit d’auteur, ce qui devrait inciter les consommateurs à les préférer à d’autres[2]. Pour sa part Google offre aux sites aux thématiques les plus visités la possibilité de toucher quelques revenus de sa régie de liens publicitaire « Google « Adsense » ». Les sommes en jeu sont de petites rivières qui peuvent devenir importantes. Mises au service des populations des pays pauvres, ces sommes peuvent atteindre des montants considérables. Nous pourrions proposer à quelques sites privés ou publics que les revenus recueillis par un système comparables soient affectés aux ONG reconnues qui participent à réduire la facture numérique dans le monde. C’est une invitation à modifier notre posture vis à vis de la libéralisation de l’économie des biens numériques. Voyez le lancement de fondation toute récente de Google. Elle disposait en 2007 d’un premier budget de 90 millions de dollars. Elle compte soutenir des organisations qui pratiquent la solidarité citoyenne par exemple en favorisant leur montée dans les moteurs de recherches pour les faire mieux connaître. Selon les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, “Nous espérons qu’un jour cette entité éclipsera Google lui-même en terme d’impact global, en apportant des ressources significatives et des réponses innovantes aux problèmes cruciaux auxquels le monde doit faire face“. Cette fondation compte se focaliser sur la pauvreté dans le monde. Google compte également investir 175 millions de dollars dans des structures “socialement progressistes” a déclaré Sheryl Sandberg, vice présidente de Google. Pour Google, une façon de contrecarrer la pauvreté consiste à offrir de la culture et des connaissances. A ce titre, la fondation s’intéresse à la constitution des bibliothèques virtuelles multimédias dans la monde. L’utilisation des immenses capacités de ses datacenters associée à ses moteurs de traitement de pages en font un acteur essentiel des applications collectives du libre échange des savoirs. Il ya avait deux façons de réagir à cette idée. La première consistait à hurler au « pillage ». La seconde de négocier un partenariat et un « droit de péage » susceptible d’avoir des retombées pour les auteurs et la production immatérielle française. Devinez laquelle a été choisit ?
Denis Ettighoffer
[1] http://www.ashesandsnow.org/en/exhibition/
[2] The Economist, 11/3/2006
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'autres ouvrages, parmi lesquels :
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26.09.2008
Les biens numériques au secours du développement économique...durable !


Une contribution de Denis Ettighoffer* (1/3)
Alors que 2008 marque une date historique de la fin du pétrole bon marché, le baromètre européen des énergies renouvelables considère que l’objectif que s’était fixé la Commission Européenne d’arriver à produire 12% de sa consommation totale ne sera pas atteint en 2010. Nous consommons mille six cent fois plus d’énergie qu’en 1900. Aujourd'hui, les nations occidentales font face à des compétiteurs qui à leur tour consomment de plus en plus d'énergie. Une guerre des ressources est lancée. Nous ne pourrons limiter la casse et réduire la consommation des biens tangibles de plus en plus coûteux qu’en remplaçant nos esclaves mécaniques par des esclaves virtuels partout où cela est possible.
Pour Ivan Illich dans son livre, « Energie et Equité », les pays avancés capturaient l'essentiel de la production énergétique mondiale[1]. Dans les années 70, il soulignait déjà le déséquilibre énergétique grandissant entre les nations : 250 millions d’Américains dépensaient plus de carburant que n’en consommaient, tous ensemble, 1 300 millions de Chinois et d’Indiens. Dans tous les pays occidentaux, durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue annuellement par un passager (quel que soit le mode de transport utilisé) a été multipliée par cent. Des facteurs que l’on considérait – à tort ‐ comme secondaires ont brutalement pris de l’importance lorsque des nations asiatiques, indiennes et africaines ont décidé d’accéder aux standards de confort des occidentaux. Cela se traduit par une demande supplémentaire de ressources non renouvelables et une augmentation du prix des matières premières. En 2003, la Chine en plein décollage économique a consommé 30% du pétrole extrait, 30% de l’acier (contre 13% dix ans plus tôt) 40% du ciment produit et mobilisé 25% des investissements directs mondiaux. Une demande qui n’a cessé d’augmenter alors que celle de l’Inde et de l’Afrique démarre en flèche. Dans les dix ans à venir la demande sera telle que nous allons vivre une véritable bataille des ressources. Les études sur les « empreintes écologiques » des sociétés montrent qu’il est déjà impossible d’offrir le confort d’un américain ou même d’un français moyen à toute la planète. C’est une certitude, les énergies de substitution n’arriveront pas assez vite et la croissance vertigineuse des coûts de l’énergie ne changeront rien au fait que certains pourront en payer le prix et d’autres non. La progression de la demande est telle que les progrès réalisés en matière d’économie d’énergie dans les pays de la communauté n’arrivent pas à la compenser. La consommation électrique a plus que doublé entre 1970 et l’an 2000. En tendance actuelle, elle aura encore doublé vers 2030. Nos centrales vont être à la peine et notre budget aussi[2]. Si les pays en développement dans les secteurs secondaire et tertiaire en paieront le prix fort, l’explosion des biens numériques devient une chance pour les pays qui les utilisent pour améliorer leur bilan énergétique. Nous sommes entrés dans le siècle de l’optimisation des ressources prédit par Kondratiev. L’objectif est clair : il s’agit de casser le dogme selon lequel toute croissance économique ne peut se faire qu’en consommant plus d’énergie et de ressources.
L’industrie chinoise manque à ce point d’énergie qu’elle est obligée dans certaines régions de faire tourner des usines en décalage journalier et horaire. Les tensions sur l’énergie et les achats de matières premières sont loin de devoir retomber. L’effet de cisaillement entre production et consommation sera sans doute repoussé et ralenti par divers artifices. Les énergies fossiles sont un capital fini, qui s’épuise. Pour limiter le montant de l’addition dans les décennies à venir une des réponses est de réduire la part de notre consommation énergétique qui va devenir un facteur de compétitivité majeur. Optimiser la consommation énergétique, la réduire de 25%, est un challenge qui n’a rien d’utopique et ses effets peuvent être spectaculaires sur le budget des ménages et des collectivités publiques[3]. Le défi que cela nous pose va stimuler fortement la recherche de solutions de substitution. Parmi les réponses possibles, la dématérialisation croissante des activités et les applications de plus en plus courantes de la simulation (ou réalité virtuelle) répondent au défi énergétique de notre temps. Le capital numérique, le capital immatériel reste, lui, infini et inépuisable. Les biens numériques ne consomment pas ‐ou peu‐ de ressources matérielles, n’appauvrissent pas les sols, n’utilisent pas d’emballages, ne nécessitent pas de transport polluant et coûteux en énergie. Alors quoi de plus efficace et éco‐efficient que de continuer à dématérialiser nos activités et produire des services à distance ? L’économie numérique est une solution pour le renouvellement de notre approche du développement durable (DD) et des modes de consommations des pays avancées. Selon les auteurs spécialisés – pas toujours d’accord entre eux ‐ une conception de l’économie du futur basée sur l’économie de moyens pourrait permettre de multiplier par quatre et plus nos capacités de recyclage et de production. C’est indéniablement sur la planète numérique que se trouve une des solutions attendues pour limiter la consommation énergétique sans bloquer tout développement économique. Dans cette planète, la consommation énergétique de la totalité des télécommunications représentent moins de 1% de la consommation des esclaves mécaniques. Chaque fois qu’un bien numérique se substitue à un bien tangible ce sont des milliers de Kilowatts heures que nous économisons. Chaque fois qu’un service distant élimine ou réduit des déplacements ce sont des milliers d’esclaves mécaniques de moins à nourrir. Dans l’Entreprise virtuelle, le docteur Paul Pilichowski s’exclamait ; « Arrêtons de transporter 80 kg si on peut transporter une donnée ! ». Pour ce dernier, il était aberrant de demander à des gens de se déplacer constamment alors qu’il était possible de développer des solutions de suivi des malades à distance. Depuis, le télédiagnostic est devenu une réalité pour bien des patients mais aussi pour beaucoup d’autres activités. Alors que le prix du pétrole et des sources énergétiques ne cesse d’augmenter, le prix des télécommunications et des outils communicants n’a cessé de diminuer de façon spectaculaire. Nous sommes à un tournant historique d’une époque où les hommes ne doivent plus simplement inventer des machines qui suppléent leurs limites physiques. Ils doivent se tourner vers des outils qui leur permettent de tirer le meilleur parti d’un cortex planétaire qui facilite les échanges de services et de connaissances tout en économisant des ressources énergétiques coûteuses. Il devient évident que la digitalisation de toutes choses nous offre les « esclaves virtuels » dont nous avons besoin pour modifier les règles du jeu stratégique entre nations.
La subsidiarité croissante entre biens matériels et biens numériques a pour conséquence d’améliorer le bilan énergétique d’une économie. Empiriquement, on s’accorde à conclure sur le fait que la contribution économique des investissements immatériels apparait proportionnellement plus significative au fur et à mesure du nombre d’organisations interconnectées. L’effet McAfee des ordres de grandeur croissant joue en matière de réduction des dépenses énergétiques au fur et à mesure que les objets numériques se substituent aux objets tangibles. Le développement de l’e.administration devient non seulement une source d’efficacité collective mais aussi une source d’économies d’énergie. Ce n’est un secret pour personne que le retard au développement économique d’une région donnée tient à son manque de moyens de communication. Le coût de ces échanges de trafic d’affaires et de coordination selon un modèle des années 50 serait insupportable et nous ferait revenir des années en arrière. Si ce transfert des transports vers les télécommunications n’avait pas eu lieu, nous maintiendrions alors une demande d’énergie qui augmenterait de 10% par an pour la seule logistique des transports en général.
De même il faut se sortir de la tête cette idée selon laquelle le Développement Durable devrait être associé à une décroissance durable. D’ici ou là, monte un discours pas très sérieux sur des options de décroissance volontaire. Les vielles lunes reviennent dans des slogans tels que, « Enlever le confort et la richesse à ceux qui l’ont, cela corrigera les déséquilibres ! » ou « limiter la demande » (contraindre devrais‐je dire) alors que des milliards d’individus aspirent à connaître un minimum de confort. Beaucoup de bêtises sont dites au prétexte de justice sociale et économique. Nous préférons les analyses des tenants d’alternatives qui, sans prétendre détenir la vérité, plaident pour des expériences ou des approches différentes selon les pays et leur degré de maturité socio‐économique. La crispation sur un modèle universel du progrès économique, réduit le plus souvent à un taux de progression que l’on se jette à la figure, me paraît détestable et injustifié. Notre grande erreur est sans doute d’avoir depuis des décennies identifiées, confondu même, le progrès avec la croissance économique. Depuis des années la croissance économique n’est plus la réponse à des besoins vitaux, primaires, mais à des éléments de confort ou de différenciation sociale qui semblent indispensables aux castes auxquelles nous appartenons. La commercialisation forcenée de nouveaux biens rendus enviables par des artifices comme la publicité n’est pas forcément un signe de progrès mais encourage plutôt la consommation de ressources supplémentaires. Le problème qui nous est posé aujourd’hui est de savoir si nous sommes prêts à reconsidérer la croissance à la lumière d’une réflexion plus approfondie sur le progrès. Faut‐il rappeler que le taux de progression de la Chine, dont on parle tant, masque le fait que ce pays d’un milliard d’habitants vient d’atteindre à peine un PIB supérieur à celui de l’Italie. Français, italiens, voulez vous échanger leur taux de croissance contre votre pouvoir d’achat ?! L’empreinte écologique d’une telle population même vivant en mode low cost nécessiterait une baisse du niveau de vie des pays riches d’au moins 90%, si l’on en croit Robert Ayres, professeur d’économie à l’Insead[4]. L’idéalisation de certains penseurs du développement durable laisse perplexe qui nous amène droit au mur d’une affreuse récession. Notre problème n’est pas de lancer un concept aussi fumeux que la « décroissance durable » (elle se fait bien toute seule, malheureusement !) mais tout simplement d’optimiser nos modèles actuels en améliorant leur performance là où cela est possible. En inventant, sinon, de nouveaux modèles. Dans un contexte mondial où la croissance va être fortement bridée par les limitations des consommations énergétiques et de certaines matières premières, on peut s’attendre à une réorientation des investissements monétaires vers les filières de la R&D et des produits ou services « économisateurs » de ressources.
L’éco‐efficience globale est, pour les pays avancés, un marché nouveau autant qu’une contrainte, on l’aura compris. Les américains sont souvent présentés comme ne s’intéressant pas aux accords de Kyoto, pourtant les français ne font pas la moitié des efforts des californiens. Contrairement à une propagande stupide, les américains ne sont pas moins sensibles au DD que les européens. Le programme Energy Star a été lancé en 1992 par l'Agence de Protection de l'Environnement des États‐Unis (EPA). Ce programme était destiné à motiver l'ensemble des acteurs économiques mais aussi les collectivités territoriales américaines pour économiser l'énergie. La Communauté européenne imitera les Etats‐Unis dans les années 2000… presque dix ans plus tard ! Je dirais plutôt que, pragmatiques, ces derniers attendent surtout que les entreprises mettent sur le marché des solutions « éco‐efficientes » alternatives. Le discours « évangéliste » sur le DD qui occupe la sphère bavarde ne peut être crédible qu’accompagné de solutions accessibles au plus grand nombre. A la dramaturgie théâtrale de certains européens, les américains préfèrent un solide pragmatisme. Pragmatisme qui passe d’abord par le recherche d’amélioration des dispositifs et technologies utilisés en même temps qu’un balayage systématique des innovations pouvant faire l’objet de vente de produits ou de savoir faire marchands dans le domaine. Pour eux le DD c’est du business ! Dans cette perspective les actions destinées à diminuer « l’empreinte énergétique » et les surconsommations inutiles ne valent qu’accompagnées d’ouverture à de nouveaux marchés. La voiture économe sera suivie de la maison autonome qui sera suivie elle même des emballages biodégradables, suivis des équipements récupérables etc.… Tout un virage est en cours qui modifiera notre rapport aux services et aux biens d’équipements. Nous savons construire de mieux en mieux des maisons et des immeubles complètement autonomes en matière énergétique. Partout des architectes plus ou moins renommés développent des prototypes de bâtiments si économes qu’ils parlent d’immeubles « zéro énergie » (Zero Energy Home). Isolation maximale, peu d’émissions d’effet de serre et autonomie maximum grâce aux énergies renouvelables sont de rigueur. Les initiatives régionales se multiplient et les expertises ainsi constituées contribuent à leur notoriété et deviennent autant de sources de marchés nouveaux dans le monde. Mais pas un mot sur le sujet au dernier salon de l’immobilier de Paris de mars 2007 ! Nous avons raison d’être fiers de nos succès en matière d’avionique et d’industrie spatiale et autres secteurs high tech porteurs. Espérons que nous le serons aussi en matière de gestion des déchets, des énergies renouvelables, d’isolation énergétique, de gestion de l’eau et du recyclage de nos déchets, le tout constituant les futures créations d’emplois« des cols verts[5]». A défaut les américains mais aussi d’autres pays, qui n’importent pas nos beaux parleurs mais exportent des solutions, domineront un marché de l’éco‐efficience évaluée à plus de 500 milliards d’euros pour la moitié du siècle. Peut‐on imaginer que des collectivités locales remplacent le concours de la ville la plus fleurie par celle de la ville la plus économe en énergie ? Où encore des concours de promoteurs de maisons et de bâtiments publics éco‐efficients ? Ne pourrait‐on pas imaginer qu’il soit possible de généraliser le système de revente « des droits à polluer » et considérer que toute entreprise, toute collectivité, toute famille aurait le droit de négocier son économie d’énergie; de la mettre sur le marché. Ainsi en laissant au marché le soin de financer les réductions des consommations énergétiques on leur permettrait de se rembourser leur investissement ! Un marché de l’éco‐efficience s’affirme et croît rapidement. La sobriété énergétique devient une source d’économies budgétaires, d’activités nouvelles, de créations d’emplois et un savoir faire exportable. La France saura t’elle en profiter ?
Denis Ettighoffer
[1] Éditions du Seuil, 1973
[2] Rapport sur la consommation d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables en France Paris, Mars 2006.
Rapport fait en application de l’article 3 de la directive n° 2001/77/CE du 27/09/2001.
[3] Complément www.negawatt.org/telechargement/Article%20scenario%20nW%2...
[4] L’Expansion Management Review de Juin 1997 « Le progrès, oui, mais plus comme avant ».
[5] J’ai souvent défendu l’idée que les emplois du futur seraient essentiellement des emplois de médiateurs et des « cols verts ».
Des travailleurs qui, après les « cols bleus » et les « cols blancs », seraient en charge des secteurs de la gestion de l’environnement, du reconditionnement des déchets, des énergies renouvelables, etc.
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :
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25.07.2008
La folie douce des foules numériques intelligentes
Certains auteurs et chercheurs n’hésitent pas à parler de « foules intelligentes » en désignant ces mouvements qui se cristallisent sur le Web pour les raisons les plus diverses. Le livre « La sagesse des foules » rencontre un grand succès en Amérique. L’auteur, James Surowiecki [1], lorsqu’il parle de l’émission américaine « Qui veut gagner des millions » (aujourd’hui programmée en France), observe que les réponses proposées par l’allié appelé au téléphone sont exactes à 65% contre 91% lorsqu’elles sont données par la salle. Il démontre que plusieurs personnes coopérant ensemble offrent un meilleur taux de probabilités de connaître la bonne réponse face à une personne qui ne peut, à elle seule, couvrir de très nombreux domaines d’expertises : il ya réassurance. Pour l’auteur de la « Sagesse des foules », la meilleure façon d’aborder les problèmes consiste à utiliser les « téléconsommateurs internautes pour évaluer les concepts et les idées de nouveaux produits ». Demander l’avis des gens a toujours été une bonne chose. Là où Surowiecki dérape – de mon point de vue- c’est lorsqu’il soutient que dans certaines circonstances les groupes sont plus intelligents et souvent plus pertinents que les meilleurs experts. Pour soutenir ces propositions, Surowiecki défend l’idée que même si les membres de la foule ne connaissent pas tous les faits, même s’ils choisissent individuellement d’agir irrationnellement, la " sagesse des Foules" marchera. Elle marchera pour répondre au problème en donnant une grande diversité d'avis tout en préservant l’indépendance de chaque membre du groupe. Pour Surowiecki, les erreurs les plus fréquentes s'équilibrent en incluant tous les avis. Le questionnement collectif garantit que les résultats seront plus ouverts et pertinents que si un simple expert avait été responsable de la question. Dieu merci, au moment où je commençais à m’inquiéter d’une thèse aussi périlleuse, un critique note que Surowiecki se contente d’utiliser et de démontrer de façon masquée mais avec une grande érudition les applications de la théorie des probabilités (des jeux) à l'économie comportementale avec des exemples tirés de notre vie de tous les jours. Désigner comme « sagesse » ce qui n’est jamais qu’une devinette faisant appel aux théories de jeux, à savoir qu’il y a plus de probabilités dans un groupe pour qu’il y ait quelques personnes qui connaissent la réponse, c’est quand même fort de café ! Ces thèses recoupent celles défendues par les tenants de « l’intelligence des insectes »[2]. L’abus de langage est manifeste.« Netbrain, les batailles des Nations Savantes » Présentation du livre et les vidéos Entretiens autour du livre "Netbrain, les batailles de Nations Savantes"
[2] INTELLIGENCE.1° Faculté de connaître, de comprendre.2° (Sens strict). L'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle... 3° Didact. Aptitude d'un être vivant à s'adapter à des situations nouvelles... 4° Cour. Qualité de l'esprit qui comprend et s'adapte facilement... II. (Intelligence de). Acte ou capacité de comprendre telle ou telle chose... III. Le fait de s'entendre mutuellement... (Petit Robert).
[4] Voir « Alice au pays d’Internet » -JC Hertz- Paris 96 Editeur Austral
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| Tags : Netbrain, Denis Ettighoffer, sagesse des foules, Intelligence collective, foules numériques, smart mobs |
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27.02.2008
Netbrain- Planéte Numérique - Les Batailles des Nations Savantes
Le livre NetBrain les batailles des nations savantes (Dunod -février 2008) de Denis Ettighoffer est sorti, Denis nous avait accordé précédemment en avant première (ici et là une longue interview vidéo pour les Entretiens du Futur.
Vidéo 1 : http://vpod.tv/dfailly/201544
Vidéo 2 : http://vpod.tv/dfailly/188308
Vdéo 3 : http://vpod.tv/dfailly/193937
Vidéo 4 : http://vpod.tv/dfailly/194075
Vidéo 5 : http://vpod.tv/dfailly/197396
Vous pouvez consulter en ligne les "e-traits Dunod" du livre (table des matières, chapitres témoins, interviews...) en cliquant sur le lien suivant :
http://dunod.ebrochure.fr/netbrain/netbook_dunod.php
- Mét@-Organisations,
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13.05.2007
II - NetBrain Les batailles des nations savantes
17:30 Publié dans - Entretiens, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Mobilités, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : Netbrain, denis ettighoffer, denis failly, entretiens du futur |
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04.05.2007
I - NetBrain Les batailles des nations savantes
- Mét@-Organisations,
02:30 Publié dans - Entretiens, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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