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26.10.2008
Rizotto, CACO et rhizomes : bienvenue à la bl-EGO-sphère !


Une contribution de Brice Auckenthaler*
- Web / Temps 1 : back to 3 milliards d'années, le risotto
La conception du Monde, Dieu s’y est mis tout seul et s’en est plutôt pas mal sorti. Le Big Bang qui en résulta créa une énorme bouillie. Appelons-la risotto, c'est plus appêtissant. Comme tout bon risotto, c'est le touillage lent et délicat de chaque ingrédient qui déclenche la magie.
Quant aux innovations qui ont rythmé le progrès, la plupart sont le fruit d’intuitions personnelles [Léonard de Vinci ou Jules Verne continuent à faire fantasmer aujourd’hui], de besoins a priori égoïstes [le walkman est né de l’envie d’Akito Morita –président de Sony à l’époque- d’écouter de la musique en jouant au golf], de constats solitaires [James Dyson inventa l’aspirateur sans sac alors qu’il n’en avait pas la compétence technique mais était confronté à une interrogation : comment se fait-il que mon aspirateur n’aspire plus alors que le sac n’est qu’à moitié plein ?]. Ou bien d’expérimentations osées [le Post-it® -fruit d’un ingénieur qui mis au point une colle qui se décolle- est plutôt rupturiste pour une entreprise qui fabrique des adhésifs !]. Voire de hasard personnel : ainsi le mythe du Roquefort découvert par un berger qui avait laissé traîner une miche de pain avec du lait qui a fermenté…
Moralité # 1 pour Web 3.0 : arrêtons de penser que le web et l'innovation sont affaire de bouillie collective seulement. Quelque soit l'option technologique, cela restera avant tout une question d'envie, de conviction, d'implication et de pilotage individuel.
- Web / Temps 2 : aujourd'hui, la CACO
Serge Tisseron a coutume de dire que toute invention est la réalisation d’un fantasme. A l’aube de ce 3ème Millénaire -où relationnel et transparence sont les nouvelles antiennes des hyperliens que nous souhaitons tous tissés- c'est désormais la capacité à innover à plusieurs et à produire des idées collectivement qui semble être devenue la façon de concrétiser ce fantasme. Trois ruptures ont favorisé cette évolution : la place prise par l'innovation en tant qu’outil de management ; l’interactivité foisonnante du web 2.0; le développement des économies de service.
Toutes les études le confirment : le client final devient de plus en plus expert marketing ; il s’implique dans sa relation avec les émetteurs d’offres que sont les marques, n’hésite plus à contester quand il estime que cette relation est insatisfaisante, se met à résister, voire à boycotter [cf. la propagation viral d’Internet]. Linux a posé les bases de cette co-conception en inventant l’OpenSource qui permet à des passionnés [pas forcément des professionnels] d’améliorer une version bêta d’un logiciel et d’en être ainsi co-auteurs. Plus récemment, Intel a annoncé fin 2006 qu’il offrait 300.000 dollars aux clients qui apporteraient des innovations gagnantes [1] . Le gagnant a été désigné au Spring Intel Developer Forum qui s’est tenu en mars 2007 à San Francisco. Et fin décembre 2006, le magazine Time a élu comme personnalité de l’année ‘You’ -vous et moi. Dans son édito, Richard Stengel, l’éditeur en chef, explique que cette nomination est un hommage à ce qu’il appelle l’avènement des ‘user generated contents’ "[2] nouveau comportement collectif qui devrait, selon lui, transformer l’art, la politique et le commerce par l’intervention créative et pertinente d’amateurs.
Quel rapport peut-il alors bien y avoir entre la Ratp, le collectif Creative Commons, Innocentive [3] [site initié par Elli Lilly], la chanteuse islandaise Björk, la nouvelle Fiat 500, les sites YouTube.com ou MySpace.com, l’initiative française wat.tv, Mastercard, Findus, la confiture d’innovation d’IBM, le site d’Apple ipodloundge, la marque Dove, Agoravox, les universels Wikipedia, Citizendium ou answers.com, le coréen ohMyNews, le français Rue89, les américains Threadless, Boeing ou mom’s inventors, ou encore A swarm of angels, Crédit Mutuel, EDF et Current TV d’Al Gore …?
Tous ont ouvert leur processus de création en invitant dans la cuisine -qui des collaborateurs issus des différents départements de l’entreprise, qui des clients ou des consommateurs- à se mêler de ce qui ne les regardent à priori pas du tout : la conception du risotto innovant.
Cette nouvelle ouverture, expertsconsulting l'a appelé la CACO [Conception Assistée par COllaborateurs et Consommateurs].
Moralité # 2 pour Web 3.0 : après l'innovation à tous les étages de l'entreprise [cycle des années 90], voici peut être venu le temps où les portes de l'entreprise volent en éclats pour convier les clients dans la cuisine de la conception de nouvelles initiatives [4].
Arrêtons de penser linéarité, chronologie, hiérarchie, autorité top-down. Pensons zig zag, chemin de traverse, confiance.
- Web / Temps 3 : demain. Bienvenue à une économie en rhizomes où c’est nous qui créons les pièces du L-EGO !
Côté entreprises, la gestion des ressources humaines devient de plus en plus problématique du fait d’une démotivation croissante. D’autre part, les marchés sont de plus en plus poreux, rendant les marques potentiellement concurrentes les unes des autres. Ce phénomène trouve son pendant au travers de la transparence grandissante des frontières entre l’entreprise et les clients.
Côté science, nous venons de découvrir [5] que [formidable espoir généré !], chez des humains, l’activité d’un messager chimique clef, la dopamine, affecte des circuits neuronaux vitaux impliqués dans les "circuits de la récompense » [motivation, apprentissage].
Et, outre Rhin, des chercheurs de l’Institut Max Planck de neurobiologie et de l’Université de la Ruhr-Bochum viennent de prouver que les cellules nerveuses du cerveau adulte ne recevant plus d’informations de la part de leurs neurones voisins sont capables de tisser de nouveaux contacts avec d’autres neurones. Le cerveau humain contient environ 100 milliards de cellules nerveuses, chacune d’entre elles possédant 10.000 à 20.000 contacts avec des neurones voisins. Ce réseau permet notamment de recevoir et de traiter les informations sensorielles. Or, si des informations provenant d’un des organes sensitifs manquent, comme c’est le cas par exemple lorsque la rétine d’un œil est endommagée, les cellules nerveuses liées à la zone touchée ne reçoivent plus d’informations.
Les scientifiques ont pu montrer que, dans ce type de traumatisme, ces cellules restructurent leur réseau [Boris Cyrulnik appelle cela la résilience]. Quelques jours après une lésion de la rétine, ces neurones développent des prolongements trois fois plus vite que les neurones voisins n’étant pas directement concernés par le dommage. Ces prolongements permettent de trouver et d’identifier les cellules voisines adéquates pour l’échange de données.
Moralité # 3 pour Web 3.0 : le réseau sera rhizomique ou ne sera pas..
Arrêtons de penser mondialisation, glocalisation. Cela fusille [cf. la bulle financière actuellement] et épuise la planète. Pensons pêche [lancer le bouchon le plus loin possible dans l'avenir pour tisser des liens et inventer des scénarios excitants] et interconnections [tous et chacun liés –et récompensés- par la force du crowdsourcing].
Pensons bl-EGO-sphère imaginative [chaque ego valorisé et satisfait pour la création et la co-animation d'un puzzle Lego constitué de nouvelles belles causes collectives].
Pour garantir un succès pérenne désormais, impliquons collaborateurs et clients pour en faire des auteurs, concepteurs et ambassadeurs des offres dont ils seront, demain, consommateurs. Et entrons de plein pied dans la nouvelle économie de l’imagination collective.
- Sommes-nous entrés dans un monstrueux bazar ingérable ?
La plupart des initiatives testées en ce moment se sont avérées de vrais bazars à mettre au point et à animer. Pour ne pas se laisser submerger par les débordements créatifs en provenance de l’intérieur et de l’extérieur, la conception collective nécessitera une équipe de pilotes animateurs enthousiastes. Le pouvoir ne vient plus d’en haut, mais du cœur du réseau.
Autre erreur à éviter : penser que créer collectivement, c’est systématiquement du collectif. C’est tentant, car c’est une Lapalissade, mais c’est ingérable, car solliciter trop intensivement des équipes bute contre les disponibilités de chacun. A l’instar des sports collectifs, c’est la l’agrégation d’individualités complémentaires qui crée souvent l’étincelle. Et surtout, c’est l’alternance de phases collectives et de phases individuelles, où chacun apporte son expertise pointue et spécifique, qui garantira l’accouchement d’initiatives probantes.
Ensuite, il faut avouer que le résultat est souvent assez décevant qualitativement : wat tv est pour l’instant assez pauvre en contenu ; et la plupart des jolies idées soumises sur www.ipodlounge.com [où les prototypes présentés sont tous d’origine extérieure –ce qui met une gentille pression sur les ingénieurs dans la boîte : ‘’Regardez ce que nos clients eux-mêmes sont capables de concevoir sans nous...!’’] s’avèrent techniquement irréalisables par Apple.
Autre inconvénient de la conception collective : la remise en question. Ainsi l’initiative Ideastorm, lancée en février 2007 par Dell, géant de l’informatique, auprès de la communauté de ses clients. Plus d’un million de visites, plus de 7.000 suggestions générées… dont beaucoup n’allaient pas dans le sens des décisions qu’avait prévu le management de Dell.
Autre tentation : croire que n’importe qui peut créer collectivement. Certains artistes, designers, ou concepteurs sont de vrais autistes et ne conçoivent pas être mêlés à d’autres créatifs, pire, à des amateurs. Il y a également un effet pervers : laisser entendre que l’entreprise n’est plus capable d’étonner ses clients et qu’elle a besoin d’eux pour cela. La délégation de créativité peut alors se transformer en démission perçue. Le résultat est parfois décevant aussi parce que l’initiative collective est paralysée par son ambition : l’idée meure car elle est trop non politiquement incorrecte, ou demande beaucoup de courage et d’énergie pugnace.
- 5 conditions pour le Web 3.0
Pour que le résultat d’une démarche de conception collective soit meilleur que si elle n’existait pas, et afin que le bazar collectif créatif n'explose pas en vol, il faut respecter 5 conditions :
- la confiance mutuelle [un client qui doute de la sincérité de la démarche ne s’impliquera pas],
- un problème clairement identifié, qu’une communauté créative serait plus à même de solutionner qu’un chercheur tout seul,
- un modérateur agitateur [souvent un consultant, gardien du temple et de l'exigence mutuelle],
- un cruise control fin pour piloter le processus. Et, enfin,
- un mode de rémunération cohérent avec l’enjeu [ainsi, récemment, You Tube s’est résigné à payer les gens qui lui envoient des vidéos].
Quand la communauté créative est pilotée sans arrière-pensées du type, ‘il faut absolument que cela marche à tous les coups/coûts’…, quand elle invite les collaborateurs, les clients et les citoyens à mettre la main à la pâte en leur expliquant clairement les véritables enjeux et les règles du jeu, alors, oui, le résultat pourra être probant. Et renforcera, n’ayons pas peur des mots, la fierté d’avoir acheté un bien ou un service vraiment particulier, puisque ces créatifs d’un nouveau genre auront contribué à les concevoir.
Un nouveau système nerveux est en train de se créer qui changera la façon dont nous percevons le monde. Mais aussi la façon dont le monde change. Ses conséquences sont à la fois difficiles à connaître et impossibles à estimer.
Beaucoup de rêveurs créatifs vont arriver, vont-ils réussir à apprendre à jouer avec d’autres ?
Brice Auckenthaler
[1] Détails sur http://www.intel.com/idf/corechallenge.htm. Netflix procède de même : http://www.netflixprize.com où les clients sont invités à co-créer des innovations ou des améliorations entre octobre 2006 et octobre 2011 ! Grand Prix : 1 million de dollars !
[2] Edito page 4 de Time Magazine 25/12/2006 : ‘’User generated content’’ : contenus créés par les utilisateurs.
[3] Plus de détails au chapitre ‘’Les outils de l’imagination collective’’. Et sur http://www.innocentive.com/
[4] Selon Procter & Gamble, 50% des innovations devraient provenir de l’extérieur de l’entreprise [contre 15% seulement aujourd’hui].
[5] Octobre 2008 : Jean-Claude Dreher du Centre de neuroscience cognitive (CNRS/Université Lyon 1), en collaboration avec une équipe américaine du National Institute of Mental Health (Bethesda, Maryland
Brice Auckenthaler est associé d’expertsconsulting, spécialisé dans le management de l’innovation et l'innovation; il est aussi enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur l’innovation et la prospective dont les deux derniers : "L'imagination Collective", Editions Liaisons juin 2007 et "Imagination 3.0" janvier 2008.
14:58 Publié dans - Après Web...2, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Marketing-Communication, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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17.10.2008
La Toile porteuse d’une révolution libérale d’un nouveau type


L’économie de la planète numérique a pour première caractéristique d’être à l’origine d’un grand mouvement du libéralisme. J’entends par là qu’elle libère les énergies et rend possible des millions d’initiatives dont l’autoproduction sur la Toile est un exemple. Aller sur la Toile, c’est devenir acteur de sa vie numérique. Une vie qui n’est pas que de loisirs si on songe aux formidables capacités économiques du cyberespace. La très grande majorité des modèles économiques sur Internet s’appuie sur l’esprit pionnier et d’aventure des plus audacieux pour en défricher les potentiels afin de s’enrichir. L’arrivée de ces entrepreneurs sur la planète numérique aura permis de créer des millions d’emplois. Contournant la chose bureaucratique, c’est un monde de la prise d’initiative, du travail indépendant, de la recherche volontaire d’informations ou d’innovations. Déstocker des chaussures, lancer des idées de promotions par téléchargements de démonstrateurs, organiser sa comptabilité sur un bureau virtuel, des millions d’initiatives ont été constatés partout, autant de services en ligne innovants. Ils contournent les inerties des marchés locaux, des instances administratives ou politiques obsolètes qui découragent toutes initiatives en faisant appel à des solidarités professionnelles qui expliquent comment résoudre un problème ou un autre. Les migrants de la planète numérique ont pour point commun de vouloir librement utiliser ses potentiels. Les raisons sont multiples, bénéficier de l’autonomie offerte par la Toile pour se désenclaver des territoires historiques, pour se libérer de certaines contraintes sociales, économique et culturelles. L’internaute avec le self employment (ou auto-entrepreneur) devient un adepte de l’économie libérale, de la transaction ou de la relation choisie et non plus imposée. Si de multiples individus y ont trouvé de quoi améliorer leur train de vie, d’autres y trouve des réponses utiles à de multiples préoccupations sociales, professionnelles, philosophiques culturelles ou sentimentales. Internet est peut être un monde qui doit se policer mais cela reste un lieu où on se sent libre de naviguer et de découvrir à son aise des êtres distants mais passionnants que peut être on ne rencontrera jamais physiquement. Les frontières confessionnelles, économiques, sociales s’effacent au bénéfice d’une curiosité qui relient indifféremment riches et pauvres, lettrés et ignares. Sur cette planète, c’est la prise d’initiative qui fait le succès. C’est l’audace dans les idées et les services qui apportent des récompenses monétaires ou pas. L’expansion n’y est pas dictée par des apparatchiks, la hauteur des émoluments par la durée du travail, l’âge de la retraite par des syndicats, les choses à savoir ou pas par des entreprises privées. Le sentiment d’appartenir à une communauté plus qu’à une classe sociale constitue une vision renouvelée de son engagement social mais aussi l’occasion de faire des économies ou de trouver des revenus complémentaires et des rencontres sociales et solidaires d’un nouveau type. Voilà pour les généralités.
Mais s’est aussi un monde où la plupart des internautes trouve une économie coopérative capable de s’affranchir des excès du capitalisme livrant les hommes et leurs familles aux lois du marché et celles des mêmes livrés à l’arbitraire du dirigisme collectiviste. L’horreur dans tous les cas. Les publications sur l’économie de la connaissance circulent un peu partout dans le monde. Toutes mettent à un moment ou à une autre le fait que les activités intéressant de près ou de loin les échanges de connaissances dépendent de la participation volontaire des internautes en général. Les résidents de Netbrain, la planète des savoirs partagés, sont des coopérateurs par essence. Cette économie de la connaissance en devenir, encourage aux coopérations altruistes et aux solidarités choisies et non contraintes. Elle est démocratique en cela qu’elle irrigue de ses savoirs, de ses services et de ses capacités toutes les couches de la société mondiale sans exceptions. Elle est un instrument de régulation des sociétés modernes. Car les modèles coopératifs sont une réponse historique à des marchés à faible intensité économique. C’est la solution des « pauvres », celle de la faible intensité capitalistique, c’est sans doute la raison pour laquelle la « coop » n’a pas trop la côte. Ça fait ringard. Ça renvoie à un passé d’ouvriérisme militant plus qu’à une idée brillante d’organisation de l’offre et de la demande capable de faire vivre de micros marchés. C’est un monde du lien social et économique éco-efficient. C’est dire l’importance à accorder à la culture du don et du lien dans les organisations. Une posture qui non seulement favorisera les échanges d’expériences et de savoirs mais en plus contribuera à renforcer les liens qui unissent toutes communautés ; le sens d’un objectif commun et une confiance réciproque dans le groupe. Aussi, craindre la libéralisation des échanges des savoirs et des idées comme cela a été le cas pour les échanges marchandises, c’est se condamner à la mort économique. Non, la seule façon de continuer notre développement tient à notre capacité collective à nous glisser dans de nouveaux modèles sociaux économiques, en inventant de nouveaux scénarios, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux projets, tout en tenant compte de leurs inconvénients, de leurs dangers spécifiques. Sur la Toile on peut voir le libéralisme, c’est à dire les « forces des marchés » autrement que par l’idéologie. On peut les utiliser. Cela donne lieu à des idées originales comme celle de ce cinéaste canadien Gregory Colbert, auteur d’un salon nomade «Ashes and snow» (Cendres et neige). Une œuvre magnifique d’un photographe inspiré[1]. Il a créé une fondation pour prélever un modeste droit d’auteur sur toute publicité mettant en scène des animaux sur le web. Ce prélèvement de 1 % servira à financer les projets de conservation des animaux dans le monde. Un label Animal Copyright distinguera les produits respectant le droit d’auteur, ce qui devrait inciter les consommateurs à les préférer à d’autres[2]. Pour sa part Google offre aux sites aux thématiques les plus visités la possibilité de toucher quelques revenus de sa régie de liens publicitaire « Google « Adsense » ». Les sommes en jeu sont de petites rivières qui peuvent devenir importantes. Mises au service des populations des pays pauvres, ces sommes peuvent atteindre des montants considérables. Nous pourrions proposer à quelques sites privés ou publics que les revenus recueillis par un système comparables soient affectés aux ONG reconnues qui participent à réduire la facture numérique dans le monde. C’est une invitation à modifier notre posture vis à vis de la libéralisation de l’économie des biens numériques. Voyez le lancement de fondation toute récente de Google. Elle disposait en 2007 d’un premier budget de 90 millions de dollars. Elle compte soutenir des organisations qui pratiquent la solidarité citoyenne par exemple en favorisant leur montée dans les moteurs de recherches pour les faire mieux connaître. Selon les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, “Nous espérons qu’un jour cette entité éclipsera Google lui-même en terme d’impact global, en apportant des ressources significatives et des réponses innovantes aux problèmes cruciaux auxquels le monde doit faire face“. Cette fondation compte se focaliser sur la pauvreté dans le monde. Google compte également investir 175 millions de dollars dans des structures “socialement progressistes” a déclaré Sheryl Sandberg, vice présidente de Google. Pour Google, une façon de contrecarrer la pauvreté consiste à offrir de la culture et des connaissances. A ce titre, la fondation s’intéresse à la constitution des bibliothèques virtuelles multimédias dans la monde. L’utilisation des immenses capacités de ses datacenters associée à ses moteurs de traitement de pages en font un acteur essentiel des applications collectives du libre échange des savoirs. Il ya avait deux façons de réagir à cette idée. La première consistait à hurler au « pillage ». La seconde de négocier un partenariat et un « droit de péage » susceptible d’avoir des retombées pour les auteurs et la production immatérielle française. Devinez laquelle a été choisit ?
Denis Ettighoffer
[1] http://www.ashesandsnow.org/en/exhibition/
[2] The Economist, 11/3/2006
*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'autres ouvrages, parmi lesquels :
- Mét@-Organisations,
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15.10.2008
Après le Web 2


Une contribution de Emmanuel Gadenne*
Le Web 2.0 a vu l'apparition d'une multitude de nouveaux acteurs dans des domaines très divers : réseaux sociaux, blogs, microblogs, wiki, partage de photos, de vidéos, de liste de musique, de favoris, de slides…
Aujourd'hui, beaucoup de sites web veulent s'accrocher au train du Web 2.0 en se revendiquant communautaires, en ajoutant une fonction ajout d'amis, un statut ("What am I doing ?") et des possibilités d'échanges : tags, rating, commentaires…
L'usage de tous ces sites Web 2.0 requiert une procédure classique et répétitive : saisie de son profil, ajout de sa photo, invitation de ses amis à partir de son webmail, renseignement de son statut, puis activité en ligne pour exister a minima sur l'outil, et pouvoir, peut-être, commencer à en titrer quelques profits. Tout cela est bien fastidieux, surtout si l'on veut tester le dernier réseau social ou le dernier outil de microblog à la mode !
Une première simplification est déjà en marche. Ainsi, Google dans un outil comme YouTube permet déjà la signature reposant sur la réutilisation directe de son compte Google. On tend ainsi à avoir un compte unique (son compte Google) pour accéder à une multitude d'outils. Ainsi, en ce qui me concerne, j'accède avec le même compte aux outils YouTube, Gmail, iGoogle, Google Reader, Google Maps, Blogger, Analytics, Google Docs.
Un deuxième type de transformation viendra aussi du rachat des acteurs de niche par les grands acteurs qui s'étendent sur tous les créneaux : Microsoft et Google en ce qui concerne le Web.
La nouveauté viendra aussi de la gratuité ! Pour barrer la route à son adversaire, rien de tel que de l'attaquer au niveau de son business plan. C'est ainsi que Google offre Google Docs gratuitement pour barrer la route à Microsoft qui tire une grande partie de ses revenus de Microsoft Office. En échange, et c'est de bonne guerre, Microsoft propose Live Search sans affichage de liens sponsorisés pour barrer la route à Google qui tire de ces liens sponsorisés la majorité de ses revenus. Sur ce principe, on verra peut-être des leaders absents du marché des réseaux sociaux proposer des clones de Facebook sans publicité ou des clones de LinkedIn ou de Viadeo sans abonnement premium.
Au-delà, je pense que l'après Web 2.0 sera un Web vraiment centré autour de l'internaute.
Les données de l'internaute seront centralisées dans un espace unique, car on a qu'un seul nom, qu'un seul prénom, qu'une seule date de naissance, etc. L'internaute pourra en revanche choisir quelles données il souhaite diffuser dans quels sites. Ainsi par exemple je m'appelle Emmanuel Gadenne dans Facebook comme dans Viadeo mais je ne souhaite pas utiliser la même photo de profil dans ces deux sites.
On aura aussi la possibilité de saisir une information dans une interface centralisée et de la diffuser sur plusieurs sites. Par exemple l'information "J'interviewe Osiris Martinez" qui fait référence à un billet de mon blog et qui est à la fois pro et perso pourra être publiée de façon simultanée en direction de Facebook, Twitter, LinkedIn, Plaxo, Frienfeed, Plurk, Viadeo…
Mon réseau d'amis sera aussi consultable en un point unique : je verrai ainsi plus facilement les contacts avec lesquels je suis en relation à la fois dans Facebook, Viadeo et LinkedIn, ainsi que les contacts qui font partie de la communauté des lecteurs de mon blog.
L'interface Web de demain sera donc centrée autour de la donnée. Si je change de nom ou de prénom, je dois pouvoir le faire en un point. Si je veux établir un contact en ligne avec mon cousin, je dois pouvoir lui envoyer en un clic une demande pour Facebook, Plaxo, Viadeo et LinkedIn. Idem pour le détails de mes expériences professionnelles, je dois pouvoir en centraliser la description en français et en anglais s'en avoir recours à des copier-coller.
Lorsque je décide de devenir utilisateur d'un nouveau site Web, je pourrai alors autoriser celui-ci à récupérer les données que je souhaite lui transmettre (nom, prénom, date de naissance…) tout en précisant celles qui sont inaccessibles et celles qui ont un accès réservé, et ce sans aucun copier coller ni ressaisie. Si le nouveau site sollicite de nouvelles données, par exemple mes essais préférés, ceux-ci seront stockés dans ma base de données personnelle et utilisables par la suite par d'autres sites avec mon autorisation.
Le Web de demain permettra de stocker nos données et nos fichiers sur Internet et d'en donner un accès facile.
Les moteurs de recherche seront aussi d'avantage basés sur l'analyse du sens que sur la recherche de mots clés. Aujourd'hui si on tape "Acheter voiture" dans Google, on obtient une liste très pertinente de choix pour nous guider dans l'achat d'une voiture.
Mais si on veut connaître le marché de la pomme aux Etats-Unis une requête du type "apple market US" ne nous renseigne pas du tout ! Et oui, il aurait fallu lancer une recherche sur "apple fruit market US". Google devrait me suggérer cette requête…
Si le CV en ligne de ma base de données personnelles précise que je suis fabricant de jus de fruit, où si mon réseau de contacts comporte de nombreux producteurs de pommes, Google aurait même pu me l'exécuter par défaut si j'utilise le bouton "J'ai de la chance", tout en me proposant un lien alternatif "apple computer market US"…
Emmanuel Gadenne
*Emmanuel Gadenne est Consultant Manager chez Sopra Group et animateur d'un blog sur les nouveaux usages du Web (http://www.webusage.net/)
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13.10.2008
Le Web 3D collaboratif


Une contribution de Philippe Peres*
Le web 2.0 et le web 3D qui lui fera suite ne sont que les préludes de changements sociétaux plus importants.
Nous sommes sans doute à l’aube de profondes mutations de nos sociétés occidentales modernes avec des conséquences au niveau de l’organisation du travail (travail collaboratif), du social (réseaux sociaux) et du politique (démocratie participative) qui devraient au final donner une plus grande liberté de choix à l’individu (fin de la société de consommation et de la société de masse, passage à la société de la connaissance et de l’intelligence collective).
Mais les changements de paradigmes socio-économiques se font aussi souvent dans la douleur car la résistance au changement est bien là.
C’est dans cette logique d’innovation sociale qu’il faut imaginer des outils collaboratifs qui ont un potentiel de changement des pratiques. La tâche est ardue, les résistances sont nombreuses, mais au final le projet est vraiment porteur :
E-learning d’abord pour changer les apprentissages en replaçant l’individu au cœur du savoir et en lui donnant la maîtrise de ses savoirs, Travail collaboratif et réseaux sociaux ensuite pour replacer l’individu au cœur des pratiques sociales (travail, loisir, consommation).
Sans oublier bien sûr la dimension politique qui donne sens à ces mutations, car que faire de cette plus grande liberté de choix qu’apporte la technologie ? C’est là qu’on peut rejoindre aussi le concept d’éco-innovation, de l’innovation orientée développement durable.
Ces outils sont web et 3D. Pourquoi ?
D’ici moins de 5 ans, en allumant votre ordinateur, sous Linux, Windows, Mac ou tout système d’exploitation, ou Web OS, vous accéderez à un bureau virtuel en 3D à partir duquel vous pourrez lancer différentes applications et accéder à des environnements web en 3D temps réel.
Car la 3D temps réel n’est pas seulement réservée au domaine du jeu, comme on pourrait le penser au premier abord. Elle permet aussi de développer de nouveaux environnements de travail collaboratifs (réunion à distance en web conférence, formation en classe virtuelle), de e-commerce (boutiques et galeries commerciales virtuelles) ou de réseaux sociaux d’expression et de partage (espaces personnels 3D) …des applications tant professionnelles que grand public qui reposent sur la 3D et la collaboration en temps réel.
La 3D est là pour apporter une dimension supplémentaire (un supplément d’âme) plus esthétique mais aussi et surtout pour permettre un accès plus immédiat à du contenu multimédia : c’est l’idée d’ « image habitable », telle qu’exposée par Sylvain HUET et Philippe ULRICH : « Habiter une image, c’est comme habiter une maison : on y entre, on y reçoit, on y partage, on y travaille, on s’y repose, on la construit, on l’emménage, on l’agrandit, on la range, on la dérange. La seule différence, c’est que l’image qu’on habite n’a pas de matérialité, ou plutôt sa matérialité est changeante : tel mur n’est pas constitué de ciment, mais se trouve être une parcelle de surface magnétique quelque part sur un disque dur, mais aussi quelques transistors d’un ordinateur, mais aussi quelques états électriques d’un câble coaxial, et pour finir quelques électrons dans le tube cathodique de votre moniteur. Réel ou virtuel, là n’est plus la question, car tout ce que vous faites dans cette image, c’est-à-dire tout ce que vous communiquez dans cette image est bien réel : ce que vous faites aux autres, ce que vous dites aux autres est aussi réel que si vous utilisiez un support matériel. On parle souvent de “l’âme d’une maison”, en évoquant en fait les traces que les habitants et les visiteurs y laissent. Il en est de même pour l’image qu’on habite : elle est marquée par la vie qui s’y organise. »
On l’aura compris, ces environnements web 3D sont donc de vrais lieux de vie, multiutilisateurs, des environnements riches, conviviaux, multimédia et qui donnent véritablement sens à l’idée de convergence (voix, données, images). La 3D n’étant qu’une fonction parmi d’autres (car l’environnement 3D est le contexte naturel des échanges et des rencontres) telles que des fonctions réseau, audio, vidéo, web, sql…nécessaires à la mise en place de solutions collaboratives en ligne.
Ces environnements s’inscrivent dans une logique « 2.0 », UGC (User Generated Content), à charge pour leurs occupants de les personnaliser et d’imaginer les modes de vies et d’interactions qu’ils pourront avoir en leur sein.
Des environnements qui font appel à de nouveaux « architectes du virtuel », des architectes soucieux d’écologie et de développement durable, des architectes soucieux d’esthétique mais aussi de sécurité informatique et du respect de la vie privée. Des architectes dont les compétences sont tant la maitrise des réseaux, de la sécurité, des bases de données et de la programmation que celle de la conception et du développement 3D, de l’animation d’avatars, du design 3D et du sens de l’esthétique.
Autour de ces environnements, c’est un véritable écosystème qui peut se mettre en place : implication de la communauté des développeurs et des infographistes 3D pour designer et meubler ces mondes 3D, des sponsors et publicitaires pour financer les environnements grands publics ouverts, de partenaires pour commercialiser les environnements privatifs.
Les environnements virtuels collaboratifs ne remplaceront jamais les environnements réels et l’interaction humaine directe mais ils permettront surement de s’en rapprocher et d’offrir ainsi une meilleure qualité de vie, une plus grande facilité de communication, d’interaction et de collaboration entre personnes distantes, plus de souplesse et d’autonomie au travail, des possibilités nouvelles d’apprendre de développer et de partager ses connaissances.
La société de la connaissance et de l’intelligence collective (au service d’individus plus libres et plus responsables) qui est notre futur à tous repose sur une nouvelle économie de l’immatériel, sur des innovations orientées développement durable, mais aussi sur ces technologies collaboratives et temps réel, et sur les architectes du virtuel qui les bâtirons en vue d’un monde meilleur.
Philippe Peres
*Philippe Peres est Président de I-Maginer
Voir une illustration vidéo sur : http://www.youtube.com/watch?v=sv-aRyKc7aA
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09.10.2008
Demain l'intelligence des données


Une contribution de Hubert Guillaud* (4/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"Quand on regarde l’avenir, on a souvent tendance à penser que le changement le plus radical reposera sur l’internet des objets, une intelligence qui va bouleverser notre relation avec eux et leurs relations entre eux. Bien sûr, parce qu’on va les tenir dans nos mains, parce qu’ils vont bouger sous nos yeux, ces changements-là seront spectaculaires.
Pourtant, demain, il n’y a pas que les objets qui seront intelligents : il y aura aussi les données. Et l’impact de ce changement pourrait bien être tout aussi radical.
Voilà longtemps que Tim Berners-Lee nous explique que le web sémantique est l’avenir du web (voir la traduction de l’article originale dans la lettre de l’URfist de Toulouse de novembre 2001 .pdf). Reste que le terme est difficile à faire comprendre et entendre à bien des néophytes. Sans compter que l’évolution qui se profile dans le domaine des données ne repose pas seulement sur la sémantisation du web et ne se résume pas à inscrire des méta-données pour décrire les données.
L’intelligence des données (au sens, plutôt, que l’on donne à “intelligence économique”), c’est d’abord leur abondance et leur accessibilité, même si chaque donnée demeure elle-même tout à fait brute. C’est par exemple accéder aux données de tel capteur, de telle caméra ou de tel moniteur. C’est la possibilité, demain de tracer n’importe quel évènement du monde réel. C’est la fouille de données accessible depuis chez soi, permettant d’analyser les statistiques de la criminalité ou de la circulation dans sa ville, ou des informations sur ce que lisent les gens, avec un raffinement de détails, des modalités de recherche et de précision dans la requête toujours plus grands.
Ce n’est donc pas seulement la sémantisation qui change la donne, mais aussi l’accès à un nombre croissant de données, associé à la possibilité de les reconfigurer, de les recombiner sans cesse, de plus en plus facilement, pour en tirer des intuitions neuves ; la possibilité d’en faire des mashups, de produire des nouveaux services dont elles forment la matière première… Quand les données elles-mêmes ne sont pas “intelligentes”, leur masse, bien exploitée, peut produire du sens bien au-delà de ce que nous imaginons, comme l’explique Ian Ayres. Pas seulement des masses d’information statiques et statistiques d’ailleurs, mais des données qui vont être de plus en plus dynamiques, parce qu’elles seront accessibles à distance et en temps réel bien sûr, mais surtout parce que ces données mêmes seront le résultat de flux de données eux-mêmes mouvants. De combinatoires. De formules appelant d’autres données, provenant de bases sémantisées, de nos historiques de navigation, ou de requêtes sur des applications tierces.
Comme l’imageait Bradley Horowitz, responsable du département des nouvelles technologies chez Yahoo, en évoquant l’avenir de l’internet des objets pour la BBC : “Mon téléphone sait toujours l’heure qu’il est. Il sait approximativement toujours où je suis via GPS ou via le réseau téléphonique qu’il utilise. Si le système sait aussi que je suis présent à tel évènement à telle heure (via mon agenda ou mes messages), alors quand je prends une photo, le système est capable d’automatiser l’étiquetage de cet évènement et d’introduire les métadonnées automatiquement. C’est ce vers quoi nous tendons : un monde où le qui, quoi, où et quand peuvent être générés, lus et résolus automatiquement par les machines.”
Le croisement des données elles-mêmes, au lieu et à l’heure où elles sont collectées ou regroupées va en générer de nouvelles.
L’intelligence des données, ce n’est pas que le web sémantique, c’est aussi le web implicite, celui qui comprend ce que vous faites, ce que vous avez fait et en déduit ce que vous allez faire. C’est celui qui trace vos données, votre histoire, qui suit votre “parcours”, votre “chemin” pour apprendre de vous et mieux vous servir et qui se diffuse demain au-delà du web, jusqu’à nos mobiles.
L’intelligence des données c’est enfin ce web que nous façonnons à coups de liens, d’étiquettes, d’intelligence collective : “Chaque fois que nous forgeons un lien entre les mots, nous lui enseignons une idée”, disait Kevin Kelly. C’est ce web qui apprend de nous. Ces données qui prennent du sens quand on les touche. Nos actions qui deviennent une donnée primordiale pour donner de l’intelligence à l’ensemble. Un web sémantique a posteriori, en quelque sorte, qui repose sur le constat qu’il semble parfois plus difficile de rendre les données “intelligentes” en les qualifiant a priori, que d’acquérir une “intelligence”, une perception et une compréhension riches, des données brutes que notre monde produit à jet continu.
Assurément, l’intelligence des données va transformer notre rapport à l’information aussi sûrement que l’internet des objets va bouleverser notre rapport à notre quotidien (l’un n’ira pas sans l’autre d’ailleurs).
Nous allons mesurer le monde, notre vie, notre entourage, notre réseau comme jamais. Tout sera traçable et tracé, comme le montre d’une manière ludique Socialistics, cette petite application pour Facebook qui mesure les pulsations de votre réseau social. Un outil de lifelogging (ces outils qui augmentent notre intimité d’informations) qui rassemble toutes les données de votre réseau relationnel pour produire des mesures vous permettant d’en connaître les tendances (répartition par âge, par ville ou pays, par genre, par tendances politiques ou religieuses…). Cet outils de classement et d’analyse illustre à merveille la puissance de l’information que l’on pourrait être capable de produire demain. Cela ne va pas seulement nous donner accès à une “nouvelle classe d’outils”, comme l’évoquait Tim Berners Lee, mais radicalement changer nos pratiques, notre regard sur celles-ci et sur tout ce que nous faisons et nous entoure.
Reste qu’il ne faut pas oublier que les données ne sont pas intelligentes pour elle-mêmes. Leur couplage peut aussi produire des syllogismes faciles et des erreurs d’interprétation : coupler une base de donnée statistique sur la criminalité et une autre sur la pauvreté de la population fera peut-être ressortir l’image fameuse des “Classes laborieuses, classes dangereuses”. Cela n’en fait pas forcément une vérité, disait déjà l’historien Louis Chevalier. Et puis, on n’est pas obligé d’aimer la perspective d’un monde infiniment lisible, traçable et analysable. Ca ne doit pas nous empêcher d’y réfléchir."
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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Vers le Web 3.0


Une contribution de Hubert Guillaud*(3/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2006 mais qui demeure... d'actualité.
“Le web 2.0, qui décrit la capacité de relier sans couture des applications (comme la cartographie) et des services (comme le partage de photographies) via l’internet, est devenu ces derniers mois le centre d’attention de toutes les sociétés de la Silicon Valley. Pour autant, l’intérêt commercial pour le Web 3.0 - ou “le web sémantique” - émerge seulement maintenant.
L’exemple classique de l’ère du Web 2.0 est le mashup - par exemple, un site web de location de vacances relié aux cartes de Google pour créer un service nouveau et plus utile qui montre rapidement, sur une carte, la liste des locations disponibles.
Le Saint Graal des promoteurs du web sémantique consiste en un système capable de donner une réponse raisonnable et complète à une question simple du type : “Je recherche un endroit chaud pour les vacances. J’ai un budget de 3 000 dollars. Ah, et nous avons un enfant de 11 ans.”
Répondre à une telle question aujourd’hui peut exiger des heures de tri dans des listes distinctes de vols, hôtels et locations de voitures, qui proposent des options souvent contradictoires. Avec le web 3.0, la requête appellerait une réponse cohérente, aussi méticuleusement assemblée que si elle l’avait été par un agent de voyage humain.
Comment de tels systèmes s’établiront-ils, et quand commenceront-ils à fournir des réponses signicatives, commence à être le sujet de discussion de nombreux chercheurs et d’experts”, explique John Markoff pour le New York Times (enregistrement obligatoire).
Pour Markoff, ce web 3.0 s’appuie sur la fouille des connaissances humaines, comme Google l’a exploitée avec son Page Rank (qui interprète les liens d’une page web à une autre comme un vote). Et de donner une somme d’exemples à sa thèse : “Nous allons d’un web de documents connectés à un web de données connectées”, explique Nova Spivack, de Radar Networks, une start-up qui exploite le contenu de sites de réseaux sociaux et qui signalait il y a peu, sur son blog, son ras-le-bol du web 2.0 (“Détruire le mythe du web 2.0″). KnowItAll, issu d’un groupe de recherche de l’université de Washington, extrait et agrège l’information de sites de critiques de produits pour donner des informations compréhensibles à l’usager. Ainsi, aujourd’hui, pour avoir une information sur un voyage, vous devez passer en revue de longues listes de commentaires glanées sur le web. Avec le web 3.0, le système vous classera tous les commentaires et trouvera, par déduction cognitive, le bon hôtel pour votre besoin particulier.
“Dans son état actuel, le web est souvent décrit comme étant dans sa phase Lego, avec plein de parties différentes capables de se connecter les unes aux autres. Ceux qui portent la vision d’une prochaine phase, le web 3.0, le voient comme une ère où les machines commenceront à faire des choses apparemment intelligentes.”
“Il est clair que la connaissance humaine est plus exposée aux machines qu’elle ne l’a jamais été”, explique Danny Hillis de Metaweb. Des systèmes d’intelligence artificielle, comme Metaweb. Des systèmes d’intelligence artificielle, comme Cyc, qui combinent des bases de règles classiques à l’analyse des contenus du web, pourraient permettre d’exploiter toujours mieux cette incroyable base de donnée que constitue aujourd’hui le web pour fournir des réponses à des questions complètes. A moins, pense le responsable de la recherche de Yahoo!, que le salut ne vienne de l’intervention agrégée des utilisateurs : “Avec FlickR, vous trouvez des images qu’un ordinateur ne pourrait pas trouver. Des problèmes qui nous on défiés depuis 50 ans, deviennent brusquement triviaux.”“
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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Vers un Web granulaire


Une contribution de Hubert Guillaud* (2/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"La conception web peut-elle devenir plus granulaire ? Par granulaire, on entend la possibilité de composer des sites web complexes à partir de “pièces détachées”, de fonctions unitaires externalisées auprès d’autres acteurs. Ainsi, on peut de plus en plus imaginer l’externalisation de processus tels que l’authentification d’un utilisateur (OpenId), la mise en place d’un système de réputation (RapLeaf), le stockage (Amazon S3) ou le traitement de données (Amazon EC2), la vérification des e-mails (Undisposable) de vos visiteurs, etc. Autant de bases de données et de fonctions qui, connectées les unes aux autres, finissent par constituer l’infrastructure même de services riches et complexes. Cela induit deux avantages majeurs explique Emre Sokullu pour Read/Write web : diminuer le coût et le temps de développement, et profiter à la demande de solutions puissantes et massives.
Mais “pourquoi alors l’implémentation de ces solutions - qui sont pourtant l’une des promesses du web 2.0 - reste -t-elle si lente ?”, s’interroge Emre Sokullu. Parce qu’avec ces applications on ne se contente pas de sous-traiter un service, on transfère une partie de son capital. Déléguer l’authentification, ou la gestion de la réputation, c’est-à-dire une partie de sa relation avec ses propres clients/utilisateurs, n’a rien d’évident. “Partager” son client pour construire des “suites servicielles” qui répondent de manière plus complète, ou plus personnalisée, à ses besoins est certes nécessaire, comme l’explique depuis longtemps Bruno Marzloff (par exemple dans Mobilités.net, pp. 54-58) - mais il s’agit bien d’abandonner, ou a minima de partager, la propriété d’une part de son capital, ce à quoi peu d’entrepreneurs sont aujourd’hui préparés…
Ces services sont aussi perçus comme incertains : comment faire confiance à des start-ups, voir même à des grandes sociétés comme Amazon, quand on ne voit pas toujours clairement où et comment elles tirent profit de ces services ? L’éventuelle indisponibilité fait aussi partie des risques invoqués : plus la chaine compte de maillons indépendants, plus les sources de problèmes potentiels se multiplient (pour ma part, j’aurais tendance à dire que c’est là l’argument le moins pertinent : la plupart de ces services sont extrêmement fiables et supportent très bien les montées de charge, c’est d’ailleurs l’un de leurs principaux arguments de vente).
Enfin, la mise en oeuvre n’est pas si facile. Les développeurs doivent comprendre de nouvelles structures de développement et intégrer des API (interfaces de programmation) toujours différentes pour expérimenter ces services.
Face aux nécessité toujours plus grandes de fonctionnalités, face à l’exigence d’innovation qu’imposent les petits comme les grands acteurs du web, on devine pourtant qu’il n’y a pas d’autres modèles à terme. Qu’on ne peut plus imaginer de vastes développements sans faire appel à des éléments extérieurs. Ça n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. Les sociétés de service font depuis plusieurs années de l’”intégration de services”, même s’il s’agit plus souvent d’agencer différents logiciels entre eux au sein des frontières du système d’information, que d’exploiter une multitude de web services.
Comme le souligne Didier Durand, cette structuration permettra bientôt de monter des sociétés sans infrastructures propres “en limitant son travail au strict apport de sa valeur ajoutée spécifique, sans répliquer les bases opérationnelles déjà disponibles en tant que service et pouvant fonctionner à l’échelle du web tout entier”. Les services vont donc pouvoir se croiser pour prospérer les uns grâce aux autres. Les sociétés pourront accéder à des centaines de millions d’utilisateurs par des canaux et dans des contextes les plus variés, sans avoir à résoudre des problèmes d’échelle ou de disponibilité de services… Une perspective qui est déjà en train de transformer radicalement le ticket d’entrée dans le monde de l’innovation technologique logicielle, et qui pourrait, pourquoi pas, souligne Didier Durand, redistribuer les cartes de l’investissement entrepreneurial.
Ce web granulaire contient en germe une autre perspective qui pourrait s’avérer encore plus déterminante à l’avenir : la capacité de ces pièces détachées à “transformer les applications en environnements programmables”, comme le décrit Tim O’Reilly en évoquant Pipes, la dernière et remarquable innovation lancée par Yahoo! (Pipes pour “tuyaux”, en référence à ces lignes de code qui permettent de faire communiquer deux programmes informatiques, comme l’explique InFlux). Yahoo! Pipes est un service en ligne qui permet de mixer très librement des flux d’information ou des fonctionnalités, via un éditeur de programmation visuel et simplifié, pour créer de véritables applications composites, sans avoir besoin de savoir programmer. “L’usager technophile et “early-adopter” est donc aujourd’hui convié à évoluer dans une sphère socio-technique dont “on” lui offre de maitriser les outils, les environnements, les procédures, les techniques”, conclut Olivier Ertzscheid. On peut ainsi créer en quelques minutes une application qui va illustrer à partir de photos de FlickR les articles du Monde, du Figaro ou de votre propre site à partir des mots clefs présents dans le texte ; ou encore construire une application qui mixe les informations sur les restaurants de Chicago via Yahoo! Local et les photos de ceux-ci via FlickR.
Bien évidemment ce qui devient le plus important dans cet environnement, c’est la qualité des données et de leur structuration, comme le souligne très justement Alex Iskold pour Read/Write Web. Sans compter qu’il faudra aussi que ce type d’outils s’ouvre vraiment… En effet, l’essentiel des bases de données que Yahoo!Pipes permet d’utiliser à ce jour sont celles de de services appartenant à Yahoo. Faut-il y voir un signe que même les grands du Web 2.0 ont du mal à partager la propriété de leur capital ?"
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
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Vers le Web implicite


Une contribution de Hubert Guillaud* (1/4)
NB : Hubert Guillaud nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur le site Internet actu en 2007 mais qui demeure... d'actualité.
"Le concept du web implicite est simple”, explique Alex Iskold de Read/Write Web. “Quand nous touchons l’information, nous votons pour elle. Quand nous venons sur un billet depuis un article qu’on a apprécié, nous passons du temps à le lire. Quand on aime un film, nous le recommandons à nos amis et à notre famille. Et si un morceau de musique résonne en nous, nous l’écoutons en boucle encore et encore. Nous le faisons automatiquement, implicitement. Mais les conséquences de ce comportement sont importantes : les choses auxquelles nous prêtons attention ont une grande valeur pour nous, parce que nous les apprécions.”
Le web nous donne justement l’occasion de capturer ce sur quoi nous portons de l’attention. Le web implicite est déjà une réalité, comme le montrent les moteurs de recherche et les moteurs de recommandations : nos gestes et actions en ligne révèlent nos intentions et nos réactions. Et d’en donner comme bon exemple, Last.fm, le moteur de recommandation de musique qui, se basant sur votre bibliothèque d’artistes préférés, vous recommande des chansons que vous ne connaissez pas. Nos achats, nos navigations, nos requêtes alimentent des moteurs de recommandation qui affinent le World Wide Web pour nous. “Nous sommes donc passés d’une toute puissance du lien hypertexte, point nécessairement nodal de développement du réseau et des services et outils associés, à une toute puissance du “parcours”, de la navigation “qui fait sens”, de la navigation “orientée” au double sens du terme”, explique avec brio Olivier Ertzscheid. Bien sûr, cette attention portée à nos actions contient en germe des menaces sur notre intimité : pas tant sur le fait de monétiser nos parcours dans des logiques marketing propres au service qu’on utilise, mais plus encore des dérives d’exploitation tierces de nos profils. Que Google exploite notre historique de requêtes pour affiner les nôtres et nous proposer de la publicité adaptée quand on utilise ses services, soit, mais que ce même parcours bénéficie à l’un de ses partenaires ou à un autre service que je fréquente (ou pire, que je ne fréquente pas) posera certainement des questions plus profondes.
Le lien hypertexte a-t-il encore du sens ?
Le lien hypertexte va-t-il disparaître ? C’est l’une des implications terriblement provocatrice que suggère l’idée du web implicite. Le lien hypertexte, sous sa forme actuelle, nous conduit d’un endroit fixe à un autre endroit fixe, sans prendre en compte notre parcours, nos désirs, nos envies, le temps qui passe, l’actualité… En fait, ce n’est pas tant le lien hypertexte qui est appelé à disparaître que la stabilité de la relation entre deux documents que le lien créé. Demain, nos liens lieront des données, des documents et des données, des documents en train de se faire et des données à venir. Les liens se produiront tout seuls ou presque, au sein d’applications, à partir de nos traces et à partir de termes ouverts à l’interprétation. Le web devient un espace d’inférences, comme s’il mimait un début de capacité de raisonnement, lui permettant de s’adapter, de muter, selon l’environnement, pour mieux nous servir, voire mieux nous ressembler.
Nos liens vont devenir instables. Nos mots eux-mêmes ne seront peut-être plus que des inconnues dans des équations de phrases, des termes mouvants au gré de l’actualité ou des visiteurs pour mieux s’adapter aux contextes de chacun. C’est ce que montre par exemple une des nouvelles fonctions de Google Doc (une fonction qui date visiblement de novembre 2006, mais que Google Blogoscoped a mis en avant seulement récemment) : GoogleLookup. L’idée de GoogleLookup est assez simple : permettre d’interfacer les résultats d’un tableau avec des données issues du web. Le but : permettre à votre tableau aujourd’hui, à votre graphique et à vos textes demain, de rester à jour. En entrant une formule particulière, qui cherche les données sur le web, il est ainsi possible de créer un tableau où le nom du maire ou celui d’un ministre se met à jour tout seul, via l’internet (explications et limites actuelles des données interrogeables). Votre tableau de données peut aussi se connecter à des résultats sportifs ou à GoogleFinance et incorporer les dernières valeurs d’un marché (explications complémentaires). Les documents que nous rédigerons pourront demain citer des fonctions ou des données plutôt que des noms de personnes ou des chiffres, leur permettant de s’actualiser ou de se contextualiser seuls. Votre article sur Second Life ne citera plus le nombre d’inscrits au service au jour et à l’heure ou vous aurez écrit votre billet, mais le chiffre évoluera avec le temps en prenant en compte les données chiffrées émises par LindenLab.
Bien sûr, il a toujours été possible d’interfacer une base de donnée et un tableau, mais faire que cette base de donnée soit en prise directe avec un résultat de requête en ligne, en temps réel, est un pas de plus - sans compter le degré de simplicité et de complémentarité atteint qui semble mettre encore un peu plus le web en interaction avec lui-même. Dans la lignée de Freebase ou d’autres briques sémantique, ou du wiki sémantique (Google Doc a d’ailleurs souvent été évoqué comme un wiki évolué et réussi) que nous évoquions il y a moins d’un an, le web sémantique continue sa mue pour arriver jusqu’à nous.
Reste à ces applications et ces moteurs à s’affiner, à élargir leur périmètre et leurs modalités de requête : demain ils sauront ce que nous sommes capables de chercher selon l’heure de la journée, notre lieu de connexion, le lieu d’où nous venons, notre environnement applicatif ouvert, les actualités qui nous concernent…
Le lien hypertexte ne disparaîtra pas, car c’est lui qui rend ce web implicite possible, c’est lui qui en est l’armature, c’est parce que l’on fait des liens que les données prennent du sens comme le montre le PageRank de Google. Mais un autre web naît à côté de celui que nous connaissions. Assurément, comme le souligne encore Olivier Ertzscheid citant les théories de l’hypertexte de Vannevar Bush, “le parcours, le “chemin” (trail) importent au moins autant que le lien”. “Au moins autant”, c’est dire si ce web est encore amené à progresser."
Hubert Guillaud
*Hubert Guillaud est éditeur de formation, est rédacteur en chef d'InternetActu.net et responsable de la veille à la Fondation Internet nouvelle génération.
13:28 Publié dans - Après Web...2, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Marketing-Communication, - Mobilités, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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06.10.2008
Internet et les niveaux d'usages


Les usages d’internet, c’est une affaire qui mobilise les spécialistes, trop souvent à côté du sujet, si tant est que le sujet soit l’usager. Chacun comprendra à sa porte ou sa fenêtre (de conscience).
La question est récurrente depuis le début mais c’est promis juré, cette fois ça y est on est passé d’internet 3ème génération au Web 2-0. Ce qui est sûr c’est que la population se saisit des possibilités offertes par Internet et invente des usages, c’est-à-dire des usages sociaux, culturels, professionnels, interpersonnels.
Les technologies s’intéressent aux usages de leurs productions, surtout pour les valoriser. Ah si la “valeur technique” devenait une “valeur d’usage” après avoir convaincu de futurs usagers !
Le problème c’est sur quelles visions partagées se rencontrent-ils, quel niveau de conscience commun pour traduire réciproquement. Parce que s’il n’y a pas réciprocité ça ne marche pas.
C’est pour cela que se construisent des sphères d’entendement mutuel mais déconnectées du reste du monde.
World Wide Web
Le Web une trame, un tissu. Qui ne fait la différence entre un tissu et un filet. La rupture entre l’internet et le web, l’un est infrastructure, l’autre usage social.
Tramer des relations à l’échelle du monde, des relations humaines pour tisser des communautés. Pas des liaisons, ça c’est une affaire de réseaux sur le modèle du filet, du net. World a la même racine “wir” que virtuel et cela signifie “âge d’homme” (Wir old), étrange non !
Les affaires humaines sont-elles le produit des moyens techniques ou seulement facilitées par ces moyens ? Conçoit-on un “outil” et, seulement après, son usage ?
Voilà une grande difficulté dans ce temps de mutation qui va dans tous les Sens.
Cependant si on se recentre sur l’essentiel, l’homme et les affaires humaines, alors une grille d’évaluation des usages peut être établie. Elle s’appuie sur les concepts fondamentaux et les ressources de l’Humanisme Méthodologique.
On va être amené à croiser deux échelles de progression.
L’une c’est le niveau de conscience de ce qui est en question. Nous identifions trois niveaux notés :
Web 1.y - Web 2.y - Web 3.y.
L’autre c’est le niveau de maturité sociale des usages, c’est-à-dire l’intégration aux affaires humaines. Nous identifierons là aussi trois niveaux, trois générations.
Notons Web x.1, Web x.2, Web x.3.
Nous voilà donc avec neuf types d’usages notés de Web 1.1 à Web 3.3. Il n’y a pas ici de 0.y ou de x.0 qui nous feraient sortir du champ.
Les trois niveaux de conscience
Web 1.y Une affaire d’information
Voilà le type d’usages visés. L’accès à l’information et derrière au savoir et à toute sorte de ressources maintenant distribuées, voilà l’enjeu qui mobilise le génie des spécialistes de l’information. Informatique dit-on en français. Que n’a-t-on pas dit sur la “société de l’information” et tous les moyens associés à cette grande explosion mondiale qui bouleverse il est vrai tous les “métiers de l’information”.
Web 2.y Une affaire de communication
Voilà le type d’usages visés. Le multi média généralisé à la portée de tous ou presque. Certains se demandent si ce n’est pas du côté du téléphone portable qu’il faudrait voir l’avenir ou au mieux l’intégration et l’inter opérabilité des moyens et des contenus. Ailleurs comme si vous y étiez, immense soif de découvertes.
Voir le succès de l’INA et de multiples sites où chacun peut s’exposer et découvrir les autres, autres temps, autres espaces, cultures, événements, gestes, productions, images. Le grand magazine inter actif, c’est-à-dire chacun étant actif dans la communication, tous émetteurs, récepteurs ; push and pull. Cela a une autre figure que l’information, le numérique n’est pas poétique, l’image et les paysages si.
Web 3.y Une affaire de relations
Voilà le type d’usages visés. Les relations humaines, celles où s’établissent des proximités personnelles à distance. Une révolution à l’échelle de la planète qui commence avec le voisin ou la voisine, celle des relations humaines qui tissent la totalité des situations et des affaires humaines. Seulement les relations humaines c’est profond, complexe, question de Sens et de consensus, d’affect, de corps et de comportement, de représentations mentales tout à la fois et en plus des relations entre des personnes qui tissent les groupes humains dédiés à toutes sortes de finalités et plus généralement les communautés humaines à toutes les échelles. World, Wide, Web 3.y.
Évidemment les relations usent de certaines médiations et même multi médiations, c’est mieux, et ces dernières véhiculent de l’information (aux sens habituels dans ces milieux).
Regardons ce qui se dit du Web 2-0: les trois, selon le champ de conscience de ceux qui parlent.
Exemple : Qu’est-ce le Web 2.0 ? internet actu
A moins que ce soit une question de posture (Sens du regard sur le monde) qui rende certains aveugles à l’essentiel.
Il suffirait de changer d’angle de vue pour voir l’ensemble.
Le test : quelle différence entre information, communication, relations et quelle vision des “usages” associés ?
Maintenant la deuxième, l’échelle de maturité des usages.
Web x.1. Les usages élémentaires
Des tréfonds de la technologie (et il y en a plusieurs couches) émergent des “outils” qui s’adressent à des usagers.
Très vite, grâce à l’explosion du Web, un ensemble d’outils d’usage courant se sont répandus (une fois sortis des universités américaines bien souvent). Navigateurs, mails et puis chats, messageries instantanées, forums, Cuseeme pour se voir et se parler (un logiciel célèbre il y a dix ans) et une floraison de dérivés.
Il est vrai qu’il y a de ces apprentissages élémentaires, comme apprendre à conduire, qui sont indispensables pour acquérir l’aisance qui permettra d’autres investissements.
Les usages élémentaires des outils sortis des ateliers (forges) sont et seront toujours nécessaires dans ce but là.
Des appropriations foisonnantes en sont faites mais sont-elles la source de l’évolution des “outils”, pas sûr. Quel est l’équivalent multi plates-formes de Cuseeme à l’ère du haut ou très haut débit ? Ce n’est pas faute d’usages possibles mais cela vient d’orientations techniques.
Web x.2 Les usages fonctionnels ou services en ligne
La on saute d’une définition par l’outil à une définition par une fonction, sociale, professionnelle, dédiée.
Payer une facture, gérer son compte bancaire, coopérer sur une tâche précise, c’est toute la batterie des fonctions des entreprises, des services publics, des institutions ou associations mais aussi bien les jeux de toutes sortes.Le joueur d’échec en ligne ne joue pas au navigateur mais s’en sert.
Des discussions professionnelles ou autres s’établissent grâce à différents outils. Ce sont des usages sociaux, des pratiques que les outils facilitent. Le web fait exploser le champ des possibles et des pratiques, nous n’en sommes qu’au début.
Web x.3 Les usages communautaires, la cité virtuelle.
Il s’agit là des enjeux des communautés humaines, enjeux économiques, enjeux politiques, enjeux pédagogiques, de santé, inter communaux, inter régionaux mais aussi des enjeux institutionnels. L’Etat, les entreprises, les communautés territoriales, les communautés humaines de tous ordres, familles, clubs, associations, etc.
Les usages sont définis par les enjeux même, institutions d’aménagement virtuelles, communautés économiques, communautés culturelles, systèmes politique, gestion publique, management des entreprises, etc.
C’est là que le monde se trouve transformé par le web avec cette extension au virtuel du champ des affaires humaines. Là tout est en jeu, en refondation. C’est le terrain de l’Université de Prospective Humaine où la technologie prend sa part.
Bien sûr le troisième niveau de maturité et d’usages intègre les précédents sans quoi ils sont inaccessibles. Mais à ceux qui veulent refaire le monde il faut assumer sinon assurer, au bon niveau de responsabilité.
La suite est une série d’exercices. Nommer les types d’usage et rechercher ce qui existe ou se fait, c’est une condition d‘apprentissage. Cela sert pour comprendre, chercher, mais aussi pour projeter progresser.
- Web 1-1 les usages des outils d’information
- Web 2-1 les usages des outils de communication
- Web 3-1 les usages des outils de relations
- Web 1-2 les services d’information
- Web 2-2 les services de communication
- Web 3-2 les services relationnels (groupes)
- Web 1-3 les enjeux communautaires et institutionnels d’information
- Web 2-3 les enjeux communautaires et institutionnels de communication
- Web 3-3 les enjeux communautaires et institutionnels de développement et d’empowerment.
Roger Nifle
*Roger Nifle est directeur de l'institut Cohérences et confondateur de l'Université de prospective humaine
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Le virtuel un paradigme révolutionnaire

Les espaces virtuels d’activité

Une contribution de Roger Nifle*
La mutation ce ne sont pas seulement des gadgets technologiques qui suscitent à tous âges des émois adolescent mais aussi une révolution paradigmatique qui bouleverse notre rapport au monde comme un saut de civilisation peut le faire. Les espaces virtuels d’activités préfigurents les mondes où se traiteront bientôt toutes les affaires humaines.
L’âge du Sens, l’âge des communautés de Sens, l’âge du service, l’âge du virtuel, telles sont les caractéristiques du nouveau contexte qui suit l’âge des représentations et de la Raison. Une révolution copernicienne remet tout en question, ce n’est pas une représentation de plus, une bonne idée de plus, un effet de la seule imagination. L’Humanisme Méthodologique élabore depuis trente ans les outils conceptuels et méthodologiques destinés à cette mutation. Les analyses de prospective humaine qui en découlent rejoignent cet aboutissement que sont les espaces virtuels d’activités communautaires. C’est donc une synthèse de ces travaux croisée avec les tendances émergentes d’une mutation qui permettent ces nouvelles propositions, ces innovations radicales que sont les EVA. il s’agit aussi de rompre avec des procédés qui relevaient d’un autre âge et maintenant dépassés malgré des compulsions terminales de plus en plus vaines
Le virtuel, c’est le réel humain, un hyper réalisme qui remet à sa place l’accessoire comme médiation, moyen d’accès à l’essentiel, le Sens. Le virtuel c’est le portage accessoire du Sens. C’est, autrement dit, une situation à vivre.
Une situation à vivre, c’est autre chose qu’une représentation, qu’elle soit imagée ou plus formelle, c’est autre chose qu’un fonctionnement technique, c’est autre chose que des impressions ou des sentiments provoqués, esthétiques ou non. La situation comporte ces différents registres comme registres accessoires mais, en eux-mêmes, ils ne font qu’un décor, une scène, pas une situation.
La scène et le décor du théâtre ne font pas la pièce. Elle n’existe, en situation, que lorsqu’elle est jouée en présence de toutes les parties prenantes. Il en est de même pour le virtuel, pour les espaces virtuels d’activités communautaires.
Pour les comprendre et les réaliser, il faut franchir la barrière de la mutation, accomplir cette révélation copernicienne, sauf à rester accessoiriste, spécialisé ou technicien. Il en faut aussi mais sans confondre les rôles et les compétences. Le paradoxe c’est que pour les “usagers”, il n’y a pas à questionner de telles complications. Ils ont à vivre les situations, capacité de tout humain, pas à penser, ni à construire les espaces virtuels. Par contre les professionnels qui vont être attachés au virtuel devront intégrer les trois fondements décrits ci après.
Les sciences du virtuel, nouvelles sciences d’une réalité relevant d’une révolution copernicienne (ou galiléenne), où toute réalité est “virtuelle”. Les problématiques et leurs solutions que les EVA “matérialisent” relèvent des sciences du virtuel. C’est dire l’exigence de refondation et l’inanité d’une transposition d’analyses relevant d’un paradigme dans des situations relevant d’un autre.
Malheureusement les réflexes résultent encore surtout du premier tant que la mutation n’est pas dépassée et maîtrisée. Comment ne pas suggérer d’entreprendre d’urgence cette conversion systématique aux “sciences du virtuel” dans tous les domaines.
L’ingénierie du virtuel. Tous les réflexes de l’action, de la production, méthodes, procédés sont à revoir. C’est d’autant plus impérieux que les habitudes reposent souvent sur des fonds obscurs rarement questionnés. La réflexion méthodologique au temps des technologies est l’une des plus pauvres laissant des non dits et des zones obscures considérables.
L’ingénierie du virtuel est celle de la construction de situations à vivre. Une situation est à la fois un ensemble d’accessoires mais aussi un ensemble de modalités vécues par ceux qui l’habitent. Cependant elle plonge des racines dans celles de la communauté engagée et de chacun qui y participe. Paradoxalement la construction accessoire, ainsi donnée à expérimenter, doit permettre une liberté portant sur l’essentiel.
Ce n’est pas la situation qui agit mais ceux qui la vivent. La situation n’est pas construite pour vivre à la place des gens, ni les obliger à vivre ceci ou cela. Ça c’est le fait des âges antérieurs avec la croyance que les représentations s’imposent ou que ce sont des procédés qui opèrent pour les gens ou sur les gens eux-mêmes.
L’ingénierie du virtuel est une ingénierie humaine basée sur la connaissance des processus humains à différentes échelles, en rapport avec la résolution de problématiques auxquelles sont dédiées spécifiquement les EVA, en fonction des situations à traverser par les personnes, les groupes et communautés. Cette ingénierie humaine qui ne peut méconnaître que les sciences du virtuel sont des sciences humaines ni que les “espaces virtuels” utilisent des accessoires qui font appel à une certaine maîtrise des représentations, techniques, esthétique et aussi des sensibilités. Cependant on se souvient que l’accessoire est toujours un artifice, même quand il est pris parmi les réalités communes.
La méthode des champs de cohérences morphogénétique fondée sur un processus de créativité générative vise à passer par un “modèle virtuel” pour élaborer des scènes et espaces virtuels adaptés ensuite à de multiples situations et leurs multiples aspects.
Les valeurs du virtuel. Outre la communauté de racines étymologiques indo européenne (WIR) entre ces deux termes, les espaces virtuels d’activité communautaire sont aussi des vecteurs du Sens du bien commun. A la question “à quoi ça sert”, la réponse suppose qu’il y ait un bien à en tirer. Cependant on sait que chacun peut désigner comme bien ce qui lui chante sans éclairer pour autant le Sens qu’il privilégie. Il est vrai que des espaces virtuels peuvent être construits dans n’importe quel Sens. Seulement, seul un discernement du Sens suffisant pour élucider la problématique, comprendre les situations vécues et favoriser le processus de résolution permet la conception et la construction d’espaces virtuels d’activités collectives. Évidemment aucun modèle formel ou procédure méthodologique ne peux y pourvoir.
Ainsi, dès la construction, les espaces virtuels d’activités communautaires sont porteurs d’un “Sens du bien commun” dont les modalités sont spécifiques. Le Sens du bien commun préside donc à la conception et la construction d’un espace virtuel donné (c’est-à-dire une problématique à résoudre dans un champ communautaire spécifique). Il lui confère la vertu de favoriser une pédagogie de la connaissance et de la maîtrise individuelle et collective.
L’usage d’un espace virtuel d’activité communautaire n’est pas réduit à l’utilitaire mais sert le développement personnel et collectif dans tous les termes du développement humain, professionnel et aussi bien matériel. Il n’y a pas d’objectifs matériels ou techniques qui vaillent sans qu’ils représentent un Sens pour quelqu’un, comme l’accessoire ne vaut que par l’essentiel qu’il réalise ou révèle.
Ainsi les espaces virtuels d’activités communautaires participent non pas seulement à une nouveauté séduisante mais à un mouvement du monde, à un progrès de civilisation humaines auxquels ils contribuent.
Ne cherchons pas à évaluer les EVA selon des critères purement utilitaires et techniques mais recherchons quelles utilités humaines ils auront. Ne cherchons pas à évaluer les EVA selon des critères purement formels et des modèles à la mode, modernes, ou qui passent pour des évidences dans les déviances de l’époque. Il ne faut pas se priver pour autant d’utiliser les représentations qui conviennent mais seulement comme médiations, moyens intermédiaires. Nous sommes au tout début de l’ère du virtuel et les espaces virtuels d’activités communautaires en sont les premières productions véritablement significatives.
Toutes les réalités et réalisations sont “virtuelles” au Sens de porteuses de “vertus” ou de Sens mais c’est la première fois qu’une science du virtuel et une ingénierie du virtuel en permettent la systématisation, à condition aussi d’en intégrer la valeur et les valeurs.
Roger Nifle
*Roger Nifle est directeur de l'institut Cohérences et confondateur de l'Université de prospective humaine
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03.10.2008
La mutation inachevée de la sphère publique


Une contribution de Pierre Levy*
Mon propos est ici d'analyser la mutation contemporaine de la sphère publique sous l'effet de l'extention du cyberespace et d'envisager les nouvelles possibilités de développement que cette mutation ouvre à la démocratie, et tout particulièrement à la délibération collective. Quelques données quantitatives pour commencer. Dans la plupart des pays industrialisés, près de 80% de la population est connectée à Internet à la maison, et il en est de même pour les classes moyennes urbaines de la plupart des pays en développement. Les pays où le taux d'augmentation des connections sont les plus élevés sont le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Au printemps 2008, le nombre d'utilisateurs d'Internet en Chine a dépassé le nombre d'utilisateurs américains et tend rapidement vers 300 millions de personnes. Même si les jeunes gens sont évidemment à l'avant garde de la connexion, le fossé entre les âges tend à se combler et les différences entre sexes sont devenues négligeables. Parmi les personnes connectées, près de 50 % ont ou auront bientôt accès à l'internet à haute vitesse et les prochaines années verront cette proportion augmenter encore. La première génération née avec l'Internet large bande à la maison arrivera bientôt à l'âge adulte. Finalement, les accès mobiles et sans fil à l'Internet se répandent rapidement, en attendant l'informatique ubiquitaire qui verra les accès au cyberespace entièrement intégrés aux gadgets portables, aux environnements urbains et aux infrastructures de transport. Dans cette nouvelle phase du développement de l'informatique, les interfaces de communication, tout comme les capteurs et les organes de contrôle électroniques des machines et des objets seront interconnectés sans fil en temps réel.
Sur un plan plus qualitatif, de nouveaux types d'applications et d'usages, que l'on conviendra de désigner par le terme de computation sociale (le fameux "Web 2.0", des spécialistes du marketing) se répandent. La computation sociale construit et partage de manière collaborative des mémoires numériques collectives à l'échelle mondiale, qu'il s'agisse de photos (Flickr), de video (YouTube, DailyMotion), de musique (Bittorrent), de pointeurs web (Delicious, Furl, Diigo) ou bien de connaissances encyclopédiques (Wikipedia, Freebase). Dans tous ces cas, les distinctions de statut entre producteurs, consommateurs, critiques, éditeurs et gestionnaires de médiathèque s'effacent au profit d'un continuum d'interventions possibles où chacun peut jouer le rôle qu'il désire. L'utilisateur peut "taguer" (catégoriser à l'aide de mot-clés) et donc classer et retrouver à sa manière les documents numériques de la plupart de ces mémoires mondiales. A l'ère de la computation sociale, les contenus sont créés et organisés par les utilisateurs eux-mêmes. Une quantité innombrable de carnets personnels - les blogs – affichent sans complexes les idées, opinions, photos et vidéos de leurs auteurs dans la nouvelle sphère publique mondiale. Et les arpenteurs de la blogosphère entrelacent ces messages multimédia dans un réseau inextricable de liens, de tags et de fils de discussion que des moteurs de recherche comme Technorati permettent de parcourir. Des entreprises de journalisme citoyen (Ohmynews en Corée, Agoravox en France) donnent la parole à Monsieur et Madame tout le monde en leur offrant les moyens de fabriquer et de commenter les nouvelles du jour. De plus en plus de médias "classiques" comme CNN, offrent cette option à leurs utilisateurs. Dans le climat intellectuel de la computation sociale, l'évaluation, la critique, la catégorisation ne sont plus réservés aux médiateurs culturels traditionnels (clergé, enseignants, journalistes, éditeurs) mais reviennent
entre les mains des foules. Ce sont les utilisateurs de Digg qui font monter ou descendre les informations postées sur le site au premier ou au dernier rang. Ce sont les utilisateurs de Delicious, de Flikr ou de YouTube qui décident d'annoter un lien, une photo ou une vidéo avec tel ou tel tag. Ce sont les lecteurs qui catégorisent et critiquent les livres sur Amazon ou sur Librarything. Omniprésents dans le milieu de la computation sociale, les réseaux sociaux, que l'on appelait "communautés virtuelles" il y a quelques années, connaissent un développement foudroyant. Dans Facebook, MySpace, Linkedin, Xing, Pulse, ou dans les milliers de communautés créées au moyen de logiciels libres de médias sociaux - comme NING, des individus se construisent des réseaux de contacts, d'amis et de relations, participent à des clubs, mettent en place des groupes de travail, s'échangent des messages, partagent leurs passions, bavardent, négocient collectivement leurs réputations, gèrent des connaissances, font des rencontres amoureuses ou professionnelles, développent des opérations de marketing et se livrent à toutes sortes de jeux collectifs. Avec des applications comme Twitter (micro-blog en continu), le lien social par le cyberespace devient quasi permanent : les personnes du même réseau partagent au jour le jour, ou même sur une base horaire, leurs activités quotidiennes. Les réseaux sociaux en ligne deviennent de plus en plus "tactiles" au sens où il est désormais possible de sentir continuellement le pouls d'un ensemble de relations. Skype permet la visiophonie gratuite à l'échelle mondiale. Rester en contact n'est plus une métaphore. Les individus impliqués dans les activités collaboratives et interactives du Web 2.0 participent généralement à plusieurs communautés, naviguent entre plusieurs blogs, entretiennent plusieurs adresses électroniques pour différents usages et sont en quelque sorte les noeuds principaux, les échangeurs, les commutateurs de la computation sociale, collectant, filtrant, redistribuant, faisant circuler l'information, l'influence, l'opinion, l'attention et la réputation d'un dispositif à l'autre.
Le tableau de la nouvelle sphère publique dans le cyberespace ne serait pas complet si je n'évoquais les nuages ("cloud computing") où se déroulent techniquement les processus de computation sociale. En effet, la mémoire et le traitement des données par Google, Yahoo, Facebook, Delicious ou YouTube, n'ont plus lieu principalement dans nos ordinateurs mais dans d'immenses centres d'enregistrement et de calcul des informations numériques où sont interconnectés des milliers de machines et qui sont distribués un peu partout sur la planète : les nuages informatiques. Nos données (courriers, contacts, marque-pages, photos, textes, etc.) et les applications qui permettent de les manipuler sont "quelque part" dans le réseau et donc, d'une certaine manière, partout.
Certes, toutes les régions du monde ne participent pas à la computation sociale avec autant d'intensité. Une étude européenne de 2008 indique que les asiatiques mènent le mouvement avec plus de 50% des internautes impliqués dans au moins une activité de computation sociale. Les Etats-Unis suivent avec 30% des utilisateurs tandis que les européens n'en comptent que 20%. Mais c'est évidemment la tendance générale qu'il importe de saisir.
Cette nouvelle sphère publique digitale n'est plus découpée par des territoires géographiques (ses découpages pertinents correspondent plutôt aux langues, aux cultures et aux centres d'intérêts) mais directement mondiale. Les valeurs et les modes d'action portées par la nouvelle sphère publique sont l'ouverture, les relations de pair à pair et la collaboration. Alors que les médias de masse, depuis l'imprimerie jusqu'à la télévision, fonctionnaient d'un centre émetteur vers une multiplicité réceptrice à la périphérie, les nouveaux médias interactifs fonctionnent de tous vers tous dans un espace a-centré. Au lieu d'être encadrée par des médias (journaux, revues, émissions de radios ou de télévision) la nouvelle communication publique est polarisée par des personnes qui fournissent à la fois les contenus, la critique, le filtrage et s'organisent elles-mêmes en réseaux d'échange et de collaboration.
Un des aspects les plus troublants de la nouvelle situation de communication dans le cyberespace est le brouillage de la distinction public / privé ou même carrément l'érosion de la sphère privée. Tout courrier électronique peut se retrouver exposé dans un forum. Pour peu qu'ils aient été filmés, le moindre faux pas d'un politicien, d'une vedette ou d'une compagnie risque de se voir exhibé sur YouTube. La publicité (marque de l'espace public s'il en est) s'affiche dans les courriers, les blogs et les réseaux sociaux. Le moindre mouvement d'attention dans le cyberespace, qu'il s'agisse d'une recherche sur Google ou d'une exploration de Facebook est enregistré d'une manière ou d'une autre et peut servir à mieux cibler la publicité qui s'affiche à l'écran... Même pour l'utilisateur moyen, la quantité des informations accessibles, tout comme la transparence des personnes, des institutions et des phénomènes sociaux s'accroît de manière vertigineuse. L'augmentation de la transparence et la multiplication des contacts entraîne avec elle une nouvelle vitesse de la circulation des idées et des comportements.
Concernant les effets sur la démocratie, cette transformation de la sphère publique me semble affecter positivement les quatre domaines étroitement interdépendants que sont les capacités d'acquisition d'information, d'expression, d'association et de délibération des citoyens. En somme, la computation sociale augmente les possibilités d'intelligence collective, et donc la puissance, du "peuple". Un autre effet remarquable de cette mutation de la sphère publique est la pression qu'elle exerce sur les administrations étatiques et les gouvernements vers plus de transparence, d'ouverture et de dialogue. Enfin, du fait du caractère mondial de la nouvelle sphère publique, les mouvements d'opinion et d'action citoyenne traversent de plus en plus les frontières et entrent en phase avec le caractère lui-même planétaire des problèmes écologiques, économiques et politiques.
La cyberdémocratie va-t-elle s'arrêter là ? Je ne le crois pas, puisque la computation sociale que nous pouvons observer en 2009 n'est qu'un moment, un instanané découpé dans un mouvement de longue durée qui n'est certainement pas achevé. Le caractère de fond de la cyberculture peut être ramenée à trois tendances en résonnance mutuelle : l'interconnexion, la création de communauté et l'intelligence collective. L'interconnexion est un phénomène très général : elle tisse des liens entre territoires, entre ordinateurs, entre médias, entre documents, entre données, entre catégories, entre personnes, entre groupes et institutions. Elle franchit les distances et les fuseaux horaires. Elle traverse les frontères géographiques et institutionnelles. Elle crée des courts-circuits entre les niveaux hiérarchiques et les cultures. La création de communauté est aussi ancienne que les bulletin board systems (BBS), le Minitel ou l'Internet. Les systèmes de courrier et de forum électroniques, tout comme les "communautés virtuelles" existaient dans les années 70 du XX° siècle, bien avant le Web. Ces animaux sociaux que sont les humains exploitent toutes les possibilités de créer du lien, de communiquer, de fabriquer de la communauté : le cyberespace représente à cet égard le nec plus ultra technologique. Finalement, la propension à l'intelligence collective représente l'appétit pour l'augmentation des capacités cognitives des personnes et des groupes, qu'il s'agisse de la mémoire, de la perception, des possibilités de raisonnement, d'apprentissage ou de création. La croissance du cyberespace est à la fois la cause et l'effet du développement de ces trois tendances, le tout formant une sorte de moteur techno-culturel auto-organisé. Des premiers ordinateurs des années 1950 jusqu'à la computation sociale de la première décennie du XXI° siècle, les événements des soixante dernières années ne constituent probablement que l'étincelle initiale ou, si l'on veut, la préhistoirede la cyberculture mondiale et de sa sphère publique. C'est dire que la cyberdémocratie de l'avenir nous est encore difficilement pensable. Je vais cependant risquer une "vision", dont il est important de souligner le caractère purement spéculatif ou utopique (au sens noble du terme). Il s'agira donc moins de prédiction au sens ordinaire du terme que de la recherche d'un point d'appui intellectuel pour penser – et éventuellement orienter - le développement en cours.
Mon hypothèse est que les trois tendances que je viens d'évoquer se sont appuyées non seulement sur le développement de techniques matérielles de stockage, de transmission et de traitement des informations digitalisées mais également sur un étagement progressif de couches d'adressage de l'information.
La première couche, apparue dans les années 50 du XX° siècle, adresse les bits d'information dans la mémoire des ordinateurs. Il s'agit de la naissance de l'informatique proprement dite, avec ses systèmes d'exploitation, ses langages de programmation et l'augmentation des traitements logiques et arthmétique qu'elle a permise. Dans cette première phase, la puissance de calcul était essentiellement centralisée et restait au pouvoir des grandes compagnies et des gouvernements des pays riches. La seconde couche, celle de l'Internet, adresse les serveurs d'information dans les réseaux. La montée de l'Internet dans les années 1980, parallèle à celle des ordinateurs personnels, a permis à des réseaux d'individus et à des institutions de commencer à alimenter et explorer le cyberespace. Dans cette seconde phase, qui a vu le développement des premières communautés virtuelles, la puissance de calcul s'est décentralisée. Elle est passée entre les mains des individus, au moins dans le monde académique, parmi les professionnels et dans la jeunesse urbaine aisée. La troisième couche, celle du Web, adresse les pages des documents et permet du même coup d'identifier les hyperliens entre ces pages. Le résultat direct du système d'adressage des pages est l'émergence la nouvelle sphère publique mondiale hypertextuelle et multimédia à partir du milieu des années 90 du XX° siècle.
Cette phase s'est accompagnée d'une nouvelle centralisation de la communication numérique par les moteurs de recherche et les grandes entreprises qui contrôlent les "nuages" informatiques.
La sphère publique numérique se trouve maintenant en proie à une une vive tension. D'un côté, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'ensemble de la mémoire et de la communication mondiale se trouve réuni au sein du même environnement technique interconnecté. Les documents numériques sont effectivement reliés les uns aux autres par des hyperliens ou virtuellement combinables grâce aux possibilités d'exploration offerts par les moteurs de recherche et les systèmes d'échange pair à pair. Des agents logiciels permettent de présenter, de filtrer et de traiter les informations de la mémoire mondiale selon les besoins des utilisateurs. Mais, d'un autre côté, la nouvelle sphère publique reste profondément fragmentée. La multiplicité des langues naturelle, l'irrégularité de leurs grammaires et de leurs lexiques résiste à la traduction et au calcul automatique du sens. Les nombreux systèmes de classification hérités de l'ère de l'imprimerie et les multitudes d'ontologies informatiques (réseaux formels de concepts permettant le raisonnement automatique) sont incompatibles entre eux. Les réseaux sociaux et les systèmes de catégorisation sociale sont la plupart du temps incapables d'échanger leurs données et leurs méta-données. Il me semble donc que la prochaine vague d'accroissement de l'interconnexion, de la liaison sociale et de l'intelligence collective prendra appui sur une quatrième couche universelle d'adressage, celle des concepts, grâce à laquelle le problème de l'interopérabilité sémantique pourra être résolu. Si nous ne disposons pas déjà d'un système universel d'adressage des concepts, c'est tout simplement parce que le problème de la coordination et de la synchronisation d'une mémoire mondiale multiculturelle en temps réel ne s'est jamais posé avant notre génération. Les recherches que je dirige à la Chaire de Recherche du Canada en Intelligence Collective de l'Université d'Ottawa oeuvrent dans cette direction d'un système de coordonnées de l'espace sémantique. On peut dresser un parallèle entre les univers physiques et sémantiques. Il faut se souvenir que le système de coordonnées géographique universel - les méridiens et les parallèles - n’a commencé à devenir effectif qu’aux 18° et 19° siècle. Par la suite, la mesure universelle du temps qui permet aujourd’hui de coordonner les vols de tous les avions de la planète (le système des fuseaux horaires) n’a été institué qu’au début du XX° siècle. Les systèmes de coordonnées spatio-temporels, à la fois universels (ce qui fait leur utilité) et culturels (ce sont des conventions symboliques, des outils construits en vue d’une fin) ont accompagné de manière très concrète les voyages, les échanges et l’unification (conflictuelle) planétaire des trois derniers siècles. Par analogie, on peut considérer que la fragmentation et l’opacité contemporaine du cyberespace tiennent à l’absence d’un système de coordonnées sémantique commun, par-delà la multiplicité des disciplines, des langues, des systèmes de classification et des univers de discours. Qu’un tel système de coordonnées balise l’espace sémantique (virtuellement infini), et aussitôt les processus d’intelligence collective – aussi transversaux, hétérogènes et divers soient-ils, pourraient commencer à s’observer - à se réfléchir - dans le miroir immanent du cyberespace. Par analogie avec les URLs (uniform resource locators) du Web, j'appelle les adresses de l'espace sémantique des USLs (Uniform Semantic Locators). On peut considérer les USLs comme des "agendas sémantiques" dont le système de notation (IEML pour Information Economy MetaLanguage) permet la synchronisation et la mise en relation automatique. Dans l'espace sémantique, les tags auraient deux faces. Sur une face, un USL noté en IEML garantirait le calcul automatique des relations sémantiques entre tags et jouerait le rôle de médium de correspondance entre langues naturelles. Sur l'autre face, des descripteurs en langues naturelles ou des icônes permettraient l'interaction d'utilisateurs humains avec le tag et déterminerait son sens. La croissance du dictionnaire multilingue IEML serait assurée par une communauté multiculturelle de volontaires avertis (sur le mode "wikipedia") et les utilisateurs resteraient évidemment libres de catégoriser les documents, objets, personnes, actes ou phénomènes complexes exactement comme ils l'entendent, sur le mode manuel ou automatique.
Au lieu d'être centralisés par des moteurs de recherche aux algorithmes secrets et uniformes -comme c'est le cas aujourd'hui - la mémoire mondiale pourrait alors être balisée et explorée par une société décentralisée et collaborative d'agents sémantiques dont chacun exprimerait le point de vue et les intérêts des personnes ou des réseaux qui les contrôlent.
Du point de vue de la démocratie, un des principaux effets de l'émergence de l'espace sémantique serait une nouvelle possibilité de commensurabilité et d'auto-référence pour les processus de computation et de cognition sociale. En d'autres termes, les réseaux, groupes et communautés de personnes seraient capables de réfléchir leur propre intelligence collective dans un espace ouvert à l'observation et à l'interprétation du point de vue de chacune des intelligences collectives. Bientôt, la majorité des communications et des transactions humaines se déroulera directement dans le cyberespace ou bien laissera une trace (sous forme de statistiques et de documents) dans la mémoire numérique mondiale. Il en résulte que les données fondamentales des sciences sociales seront directement accessibles à tous. Un des enjeux de l'institution de l'espace sémantique est l'ouverture de ces données - la mémoire humaine - à l'analyse, à la synthèse multimédia et l'interprétation de tous les points de vue possibles, tout ménageant des avenues de projection, de traduction et de transformation automatique entre les points de vue.
Dans ces conditions, la notion de délibération collective, si essentielle à la démocratie, prendrait un tout autre sens : elle deviendrait indissociable d'une pratique massivement distribué des sciences humaines et d'un dialogue herméneutique s'exerçant librement sur la mémoire mondiale.
Pierre Levy
NB : Une vidéo de l'intervention de Pierre Levy au World Knowledge Dialogue autour l'espace sémantique IEML est consultable à cette adresse :http://www.wkd08.org/webcast?clip=10
*Pierre Levy est un philosophe qui a consacré sa vie professionnelle à la compréhension des implications culturelles et cognitives des technologies numériques, à promouvoir leur meilleurs usages sociaux et à étudier le phénomène de l’intelligence collective humaine. Il a publié sur ces sujets une douzaine de livres qui ont été traduits dans plus de douze langues et qui sont étudiées dans de nombreuses universités de par le monde. Il enseigne aujourd’hui au département de communication de l’Université d’Ottawa (Canada) où il est titulaire d’une Chaire de Recherche en Intelligence Collective. Pierre Lévy est membre de la société Royale du Canada et a reçu plusieurs prix et distinctions académiques.
Bibliographie
- Benkler Yochai, The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom, Yale University Press, 2006
- Charlene Li, Josh Bernoff, Groundswell. Winning in a World Transformed by Social Technologies. Harvard Business Press, 2008
- Feigenbaum, F., and alii "The semantic Web in Action", Scientific American, dec 2007, p. 90-97.
- Lévy Pierre, L'espace sémantique, Hermes, Londres, 2010, à paraître
- Lévy Pierre, Cyberdémocratie (Essai de philosophie politique), Odile Jacob, Paris, 2002
- Lévy Pierre, Cyberculture, Odile Jacob, Paris, 1997
- Lévy Pierre, L'intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace, La Découverte, Paris, 1994
- Lévy Pierre, Qu'est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995
- Lévy Pierre, World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience) Odile Jacob, Paris, 2000
- Pascu Corina, An Empirical Analysis of the Creation, Use and Adoption of Social Computing Applications, European Commission, Joint Research Centre and Institute
for Prospective Technological Studies. 2008
- Shirky Clay, Here Comes Everybody: The Power of Organizing Without Organizations, Penguin, 2008
- Surowiecki, James, The wisdom of the Crowds, Random House, London, 2004
- Tapscott, D., Williams, A.D., Wikinomics, How Mass Collaboration Changes Everything. Portfolio, 2007
- Tovey, M. (Ed.), Collective Intelligence: Creating a Prosperous World at Peace, Oakton, VA: EIN Press, 2008
- Weinberger David, Everything Is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder, Henri Holt and Cie, USA, 2007
- Wellman, Barry, Computer networks as social networks. Science, 293 (14 September), 2031-2034, 2001
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01.10.2008
Lettre sur le commerce des livres… dans l’après Web 2.0


Une contribution de Lorenzo Soccavo*
« Ce dont il s’agit, c’est d’examiner, dans l’état où sont les choses et même dans toute autre supposition, quels doivent être les suites des atteintes que l’on a données et qu’on pourrait encore donner à notre librairie ; s’il faut souffrir plus longtemps les entreprises que des étrangers font sur son commerce ; quelle liaison il y a entre ce commerce et la littérature ; s’il est possible d’empirer l’un sans nuire à l’autre…»
Denis Diderot, Lettre sur le commerce des livres, 1763.
Les librairies face à l’avenir…
Les ventes de CD continuent de s’effondrer. La VOD (Vidéo on demand) progresse.
Symbolisés dans l’esprit des médias et du public par le récent partenariat Hachette (pour le contenu), Fnac (pour la distribution), Sony (pour son dispositif Portable Reader System 505), de nouveaux dispositifs de lecture arrivent dans le commerce.
Si le marché du livre n’opère sa migration numérique qu’aujourd’hui, après le disque, la photo et la vidéo, c’est qu’il n’existait jusqu’à maintenant dans le commerce aucune offre pertinente de dispositif électronique dédié à la lecture. Avec l’industrialisation en masse de terminaux de lecture basés sur la technologie e-ink/e-paper, cela change du tout au tout.
Ces dispositifs reproduisent en effet les caractéristiques de la lecture sur papier.
Dans ce contexte les librairies traditionnelles ont bien du souci à se faire.
Les structures matérielles des librairies : loyers, assurances et personnel lié à la gestion physique des livres pèsent lourd.
Les grandes surfaces spécialisées tirent encore leur épingle du jeu et se développent de plus en plus sur le Web, où les ventes de livres sont en progression constante et allongent la durée de vie des titres, sur le fameux modèle de la Long tail de Chris Anderson.
Une rupture d’usage est actuellement à l’œuvre au niveau des comportements de lecture, de la consultation et de l’achat des livres. Et pas seulement chez les digital natives. Les premiers adeptes des tablettes e-paper semblent bien être la génération des 40-60 ans et plus, grands lecteurs, qui lisent plusieurs livres par mois et en trimballent toujours avec eux. Ils apprécient grandement de pouvoir se déplacer avec une bibliothèque de plusieurs centaines d’ouvrages et de documents, dans un dispositif ne présentant que l’encombrement et pratiquement le poids d’un livre de poche.
Le rapport avec le Web et l’après Web 2 ?
Il est évident ! Très clairement : le commerce des livres va inévitablement devoir se développer sur les modèles du e-marketing qui sont en train de se mettre en place dans l’après Web 2.0.
Traçons synthétiquement l’évolution du Web par rapport à ce qui est véritablement important.
Qu’est-ce qui est véritablement important ?
L’expérience de l’utilisateur.
Dans ce sens, nous pourrions dire que :
- Le Web 1, c’était de la retranscription.
- Le Web 2 de la participation.
- Le Web sémantique, de la simplification.
- Et le Web 3D sera de l’immersion.
Pour certains, le Web 3.0 serait le Web sémantique. Un Web plus intelligent, ordonnant et appelant grâce à des métadonnées l’information précise, utile pour un internaute X à un moment T.
En fait, il s’agit ni plus ni moins que d’une amélioration inévitable du Web 2.0 : un Web 2.1 pour répondre à la surcharge informationnelle dont nous ressentons de plus en plus les premiers contrecoups.
Le Web 3.0 sera un Web 3D. Celui qui est en train d’émerger de l’univers des jeux en ligne et de l’expérience grandeur nature de Second Life, et qui trouvera son plein épanouissement dans un Web 4.0 : un Web sémantique en 3D, qui au-delà de l’interactivité développera une interface immersive entre avatars et internautes, avatars et avatars, internautes et internautes.
L’écran des écrans disparaîtra.
Vers un Web immersif
De quoi s’agit-il ?
En 2008 la majorité des grandes enseignes travaillent à la virtualisation de leurs boutiques. Ce terme de “virtuel” fréquemment utilisé, engendre cependant la confusion. On entend : “qui n’est pas réel”, alors qu’en fait, virtuel signifie “qui existe en puissance”.
Lorsque les échanges et leurs acteurs sont bien réels, la simulation d'un environnement par des images de synthèse tridimensionnelles n’éclipse en rien leur réalité.
Il s’agit, dans un premier temps, de la modélisation en 3D des boutiques, avant d’intégrer des passerelles entre boutiques réelles et boutiques virtuelles on line.
Essayage virtuel de vêtements ou de paires de lunettes par l’entremise d’un avatar présentant ses caractéristiques physiques et avec son propre visage, ou dans une nouvelle génération de cabines d’essayage se réduisant à un “miroir magique”, se développent et arriveront prochainement.
L’on observe déjà que nombre de marques et d’enseignes développent leurs propres réseaux sociaux sur le Web 2.0, voire une présence sur Second Life.
Demain des librairies dans le Web immersif
Comment serait-il possible que les librairies restent à l’écart ?
Ce serait là leur disparition assurée. Les lecteurs attendent aujourd’hui de pouvoir, à distance, accéder au fonds de leur librairie préférée, de pouvoir y feuilleter les livres de leurs choix, accéder à des informations complémentaires, dialoguer avec le libraire, passer commande, etc.
Comme les autres commerces, les librairies physiques (brick and mortar) devraient parallèlement et rapidement s’équiper de nouveaux outils ayant pour finalité première d’enrichir les expériences des consommateurs. Des sociétés de diffusion/distribution de livres étudient pour l’instant les possibilités d’équiper les librairies de bornes de téléchargements d’e-books et de dispositifs de POD (Print on demand, encore que ces derniers soient particulièrement onéreux, encombrants et certainement antinomiques avec le développement de terminaux de lecture numérique…).
Ce qui est certain c’est que l’e-shopping dans le Web 3D n’aura plus rien à voir avec les achats que nous pouvons aujourd’hui faire sur le Web 2.0. Il se vivra en mode interactif et immersif.
Si nous portons notre attention uniquement sur Second Life nous pouvons déjà y relever : la présence de nombreuses bibliothèques, dont celles des principales universités américaines, des dispositifs de lecture innovants, notamment dans le cadre de la Bibliothèque francophone ; plusieurs îles anglo-saxonnes dédiées aux livres, et notamment une pour les développeurs d’Amazon ; des manifestations littéraires, des conférences d’auteurs au lancement du reader de Sony dans l’espace d’exposition de l’éditeur Ramdom House ; des initiatives pédagogiques, avec de premières expériences d’immersion de jeunes lecteurs dans des univers romanesques…
Le modèle qui se développerait serait celui du cobrowsing : l’internaute se connecte à l’espace 3D, il peut visiter la boutique (librairie, par exemple) telle qu’elle est dans la réalité, il peut échanger avec d’autres clients, et, surtout, il peut demander des informations, des explications aux vendeurs (libraires) présents, soit, part le truchement de leurs avatars respectifs, soit, en visiophonie.
Par ailleurs, l’internaute a la possibilité, depuis la boutique réelle ou depuis sa représentation 3D, d’accéder et de naviguer dans le site Web particulier de la librairie, ou bien dans le Web en général, pour rechercher les informations ou les avis complémentaires qu’il désire (ce système est en train d’être implémenté dans Second Life).
Des avatars robots en nombre peuvent répondre aux questions basiques et orienter les visiteurs. Dans les deux espaces, des interfaces de consultation des e-books, des outils interactifs permettant de constituer des bibliographies, d’effectuer des recherches, d’accéder aux critiques d’autres lecteurs et cetera, sont proposés en accès libre.
Il est indéniable que les développements en cours dans le domaine du e-marketing évoluent ainsi vers la 3D et la simulation, avec, au delà d’une plus grande interactivité avec la clientèle, une véritable évolution de la relation client.
A terme la finalité est de proposer aux consommateurs de véritables environnements immersifs où la perception polysensorielle (visuelle, olfactive, tactile, kinesthésique) enrichira l’expérience, que ce soit sur les lieux de vente, ou bien via le Web à distance, notamment par le biais de l’Internet embarqué (embedded Internet).
La finalité de ces réalités “virtuelles” devant être d’augmenter l’expérience, d’enrichir l’information, en l’occurrence, d’un client potentiel.
Aux nouveaux dispositifs de merchandising du commerce traditionnel et de publicité sur les lieux de vente, la librairie devra ajouter de nouveaux dispositifs de consultation et de téléchargement des livres.
L’interface lecteurs/livres au centre des évolutions en cours
Un groupe de recherche du Conservatoire National des Arts et Métiers : "Interactivité pour lire et jouer", explore ces domaines par le recours aux techniques de la réalité virtuelle, dont les jeux vidéo, il faut bien le reconnaitre, dopent le développement.
Le Laboratoire des usages en technologies de l'information numérique, de la Cité des sciences et de l'industrie, se penche sur les nouvelles pratiques liées aux e-books.
Au sein du nouveau centre Neurospin du CEA, dédié aux techniques d’imageries cérébrales, le professeur Stanislas Dehaene, auteur en 2007 de l’ouvrage de vulgarisation : “Les neurones de la lecture” (Odile Jacob éd.), travaille à mettre en évidence comment la lecture, invention culturelle récente de l’espèce humaine, évolue de sorte à s’adapter au mieux aux aptitudes de nos circuits cérébraux.
De nouvelles interfaces de consultation de textes sont à l’étude : manipulateurs d’e-books, sur le modèle en quelque sorte de la console de jeux vidéo Wii de Nintendo, capables de détecter la position du lecteur et de défiler les pages selon ses mouvements, de lui permettre de consulter plusieurs documents en même temps.
En projetant virtuellement dans un espace immersif en 3D des “pages” à la volée, le lecteur pourrait, comme un oiseau, les survoler et choisir de se poser sur celles qu’il souhaiterait lire en détails.
Il s’agit en somme d’inventer un mode de navigation dans les textes, plus souple et plus libre que ceux des livres reliés ou du Web et de ses périphériques (souris, écran…).
Les nouveaux dispositifs de lecture devraient permettre de mieux adapter l’affichage et l’ordonnancement des textes aux capacités de notre architecture cérébrale, et pourraient, à plus long terme, s’inscrire dans l’épopée de la robotique évolutionnaire, en train… de s’écrire.
Mais où allons-nous ?
En basculant dans cet univers de la dématérialisation, le livre pose, avec une acuité nouvelle par rapport aux anciens travaux de la linguistique, la problématique de la réception des textes.
Le challenge à relever est la mise au point de systèmes d’affichage qui s’adaptent avec la meilleure performance au fonctionnement de nos cerveaux d’animaux-lecteurs.
Si la lecture a évolué depuis les rouleaux de papyrus et la déclamation des textes, les livres imprimés et reliés que nous connaissons aujourd’hui et notre lecture silencieuse, ne sont certainement pas le mode de lecture le plus performant que notre espèce puisse atteindre.
Des projections synchronisées à la vitesse d’acquisition du lecteur de mots par groupes restreints est l’une des pistes à l’étude.
Mais c’est là un autre sujet…
Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que les développements du e-marketing dépasseront rapidement, tant les portails Web 2.0, que les bornes de téléchargements d’e-books dont les librairies les plus avancées projettent la mise en place.
D’autant plus que, au-delà la numérisation des œuvres et la commercialisation de terminaux de lecture connectés aux réseaux Wifi ou UMTS, nous évoluons finalement vers ce que nous pourrions appeler une “dématérialisation dure” du livre : une époque où les e-books ne seront même plus téléchargés, mais, simplement lus en streaming dans un écosystème cloud computing.
Trop souvent les professionnels ont tendance à s’arrêter aux micro-initiatives, au lieu d’anticiper les macro-phénomènes.
En attendant, si la librairie indépendante ne prend pas son destin en main et ne part pas rapidement à la conquête de ces nouveaux espaces, les grandes industries de l’entertainment les coloniseront à leur seul profit. Qu’on se le dise.
Lorenzo Soccavo
*Lorenzo Soccavo est Prospectiviste de l’édition, et l'auteur du livre "Gutemberg 2.0 le futur du livre" (2nde édition, M21 Edition - 2008),
son site http://lorenzo.soccavo.free.fr
18:57 Publié dans - Après Web...2, - Innovation, - Internet, Web2.0, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : lorenzo soccavo, édition, presse, web2, web 2.0, web sémantique |
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Web 2.0 for ever


Une contribution de François Laurent*
Après le Web 2.0, on aura ... le Web 3.0 ! Puis le 4.0, le 5.0 ...
Pour moi, il n'y aura pas d'après Web 2.0 - sauf pour les pubeurs et autres marketeux qui ont de la salade à vendre (ceux qui vont enterrer le marketing à force de prendre le consommateur pour un zombie).
Bien sûr, il y aura un Web mobile : il est d'ailleurs déjà en marche (mauvais jeu de mots) ; mais le Web mobile, avec son marketing de la géolocalisation, ne saurait être le successeur du 2.0 : juste une progrès technologique, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
Les tenants de la Metaverse Roadmap ne jurent que par les univers en 3D, les petits fils d'un Second Life aujourd'hui plombé par des temps de réponse dissuasifs et un gigantisme disproportionné qui nous donne l'impression de toujours errer dans des espaces désespérément vides.
Mais les uns comme les autres, même si je comprends leur militantisme - et je crois dans les univers 3D, je les attends avec impatience ; le marketing mobile m'amuse beaucoup moins, je dois le reconnaître, son intrusivité me gêne énormément. Les uns comme les autres donc confondent avancées technologiques et progrès sociétaux.
Le Web 2.0 ne repose d'ailleurs pas vraiment sur des prouesses technologiques ; enfin, rien de comparable à faire entrer Internet dans un combiné téléphonique ou de construire de vastes univers en trois dimensions !
Par contre le Web 2.0 a totalement transformé notre société - enfin est en train de la bouleverser de fond en comble. Et la révolution est loin d'être achevée.
C'est quoi, le Web 2.0 ? De l'Ajax, des flux RSS ? Que nenni !
Le Web 2.0, c'est la possibilité donnée à tout un chacun de devenir acteur du Web.
Internet, c'est une machinerie formidable ... mais dans sa conception initiale, Internet ne faisait que renforcer le pouvoir des acteurs traditionnels du monde politico-économico-médiatique : le Monsieur Tout Le Monde de l'ère pas si ancienne du Web 1.0 accédait à un flux gigantesque d'informations nouvelles, ce qui constituait déjà en soi un progrès incommensurable.
Mais il accédait : jamais il n'aurait pu - espéré, osé espérer - alimenter lui-même un jour les tuyaux.
Quand il voulait acheter un ordinateur, il pouvait en apprendre quasiment autant que les vendeurs ; puis également négocier les prix après s'être promené au hasard des comparateurs de prix. Et les distributeurs ont vu débarquer dans leurs boutiques des consommateurs d'un type nouveau, mieux armés, désespérément mieux armés et négociateurs en diable : j'ai alors utilisé le terme "d'empowered consumer".
Quoi qu'il en soit, la communication demeurait verticale : les marques, les annonceurs, les médias au sommet ... et la plèbe en bas. Certes, parfois, on la laissait s'exprimer ... d'où le succès des premiers forums de discussion - à distinguer des forums techniques de type questions réponses. Mais dans un forum, on n'est pas vraiment chez soi.
Sur son blog, si : sans connaissances informatiques, sans argent non plus, le citoyen peut s'exprimer sans contraintes chez lui : un privilège jusqu'alors inaccessible.
Je ne referai pas ici le "tour complet du propriétaire" du Web 2.0 : du blog plus ou moins collaboratif au wikis et autres réseaux sociaux, s'installe un nouveau système communicationnel : le many to many remplace le one to many.
La démocratie s'installe sur la toile : contrairement à ce que d'aucuns prétendent, il n'est pas temps de tourner la page de Mai 68 : jamais l'esprit de 68 n'a été aussi présent. Mais évidemment, c'est diablement déstabilisant : car les politiques tout comme les marques y ont beaucoup à perdre.
Bref, la rupture "électronique" du Web 2.0 en recouvre une autre, bien plus importante : celle qui marque le passage d'une Civilisation 1.0 à une Civilisation 2.0 ! De l'oligarchie politico-économico-médiatique à la démocratie participative. Ou collaborative. Ou ...
... ou à la démocratie, quand chacun peut s'exprimer, contribuer, créer.
C'est une page lourde de plusieurs centaines d'années qui se tourne : et certains oseraient penser qu'il suffit de miniaturiser un peu plus les terminaux Internet ou remplacer le graphisme actuel de nos interfaces par des avatars en 3D pour changer de numéro !
Quelle mégalomanie !
A la rigueur, parlez de Web 3.0 ou 200.0 si le coeur vous en dit ; la vraie vie - loin de la frime et de la pub - se chiffrera encore longtemps en 2.0 !
François Laurent
*François Laurent est co-président de l'ADETEM , créateur du blog Marketingisdead, il est par ailleurs auteur du récent livre "Marketing 2.0, l'intelligence collective" (M21 Editions-2008), voir interview ici : http://entretiens-du-futur.blogspirit.com/archive/2008/06/21/marketing-2-0-l-intelligence-collective.html
14:40 Publié dans - Après Web...2, - Internet, Web2.0, - Marketing-Communication, - Prospective, trends | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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