08.12.2008

Le piratage n’est qu’une étape transitoire vers l’équilibre des marchés numériques

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Une contribution de Denis Ettighoffer* (3/3)



Le rapport Olivennes est non seulement critiqué en France mais aussi par la Commission Européenne. Les sénateurs français, Dieu merci, semblent vouloir revenir à plus de bon sens en limitant la portée de certaines sanctions. Laisser l’impression que les internautes français sont tous des délinquants en puissance n’a pas été très productif. Les publicités sur Internet, sur les DVD et autres supports ne parlent que de ça. Pour la grande majorité des internautes il n’est pas question de laisser la Toile hors la loi, pas plus que de léser les artistes et les auteurs victimes de la « démarque inconnue ». Mais il n’est pas question non plus d’ignorer la maturité progressive des marchés qui ce traduit pas une croissance de la vente de biens culturels et une diminution relative des pertes pour cause de téléchargements pirates.

Cent cinquante mille dollars pour avoir téléchargé 37 morceaux sous copyright ! Peut‐être le lecteur se rappelle t’il de Whitney Harper, une jeune américaine qui a été traduite devant les tribunaux par la RIAA (Recording Industry Association of America[1]) . Les lobbies de l'industrie musicale avaient demandé à ce que le Copyright Act soit respecté et qu'une peine entre 750 et 30 000 dollars soit infligée pour chaque acte jugé illégal. Comme Whitney Harper était coupable d’avoir utilisé un moteur P2P pour effectuer 37 téléchargements, la note se montait à quelques 150 000 dollars. Le juge n’en accepta que 7400. Whitney n’avait que 16 ans à l’époque des faits. Jugeant cette sentence trop clémente, la RIAA a décidé dans un premier temps de faire appel (sans doute pour en tirer un peu plus d’argent afin de faire face à ses frais d’avocats) ce qui fut largement contesté par l’opinion publique. Du coup, la RIAA a modifié sa position et sa communication en présentant son appel comme une action «éducative ». En réalité, la RIAA a déjà dépensé des fortunes en procès sans grands succès comme dans l’affaire l’opposant à Jammie Thomas[2]. Ces mésaventures peuvent concerner n’importe quel internaute. Elles sont la résultante d’un juridisme très anglo‐saxon exacerbé par une âpreté indécente aux gains.

Si on prête quelque intérêt aux pertes annoncées à l’économie des contenus par le piratage et la contrefaçon ont obtient des chiffres qui donnent le vertige. Elles auraient coûtées quelques 250 milliards de dollars par an aux Etats‐Unis. On ne peut qu’être sceptique face à de tels chiffres. C’est la question que le journaliste américain, Timothy B. Lee, s’est avisé de poser au responsable de la communication de l’organisme américain en charge des infractions sur le copyright. Prudent, ce dernier à indiqué qu’il fallait enlever de ce montant, celui spécifique à la contrefaçon. Plus problématique a été le fait que ce journaliste n’a jamais pu obtenir comment la police fédérale a fait ses calculs et comment elle est arrivé à ce chiffre. Pire, elle n’a pas été en mesure de donner ces sources. En fait notre enquêteur s’apercevra qu’une des seule sources plausibles était un article sur la contrefaçon paru dans Forbes plus de dix ans auparavant (1993). Poursuivant son enquête notre journaliste s’adressera alors à une association (IACC) qui réunit des industriels qui se défendent collectivement contre la contrefaçon. Là, il y apprendra que le chiffre donné était une estimation qui couvrait l’ensemble des marchés mondiaux et pas que les Etats‐Unis. De son coté, l’Institut d’Innovation Politique, un groupe de lobbyistes qui pousse à renforcer encore la protection du « copyright », avance une estimation tout aussi fantaisiste de 58 milliards de dollars de pertes annuelles. Elle est en réalité plus proche de 20 milliards selon Timothy B. Lee[3] qui plaide, comme je le fais régulièrement, pour que les sources et les liens soient disponibles afin de stopper ces exagérations. Des chiffres parfois très fantaisistes courent un peu partout comme, par exemple, le fait que la piraterie sur Internet serait à l’origine de la perte de 750 000 emplois. Au gré de la recherche de sensationnel ces estimations fantaisistes ne rendent service à personne.


Que doit‐on comprendre par « démarque inconnue » ?

L’expression est utilisée dans la grande distribution. Elle recouvre les pertes dues à des vols par des clients et du personnel, des consommations sur place, des erreurs de référencements et des prix marqués, des écarts entre les stocks informatiques et les stocks réels, le tout pouvant représenter des sommes considérables. En 2004, la revue LSA faisait état de 6 milliards d’euros de pertes et 4,6 milliards pour seuls les vols de produits en 2006 selon le GRTB VII. Rapportée à l’idée du piratage sur la Toile, ce pourrait être comparé à ce que faisait nombre de garnements lorsque dans les années 60, ils entraient en douce par la porte de sortie pour voir un film sans payer. Les garnements d’aujourd’hui utilisent internet pour se télécharger des films ou des morceaux de musiques sans payer. Ce qui représente un manque à gagner pour les opérateurs (et les ayants droits de la production). Du coup ces derniers ont tout intérêt à hurler le plus fort possible afin de limiter les téléchargements pirates qui diminue d’autant les droits qui leur seront payés. Ceci dit, ces droits négociés avec les opérateurs tiennent compte du manque à gagner de la démarque inconnue, comme le fait la grande distribution qui répercute sur la totalité des clients la perte constatée. Ce dont, bien sur, on ne parle jamais.


Pour une majorité, pourtant favorable au téléchargement légal, les lois en discussion sont taillées sur mesure pour les éditeurs plus que pour les producteurs et les artistes intervenant dans le processus de création. D’ailleurs, beaucoup sont partant sur des façons différentes de les rémunérer. Le problème est que cela n’arrange pas toujours les éditeurs traditionnels. Au début des téléchargements payants, il n’y avait pas de différence de prix entre un achat CD et les singles (20 en moyenne) proposés sur la Toile à 0,97 euros le morceau. On peut comprendre la mauvaise humeur de ceux des internautes qui voyaient les éditeurs confisquer la marge supplémentaire offerte par ce type de distribution. Aujourd’hui, des forfaits de téléchargements illimités sont disponibles car financés par des produits dérivés, la publicité ou le sponsoring. Des offres de téléchargements low cost voire gratuits ne cessent d’être lancées sur la Toile, dont certaines venant de l’étranger, intensifiant la concurrence entre majors et éditeurs imaginatifs. Ce phénomène contribue à dynamiser les marchés et plaide pour une extrême prudence dans les interventions autres que structurelles. Le rapport Olivennes a laissé l’impression regrettable que les « fournisseurs » des copies pirates et les hébergeurs n’étaient pas concernés par les sanctions et les contrôles. Aussi, si les actions de sensibilisation et de communication vers les internautes doivent continuer, il convient néanmoins de rappeler que ce sont d’abord les fournisseurs et les distributeurs de produits numériques illicites qui doivent être inquiétés et que ce message aussi il faut le faire passer. Le Parlement européen vient d'adopter un rapport qui appelle à ne pas criminaliser les consommateurs. De leur côté le Sénat américain et la MPAA, (Association des majors de l’édition musicale) n'ont plus l'intention de s'attaquer directement aux internautes[4]. Ils privilégient la poursuite des individus reconnus coupables de distribution illégale de fichiers. Au Canada, les forces de l'ordre ont cessé de poursuivre les internautes qui téléchargent de la musique et des films et n'en font pas commerce. En d’autres termes, les juges s’intéressent surtout au parasitisme commercial dont sont victimes les ayants droits. Même en France, les juges sont attentifs à tenir compte de l'absence de but lucratif[5]. Les sénateurs français de leur côté ne souhaitent pas criminaliser d’office les internautes.

Le piratage détourné ?
Myspace vient de passer un accord avec le site américain Auditude spécialisé dans la promotion des vidéos. Cette société repère les vidéos pirates illégales et les associent à des bannières publicitaires dont certaines dénoncent le piratage. Les revenus tirés de ces bannières sont partagés avec les ayant droits. Pas très orthodoxe, ce procédé qui traque les atteintes au copyright, parasite le piratage et surtout le rend plus visible auprès des internautes ce qui parait une excellente chose. Cela surprend encore les éditeurs de contenus mais MTV Networks (MTV, Comedy Central, Nickelodeon, etc.) qui trouve l’idée astucieuse vient de signer un accord avec MySpace et Auditude pour que ses vidéos piratées deviennent rentables de préférence à des procès toujours aléatoires et coûteux.

Même si cela est long, les marchés s’adaptent et les pertes dues à la démarque inconnue diminuent. L’économie numérique quitte très progressivement la zone far West pour une régulation plus sereine. IDC vient de présenter pour la cinquième année consécutive une investigation sur la « démarque inconnue » (ou piratage pour les éditeurs) dans le monde à la demande de la BSA (Business Software Alliance[6]). Sa principale conclusion est que le piratage de logiciels en 2007 a relativement diminué dans 67 pays et augmenté dans 8 seulement. Si la France reste un pays sous surveillance, une baisse se confirme depuis trois ans. Pour l’Hexagone, l’étude IDC avance que le piratage de logiciels est responsable de la perte de 2,6 milliards de dollars. Oui, mais la France est aussi l’un des plus gros consommateurs mondial de biens numériques. Ainsi selon Comscore, un organisme d’étude dédié au Net, un internaute français regarde 90 movies contre 77 en moyenne pour un internaute américain, ce petit monde étant devancé par les canadiens avec 112 vidéos. Une tendance qui ne pourra qu’augmenter au détriment du temps passé devant la télévision en contribuant à une demande plus importante des débits circulant dans les réseaux des opérateurs. Une des raisons de cet engouement me paraît évidente. La France fait partie des nations les mieux équipées en matière de haut débit. Ce qui peut aussi expliquer l’importance des téléchargements pirates… ou pas, alors que le mode de facturation des opérateurs reste encore neutre par rapport à ces gros consommateurs. Ce qui fait que la majorité des utilisateurs ne paie pas en proportion de leur consommation. Problème qui me paraît, à l’évidence devoir être résolu un jour ou l’autre. Il ne faut pas que la bataille des éditeurs, même légitime à certains égards, ne trompe l’analyse. Malgré le brouhaha actuel, le législateur doit garder à l’esprit qu’il fait l’objet de pressions destinées à maintenir les positions des intervenants alors que se multiplie les initiatives en matière de modèles économiques nouveaux. Face à la démarque inconnue de l’économie numérique les élus doivent sanctionner les dérapages les plus significatifs du « parasitisme » commercial mais en laissant faire les forces du marché des contenus qui se régulera progressivement.

Denis Ettighoffer

 

[1]-http://www.riaa.com/
[2]-http://www.clubic.com/actualite‐169622‐affaire‐thomas‐ria...
[3]-http://www.freedom‐to‐tinker.com/blog/tblee/piracy‐statis...
[4]-Plutôt que de privilégier le modèle répressif, la justice belge contraint les hébergeurs à installer un filtrage des activités de téléchargements de P2P. En juin 2007, un tribunal de Bruxelles a imposé au fournisseur d'accès à Internet (FAI) Scarlet, ex‐Tiscali, de mettre en place des mesures techniques pour empêcher le téléchargement illégal des contenus de la Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs (Sabam). Le mythe selon lequel il serait impossible d’assurer un filtrage efficace a été balayé par les remises de conclusions d’un expert qui a proposé onze solutions de blocages possibles. Philippe Crouzillacq , 01net.
[5]-A‐t‐on bien évalué les difficultés de disposer des procédés de traçage contre des internautes qui ne savent pas toujours identifier un fichier légal d’un autre que ne l’est pas? Ce qui sera l’occasion d’autant de litiges générant des milliers de procédures auquel les tribunaux devront faire face.
[6]-Pour rappel, la BSA est une organisation mondiale regroupant plusieurs grands éditeurs (Adobe, Apple, McAfee, Microsoft, Symantec, ...) qui revendique une mission de promotion d'un monde numérique légal et sûr. L'une des armes favorites de la BSA dans son " sacerdoce ", est la publication d'études alarmistes et par ailleurs souvent sujettes à caution, dans lesquelles sont pointés du doigt les principaux pays où la piraterie logicielle est monnaie courante avec les pertes toujours colossales que cela engendre pour l'économie mondiale.

*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).

Il est par ailleurs l'auteur d'autres ouvrages, parmi lesquels :

- L'Entreprise Virtuelle,
- Du mal travailler au mal vivre,
- Mét@-Organisations,
- eBusinessGeneration,
- Le Syndrome de Chronos,
- Le Travail au XXIe siècle
- Le Bureau du Futur

 

28.11.2008

L'Internet de 2020 : une rupture de civilisation

 

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Une contribution de Joël de Rosnay* (3/3)


Ici encore, une approche systémique, l'examen au Macroscope, permet d'élargir les éléments technologiques décrits précédemment jusqu'à une vision plus globale qui rend compte du passage d'une économie énergétique de production de masse à une économie de la demande fondée sur l'information. Ce qui représente un véritable changement de civilisation.En effet, nos modèles traditionnels vont être remis en cause : le travail, l'innovation (constituée et amplifiée par des interventions créatives interdépendantes), les systèmes de rémunération, les règles de l'échange, la création de valeur, jusqu'au rôle et à la structure des familles, la nature de la démocratie, les institutions internationales et, bien sûr, la mondialisation économique et financière avec ses retombées sur la vie des citoyens. Les industriels et les politiques n'ont pas encore vraiment compris à quel point leurs modèles politiques, institutionnels et économiques sont devenus obsolètes.

La liberté que je prône pour les " pronétaires " est une réaction au manque de liberté actuelle face à des groupes puissants. Ceux qui créent, parfois volontairement, la rareté (voire la peur de manquer), pour contraindre les consommateurs (passifs) à passer par leurs vecteurs de diffusion ou de distribution, réalisent de ce fait des profits disproportionnés par rapport au nécessaire partage des ressources dans une économie plurielle (entre économies marchande, publique et solidaire).

À condition qu'elle trouve les moyens de son autonomie, en particulier financière, et ne soit pas condamnée à la précarité, cette nouvelle forme de liberté conduira à voir proliférer de plus en plus fréquemment, sur l'Internet de 2020, des " entreprises unipersonnelles multinationales ". Elles abriteront les dizaines de millions d" actionnaires " de demain : tous ceux qui participeront, rémunérés ou non, dans l'intérêt du plus grand nombre, à la création collaborative de logiciels libres, de contenus éducatifs, d'émissions de télévision, de musique ou de livres. Les consommateurs, de " passifs ", deviennent déjà - en tout cas ceux qui le souhaitent ou le peuvent - des " consomm-auteurs ". Des talents existent. La communication transversale (tous vers tous), la comparaison et la " recommandation " mutuelle les font émerger. Sauf que, aujourd'hui encore, pour être publié, édité, diffusé, vu à la télé, il faut passer par des comités de sélection favorisant les talents déjà confirmés. C'est pourquoi nombre de jeunes se font connaître directement sur le Net, notamment grâce à la licence gratuite Creative Commons, sous laquelle est d'ailleurs publiée La Révolte du Pronétariat, livre dans lequel je décris plus en détail cette évolution.

De telles mutations ne se réaliseront pas, d'ici à 2020, sans heurts avec les conservatismes industriels, politiques, religieux, entre une société vieillissante et sa jeunesse émergente, en particulier dans les pays en développement. On peut s'attendre à ce que l'Internet du futur et ses outils d'interrelation créative, liés à l'émergence d'une forme d'intelligence collaborative, voient se manifester plus souvent dans les pays en développement que dans les pays industriels traditionnels les innovations déterminantes pour l'avenir de nos sociétés. Il s'agira d'une révolution complète de nos institutions, signe d'une véritable rupture de civilisation avec le mode de consommation et de production actuel, dominé par les mass médias et par la collusion entre pouvoirs médiatiques et pouvoirs politiques, que nous subissons depuis plus d'un demi-siècle.

Il convient cependant d'être vigilant sur l'application des principes mêmes de l'économie de la gratuité ". S'ils n'y prennent garde, la récupération par les infocapitalistes guette les pronétaires. On propose du gratuit pour attirer et capturer des usagers et les vendre ensuite à des annonceurs ou les valoriser en Bourse ! Autres questions fondamentales liées à l'Internet du futur : à quoi va conduire la gratuité de la reproduction numérique et des logiciels libres comme nouveaux biens publics, sans un revenu garanti ? L'autre face de cette coopération gratuite née dès notre entrée dans l'ère de l'information ne risque-t-elle pas de mener à une nouvelle précarité ? Quel sera donc le prix de l'absence des cadres institutionnels adaptés ?

Joël de Rosnay


*Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur.Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l'Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de "Venture capital").
Conférencier, Il est l'auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont pour les plus récents :

-"2020 Les Scénarios du Futur" , Editions Des idées des Hommes - 2007; voir notre interview pour les Entretiens du Futur ici :
http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2007/05...

-"La révolte du pronétariat, des mass media aux medias des masses", Editions Fayard-Transversales - 2006, avec la collaboration de Carlo Revelli.

Ses différents sites




L'Internet des objets

 

 

 

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Une contribution de Joël de Rosnay* (2/3)

 

En novembre 2005 à Tunis s'est déroulé le Sommet mondial sur la société de l'information. L'Internet des objets (Internet of things) était à l'ordre du jour. Il représente certes des avantages, mais aussi un danger potentiel, les exemples suivants le montreront.


Objets familiers

Les objets familiers vont de plus en plus communiquer avec nous. Il peut s'agir de nos clés de voiture, d'un parapluie, de notre téléphone portable, d'un sac à main... Ces objets seront dotés de puces électroniques " RFID " (radio frequency identification). Ces petites puces sont capables d'émettre et de recevoir à distance, par ondes radio, vers une balise, un PDA, un téléphone portable… Ces balises envoient un signal qui " interroge " la puce. Celle-ci répond : " Je suis là ! Je mesure tel paramètre " par exemple.
Qui n'a pas égaré sa voiture dans un parking ? Avec cet appareil intégré à votre trousseau de clés, une sorte de petite boussole équipée d'une aiguille indiquera dans quelle direction est garée votre voiture, laquelle allumera ses phares à votre approche… Il en sera de même avec votre téléphone portable ou tout autre objet égaré.


Biométrie

Au premier semestre 2006, la Cité des sciences a consacré une exposition à la biométrie. Bien sûr, on connaît déjà l'empreinte digitale. En revanche, on connaît beaucoup moins l'iris de l'œil, la voix et un certain nombre de signes biométriques facilement reconnaissables comme le dessus de la main ou l'oreille. La biométrie est de plus en plus utilisée dans le domaine de la sécurité, par exemple pour se connecter à un ordinateur ou entrer dans une zone protégée.
Au lieu de retenir mots de passe et codes secrets (du digicode à son numéro de carte de crédit…), un appareil connecté à la prise USB de son PC reconnaît l'empreinte digitale (ou l'iris, ou la voix) de l'utilisateur et l'autorise à entrer dans le programme, la maison ou la zone réservée. Après avoir tapé son code, on applique l'empreinte de son pouce sur une touche tactile du boîtier. La fois suivante, cette opération ne sera plus nécessaire car il suffira d'apposer son pouce sur la zone sensible pour que, automatiquement, la mémoire de la petite boîte, connectée à la prise USB, transmette le bon code.


Personnalisation


Imaginez que vous pénétrez dans un environnement et que celui-ci vous identifie personnellement. L'environnement ajuste immédiatement la température de la pièce, diffuse une musique que vous appréciez ou charge sur le PC le dernier logiciel sur lequel vous avez travaillé lorsque vous avez séjourné dans cet espace. Les aspects pratiques sont évidents, mais cette personnalisation à outrance peut également se révéler inquiétante, comme on le verra.


Périphériques ou " téléphériques " ?

On a beaucoup parlé des périphériques, que je préfère appeler " téléphériques "… Rien à voir avec la montagne évidemment, il s'agit de ces objets portables (clés USB ou autres DVD) que l'on connecte sur n'importe quel PC.
Certaines clés USB contiennent tous les programmes d'un vrai ordinateur. Quand vous les branchez sur un PC qui n'est pas le vôtre, l'ordinateur inconnu charge une configuration identique à celle de votre propre PC. Vous avez l'impression de travailler sur votre ordinateur habituel. Il s'est " booté ", disent les informaticiens. Quand vous retirez cette clé, un système de sécurité détruit automatiquement tous les fichiers que vous avez créés ou utilisés, ce qui ne laisse aucune trace sur le PC de l'hôte. Inutile de préciser que cette clé est très précieuse et que vous n'avez pas intérêt à la perdre… Dans l'Internet du futur, on n'emportera pas toujours son ordinateur ou son PC portable avec soi. On prendra vite l'habitude de se déplacer avec un trousseau de clés USB...


Capteurs intelligents


Les capteurs intelligents sont très utiles pour mesurer la température des bâtiments et réaliser des économies d'énergie. Ces capteurs peuvent aussi détecter des individus en train de s'introduire dans un espace protégé (banque, entrepôt, usine…) et prendre des photos ou des vidéos de quelques dizaines de minutes.
La société Nokia propose un téléphone " M2M " (machine to machine), qui permet d'envoyer des instructions à des machines situées à distance, déclenchant par exemple le bouton de mise en route du chauffage. La chaudière sera équipée d'un téléphone, sans cadran ni clavier bien sûr. C'est une puce électronique qui contiendra les caractéristiques du téléphone classique. Ainsi, quelques jours avant de rejoindre sa maison de campagne, le propriétaire pourra envoyer un SMS au numéro de la chaudière (enregistré dans le répertoire de son téléphone) pour qu'elle allume le chauffage. La chaudière vérifiera au préalable si elle peut ou non se mettre en marche. Si elle ne peut pas démarrer (par exemple parce que la visite de maintenance n'a pas été effectuée dans les délais), son téléphone renverra un SMS ou un message vocal préenregistré indiquant qu'il est impossible de déclencher la chaudière et proposera de contacter directement le réparateur. Si le propriétaire répond " oui ", le système enverra alors un SMS (ou un message vocal) au dépanneur. Voilà en quoi consistent les réseaux de capteurs sur Internet et le langage M2M.

Joël de Rosnay

 

*Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur.Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l'Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de "Venture capital").
Conférencier, Il est l'auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont pour les plus récents :

-"2020 Les Scénarios du Futur" , Editions Des idées des Hommes - 2007; voir notre interview pour les Entretiens du Futur ici :
http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2007/05...

-"La révolte du pronétariat, des mass media aux medias des masses", Editions Fayard-Transversales - 2006, avec la collaboration de Carlo Revelli.

Ses différents sites

26.11.2008

Un Internet de plus en plus mobile



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Une contribution de Joël de Rosnay* (1/3)

Chacun aura son petit ordinateur personnel nomade, un mini-PC que l'on pourra emporter partout avec soi, un peu comme les managers avec leur inséparable BlackBerry (organiseur de poche)… D'autres continueront d'utiliser un stylo, mais pas n'importe lequel : un modèle innovant comme celui mis au point par la société Logitech, qui permet d'écrire sur un papier spécial. Les caractères sont numérisés et transmis à l'organiseur ou au PC grâce à un émetteur Bluetooth situé à l'extrémité du stylo. Quant au Digital Pen, il enregistre les mouvements du stylo grâce à un clip fixé sur le bloc-notes. Le procédé est donc un peu différent puisque ce sont les déplacements du stylo sur le bloc qui s'inscrivent sur un écran numérique pour être transférés sur un tableau situé à distance ou sur un ordinateur.

Avec DragonDictate ou ViaVoice d'IBM, deux logiciels qui offrent de substituer la dictée automatique à la frappe, taper sur un clavier devient superflu. Quiconque, équipé d'un microphone et d'un casque sans fil, peut circuler librement tout en dictant des phrases à son PC, lequel écrit directement en format Word à l'écran. Certaines de ces technologies existent déjà, ou seront téléchargeables sur l'Internet de demain.

Un autre exemple possible : une adolescente pourra communiquer avec ses amies grâce à un téléphone-écran se portant, comme une montre, au poignet. L'écran sera souple, comme il en existe déjà. Quand la jeune fille se connectera, elle entendra son amie. Les deux ados pourront proposer à un de leurs camarades de les rejoindre alors que celui-ci se promène au milieu de la foule, dans les rues de Londres. Une fois repéré grâce à la localisation GPS, le garçon, équipé du même appareil, pourra accepter ou non de se connecter et envoyer un message via la messagerie ou leur parler grâce à son téléphone-écran.

On peut encore imaginer que, d'ici à 2020, les guides d'un musée scientifique, par exemple, pourront communiquer avec les visiteurs par l'intermédiaire d'un écran transparent qui s'afficherait sur leur poignet, comme une montre dotée d'un écran large et souple. Un " journal du futur " pourrait être projeté sur cet écran, lui-même connecté au réseau Intranet du musée ou à un réseau extérieur.

Il existe des quantités de situations possibles grâce à ces nouveaux outils. Une personne pourra rester en contact permanent avec ses parents ou ses enfants. Ainsi, une mère pourra suivre les déplacements de son enfant sur l'écran fixé à son bracelet, et lui rappeler qu'il doit aller à son cours de musique... De retour à la maison, cet enfant chaussera sa paire de lunettes spéciales, connectée à l'Internet du futur, et suivra un match de football sur l'écran flottant projeté devant ses lunettes. Tout en regardant le match, il pourra accéder à des informations sur les joueurs ou à des statistiques sur les actions, les buts, etc.

L'Internet du futur offrira de nouvelles applications dans le secteur de la santé également. Par exemple, un patient (ou un sportif) pourra être suivi médicalement par des spécialistes l'informant en permanence de son état de santé. Même la pratique quotidienne du vélo d'appartement pourra connaître une petite révolution. Un vélo un peu particulier, équipé d'un écran et connecté en permanence à un centre médical, transmettra chaque jour aux médecins des informations sur l'état de santé du patient (paramètres cardiaques, tension artérielle, etc.). Il sera alors aisé d'adapter l'entraînement en fonction des progrès ou des difficultés du patient ou du sportif, ou de lui conseiller une alimentation correspondant à la quantité de calories nécessaires pour accomplir un effort donné

Toutes ces nouveautés, l'Internet mobile, les outils de communication à haut débit, les systèmes de communication personnalisés, etc., donnent une idée du " mobile Net " de demain.

Parmi les différents services en train de naître sur cet Internet de demain, les plus remarquables sont certainement la mutualisation des réseaux d'ordinateurs, les nouveaux moteurs de recherche et les nouveaux services dédiés à l'éducation (ou " e-éducation ").


Grid computing


Grâce à l'Internet à haut débit, il est déjà possible de connecter entre eux des PC situés en des endroits différents : ce réseau d'ordinateurs est aussi appelé grid computing (ou grid). La France fait partie d'un grand réseau international de grid computing. De même, en Suisse et en Italie, les ordinateurs qui ne travaillent pas en permanence peuvent offrir une partie de leur " temps libre " à l'exécution de tâches mutualisées (en collaboration avec d'autres ordinateurs donc). La puissance de calcul est telle qu'il est possible de réaliser des opérations impraticables jusqu'à présent, notamment des simulations, des calculs, de la génomique (l'étude des gènes), de la prévision météo (en particulier à des fins militaires) ou des jeux massive multi-users online games (MMOG) qui se déroulent à l'échelle internationale. Dix mille, cent mille, cent cinquante mille joueurs ou plus, représentés sous forme d'avatars, participent à des jeux en ligne, connectés via ces ordinateurs en réseaux. Dans quelques années, ces PC interreliés pourront être utilisés à d'autres fins, proposant par exemple une forme d'éducation mutualisée à l'échelle


Web intuitif


Les moteurs de recherche (Google, Exalead ou Yahoo) que les internautes du monde utilisent quotidiennement proposeront eux aussi de nouvelles applications dans l'Internet du futur. Pour les non-pratiquants du Net, je précise que ces moteurs de recherche, constitués d'ordinateurs en réseau, acceptent les requêtes par mots-clés sur tous les sujets possibles. Les réponses obtenues, classées par ordre de pertinence par rapport à la question posée, apparaissent sous forme de listes de références ou d'informations cliquables.

Grâce à ces robots logiciels, le " Web sémantique " va émerger en 2020. Il s'agira d'un Web " intuitif " : au lieu de répondre à votre recherche en recommandant un ou plusieurs sites à visiter, le Web intuitif établira des liens entre vos demandes précédentes. L'historique de vos requêtes sera mémorisé sur votre PC (avec votre accord bien sûr). Cet historique permettra de placer votre demande dans un contexte plus large et, ainsi, d'augmenter vos chances d'affiner vos recherches et d'apporter une réponse plus pertinente. Cette technique va radicalement modifier le travail de recherche.

Des chercheurs utilisent déjà différents types de robots logiciels, mais les moteurs de recherche du Web intuitif vont créer une série de nouveaux services, ou " Web services ".

Les services de mutualisation entre usagers vont ainsi se développer. La mutualisation a démarré avec le téléchargement de musiques sur le Net. On estime que soixante-deux millions de jeunes ont déjà pratiqué le téléchargement grâce aux logiciels Napster ou Gnutella. La musique téléchargée est stockée sur les PC d'autres utilisateurs, qui peuvent à leur tour télécharger des morceaux de n'importe quel artiste. On connaît les problèmes juridiques que le téléchargement pose en matière de reproduction et de droits d'auteur. Le téléchargement touche également la vidéo, avec des logiciels comme BitTorrent, ou la nouvelle télévision en pair à pair (P2P), lancée en 2007 sous le nom de Joost par Janus Friis et Niklas Zennström, les créateurs de Kazaa et de Skype.

Parmi les nombreux Web services, l'un des plus importants reste le téléphone en P2P, avec Skype notamment. Contrairement au téléchargement illégal de musique (c'est-à-dire télécharger gratuitement sur des sites pirates pour ensuite revendre), ce système gratuit de téléphonie, qui offre un son d'excellente qualité grâce aux relais d'ordinateurs, est tout à fait légal. Tout le monde a le droit de téléphoner, même si cela ne satisfait pas les grands opérateurs... L'intérêt de la téléphonie gratuite est d'offrir un service tout en proposant des services complémentaires payants à forte valeur ajoutée. J'y reviendrai plus loin. Sur ce modèle, la mutualisation de services (musique, expertises, troc, livres, télévision…) va se généraliser dans l'Internet du futur.


E-commerce interactif

Jusqu'à présent, les consommateurs étaient des individus passifs et plutôt mal identifiés. Les fabricants réalisaient des études de marché et achetaient de la publicité pour les inciter à consommer. Les producteurs et leurs réseaux de distribution offraient des produits ou des services dans un lieu dédié à la vente, que les acheteurs décidaient d'acheter ou non.

Grâce à Internet (et, avant Internet, au Minitel), la donne est en train de changer. De plus en plus de consommateurs exigent une vraie valeur ajoutée et un service personnalisé. Pour obtenir satisfaction, ils envoient en permanence de l'information aux fabricants ou à leurs distributeurs. Grâce à ce retour inespéré, désormais, le producteur peut mieux connaître les attentes de ses clients potentiels.

Par conséquent, la relation producteur/consommateur évolue et s'apparente davantage à un contrat entre un prestataire et un usager. Les entreprises ont vite pris conscience qu'elles dégageraient plus de gains en vendant des produits (par exemple des mises à jour de logiciels) à des clients bien identifiés plutôt qu'en écoulant leurs produits auprès d'acheteurs qu'elles ne connaissent pas et dont elles risquent de perdre la trace dès que ceux-ci auront disparu avec leur machine à laver, leur téléphone ou leur automobile…

Tout le nouveau commerce d'Internet, le " e-commerce " moderne interactif, consiste à exploiter l'interaction créée entre les producteurs et les consommateurs et à cerner le plus précisément possible la demande, afin de répondre à leurs attentes de manière personnalisée.


Technologies d'apprentissage et e-éducation


Dans la société à venir, un des grands espoirs de l'Internet de 2020 me semble incarné par les technologies d'apprentissage ou la "e-éducation ".
Grâce au satellite, on peut appliquer des technologies complexes à beaucoup de monde, mais on peut aussi s'adresser à quelques personnes (un professeur diffuse son enseignement à plusieurs élèves), voire à une seule (c'est le tutorat), avec l'enseignement personnel assisté par ordinateur. Entre les deux solutions, il existe aussi des systèmes d'évaluation par vidéoconférence
Aujourd'hui, mais plus encore dans les prochaines années, les entreprises proposeront à leurs salariés des modules de formation " à la carte ", sur Internet ou Intranet (avec tuteurs ou professeurs médiateurs).
Même si modèles économiques et systèmes d'évaluation restent à inventer et qu'il demeure nécessaire de faire reconnaître officiellement ces modes d'éducation par les États, il apparaît déjà comme certain pour la plupart des prospectivistes en matière d'éducation que les systèmes éducatifs et d'apprentissage représenteront un des secteurs majeurs de l'Internet de demain.

Joël de Rosnay


*Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur.Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l'informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l'Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de "Venture capital").
Conférencier, Il est l'auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages dont pour les plus récents :

-"2020 Les Scénarios du Futur" , Editions Des idées des Hommes - 2007; voir notre interview pour les Entretiens du Futur ici :
http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2007/05...

-"La révolte du pronétariat, des mass media aux medias des masses", Editions Fayard-Transversales - 2006, avec la collaboration de Carlo Revelli.

Ses différents sites

 

 

26.10.2008

Rizotto, CACO et rhizomes : bienvenue à la bl-EGO-sphère !

 

 

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Une contribution de Brice Auckenthaler*


  • Web / Temps 1 : back to 3 milliards d'années, le risotto

La conception du Monde, Dieu s’y est mis tout seul et s’en est plutôt pas mal sorti. Le Big Bang qui en résulta créa une énorme bouillie. Appelons-la risotto, c'est plus appêtissant. Comme tout bon risotto, c'est le touillage lent et délicat de chaque ingrédient qui déclenche la magie.
Quant aux innovations qui ont rythmé le progrès, la plupart sont le fruit d’intuitions personnelles [Léonard de Vinci ou Jules Verne continuent à faire fantasmer aujourd’hui], de besoins a priori égoïstes [le walkman est né de l’envie d’Akito Morita –président de Sony à l’époque- d’écouter de la musique en jouant au golf], de constats solitaires [James Dyson inventa l’aspirateur sans sac alors qu’il n’en avait pas la compétence technique mais était confronté à une interrogation : comment se fait-il que mon aspirateur n’aspire plus alors que le sac n’est qu’à moitié plein ?]. Ou bien d’expérimentations osées [le Post-it® -fruit d’un ingénieur qui mis au point une colle qui se décolle- est plutôt rupturiste pour une entreprise qui fabrique des adhésifs !]. Voire de hasard personnel : ainsi le mythe du Roquefort découvert par un berger qui avait laissé traîner une miche de pain avec du lait qui a fermenté…

Moralité # 1 pour Web 3.0 :
arrêtons de penser que le web et l'innovation sont affaire de bouillie collective seulement. Quelque soit l'option technologique, cela restera avant tout une question d'envie, de conviction, d'implication et de pilotage individuel.

  • Web / Temps 2 : aujourd'hui, la CACO

Serge Tisseron a coutume de dire que toute invention est la réalisation d’un fantasme. A l’aube de ce 3ème Millénaire -où relationnel et transparence sont les nouvelles antiennes des hyperliens que nous souhaitons tous tissés- c'est désormais la capacité à innover à plusieurs et à produire des idées collectivement qui semble être devenue la façon de concrétiser ce fantasme. Trois ruptures ont favorisé cette évolution : la place prise par l'innovation en tant qu’outil de management ; l’interactivité foisonnante du web 2.0; le développement des économies de service.
Toutes les études le confirment : le client final devient de plus en plus expert marketing ; il s’implique dans sa relation avec les émetteurs d’offres que sont les marques, n’hésite plus à contester quand il estime que cette relation est insatisfaisante, se met à résister, voire à boycotter [cf. la propagation viral d’Internet]. Linux a posé les bases de cette co-conception en inventant l’OpenSource qui permet à des passionnés [pas forcément des professionnels] d’améliorer une version bêta d’un logiciel et d’en être ainsi co-auteurs. Plus récemment, Intel a annoncé fin 2006 qu’il offrait 300.000 dollars aux clients qui apporteraient des innovations gagnantes [1] . Le gagnant a été désigné au Spring Intel Developer Forum qui s’est tenu en mars 2007 à San Francisco. Et fin décembre 2006, le magazine Time a élu comme personnalité de l’année ‘You’ -vous et moi. Dans son édito, Richard Stengel, l’éditeur en chef, explique que cette nomination est un hommage à ce qu’il appelle l’avènement des ‘user generated contents’ "[2] nouveau comportement collectif qui devrait, selon lui, transformer l’art, la politique et le commerce par l’intervention créative et pertinente d’amateurs.

Quel rapport peut-il alors bien y avoir entre la Ratp, le collectif Creative Commons, Innocentive [3] [site initié par Elli Lilly], la chanteuse islandaise Björk, la nouvelle Fiat 500, les sites YouTube.com ou MySpace.com, l’initiative française wat.tv, Mastercard, Findus, la confiture d’innovation d’IBM, le site d’Apple ipodloundge, la marque Dove, Agoravox, les universels Wikipedia, Citizendium ou answers.com, le coréen ohMyNews, le français Rue89, les américains Threadless, Boeing ou mom’s inventors, ou encore A swarm of angels, Crédit Mutuel, EDF et Current TV d’Al Gore …?
Tous ont ouvert leur processus de création en invitant dans la cuisine -qui des collaborateurs issus des différents départements de l’entreprise, qui des clients ou des consommateurs- à se mêler de ce qui ne les regardent à priori pas du tout : la conception du risotto innovant.
Cette nouvelle ouverture, expertsconsulting l'a appelé la CACO [Conception Assistée par COllaborateurs et Consommateurs].

Moralité # 2 pour Web 3.0 : après l'innovation à tous les étages de l'entreprise [cycle des années 90], voici peut être venu le temps où les portes de l'entreprise volent en éclats pour convier les clients dans la cuisine de la conception de nouvelles initiatives [4].
Arrêtons de penser linéarité, chronologie, hiérarchie, autorité top-down. Pensons zig zag, chemin de traverse, confiance.


  • Web / Temps 3 : demain. Bienvenue à une économie en rhizomes où c’est nous qui créons les pièces du L-EGO !

Côté entreprises, la gestion des ressources humaines devient de plus en plus problématique du fait d’une démotivation croissante. D’autre part, les marchés sont de plus en plus poreux, rendant les marques potentiellement concurrentes les unes des autres. Ce phénomène trouve son pendant au travers de la transparence grandissante des frontières entre l’entreprise et les clients.

Côté science, nous venons de découvrir [5] que [formidable espoir généré !], chez des humains, l’activité d’un messager chimique clef, la dopamine, affecte des circuits neuronaux vitaux impliqués dans les "circuits de la récompense » [motivation, apprentissage].
Et, outre Rhin, des chercheurs de l’Institut Max Planck de neurobiologie et de l’Université de la Ruhr-Bochum viennent de prouver que les cellules nerveuses du cerveau adulte ne recevant plus d’informations de la part de leurs neurones voisins sont capables de tisser de nouveaux contacts avec d’autres neurones. Le cerveau humain contient environ 100 milliards de cellules nerveuses, chacune d’entre elles possédant 10.000 à 20.000 contacts avec des neurones voisins. Ce réseau permet notamment de recevoir et de traiter les informations sensorielles. Or, si des informations provenant d’un des organes sensitifs manquent, comme c’est le cas par exemple lorsque la rétine d’un œil est endommagée, les cellules nerveuses liées à la zone touchée ne reçoivent plus d’informations.
Les scientifiques ont pu montrer que, dans ce type de traumatisme, ces cellules restructurent leur réseau [Boris Cyrulnik appelle cela la résilience]. Quelques jours après une lésion de la rétine, ces neurones développent des prolongements trois fois plus vite que les neurones voisins n’étant pas directement concernés par le dommage. Ces prolongements permettent de trouver et d’identifier les cellules voisines adéquates pour l’échange de données.

Moralité # 3 pour Web 3.0 : le réseau sera rhizomique ou ne sera pas..
Arrêtons de penser mondialisation, glocalisation. Cela fusille [cf. la bulle financière actuellement] et épuise la planète. Pensons pêche [lancer le bouchon le plus loin possible dans l'avenir pour tisser des liens et inventer des scénarios excitants] et interconnections [tous et chacun liés –et récompensés- par la force du crowdsourcing].
Pensons bl-EGO-sphère imaginative [chaque ego valorisé et satisfait pour la création et la co-animation d'un puzzle Lego constitué de nouvelles belles causes collectives].
Pour garantir un succès pérenne désormais, impliquons collaborateurs et clients pour en faire des auteurs, concepteurs et ambassadeurs des offres dont ils seront, demain, consommateurs. Et entrons de plein pied dans la nouvelle économie de l’imagination collective.

  • Sommes-nous entrés dans un monstrueux bazar ingérable ?

La plupart des initiatives testées en ce moment se sont avérées de vrais bazars à mettre au point et à animer. Pour ne pas se laisser submerger par les débordements créatifs en provenance de l’intérieur et de l’extérieur, la conception collective nécessitera une équipe de pilotes animateurs enthousiastes. Le pouvoir ne vient plus d’en haut, mais du cœur du réseau.
Autre erreur à éviter : penser que créer collectivement, c’est systématiquement du collectif. C’est tentant, car c’est une Lapalissade, mais c’est ingérable, car solliciter trop intensivement des équipes bute contre les disponibilités de chacun. A l’instar des sports collectifs, c’est la l’agrégation d’individualités complémentaires qui crée souvent l’étincelle. Et surtout, c’est l’alternance de phases collectives et de phases individuelles, où chacun apporte son expertise pointue et spécifique, qui garantira l’accouchement d’initiatives probantes.

Ensuite, il faut avouer que le résultat est souvent assez décevant qualitativement : wat tv est pour l’instant assez pauvre en contenu ; et la plupart des jolies idées soumises sur www.ipodlounge.com [où les prototypes présentés sont tous d’origine extérieure –ce qui met une gentille pression sur les ingénieurs dans la boîte : ‘’Regardez ce que nos clients eux-mêmes sont capables de concevoir sans nous...!’’] s’avèrent techniquement irréalisables par Apple.

Autre inconvénient de la conception collective : la remise en question. Ainsi l’initiative Ideastorm, lancée en février 2007 par Dell, géant de l’informatique, auprès de la communauté de ses clients. Plus d’un million de visites, plus de 7.000 suggestions générées… dont beaucoup n’allaient pas dans le sens des décisions qu’avait prévu le management de Dell.

Autre tentation : croire que n’importe qui peut créer collectivement. Certains artistes, designers, ou concepteurs sont de vrais autistes et ne conçoivent pas être mêlés à d’autres créatifs, pire, à des amateurs. Il y a également un effet pervers : laisser entendre que l’entreprise n’est plus capable d’étonner ses clients et qu’elle a besoin d’eux pour cela. La délégation de créativité peut alors se transformer en démission perçue. Le résultat est parfois décevant aussi parce que l’initiative collective est paralysée par son ambition : l’idée meure car elle est trop non politiquement incorrecte, ou demande beaucoup de courage et d’énergie pugnace.

  • 5 conditions pour le Web 3.0

Pour que le résultat d’une démarche de conception collective soit meilleur que si elle n’existait pas, et afin que le bazar collectif créatif n'explose pas en vol, il faut respecter 5 conditions :

  1. la confiance mutuelle [un client qui doute de la sincérité de la démarche ne s’impliquera pas],
  2. un problème clairement identifié, qu’une communauté créative serait plus à même de solutionner qu’un chercheur tout seul,
  3. un modérateur agitateur [souvent un consultant, gardien du temple et de l'exigence mutuelle],
  4. un cruise control fin pour piloter le processus. Et, enfin,
  5. un mode de rémunération cohérent avec l’enjeu [ainsi, récemment, You Tube s’est résigné à payer les gens qui lui envoient des vidéos].

Quand la communauté créative est pilotée sans arrière-pensées du type, ‘il faut absolument que cela marche à tous les coups/coûts’…, quand elle invite les collaborateurs, les clients et les citoyens à mettre la main à la pâte en leur expliquant clairement les véritables enjeux et les règles du jeu, alors, oui, le résultat pourra être probant. Et renforcera, n’ayons pas peur des mots, la fierté d’avoir acheté un bien ou un service vraiment particulier, puisque ces créatifs d’un nouveau genre auront contribué à les concevoir.

Un nouveau système nerveux est en train de se créer qui changera la façon dont nous percevons le monde. Mais aussi la façon dont le monde change. Ses conséquences sont à la fois difficiles à connaître et impossibles à estimer.
Beaucoup de rêveurs créatifs vont arriver, vont-ils réussir à apprendre à jouer avec d’autres ?

 

Brice Auckenthaler

[1] Détails sur http://www.intel.com/idf/corechallenge.htm. Netflix procède de même : http://www.netflixprize.com où les clients sont invités à co-créer des innovations ou des améliorations entre octobre 2006 et octobre 2011 ! Grand Prix : 1 million de dollars !

[2] Edito page 4 de Time Magazine 25/12/2006 : ‘’User generated content’’ : contenus créés par les utilisateurs.
[3] Plus de détails au chapitre ‘’Les outils de l’imagination collective’’. Et sur http://www.innocentive.com/
[4] Selon Procter & Gamble, 50% des innovations devraient provenir de l’extérieur de l’entreprise [contre 15% seulement aujourd’hui].
[5] Octobre 2008 : Jean-Claude Dreher du Centre de neuroscience cognitive (CNRS/Université Lyon 1), en collaboration avec une équipe américaine du National Institute of Mental Health (Bethesda, Maryland

Brice Auckenthaler est associé d’expertsconsulting, spécialisé dans le management de l’innovation et  l'innovation; il est aussi enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur l’innovation et la prospective dont les deux derniers : "L'imagination Collective", Editions Liaisons juin 2007 et "Imagination 3.0" janvier 2008.

17.10.2008

La Toile porteuse d’une révolution libérale d’un nouveau type

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Une contribution de Denis Ettighoffer* (2/3)

 

L’économie de la planète numérique a pour première caractéristique d’être à l’origine d’un grand mouvement du libéralisme. J’entends par là qu’elle libère les énergies et rend possible des millions d’initiatives dont l’autoproduction sur la Toile est un exemple. Aller sur la Toile, c’est devenir acteur de sa vie numérique. Une vie qui n’est pas que de loisirs si on songe aux formidables capacités économiques du cyberespace. La très grande majorité des modèles économiques sur Internet s’appuie sur l’esprit pionnier et d’aventure des plus audacieux pour en défricher les potentiels afin de s’enrichir. L’arrivée de ces entrepreneurs sur la planète numérique aura permis de créer des millions d’emplois. Contournant la chose bureaucratique, c’est un monde de la prise d’initiative, du travail indépendant, de la recherche volontaire d’informations ou d’innovations. Déstocker des chaussures, lancer des idées de promotions par téléchargements de démonstrateurs, organiser sa comptabilité sur un bureau virtuel, des millions d’initiatives ont été constatés partout, autant de services en ligne innovants. Ils contournent les inerties des marchés locaux, des instances administratives ou politiques obsolètes qui découragent toutes initiatives en faisant appel à des solidarités professionnelles qui expliquent comment résoudre un problème ou un autre. Les migrants de la planète numérique ont pour point commun de vouloir librement utiliser ses potentiels. Les raisons sont multiples, bénéficier de l’autonomie offerte par la Toile pour se désenclaver des territoires historiques, pour se libérer de certaines contraintes sociales, économique et culturelles. L’internaute avec le self employment (ou auto-entrepreneur) devient un adepte de l’économie libérale, de la transaction ou de la relation choisie et non plus imposée. Si de multiples individus y ont trouvé de quoi améliorer leur train de vie, d’autres y trouve des réponses utiles à de multiples préoccupations sociales, professionnelles, philosophiques culturelles ou sentimentales. Internet est peut être un monde qui doit se policer mais cela reste un lieu où on se sent libre de naviguer et de découvrir à son aise des êtres distants mais passionnants que peut être on ne rencontrera jamais physiquement. Les frontières confessionnelles, économiques, sociales s’effacent au bénéfice d’une curiosité qui relient indifféremment riches et pauvres, lettrés et ignares. Sur cette planète, c’est la prise d’initiative qui fait le succès. C’est l’audace dans les idées et les services qui apportent des récompenses monétaires ou pas. L’expansion n’y est pas dictée par des apparatchiks, la hauteur des émoluments par la durée du travail, l’âge de la retraite par des syndicats, les choses à savoir ou pas par des entreprises privées. Le sentiment d’appartenir à une communauté plus qu’à une classe sociale constitue une vision renouvelée de son engagement social mais aussi l’occasion de faire des économies ou de trouver des revenus complémentaires et des rencontres sociales et solidaires d’un nouveau type. Voilà pour les généralités.

Mais s’est aussi un monde où la plupart des internautes trouve une économie coopérative capable de s’affranchir des excès du capitalisme livrant les hommes et leurs familles aux lois du marché et celles des mêmes livrés à l’arbitraire du dirigisme collectiviste. L’horreur dans tous les cas. Les publications sur l’économie de la connaissance circulent un peu partout dans le monde. Toutes mettent à un moment ou à une autre le fait que les activités intéressant de près ou de loin les échanges de connaissances dépendent de la participation volontaire des internautes en général. Les résidents de Netbrain, la planète des savoirs partagés, sont des coopérateurs par essence. Cette économie de la connaissance en devenir, encourage aux coopérations altruistes et aux solidarités choisies et non contraintes. Elle est démocratique en cela qu’elle irrigue de ses savoirs, de ses services et de ses capacités toutes les couches de la société mondiale sans exceptions. Elle est un instrument de régulation des sociétés modernes. Car les modèles coopératifs sont une réponse historique à des marchés à faible intensité économique. C’est la solution des « pauvres », celle de la faible intensité capitalistique, c’est sans doute la raison pour laquelle la « coop » n’a pas trop la côte. Ça fait ringard. Ça renvoie à un passé d’ouvriérisme militant plus qu’à une idée brillante d’organisation de l’offre et de la demande capable de faire vivre de micros marchés. C’est un monde du lien social et économique éco-efficient. C’est dire l’importance à accorder à la culture du don et du lien dans les organisations. Une posture qui non seulement favorisera les échanges d’expériences et de savoirs mais en plus contribuera à renforcer les liens qui unissent toutes communautés ; le sens d’un objectif commun et une confiance réciproque dans le groupe. Aussi, craindre la libéralisation des échanges des savoirs et des idées comme cela a été le cas pour les échanges marchandises, c’est se condamner à la mort économique. Non, la seule façon de continuer notre développement tient à notre capacité collective à nous glisser dans de nouveaux modèles sociaux économiques, en inventant de nouveaux scénarios, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux projets, tout en tenant compte de leurs inconvénients, de leurs dangers spécifiques. Sur la Toile on peut voir le libéralisme, c’est à dire les « forces des marchés » autrement que par l’idéologie. On peut les utiliser. Cela donne lieu à des idées originales comme celle de ce cinéaste canadien Gregory Colbert, auteur d’un salon nomade «Ashes and snow» (Cendres et neige). Une œuvre magnifique d’un photographe inspiré[1]. Il a créé une fondation pour prélever un modeste droit d’auteur sur toute publicité mettant en scène des animaux sur le web. Ce prélèvement de 1 % servira à financer les projets de conservation des animaux dans le monde. Un label Animal Copyright distinguera les produits respectant le droit d’auteur, ce qui devrait inciter les consommateurs à les préférer à d’autres[2]. Pour sa part Google offre aux sites aux thématiques les plus visités la possibilité de toucher quelques revenus de sa régie de liens publicitaire « Google « Adsense » ». Les sommes en jeu sont de petites rivières qui peuvent devenir importantes. Mises au service des populations des pays pauvres, ces sommes peuvent atteindre des montants considérables. Nous pourrions proposer à quelques sites privés ou publics que les revenus recueillis par un système comparables soient affectés aux ONG reconnues qui participent à réduire la facture numérique dans le monde. C’est une invitation à modifier notre posture vis à vis de la libéralisation de l’économie des biens numériques. Voyez le lancement de fondation toute récente de Google. Elle disposait en 2007 d’un premier budget de 90 millions de dollars. Elle compte soutenir des organisations qui pratiquent la solidarité citoyenne par exemple en favorisant leur montée dans les moteurs de recherches pour les faire mieux connaître. Selon les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, “Nous espérons qu’un jour cette entité éclipsera Google lui-même en terme d’impact global, en apportant des ressources significatives et des réponses innovantes aux problèmes cruciaux auxquels le monde doit faire face“. Cette fondation compte se focaliser sur la pauvreté dans le monde. Google compte également investir 175 millions de dollars dans des structures “socialement progressistes” a déclaré Sheryl Sandberg, vice présidente de Google. Pour Google, une façon de contrecarrer la pauvreté consiste à offrir de la culture et des connaissances. A ce titre, la fondation s’intéresse à la constitution des bibliothèques virtuelles multimédias dans la monde. L’utilisation des immenses capacités de ses datacenters associée à ses moteurs de traitement de pages en font un acteur essentiel des applications collectives du libre échange des savoirs. Il ya avait deux façons de réagir à cette idée. La première consistait à hurler au « pillage ». La seconde de négocier un partenariat et un « droit de péage » susceptible d’avoir des retombées pour les auteurs et la production immatérielle française. Devinez laquelle a été choisit ?

Denis Ettighoffer

[1] http://www.ashesandsnow.org/en/exhibition/
[2] The Economist, 11/3/2006

 

*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).

Il est par ailleurs l'auteur d'autres ouvrages, parmi lesquels :

- L'Entreprise Virtuelle,
- Du mal travailler au mal vivre,
- Mét@-Organisations,
- eBusinessGeneration,
- Le Syndrome de Chronos,
- Le Travail au XXIe siècle
- Le Bureau du Futur