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30.09.2008

Un Web ça va, quatre bonjour les dégâts !

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Une contribution de Anne-Caroline Paucot*

 

Un Web ça va, quatre bonjour les dégâts !

Du lancement en 1990 par Tim Berners-Lee du premier Web aux générations Web 4.0 qui existeront peut-être demain, le Web danse une valse à quatre temps : web des vitrines, du souk, bavard, panoptique. Ces évolutions orchestrées par la rugissante technologique risquent de conduire à des abus numériques préjudiciables à notre santé sociétale.

Dans la valse du Web, le premier temps est le Web des vitrines. Grâce à des principes mis au point par Tim Berners-Lee (création d'adresses, marquage de liens..), on assiste à la création de sites. Ces fenêtres sur monde permettent aux entreprises et institutions de se présenter. L'internaute saute de liens en liens et découvre ces vitrines. Certaines, ergonomiques et riches en contenus, retiennent son attention. D'autres plus nombreuses, qui rivalisent dans le mauvais goût pour afficher des antiquités informationnelles, le font fuir.
Ces vitrines vendent  du discours, de l'image, des produits ou services... Le chaland numérique achète avec précaution. Il n'a qu'une confiance modérée en cette technologie qui lui fait croire que tout est  à portée de clic.

Le Web du souk
Deuxième temps, c'est le Web 2.0 ou le Web du souk. Les vitrines se sont multipliées et diversifiées. Une kyrielle de vitrines individuelles nommées blogs prennent pignon sur le Net. On y affiche son talent, on fait part de son expertise, on raconte sa vie... Dans ce Web, on discute, échange, commente, critique, crée des liens. Des tribus de parleurs, penseurs, amuseurs se structurent. Les vitrines individuelles s'insèrent dans des vastes complexes nommés réseaux sociaux. Le principe de base de ce Web du souk est l'interactivité. Contrairement au web des vitrines qui évaluaient leur performance au nombre de visiteurs, le web du souk mesure sa pertinence au nombre de liens générés.
Dans ce souk, le commerce est un jeu de billard à plusieurs bandes. Ce n'est plus le vendeur qui vante les mérites de son produit, c'est le client qui incite ses pairs à consommer comme lui. Le vendeur se contente de titiller les réflexes identitaires et conformistes en disant  : "Si tu veux acheter cela, tu aurais tout intérêt à faire comme les autres acheteurs qui ont aussi acheté ceci et cela." Le mouton de panurge numérique ne discute pas. Il ajoute dans son panier les désirs des autres et passe à la caisse. Le vendeur affiche un sourire satisfait. Avec ce subterfuge, le client commence enfin à acheter ce dont il n'a pas besoin. Le vendeur le remercie en lui donnant le sympathique nom de "consom'acteur".
Le web des souks,  considérant que "plus on est de connectés, mieux on se connecte" inclut progressivement dans sa sphère de chalandise des objets de notre quotidien. Cadres photos, jouets, appareils électroménagers, téléphones... Une puce, une liaison wifi, une adresse... L'objet trouve sa place dans le World Wilde Web. Sa connexion au grand réseau des réseaux lui permet de faire des prouesses.  Les cadres photos font défiler les photos enregistrées sur notre ordinateur, des lapins bougent les oreilles lorsque nous avons reçu un mail, la chaudière téléphone au technicien, le réfrigérateur fait les courses... Les services étonnent les techniciens qui parlent d'objets intelligents !

Le Web bavard
Le troisième temps se nomme web 3.O ou web sémantique mais on pourrait aussi l'appeler Web bavard, car il parle sur tout et tout le temps.
Le fonctionnement de ce Web repose sur le taggage des données numériques. Elles sont  caractérisées par une série de mots (d'où l'appellation de Web sémantique). Ces marqueurs vont permettre aux ordinateurs de créer des liens entre des informations qui n'en ont pas a priori.
Si cette formalisation nécessite une nécessite une solide lobotomisation niant les différences culturelles ou de genre, une fois opérée, les ordinateurs peuvent s'en donner à cœur joie dans le croisement des données et répondre à des demandes qui auraient hier demandé quelques années-lumière de recherche. Ainsi je peux trouver en quelques secondes un plombier unijambiste qui parle polonais, aime le Bordeaux, habite à cinq minutes de chez moi, adore jouer au rami chinois et est disponible après 20 heures le jeudi soir". Enfin, s'il existe  (et à vrai dire, je n'espère pas car je serais bien embêtée avec un tel phénomène).

A ce stade de l'évolution du Web, les vendeurs se frottent les mains. De mes demandes, ils peuvent déduire que j'aime le Bordeaux,  j'habite à Paris, je suis sensible aux handicaps, j'adore le rami chinois, j'ai des problèmes de plomberie et je suis chez moi le jeudi soir. De là à ce qu'ils me proposent de "faire venir le jeudi soir un joueur de rami polonais qui apporte une bouteille de Bordeaux qui règle tous les problèmes de plomberie", il n'y a qu'un clic. Mais, si je dédaigne leur offre, ils balayeront toutes les informations que j'ai déposées sur le Web pour en faire une autre encore plus séduisante. Ce chant des sirènes finira par m'ensorceler et je remplirais mon panier d'une série d'inutiles.

Le Web panoptique
Si le quatrième temps de la valse du Web n'existe pas encore, on peut le nommer Web 4.0. A peine le Web 2.O fut sorti du cortex de Tim o'Reilly que ses détracteurs annonçaient la mort de ce Web et l'arrivée du suivant le Web 3.O. On imagine que les mêmes ne vont pas tarder à annoncer la mort du Web 3.0 et l'arrivée du Web 4.0.
J'aurais néanmoins envie de l'appeler "Web sensible" les jours de beau temps et "Web panoptique", les jours un peu plus sombres. Ce terme, qui signifie voir sans être vu, fait référence à des prisons aménagées de telle sorte que le surveillant puisse voir chaque détenu dans sa cellule sans être vu lui-même.

Après avoir traité et tagué les données numériques, les faiseurs du Web vont compléter leur balayage en intégrant une kyrielle de nouvelles informations enregistrées au moyen  divers types de capteurs. Les espaces de stockage étant illimités, les moindres événements de notre vie pourront être transformés en zéro et un. Avec l'accumulation et le croisement de toutes ces informations, le meilleur et le pire sont attendus. A vous de les cocher dans une journée à la mode Web panoptique de demain.

  • 7 heures, vous vous levez. Vous avez des informations ciblées en fonction de vos centres d'intérêt personnels et professionnels.
  • 7h15. Brossage de dents. Des puces enregistrent des informations concernant votre santé. Votre pilulier clignote et désigne le médicament à prendre
  • 7h40. Direction le placard à vêtement. Un lien ayant été fait avec votre agenda. Des vêtements sont préparés.
  • 8h10. Vous avez opté pour le covoiturage. Une voiture vous attend au pied de l'immeuble. Quatre inconnus y sont déjà installés.  Votre notebook vous indique qu'avec l'un, vous avez un ami d'ami en commun et qu'un autre travaille dans le même domaine que vous.
  • 11 h. Vous venez d'apprendre que votre client assiste régulièrement à des compétions de kitesurf. Vous glissez dans la conversation que vous avez été champion de France. Il semble impressionné.
  • 13 heures. Vous téléphonez pour commander un hamburger. Comme vous avez été identifié, le vendeur électronique vous accueille par votre nom et ajoute : "Désolé, nous ne pouvons pas vous livrer de hamburger car votre taux de cholestérol est trop élévé" (confère votre brossage de dents). Vous avez deux solutions : investir dans une assurance qui vous doublera le prix du hamburger ou prendre une salade.
  • 15 heures. Alors que vous présentez  vos références à des potentiels nouveaux clients, des  images les présentant défilent sur l'écran. Un capteur sonore enregistre vos propos et va chercher les images appropriées sur le Web. Cela ne vous a demandé aucune préparation.
  • 16 heures. Votre femme dépose les clefs de la voiture. Quand vous lui dites : "merci, chérie", une image d'une autre chérie est projetée sur l'écran. Vous déconnectez rapidement tous les capteurs.
  • 18 heures. Votre notebook vous signale que vous avez une heure de libre, prévu de faire du sport, qu'une salle de gym se trouve à 50 mètres et qu'elle susceptible de vous accueillir. Vous l’ignorez, car il vous indique en même temps qu'un ami prend un café dans le voisinage.
  • 19 heures. La rencontre a été agréable. En pénétrant dans l'aéroport, vous souriez. Erreur, dix secondes plus tard, votre notebook vous indique que vous devez payer une amende pour DSG (délit de souriante gueule). Les caméras ne pouvant pas identifier des visages aux traits déformés par le sourire, le gouvernement a profité d'un sursaut d'adrénaline sociétal pour promulguer cette interdiction.


Quand ce Web panoptique sera effectif, il ne nous restera qu'à rejoindre un comité d'internautes anonymes qui nous aidera à nous désintoxiquer de toutes formes d'usages du Web.
Avant d'en arriver là, il serait judicieux de réfléchir ensemble au moyen de modérer notre consommation du web et des technologies numériques et du moins d'éviter toutes dépendances. En clair de prendre conscience que tous abus technologiques peuvent nuire gravement à notre santé sociétale en violant les droits au respect d'une intimité et d'un anonymat.

Annne Caroline Paucot

*Anne-Caroline Paucot est l'auteur de plusieurs romans et polars pour les entreprises (Hyaka.com) et vulgarise de façon iconoclaste et avec talent les nouvelles technologies et la prospective (voir son site Anticipedia), le futur est son terrain de jeu et son dernier ouvrage Dictionnaire impertinent du Futur (M21 Editions-2008) en est un bel exemple. Enfin son site Entreprise 2020 nous emmène dans un champ des possibles, un voyage exploratoire et prospectif du futur des organisations.

 

Vers un Web 3

Une contribution de Fred Cavazza* (2/2)

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NB : Fred Cavazza nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur son site www.fredcavazza.net en 2006 mais qui demeure... d'actualité

A peine le web 2.0 et ses concepts disruptifs commence-t-il à révéler son réel potentiel que l’on commence déjà à parler de la prochaine itération : le web 3.0.

Ce mystérieux web 3.0 est-il une réalité aujourd’hui ? Non, pas du tout. Est-il opportun d’en parler dès maintenant ? Oui, car les fondements d’une ère nouvelle pour les services en ligne sont en train d’être façonnés.

Pour mieux comprendre et appréhender les enjeux de cet (hypothétique) web 3.0, il me semble important de revenir sur les anciens modèles, de les comparer avec les modèles actuels et de se projeter dans un avenir proche.

Web 1.0 : une expérience intégrée

La première version moderne du web, celle que nous avons connu à la fin des années 90 (je fais abstraction des débuts laborieux de l’internet), correspond schématiquement à une expérience intégrée de bout en bout par de gros acteurs.

EXPERIENCE INTEGRE.png

Si nous prenons comme exemple le choix et l’achat d’un produit culturel (livre ou CD), une des expériences les plus complexe en ligne, nous constatons que des acteurs comme Amazon étaient présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur :

  • La découverte dans les têtes de rubriques et sous-rubriques ;
  • La validation avec les notes et avis des autres utilisateurs ;
  • L’achat avec la liste de souhaits ou le panier ;
  • Le paiement qui est intégré au site.

Web 2.0 : une expérience collaborative et déstructurée

Si l’on se place maintenant dans la peau d’un internaute averti (les fameux power user), il dispose d’une palette bien plus large de sources d‘informations et de services marchands. Ces derniers sont autant de nouveaux maillons de la chaîne de valeur qui viennent se substituer aux précédents.

EXPERIENCE COLLABORATIVE ET DESTRUCTUREE.png

L’expérience de l’utilisateur tout au long de son achat sera complètement déstructurée :

  • La découverte d’un produit peut se faire sur des blogs ou des réseaux sociaux affilié, sur des moteurs de recommandations comme Pandora ou au sein de communautés d’achat comme ShopWiki ;
  • La validation d’un choix peur se faire sur des portails de social shopping comme Crowdstorm ou sur des sites spécialisés comme LibraryThing (pou les livres) ou Yahoo! Tech (pour les gadgets technologiques) ;
  • L’achat peut se faire sur des boutiques en marques blanches comme celles que propose Amazon ( aStore), eBay ( eBay Stores) ou encore Zlio ;
  • Le paiement peut enfin être déporté sur des systèmes d’encaissement comme ceux de PayPal ou de Google Checkout.

Web 3.0 : une expérience immersive et étendue

En anticipant une montée en puissance de services innovants qui commencent à voir le jour, il est possible d’identifier encore de nouveaux maillons pour une chaîne de valeur qui ne se limitera plus au web.

EXPERIENCE IMMERSIVE.png

L’expérience d’achat de l’internaute sera d’une part plus immersive mais surtout plus étendue à d’autres domaines que le web :

  • La découverte de produits pourra se faire dans des univers virtuels (comme ceux d’ Habbo Hotel ou de Second Life), dans des jeux en ligne (comme dans World of Warcraft ou le Xbox Live) ou à l’aide de widgets (comme ceux proposés par le Dashboard d’Apple ou Yahoo! Widget) ;
  • La validation des produits serait fondée sur des services indépendants qui s’appuieraient sur des systèmes de gestion universelle de la réputation des prescripteurs (comme ceux de BazaarVoice, iKarma ou Rapleaf) ;
  • L’achat pourrait se faire à l’aide d’un mashup marchand comme celui de Cooqy ou à l’aide d’applications marchandes connectées comme le Mozilla Amazon Browser) ;
  • Le paiement pourrait enfin se faire directement au sein du système d’exploitation (en exploitant le futur CardSpace de Vista), sur d’autres terminaux (comme les mobiles à l’aide de PayPal Mobile) ou à l’aide de moyens de paiement qui sont utilisés dans les univers virtuels (en Linden Dollars par exemple puisque des banques vont prochainement proposer des services bancaires dans Second Life).

Et le web sémantique ?

A la base de ces réflexions sur le web 3.0, il y a un article publié sur le NY Times : Entrepreneurs See a Web Guided by Common Sense. Cet article nous décrit le web 3.0 comme un web sémantisé. Vision intéressante mais faussé : il est important de rappeler que les principes (et technologies) du web sémantique n’ont pas attendu le web 3.0 pour se développer et se perfectionner. Voilà de nombreuses années que le RDF est exploité comme meta-langage et que de nombreuses autres initiatives permettent de structurer l’information : pour la syndication, les formulaires, le reporting financier, l’ identité numérique ou encore les microformats.

Sémantiser le web est une entreprise titanesque et il faudra de nombreuses années (décennies ?) pour y arriver, d’autant plus qu’avec les progrès réalisés par les moteurs de recherche ou les bases de données, il est tout à fait possible d’apporter les mêmes bénéfices que ceux cités dans l’article.

Pour finir, rappelons que la couche sémantique de l’information présente surtout un gros potentiel pour les systèmes informatiques, comprenez par là que les utilisateurs (ceux qui sont à l’origine de la révolution du web 2.0) n’y trouvent pas forcément d’intérêt.

C’est pour quand le Web 3.0 ?

Pour l’instant il est encore beaucoup trop tôt pour pouvoir faire une prévision fiable, d’autant plus que ma comparaison ne prend en compte que la facette marchande du web (ce qui est loin de refléter sa richesse). Vous trouverez une version plus grande de ce schéma ici : Web 3.0.

Ce qui est certain par contre, c’est que nous allons progressivement déporter une partie des services que nous utilisons sur le web vers notre poste de travail (à l’aide de widgets ou de RDA) ou vers nos terminaux mobiles. De même, la gestion de notre identité numérique va prendre une place bien plus importante.

Notre mode de consommation de l’information ou des services en ligne va donc s’éloigner du web (et ses pages HTML) au profit de l’internet (et ses applications connectées). Il serait donc plus juste de parler d’internet 3.0 plutôt que de web 3.0.

Je vous donne donc rendez-vous dans un an ou deux pour vérifier si cette prédiction se réalise ou si nous évolueront vers des services encore plus sophistiqués.

Fred Cavazza


Fred Cavazza*
est un consultant indépendant qui anime de longue date le blog www.fredcavazza.net qui traite de l'actualité, des usages et des innovations dans le domaine de l'Internet

Hypothèse d'évolution pour le Web 2

Une contribution de Fred Cavazza* (1/2)

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NB : Fred Cavazza nous a aimablement autorisé à publier l'article qui suit et qui est déjà paru sur son site www.fredcavazza.net en 2007 mais qui demeure... d'actualité


"Voilà maintenant plus de deux ans que je parle de web 2.0 sur ce blog. Il s’est passé beaucoup de choses en deux ans, aussi je vous propose de vous projeter dans l’avenir proche (pourquoi pas dans deux ans) et d’essayer d’anticiper quelles pourraient être les hypothèses d’évolution des services ayant fait le succès du web 2.0.

Ce billet ne parle pas du web 3.0 (quoi que…)

Nous pourrions appelez ça le web 3.0… mais cela risquerait de provoquer une autre polémique qui ferait de l’ombre aux services que je vais vous présenter dans ce billet. Je me suis déjà prêté l’année dernière à cet exercice délicat ( Vers un web 3.0 ?) mais c’est un billet publié sur How To Split An Atom qui m’a le plus inspiré : How To Define Web 3.0. Si vous voulez vous projeter encore plus loin, je peux également vous recommander ce billet qui s’intéresse aussi au web 4.0 et au web 5.0 : What is Web 3.0?.

Donc pour résumer : appelez-ça le “web 2.1“, le “nouveau web 2.0“, le “web 2.0+“… appelez-le comme vous voulez mais faites au moins l’effort de méditer sur les concepts qui sont présentés dans ce billet avant de vous écrier “mais… c’est ENCORE une connerie de marketeux en mal d’inspiration !“.

Blog 2.0 : Vous êtes votre propre marque

Qui se souvient de la première fois où il a entendu parler de “blog” ? Oui je sais ça date… et pourtant, si vous faites abstraction de ces infâmes sidebar qui pullulent de widgets à la con, le principe des blogs n’a quasiment pas évolué : billets, commentaires, catégories.

Et pourtant, la relève est déjà là sous la forme de services de micro-blogging comme Twitter. J’ai choisi ce service comme exemple car c’est le plus connu. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce type de services ne laissent pas indifférent : soit on déteste, soit on reste hypnotisé. Je serais tenté de me rallier à l’opinion de Nicolas Clairembault ( Twitter et les a-blogueurs : posons-nous 5 minutes pour en parler) mais je préfère plutôt m’intéresser à un service comme Jaiku qui est bien plus abouti (cf. Twitter + Plazes + Ziki = Jaiku).

En poussant un peu plus loin ce concept d’agrégation de l’activité quotidienne d’un individu, on en arrive à regarder d’un oeil moins méfiant les services de lifelogs comme LiFE-LiNE. Alimentée en permanence par nos actions quotidiennes, ces lignes de vie digitales sont le témoin et la mémoire de notre présence en ligne, de notre existence passée et présente.

Encore plus fort, puisqu’il est question de documenter notre quotidien, pourquoi ne pas en faire un documentaire filmé via une webcam allumée en permanence ? C’est ce que vous propose déjà de faire des services comme uStream : adapter aux individus le principe de lifecast.

Et là vous allez me dire : “mais pourquoi se donner autant de mal pour diffuser la banalité du quotidien d’inconnus ?“. Et je vous répondrais qu’il n’est pas ici question de trouver une audience qui sera intéressée par l’intégralité de vos publications, mais seulement par de petites portions. Les chaînes de télévision génèrent des dizaines de millions d’euros avec des émissions de télé-réalité, pourquoi ne pas laisser le principe de la longue traîne s’appliquer à ce type de contenu : excessivement banal mais tellement authentique. Souvenez-vous que sur le web tout le monde peut avoir son heure de gloire, alors autant prendre des précautions et ne pas rater sa chance !

Social Shopping 2.0 : Nous sommes tous des commerçants

Reparlons maintenant de micro-blogging mais dans un cadre de commerce en ligne : Tant qu’à documenter le quotidien d’un individu (ses actions, déplacements, rendez-vous…) pourquoi ne pas également documenter ses achats ? Nous pourrions ainsi imaginer un service à mi-chemin entre Shopalize et Zlio qui archiverait vos achats et vous rémunèrerais en fonction des ventes réalisées à partir de cette buylog via un système d’affiliation silencieuse (non-contraignant pour l’utilisateur).

De même, cela n’a pas encore été fait en France, mais de nombreux services de Team Buying existent déjà en Chine. Pourquoi ne pas envisager des agents intelligents capables d’identifier des groupes d’utilisateurs homogènes (ayant les mêmes besoins et fréquentant les même quartiers) et de leur proposer des rassemblements spontanés pour faire de l’achat groupé hors-ligne. Le tout orchestré par SMS, géolocalisation de votre téléphone portable et anticipation d’une baisse des prix à l’aide de services prédictifs comme Farecast (pour l’instant limité aux prix de billets d’avion et d’hôtels). Celui ou celle qui mènerait les négociations avec le marchand se verrait créditer des points de confiance par les autres acheteurs (l’utilisation de ces points reste à définir, si vous avez une idée, n’hésitez pas à la publier dans les commentaires).

Réseaux sociaux 2.0 : des millions d’amis (virtuels) à portée de clic

Oubliez MySpace et ces 200 millions de comptes, l’avenir des réseaux sociaux se trouve ailleurs. Peut-être dans la Facebook Platform, une sorte de système d’exploitation en ligne pouvant héberger une infinité de services au sein d’un écosystème ( Facebook se métamorphose en web OS). Le tout reposant bien évidement sur la gigantesque base de données d’utilisateurs sous le contrôle d’un éditeur tout puissant (ça ne vous rappelle pas un certain moteur de recherche qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années ?).

Puisque que l’on parle du loup, autant aborder le cas de SocialStream,un réseau social universel qui mise avant tout sur l’unification (unified social network) et l’interopérabilité. Une sorte de Facebook Platform à la sauce Google.

Evoquons ensuite le cas très intéressant de Skaaz, un service à mi-chemin entre avatar et agent conversationnel ( Créez votre double virtuel avec Skaaz). Le principe est redoutable : créer un avatar intelligent qui va apprendre à reproduire votre personnalité pour pouvoir converser à votre place.

A quand les agents intelligents qui vont parcourir les bases de données des services de rencontre pour trouver un “profil correspondant” du sexe opposé, faire les tour des sites d’opinions pour trouver le meilleur restaurant de la ville, choisir une date compatible avec les agendas publics de Mr et Mme, envoyer un SMS 5 minutes avant le rencard pour être sûr de ne pas être en retard…

Je rajouterais une dernière hypothèse d’évolution avec les réseaux sociaux en 2.5 D comme CyWorld qui propose un compromis très efficace alliant pages perso, avatars, micro-facturation et v-marketing. Chez nous on a le même, et ça s’appelle Habbo.

Contenus multimédia 2.0 : Nous sommes tous des directeurs de programmation

A l’heure où YouTube semble plus puissant que jamais (son audience dépasserait celle de Google), les regards des géants de l’audiovisuel se tournent plutôt vers Joost, une plateforme d’IPTV en P2P (hé hé hé, il fallait la placer celle-là !). Car il faut bien se rendre à l’évidence : plus on leur en donne (du contenu) et plus ils en consomment (de la bande passante). Arrêtons de nous mentir et regardons la réalité en face : trop de frais techniques (hébergement, bande passante), trop de contenus illégaux (sous copyright), trop de polémiques (pour hébergement de contenus à caractère raciste / pornographique)… tout ça va bien s’arrêter un jour, même quand on s’appelle Google. Bref, la solution se trouve dans une nouvelle génération de service de distribution de vidéos en ligne : une infrastructure technique moins lourde, des contenus “casher“, un moteur de recommandation et de ciblage publicitaire efficace…

Et puisque l’on parle de moteur de recommandation, souvenez-vous que le temps est la monnaie de demain. A partir de là, les services capables de faire des recommandations pertinentes sous forme de playlist de vidéos, de musiques et pourquoi pas de casual games seront également en mesure de modéliser des profils de consommateurs valant de l’or pour les annonceurs. J’anticipe ainsi un service à mi-chemin entre Pandora, TOITI, Cafe et régie publicitaire. Le tout en multi-plateforme et haute-définition bien évidemment !

Terminons ces hypothèses de l’entertainment 2.0 avec un principe de show TV open source : les éditeurs se “contenteraient” de rédiger un brief et de réaliser un pilote, les spectateurs se chargeraient ensuite de faire évoluer l’histoire (avec un système de soumissions / votes), de gérer le casting (avec un service de crowdsourcing comme ItsOurMovie) ainsi que le financement (via un système de collecte de fond en mode P2P).

Mashup 2.0 : Vous êtes votre propre directeur informatique

Le web 2.0 à au moins l’avantage d’avoir pu familiariser le grand public avec des notions informatiques complexes comme les mahups et les API. Mais si tout le monde à l’exemple de Google Maps en tête, qui connaît de services de conception de mashup comme Yahoo! Pipes, Google Mashup Editor ou encore Popfly ? En rendant les mashup accessibles à tous, ces services facilitent la re-sémantisation des contenus ainsi que la transformation des sites en services (lire à ce sujet ce très bon billet : When Web Sites Become Web Services).

Encore plus fort, en combinant des solutions comme DAMIA et QEDWiki (déjà présentés en vidéo), on se met à rêver d’un système d’information extrêmement modulaire que l’on pourrait enrichir et personnaliser à l’aide de widgets applicatifs partagés au sein d’un écosystème. Le nirvana de l’ Entreprise 2.0 !

Je terminerais cette série d’hypothèse d’évolution avec le concept de web OS, ultime itération des portails personalisables (une sorte de Netvibes 2.0). Les solutions comme EyeOS, Goowy, YouOS, DesktopTwo… sont ainsi très intéressantes mais n’apportent somme toute pas grand chose de neuf. Je rejoins sur ce point l’avis mitigé de Guillaume Plouin : Reparlons des WebOS. Au-delà de l’exploit technique, il manque encore quelque chose à cette nouvelle génération de systèmes d’exploitation… peut-être une gestion du mode déconnecté… comme le promet Parakey… récemment racheté par Facebook. Quoi, Encore Facebook ? Et oui, encore Facebook ! Voilà peut-être qui explique pourquoi la valorisation de ce service est estimée à plusieurs milliards de dollars.

Conclusion

Il est maintenant temps de prendre un peut de recul sur toutes ces hypothèses et d’identifier les signaux-clés :

  1. Les ingrédients sont déjà là mais pas forcément bien dosés ;
  2. Les innovations technologiques liées à ces services restent encore à stabiliser ;
  3. La notion de crowdsourcing est quasi omniprésente ;
  4. les avis sont partagés entre enthousiasme excessif et scepticisme latent.

Traduction : ça va vite (peut-être trop vite) et c’est énorme. Toujours est-il que l’on n’arrête pas le progrès et que je ne peux que me réjouir en découvrant tout ces nouveaux services qui sont autant de nouvelles opportunités. Alors faites-donc comme moi : réjouissez-vous !"

Fred Cavazza

Fred Cavazza* est un consultant indépendant qui anime de longue date le blog www.fredcavazza.net qui traite de l'actualité, des usages et des innovations dans le domaine de l'Internet

L'Après Web sur le plan technique

 

 

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Une contribution d'Alain Lefebvre*

 

Le renouveau du web à partir de 2002, déclenché par ce qu'on a ensuite appelé le Web2, avait aussi une dimension technique.
La face visible de cette évolution technique, c'est bien entendu AJAX qui a étendu les capacité de l'interface web là où elle en avait le plus besoin. La face moins visible, c'est la généralisation de l'ensemble LAMP : Linux, Apache, MySQL et PHP (au détriment des offres Microsoft et Java).

L'ensemble LAMP a fait la preuve sur le terrain de sa facilité de mise en oeuvre tout en alliant souplesse, performances et capacité de montée en charge. Aujourd'hui, le front s'est déplacé sur le terrain des frameworks PHP sensés offrir encore plus de facilité (et donc de rapidité) de développement tout en apportant plus de rigueur dans le cycle de développement/déploiement.

On en est là mais que peut-on espérer pour la suite ?
L'avenir n'est écrit nul part et les prévisionistes sont voués au ridicule... Cependant, on peut toujours identifier quelques pistes qui sont porteuses de sens, suivez le guide !

On peut facilement imaginer que LAMP va rester l'environnement de développement/exploitation privilégié mais que les évolutions (voire
les changements de cap) vont faire rage autour et au-dessus de cet ensemble.
Voyons d'abord ce qui va se passer au-dessus, c'est-à-dire au niveau de l'interface utilisateur... Il apparait difficile de faire vraiment beaucoup mieux qu'AJAX pour étendre encore l'enveloppe HMTL/CSS et ce progrès n'est pas arrivé gratuitement.
En effet, on constate que beaucoup de sites ont du mal à maintenir correctement leur fonctionnement à ce niveau... à cause des navigateurs Web !
C'est vraiment au niveau du client Web que les choses se gâtent : MS Internet Explorer est encore -trop- dominant alors que sa capacité à
rendre correctement les sites qui repose intensivement sur AJAX est pour le moins mauvaise. C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre l'initiative de Google de proposer "Chrome" sur le terrain des navigateurs web : pas pour relancer la "guerre des browsers"
mais plutôt pour redynamiser ce secteur et l'orienter techniquement.

Donc, il n'est pas impossible qu'on assiste là à une "bifurcation"...Et dans ce cadre, la proposition d' Adobe est bien placée !
L'interface d'un hypothètique web3 pourrait être basé sur Air/Flex car celle-ci offre vraiment une indépendance par rapport au navigateur
qui l'exécute (et dans de bien meilleures conditions que Java qui n'a jamais pris sur le poste client et pour de bonnes raisons).
Voilà pour l'interface utilisateur, voyons maintenant les interfaces de programmation.

Au début des années 2000, on mettait beaucoup d'espoirs dans un "web des machines" où les serveurs parleraient entre eux via des protocoles standards. SOAP était le candidat N°1 pour ce rôle mais force est de reconnaitre que bien des années après, SOAP a beaucoup déçu !
SOAP a fini par tomber dans les mêmes travers que CORBA : compliqué et jamais terminé... à oublier. REST est LA bonne alternative standard à SOAP mais je constate qu'il reste encore (sans jeu de mots...) relativement peu utilisé.

En revanche, ce qui est de plus en plus utilisé, c'est l'approche "mashup" : utiliser les ressources d'un (ou plusieurs) site(s) au sein du sien. L'exemple classique, c'est le site d'annonce immobilières qui s'appuie sur Google Maps pour montrer la localisation des biens en vente. Je ne serais pas surpris de voir cette tendance au mashup croitre et multiplier au point de devenir une des principes de base du web3.
On voit déjà que les services de réseaux sociaux offrent des APIs permettant d'aller dans ce sens. On connait déjà les mini-apps de Facebook et, avec Open Social, cette tendance va se généraliser au-delà de Facebook.

Le schéma idéal du service du futur pourrait ressembler à cela :

  • gestion de la connexion par un tiers standard (comme OpenID),
  • interface utilisateur basée sur Air/Flex,
  • récupération des données et des contenus utilisateurs via APIs vers les blogs et réseaux sociaux de ces utilisateurs,
  • utilisation intensive de services externes (approche mashup) pour valorisation de ces données et contenus.


Bien entendu, tous ces points mériteraient bien plus de place que ne le permet ce modeste article et je ne prétend pas que ma vision des choses va forcément se réaliser mais je crois que ces quelques pistes ont une -bonne- chance de se concrétiser... Wait and see!


Alain Lefebvre


*Alain Lefebvre fût co-fondateur de SQLI,  il est aussi le fondateur du réseau social 6nergies , consultant en TIC et auteurs de plusieurs ouvrages dont notamment Les réseaux sociaux (Seconde édition,  M21 Editions - 2008)

29.09.2008

Pistes pour l’après Web 2

 

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Une contribution de David Fayon*

Avant de parler d’un « après Web 2 », il convient de revenir sur les trois périodes de l’informatique pour mieux comprendre les futuribles ou futurs possibles. En effet selon Nietzsche « L’homme de l’avenir est celui qui a la plus longue mémoire » et la transition pour chacune des périodes de la courte histoire de l’informatique a été marquée par un changement de paradigme comme l’illustre la figure qui suit :

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Il semble néanmoins évident que l’après Web 2 sera le paroxysme de l’« ère des données » dans laquelle nous sommes, et qui avec le caractère participatif du Web 2.0 et les outils qui les exploitent, prennent une importance considérable. Mais celles-ci seront qualifiées d’une façon intelligente pour permettre une exploitation facile. Une des difficultés actuelles est de trouver la donnée pertinente dans le flot considérable d’informations sur le Web. Aussi une des considérations souvent évoquées est celle d’un Web 3 qui serait un Web sémantique avec marquage intelligent des informations et des possibles recherches en langage naturel du type « J’aimerais partir en vacances cet été avec ma femme pour un budget inférieur à 2 000 euros pour 15 jours dans un endroit chaud ». L’intelligence collective y gagnera. Nous resterons avec les Web 2 et 3 pour longtemps dans cette exploitation des données car aujourd’hui toutes les potentialités du Web ne sont pas encore utilisées.

Une autre école de pensée pour le Web 3 est celle d’Internet des objets avec l’apparition d’une multitude d’objets communicants, souvent nomades, reliés à Internet. C’est la transition de « sur Internet » à « avec Internet », un monde où Internet est omniprésent : tableau de bord de son véhicule, domotique, vêtements connectés et plus généralement tout objet de la vie quotidienne, y compris des bornes publiques d’information. La généralisation du téléphone portable au quotidien (plus de 3 milliards dans le monde à ce jour) amène déjà certains leaders d’Internet à se positionner sur ce créneau comme Google avec son système d’exploitation Android, les publicités contextuelles sur portables représentant un enjeu commercial considérable. Une des questions est « Qui détrônera Google ou est-ce que Google a les moyens d’évoluer vers un après Web 2 ? » (avec une course permanente à l’innovation et le rachat de start-up prometteuses) sachant que précédemment IBM n’a pu conserver son rang avec l’avènement du logiciel et que Microsoft, à un degré moindre, a du mal à s’implanter de façon hégémonique sur le créneau du Web.

Au-delà de ces considérations, d’autres réflexions sont à garder à l’esprit. Car si l’on est dans l’ère des données, il ne faudrait pas hypothéquer les évolutions ou changements radicaux au niveau du matériel ou du logiciel.

Pour le matériel, la loi de Moore ou le doublement de la puissance des microprocesseurs tous les 18 mois pourrait ne pas être éternelle du fait des contraintes physiques d’une part et de pistes existantes dans le domaine de la recherche d’autre part. Elles redistribueraient les cartes. Ce sont les ordinateurs quantiques où le transport des données est effectué via des électrons. Les électrons seraient utilisés comme des bits quantiques et transiteraient un par un à chaque impulsion électrique. Le bit quantique (qubit) peut contenir 0 et 1 simultanément ce qui signifie que sa valeur peut être indéfinie, contrairement à l'informatique classique où le bit prend la valeur 0 ou 1 (http://www.atelier.fr//article.php?artid=34498&catid=26). Néanmoins le règne du silicium est si fort, à l’image du pétrole dans le secteur automobile, que tout changement radical rapide est peu probable.

Pour le logiciel, une évolution primordiale qui traduit le caractère collaboratif pourrait être la généralisation de la programmation parallèle et distribuée (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43690), ce qui nécessite une adaptation profonde dans la façon de programmer notamment quant aux synchronisations entre tâches, ce qui induit une complexité pour les programmeurs.

Un autre changement est celui du « cloud computing » ou « informatique nuageuse » dans lequel la mémoire et les capacités de calcul des ordinateurs sont réparties dans des serveurs dans le monde entier. Les utilisateurs accèdent en ligne aux services sans se soucier de la gestion des versions ou des configurations, ce qui est plus simple en terme de maintenance notamment. L’accès pouvant se faire par un navigateur, ce qui explique le récent lancement de Chrome par Google.

Au niveau des protocoles du réseau Internet, les technologies post-IP avec les projets américains GENI (Global Environment for Network Innovations) ou européens TNF (The Network of the Future) marqueront une rupture par rapport aux protocoles IP et IPv6 avec entre autres un caractère adaptatif, l’intelligence dans la configuration et la consommation énergétique, etc.

À plus long terme, d’aucuns spéculent sur un Web 4.0 ou web neuronal. Mais là, on rejoint les thèmes de science-fiction.

Concrètement, en l’absence de rupture majeure, nous assisterons ces prochaines années à des évolutions et des innovations tout azimuts : révolution des usages car un des enjeux réside dans la lutte contre la fracture numérique et "l’alphanétisation" de la société dans son ensemble, décollage plus rapide entre innovation et commercialisation ou lancement des services, combinaison de techniques et d’outils existants à l’image des mashups, développement des techniques de reconnaissance des formes et de leurs applications, géolocalisation et ubiquité numérique, introduction du e-paper et des supports l’utilisant, massification d’outils faisant appel aux Web 3D et d’univers virtuels post Second Life (par exemple outil Yoowalk en France www.yoowalk.com) et développement d’univers virtuels avec des alertes sur des outils communicants pour mener deux vies de front.

David Fayon


David Fayon* vient de publier son 3ème ouvrage « Web 2.0 et au-delà » sous-titré « Nouveaux internautes : du surfeur à l’acteur », Economica-2008,  Préface de Pierre Kosciusko-Morizet, Postface de Guy Pujolle.
Site : http://david.fayon.free.fr Blog : http://livres-internet-web.over-blog.com

27.09.2008

GAME OVER...Changeons l'Internet!

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Une contribution de Olivier Auber* (photo çi dessus) et
Olivier Zablocki (Ψ.observers)



Si pour nous, utilisateurs de base de l'Internet, la gouvernance du réseau ressemble à une collusion entre acteurs techniques, commerciaux et politiques [1] , c'est que contrairement à l'opinion couramment admise selon laquelle l'Internet serait un organisme acentré fonctionnant de manière répartie, il est au contraire parfaitement centralisé [2]. Le réseau est organisé de manière hiérarchique au niveau de ses normes et de son infrastructure. Au sommet de la pyramide il y a les 13 grands registres d’adresses dites « racines DNS » qui ne forment en fait qu’une seule et même entité au coeur de laquelle se situe le fichier IANA des racines d'adressage qui conditionnent la topologie du réseau [3].

 

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Carte de la gouvernance de l’Internet établie par l’AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération)


L'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) assure l'intégrité de l'édifice au nom de l'intérêt général et des utilisateurs censés être au centre de tout. Dans les faits, ces utilisateurs ne sont jamais réellement partie prenante des discussions. Les grands groupes industriels et les Etats (autres que les Etats-Unis) font comme s'ils avaient voix au chapitre, mais c'est une illusion! En simplifiant à peine, à l'échelle mondiale, c'est le Département de la Défense américain et celui du Commerce qui ont le doigt sur le bouton ON/OFF du réseau, via des instances qu'ils contrôlent plus ou moins directement et divers avatars commerciaux, tels Google qui n'en finit pas de rafler toutes les données mondiales en même temps qu'une part toujours plus grande des cerveaux, des capitaux et des recettes publicitaires.

S'il en est ainsi, ce n'est pas le fait d'un quelconque complot. C'est la conséquence de l'architecture historique de l’Internet qui dès sa création a dessiné un monde où l'Europe et le reste du monde avaient déjà perdu. Les organes centraux américains ont toujours pris logiquement les décisions qu'il fallait pour renforcer leur position dominante et toutes les structures intermédiaires n'ont jamais rien fait d'autre que de se disputer les miettes (marchés locaux).

Trente ans après sa création, le "réseau des réseaux" a produit des concentrations capitalistiques sans précédent, cristallisées dans des infrastructures (backbones et serveurs DNS), des normes (protocoles d'échange, etc.), des codes (logiciels) et pour finir dans une langue dominante (l'anglais). La situation de monopole est le rêve du capitalisme, jusqu'à un certain point. Aujourd’hui, le grand méchant loup, voyant qu’il a dévoré tous les agneaux, commence à s'apercevoir qu’ils n’aura bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Surtout les petits prédateurs locaux voient qu'ils se retrouveront bientôt sans proies. Si rien ne change, le capitalisme se sera tiré une balle dans le pied: GAME OVER.

Dans ce contexte de domination absolue, quelles chances a encore une quelconque pluralité linguistique et culturelle de s'imposer? A notre avis aucune, si on se contente de jouer suivant les règles du jeu actuelles. Les organismes internationaux qui portent ce type de revendications sont intrinsèquement divisés, en proie à des conflits de légitimité sans fin. Ils ont recours en dernier ressort aux Etats dont les modalités démocratiques sont disparates, sujettes à caution, et archaïques en regard des usages de l'Internet. Après le 11 septembre 2001, les Etats sont devenus les principaux artisans du "tout sécuritaire" qui entraîne lui-même la défiance et le terrorisme que leur sécurité prétend combattre... La maigre souveraineté qu'ils tentent d'obtenir sur des zones linguistiques, géographiques et culturelles du réseau n'apparaît pas aux simples utilisateurs que nous sommes comme une planche de salut. Bien au contraire, nous la vivons comme un niveau de verrouillage supplémentaire reproduisant à une échelle plus réduite celui qui est à l'oeuvre à l'échelle mondiale. Le cas de la Chine est l'emblème de cette dérive, mais les pays européens ne sont pas en reste (pénalisation du P2P, généralisation de la surveillance du réseau via les serveurs DNS locaux, etc.). Ils n'apparaissent en rien comme des barrières au contrôle et à l'uniformisation des esprits. Pire, ils agissent en défenseurs des lobbies et en représentants de commerce de "l'Internet haut débit". Mais nous ne voulons pas de cet Internet là qui livre les citoyens pieds et poings liés à des grands groupes! Bref, sur le plan linguistique et culturel aussi, nous sommes au bord de la déréliction complète. GAME OVER.

Entendons-nous bien: il ne s'agit pas de faire ici le procès des personnes impliquées dans les organismes cités plus haut, ni même de mettre en doute leur engagement et leur sincérité. Nous constatons simplement qu'ils fabriquent collectivement et à grand frais un monde dans lequel chacun d'entre eux, à titre individuel, ne désire même pas vivre. Tous sont finalement des victimes d'un phénomène systémique, à la racine duquel se trouve selon nous l'architecture actuelle de l'Internet héritée d'une conception ancienne et dépassée de la cybernétique [5].

Alors où est la sortie? Et bien peut-être dans l'exploration d'une nouvelle architecture du réseau.

Il est dit partout que la version actuelle du protocole sur lequel fonctionne l'Internet depuis 25 ans arrivera à saturation vers 2011 et qu'en conséquence le passage à sa version 6 (IPv6) devra avoir lieu avant, c'est-à-dire tout de suite [6]. Beaucoup n' y voient qu'un un saut quantitatif, à savoir que les nouvelles adresses disponibles à profusion (2 puissance 128, soit environ 2,56 × 10 puissance 38) pourront être utilisées pour identifier, relier et contrôler n'importe quoi (qui), ce qui peut être la source de nouveaux profits ; jusque là, rien de nouveau sur le fond. Mais il y a dans IPv6 l'amorce d'un changement qualitatif qui, selon nous, a une importance décisive: c'est la notion d'adressage de groupe connue sous le nom de "IP Multicast" définie par Steve Deering [7] dès 1985.

Dans l’Internet tel que nous le connaissons, il est impossible de réunir un « groupe » - ce terme désignant une assemblée en conversation synchrone ou asynchrone comprenant plus de deux personnes, ce qui peut vouloir dire des millions - sans avoir recourt à une machine particulière effectuant la commutation entre les individus. Cette machine dépend nécessairement d’un tiers extérieur au groupe (Facebook par exemple), c'est à dire que l'on est toujours "chez quelqu'un" lorsque l'on croit être dans une simple conversation avec autrui dans l'espace public. Il faut donc le dire et le répéter : à ce jour, il n'existe pas de véritable espace public sur l'Internet ! Dans le contexte de verrouillage commercial et sécuritaire du réseau auquel nous assistons, cela équivaut de plus en plus à une « interdiction de réunion sur la voie publique » puisque cette voie publique n'existe pas, en tous cas à une surveillance automatique des réunions privées.

Les « adresses de groupe » prévues dans la prochaine version de l’Internet font potentiellement sauter ce verrou. Elles ne sont pas attachées à une machine particulière. A ce jour, elles ne sont pas la propriété de qui que ce soit, et peuvent être choisies et utilisées par n’importe qui. Tel que défini par Steve Deering, le protocole Multicast est symétrique, c'est à dire qu'il est théoriquement possible pour tous de recevoir ET d'émettre un flux de quelque nature que ce soit sous couvert d'un numéro de groupe. Bien entendu, il faut pour cela des logiciels particuliers [8] capables de formater et d'interpréter ces données. Dès lors, il est possible avec le Multicast de faire de manière économique et sans dépendre de tiers, beaucoup de choses que l'ont fait déjà avec l'Internet actuel (dit Unicast), mais il est surtout envisageable de concevoir une toute nouvelle classe d'applications collaboratives distribuées qui pourraient rendre désuètes très rapidement celles du Web 2.0.

Il y a donc en germe dans IPv6 une toute nouvelle culture du réseau, voire un changement de paradigme qui pourrait remettre le compteur à zéro, à tout le moins rebattre les cartes entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Ipv6 peut contribuer à créer enfin un véritable espace public sur l'Internet, à condition que cette idée soit défendue.

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Map of the Internet Address Space, LANDER Project (Los Angeles Network Data Exchange and Repository) - [[http://www.isi.edu/ant/address/browse/index.html (plein écran)



Ce changement, nous l’analysons comme le passage d’un réseau fonctionnant suivant une forme de « perspective temporelle » admettant comme points de fuite les serveurs assurant la commutation des groupes, à un autre où s’exercerait une « perspective numérique » [9] régulée par des « codes de fuite » que sont les adresses IP de groupe. Cette transformation extrêmement profonde pourraient conduire l'actuelle "économie de l'attention" a muter en une "économie du lien" impliquant de tout autres rapports sociaux. Elle induit au passage un renouveau complet des formes de légitimité des structures présidant aux destinées du réseau. Dans un esprit plus proche de la « seconde cybernétique » [10], ces organismes devront s’inclure eux-mêmes dans le système auquel elles président, et donc devenir acentrées, comme lui.

Evidemment, il y a nombre de barrières et d'écueils pour en arriver là. Si à première vue, les intérêts des lobbies semblent aller à l'encontre de la mise en place d'un Internet symétrique jusqu'à l'utilisateur même (ce qui conduit théoriquement à l'équivalence complète entre le "tuyau" d"une grande chaîne de télévision et de celui de Monsieur Tout le monde), nous sommes persuadés qu'après réflexion, les pouvoirs en question sont à même de comprendre que ce lâcher prise est un gage de survie pour eux-mêmes et pour l'économie mondiale. Mais pour qu'ils le comprennent, et que les opérateurs de télécommunication laissent effectivement passer les paquets Multicast, il va sans doute falloir le dire et le répéter plusieurs fois.

Les Etats-Unis ne bougeront pas tant qu’ils tirent plus de profits du statu quo que du changement. La Chine est en avance dans le passage à l'IPv6, mais c'est uniquement pour disposer des adresses qui lui manquaient et pour affermir son contrôle. C’est sans doute dans les Etats européens, et singulièrement en France qui est dans une situation d’échec politique, économique et industriel absolu dans le monde de l’Internet actuel que peut apparaître la nécessité et la possibilité d'un véritable changement.

Nous avons la conviction que ce changement ne pourra être obtenu par la seule force des acteurs qui se battent à l'intérieur des institutions de l'Internet version Ancien-Régime ou en confrontation directe avec celles-ci, quand bien même ils bénéficieraient d'une légitimité politique déléguée par les pouvoirs locaux. La résistance institutionnelle ne peut être fertile qu'à la condition qu'elle puisse s'adosser à la mise en œuvre massive par les utilisateurs eux-mêmes et dans un logique factuellement "bottom-up" de toutes les solutions exploitables aujourd'hui et allant dans la direction que nous avons rappelé, à savoir celle d'un Internet "symétrique", centré sur l'utilisateur, et réalisant un véritable espace public. Elles sont plus nombreuses que l'on pourrait le croire : d'une part, parce que l'ensemble de l'ancien système de gouvernance de l'Internet se fissure naturellement sous le poids du nombre croissant d'utilisateurs du réseau et, d'autre part, parce que, outre ces fissures, une foule de niches locales peuvent dès maintenant être occupées autrement.

Nous en concluons à la nécessité de mettre en place sans plus attendre un dispositif massif permettant tout à la fois l'observation et le repérage des niches accessibles et la défense politique et juridique de tous ceux qui décideraient de les investir. Une organisation radicalement nouvelle, a été baptisée « Ψ.observer » à partir de la lettre grecque "psi" qui représente tout simplement l'acronyme de Personal Sustainable Internet (PSI), Internet Personnel et Durable. Son objet a été posé de telle manière qu'il puisse permettre à toute personne de revendiquer librement, sans autorisation ni déclaration préalable, une position d'observateur actif et de bénéficier du soutien de la communauté qui agira elle-même en tirant le maximum de profit de la puissance des organisations de pair à pair / peer to peer (P2P) qui s'imposent aujourd'hui comme le modèle d'avenir, démontré à travers de multiples exemples largement documentés notamment par la P2P Foundation [11].

Le premier acte de cette organisation nouvelle est le présent manifeste GAME OVER qui sera discuté le 28 juin 2008 lors d'une table ronde virtuelle (visioconférence) entre la Vallée de l'Ortolo en Corse du Sud et l' OpenCamp? qui se tiendra au sommet de l'Arche de Défense pour clôturer la Semaine de l'Internet Mondial de Paris. Une version multilingue de ce manifeste sera solennellement remise aux participants à la 61ème Conférence annuelle des ONG organisée par l'UNESCO en septembre 2008 réunis sur le thème de la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme (décembre 1948 - décembre 2008).

Olivier Auber

 

*Olivier Auber est Chercheur et entrepreneur de l’Internet


[1] ICANN, IANA, IETF, W3C, ISOC, IGF, WSIS, UNESCO, SMSI, ONU, UIT, etc.

Voir Carte de la Gouvernance de l'Internet établie par l'AFNIC
http://www.afnic.fr/data/divers/public/afnic-dossier-gouv...

[2] Medusa: la structure hiérarchique de l'Internet. Cette visualisation de l’Internet donne une idée de la centralisation de l’Internet, mais la sous-estime car elle ne considère que les flux, et non pas les registres d’adresses qui forment une seule et même entité. http://www.adminet.ca/Cawailleurs/archives/427/medusa-la-...

(3] RFC 2826: IAB Technical Comment on the Unique DNS Root
Copyright (C) The Internet Society (2000). All Rights Reserved.
http://tools.ietf.org/html/rfc2826

IANA (Internet Assigned Numbers Authority)
http://www.iana.org/

[4] On a vu récemment comment NetworkSolutions, pour des bonnes ou de mauvaises raisons, en est venu à exercer une censure directe sur le film anti-islamiste de Geert Wilders : http://www.fitnathemovie.com/ Peine perdue évidemment puis que qu'il est disponible partout.

[5] Cette conception est celle de la "Première cybernétique" construite à partir de 1942 par Arturo Rosenblueth, John von Neumann et Norbert Wiener, et beaucoup d'autres, s’attachant aux interactions entre « systèmes gouvernants » (ou systèmes de contrôle) et « systèmes gouvernés » (ou systèmes opérationnels), régis par des processus de rétroaction ou feed-back..

[6] En France, Nerim, Free, et OVH proposent depuis peu à leurs abonnés de passer à IPv6, mais il n'est pas certain à l'heure qu'il est que la possibilité du Multicast symétrique évoquée dans cet article soit effectivement possible et si les paquets Multicast sont routés effectivement au delà du backbone de ces opérateurs. Pour ceux qui connaissent: dans le cas de Free, c'est la transition IPv4&6 de Remi Dépres qui est implémentée. A voir quelles en sont les limites?

[7] RFC 966 - Host groups: A multicast extension to the Internet Protocol S. E. Deering, D. R. Cheriton, Stanford University, December 1985. http://www.faqs.org/rfcs/rfc966.html

Dans IPv4, la possibilité d'utiliser des adresses de groupe n'était qu'une verrue (extension) qui n'a été utilisée par les opérateurs que pour optimiser la bande passante sur leur réseau interne (backbone). C'est aussi ce qui a permis d'amener la télévision sur l'Internet et de proposer la réception de centaines de canaux aux abonnés de l'ADSL. Grâce au Multicast, les flux ne sont émis qu'une seule fois depuis les sources et ne sont routés jusqu'au destinataire que si celui-ci le demande. Il s'agit donc d'un protocole d'une grande économie, à tel point que depuis peu les gens d'Hollywood y voient l'avenir même de la télévision. C'est une vision commerciale fort étriquée des services que peut rendre Multicast.

"The Once and Future King: Multicast looks to (finally) be the future of television."
http://www.pbs.org/cringely/pulpit/2007/pulpit_20071221_0...

[8] Il se trouve que ces logiciels existent, au moins au stade de prototypes, et que beaucoup d'entre eux ont été développé à la fin des années 90 à l'INRIA et à l' ENST Paris.
http://www.infres.enst.fr/~dax/guides/multicast/mdownload...
En 94, Olivier Auber eu la chance de pouvoir impulser le développement de l'un des tout premiers logiciels Multicast ("gp" en bas de la liste) dont la version unicast se trouve là:
http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=Generateu...

[9] Ces attendus théoriques sur le changement de paradigme dont est gros le passage à l'IPv6 figurent dans une étude publiée fin 2007 par l'Observatoire des Territoires Numériques (OTEN) à laquelle l'un d'entre nous a contribué (Olivier Auber) http://anoptique.org/PDF (Partie "cadrage théorique" de la page 11 à la page 37). Ce texte est également accessible sur wiki à l'adresse: http://perspective-numerique.net

[10] Seconde cybernétique développée à partir de 1953 par Heinz von Foerster, puis par Ilya Prigogine, Humberto Maturana, Francisco Varela, etc.

[11] The Foundation for P2P Alternatives : http://www.p2pfoundation.net

26.09.2008

Les biens numériques au secours du développement économique...durable !

 

 



Dernière minute: Denis Ettighoffer vient de se voir décerner le prix du "Livre de l'économie numérique 2008" par le Club de l'économie numérique, pour son dernier livre "NetBrain, Planète numérique, les batailles des nations savantes (voire notre interview vidéo autour du livre Partie I, Partie II)

Une contribution de Denis Ettighoffer* (1/3)


Alors que 2008 marque une date historique de la fin du pétrole bon marché, le baromètre européen des énergies renouvelables considère que l’objectif que s’était fixé la Commission Européenne d’arriver à produire 12% de sa consommation totale ne sera pas atteint en 2010. Nous consommons mille six cent fois plus d’énergie qu’en 1900. Aujourd'hui, les nations occidentales font face à des compétiteurs qui à leur tour consomment de plus en plus d'énergie. Une guerre des ressources est lancée. Nous ne pourrons limiter la casse et réduire la consommation des biens tangibles de plus en plus coûteux qu’en remplaçant nos esclaves mécaniques par des esclaves virtuels partout où cela est possible.

Pour Ivan Illich dans son livre, « Energie et Equité », les pays avancés capturaient l'essentiel de la production énergétique mondiale[1]. Dans les années 70, il soulignait déjà le déséquilibre énergétique grandissant entre les nations : 250 millions d’Américains dépensaient plus de carburant que n’en consommaient, tous ensemble, 1 300 millions de Chinois et d’Indiens. Dans tous les pays occidentaux, durant les cinquante années qui ont suivi la construction du premier chemin de fer, la distance moyenne parcourue annuellement par un passager (quel que soit le mode de transport utilisé) a été multipliée par cent. Des facteurs que l’on considérait – à tort ‐ comme secondaires ont brutalement pris de l’importance lorsque des nations asiatiques, indiennes et africaines ont décidé d’accéder aux standards de confort des occidentaux. Cela se traduit par une demande supplémentaire de ressources non renouvelables et une augmentation du prix des matières premières. En 2003, la Chine en plein décollage économique a consommé 30% du pétrole extrait, 30% de l’acier (contre 13% dix ans plus tôt) 40% du ciment produit et mobilisé 25% des investissements directs mondiaux. Une demande qui n’a cessé d’augmenter alors que celle de l’Inde et de l’Afrique démarre en flèche. Dans les dix ans à venir la demande sera telle que nous allons vivre une véritable bataille des ressources. Les études sur les « empreintes écologiques » des sociétés montrent qu’il est déjà impossible d’offrir le confort d’un américain ou même d’un français moyen à toute la planète. C’est une certitude, les énergies de substitution n’arriveront pas assez vite et la croissance vertigineuse des coûts de l’énergie ne changeront rien au fait que certains pourront en payer le prix et d’autres non. La progression de la demande est telle que les progrès réalisés en matière d’économie d’énergie dans les pays de la communauté n’arrivent pas à la compenser. La consommation électrique a plus que doublé entre 1970 et l’an 2000. En tendance actuelle, elle aura encore doublé vers 2030. Nos centrales vont être à la peine et notre budget aussi[2]. Si les pays en développement dans les secteurs secondaire et tertiaire en paieront le prix fort, l’explosion des biens numériques devient une chance pour les pays qui les utilisent pour améliorer leur bilan énergétique. Nous sommes entrés dans le siècle de l’optimisation des ressources prédit par Kondratiev. L’objectif est clair : il s’agit de casser le dogme selon lequel toute croissance économique ne peut se faire qu’en consommant plus d’énergie et de ressources.

L’industrie chinoise manque à ce point d’énergie qu’elle est obligée dans certaines régions de faire tourner des usines en décalage journalier et horaire. Les tensions sur l’énergie et les achats de matières premières sont loin de devoir retomber. L’effet de cisaillement entre production et consommation sera sans doute repoussé et ralenti par divers artifices. Les énergies fossiles sont un capital fini, qui s’épuise. Pour limiter le montant de l’addition dans les décennies à venir une des réponses est de réduire la part de notre consommation énergétique qui va devenir un facteur de compétitivité majeur. Optimiser la consommation énergétique, la réduire de 25%, est un challenge qui n’a rien d’utopique et ses effets peuvent être spectaculaires sur le budget des ménages et des collectivités publiques[3]. Le défi que cela nous pose va stimuler fortement la recherche de solutions de substitution. Parmi les réponses possibles, la dématérialisation croissante des activités et les applications de plus en plus courantes de la simulation (ou réalité virtuelle) répondent au défi énergétique de notre temps. Le capital numérique, le capital immatériel reste, lui, infini et inépuisable. Les biens numériques ne consomment pas ‐ou peu‐ de ressources matérielles, n’appauvrissent pas les sols, n’utilisent pas d’emballages, ne nécessitent pas de transport polluant et coûteux en énergie. Alors quoi de plus efficace et éco‐efficient que de continuer à dématérialiser nos activités et produire des services à distance ? L’économie numérique est une solution pour le renouvellement de notre approche du développement durable (DD) et des modes de consommations des pays avancées. Selon les auteurs spécialisés – pas toujours d’accord entre eux ‐ une conception de l’économie du futur basée sur l’économie de moyens pourrait permettre de multiplier par quatre et plus nos capacités de recyclage et de production. C’est indéniablement sur la planète numérique que se trouve une des solutions attendues pour limiter la consommation énergétique sans bloquer tout développement économique. Dans cette planète, la consommation énergétique de la totalité des télécommunications représentent moins de 1% de la consommation des esclaves mécaniques. Chaque fois qu’un bien numérique se substitue à un bien tangible ce sont des milliers de Kilowatts heures que nous économisons. Chaque fois qu’un service distant élimine ou réduit des déplacements ce sont des milliers d’esclaves mécaniques de moins à nourrir. Dans l’Entreprise virtuelle, le docteur Paul Pilichowski s’exclamait ; « Arrêtons de transporter 80 kg si on peut transporter une donnée ! ». Pour ce dernier, il était aberrant de demander à des gens de se déplacer constamment alors qu’il était possible de développer des solutions de suivi des malades à distance. Depuis, le télédiagnostic est devenu une réalité pour bien des patients mais aussi pour beaucoup d’autres activités. Alors que le prix du pétrole et des sources énergétiques ne cesse d’augmenter, le prix des télécommunications et des outils communicants n’a cessé de diminuer de façon spectaculaire. Nous sommes à un tournant historique d’une époque où les hommes ne doivent plus simplement inventer des machines qui suppléent leurs limites physiques. Ils doivent se tourner vers des outils qui leur permettent de tirer le meilleur parti d’un cortex planétaire qui facilite les échanges de services et de connaissances tout en économisant des ressources énergétiques coûteuses. Il devient évident que la digitalisation de toutes choses nous offre les « esclaves virtuels » dont nous avons besoin pour modifier les règles du jeu stratégique entre nations.

La subsidiarité croissante entre biens matériels et biens numériques a pour conséquence d’améliorer le bilan énergétique d’une économie. Empiriquement, on s’accorde à conclure sur le fait que la contribution économique des investissements immatériels apparait proportionnellement plus significative au fur et à mesure du nombre d’organisations interconnectées. L’effet McAfee des ordres de grandeur croissant joue en matière de réduction des dépenses énergétiques au fur et à mesure que les objets numériques se substituent aux objets tangibles. Le développement de l’e.administration devient non seulement une source d’efficacité collective mais aussi une source d’économies d’énergie. Ce n’est un secret pour personne que le retard au développement économique d’une région donnée tient à son manque de moyens de communication. Le coût de ces échanges de trafic d’affaires et de coordination selon un modèle des années 50 serait insupportable et nous ferait revenir des années en arrière. Si ce transfert des transports vers les télécommunications n’avait pas eu lieu, nous maintiendrions alors une demande d’énergie qui augmenterait de 10% par an pour la seule logistique des transports en général.

De même il faut se sortir de la tête cette idée selon laquelle le Développement Durable devrait être associé à une décroissance durable. D’ici ou là, monte un discours pas très sérieux sur des options de décroissance volontaire. Les vielles lunes reviennent dans des slogans tels que, « Enlever le confort et la richesse à ceux qui l’ont, cela corrigera les déséquilibres ! » ou « limiter la demande » (contraindre devrais‐je dire) alors que des milliards d’individus aspirent à connaître un minimum de confort. Beaucoup de bêtises sont dites au prétexte de justice sociale et économique. Nous préférons les analyses des tenants d’alternatives qui, sans prétendre détenir la vérité, plaident pour des expériences ou des approches différentes selon les pays et leur degré de maturité socio‐économique. La crispation sur un modèle universel du progrès économique, réduit le plus souvent à un taux de progression que l’on se jette à la figure, me paraît détestable et injustifié. Notre grande erreur est sans doute d’avoir depuis des décennies identifiées, confondu même, le progrès avec la croissance économique. Depuis des années la croissance économique n’est plus la réponse à des besoins vitaux, primaires, mais à des éléments de confort ou de différenciation sociale qui semblent indispensables aux castes auxquelles nous appartenons. La commercialisation forcenée de nouveaux biens rendus enviables par des artifices comme la publicité n’est pas forcément un signe de progrès mais encourage plutôt la consommation de ressources supplémentaires. Le problème qui nous est posé aujourd’hui est de savoir si nous sommes prêts à reconsidérer la croissance à la lumière d’une réflexion plus approfondie sur le progrès. Faut‐il rappeler que le taux de progression de la Chine, dont on parle tant, masque le fait que ce pays d’un milliard d’habitants vient d’atteindre à peine un PIB supérieur à celui de l’Italie. Français, italiens, voulez vous échanger leur taux de croissance contre votre pouvoir d’achat ?! L’empreinte écologique d’une telle population même vivant en mode low cost nécessiterait une baisse du niveau de vie des pays riches d’au moins 90%, si l’on en croit Robert Ayres, professeur d’économie à l’Insead[4]. L’idéalisation de certains penseurs du développement durable laisse perplexe qui nous amène droit au mur d’une affreuse récession. Notre problème n’est pas de lancer un concept aussi fumeux que la « décroissance durable » (elle se fait bien toute seule, malheureusement !) mais tout simplement d’optimiser nos modèles actuels en améliorant leur performance là où cela est possible. En inventant, sinon, de nouveaux modèles. Dans un contexte mondial où la croissance va être fortement bridée par les limitations des consommations énergétiques et de certaines matières premières, on peut s’attendre à une réorientation des investissements monétaires vers les filières de la R&D et des produits ou services « économisateurs » de ressources.

L’éco‐efficience globale est, pour les pays avancés, un marché nouveau autant qu’une contrainte, on l’aura compris. Les américains sont souvent présentés comme ne s’intéressant pas aux accords de Kyoto, pourtant les français ne font pas la moitié des efforts des californiens. Contrairement à une propagande stupide, les américains ne sont pas moins sensibles au DD que les européens. Le programme Energy Star a été lancé en 1992 par l'Agence de Protection de l'Environnement des États‐Unis (EPA). Ce programme était destiné à motiver l'ensemble des acteurs économiques mais aussi les collectivités territoriales américaines pour économiser l'énergie. La Communauté européenne imitera les Etats‐Unis dans les années 2000… presque dix ans plus tard ! Je dirais plutôt que, pragmatiques, ces derniers attendent surtout que les entreprises mettent sur le marché des solutions « éco‐efficientes » alternatives. Le discours « évangéliste » sur le DD qui occupe la sphère bavarde ne peut être crédible qu’accompagné de solutions accessibles au plus grand nombre. A la dramaturgie théâtrale de certains européens, les américains préfèrent un solide pragmatisme. Pragmatisme qui passe d’abord par le recherche d’amélioration des dispositifs et technologies utilisés en même temps qu’un balayage systématique des innovations pouvant faire l’objet de vente de produits ou de savoir faire marchands dans le domaine. Pour eux le DD c’est du business ! Dans cette perspective les actions destinées à diminuer « l’empreinte énergétique » et les surconsommations inutiles ne valent qu’accompagnées d’ouverture à de nouveaux marchés. La voiture économe sera suivie de la maison autonome qui sera suivie elle même des emballages biodégradables, suivis des équipements récupérables etc.… Tout un virage est en cours qui modifiera notre rapport aux services et aux biens d’équipements. Nous savons construire de mieux en mieux des maisons et des immeubles complètement autonomes en matière énergétique. Partout des architectes plus ou moins renommés développent des prototypes de bâtiments si économes qu’ils parlent d’immeubles « zéro énergie » (Zero Energy Home). Isolation maximale, peu d’émissions d’effet de serre et autonomie maximum grâce aux énergies renouvelables sont de rigueur. Les initiatives régionales se multiplient et les expertises ainsi constituées contribuent à leur notoriété et deviennent autant de sources de marchés nouveaux dans le monde. Mais pas un mot sur le sujet au dernier salon de l’immobilier de Paris de mars 2007 ! Nous avons raison d’être fiers de nos succès en matière d’avionique et d’industrie spatiale et autres secteurs high tech porteurs. Espérons que nous le serons aussi en matière de gestion des déchets, des énergies renouvelables, d’isolation énergétique, de gestion de l’eau et du recyclage de nos déchets, le tout constituant les futures créations d’emplois« des cols verts[5]». A défaut les américains mais aussi d’autres pays, qui n’importent pas nos beaux parleurs mais exportent des solutions, domineront un marché de l’éco‐efficience évaluée à plus de 500 milliards d’euros pour la moitié du siècle. Peut‐on imaginer que des collectivités locales remplacent le concours de la ville la plus fleurie par celle de la ville la plus économe en énergie ? Où encore des concours de promoteurs de maisons et de bâtiments publics éco‐efficients ? Ne pourrait‐on pas imaginer qu’il soit possible de généraliser le système de revente « des droits à polluer » et considérer que toute entreprise, toute collectivité, toute famille aurait le droit de négocier son économie d’énergie; de la mettre sur le marché. Ainsi en laissant au marché le soin de financer les réductions des consommations énergétiques on leur permettrait de se rembourser leur investissement ! Un marché de l’éco‐efficience s’affirme et croît rapidement. La sobriété énergétique devient une source d’économies budgétaires, d’activités nouvelles, de créations d’emplois et un savoir faire exportable. La France saura t’elle en profiter ?

Denis Ettighoffer

[1] Éditions du Seuil, 1973
[2]
Rapport sur la consommation d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables en France Paris, Mars 2006.
Rapport fait en application de l’article 3 de la directive n° 2001/77/CE du 27/09/2001.
[3]
Complément www.negawatt.org/telechargement/Article%20scenario%20nW%2...
[4]
L’Expansion Management Review de Juin 1997 « Le progrès, oui, mais plus comme avant ».
[5]
J’ai souvent défendu l’idée que les emplois du futur seraient essentiellement des emplois de médiateurs et des « cols verts ».
Des travailleurs qui, après les « cols bleus » et les « cols blancs », seraient en charge des secteurs de la gestion de l’environnement, du   reconditionnement des déchets, des énergies renouvelables, etc.

*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) vient de recevoir le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I, Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :

- L'Entreprise Virtuelle,
- Du mal travailler au mal vivre,
- Mét@-Organisations,
- eBusinessGeneration,
- Le Syndrome de Chronos,
- Le Travail au XXIe siècle
- Le Bureau du Futur

24.09.2008

Hyperconnexion


 
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Une contribution de Gérard Ayache*

Le département recherche de Microsoft a publié récemment un imposant rapport sur ce que seront les relations entre les hommes et les ordinateurs d’ici une dizaine d’années. Nos PC et téléphones portables vont très rapidement prendre un sacré coup de vieux, voire tout simplement disparaître. En effet, le matériel principal ne sera plus la machine mais l’homme, ou pour être plus précis son corps, son cerveau, sa pensée. La parole, les gestes, les regards, les intentions, bref, le moindre de nos influx nerveux nous connectera, nous identifiera, nous localisera, nous apprendra, nous dirigera. Cette perspective obéit à une dynamique d’hyperconnexion d’un nombre de plus en plus considérable d’êtres humains vivant sur cette planète.

Le processus a commencé dès l’apparition de la vie sur Terre interconnectant en un système unique – la biosphère –, les réseaux multiples du vivant. L’être humain, ses sociétés, ses inventions se situent dans ce long fleuve de l’évolution. Nos réseaux électroniques, Internet, le téléphone mobile, la géolocalisation, toutes nos technologies d’information les plus avancées ne sont que les avatars parmi d’autres de ce processus évolutionnel. L’hyperinformation est le facteur accélérateur de cette immense mutation. Longtemps ignorée parce qu’elle était cachée au fond de la matière et du vivant, l’information apparaît aujourd’hui dans toute sa puissance. Car les hommes, ayant percé les secrets de sa numérisation, ont fait jaillir une force qui construit sous leurs yeux, presque à leur insu, un superorganisme global formé de la mise en relation de centaines de millions de cerveaux hétéroclites.

L’hyperinformation circule, à l’heure actuelle, à travers les réseaux de télécommunications ; mais plusieurs laboratoires travaillent au projet de s’en affranchir pour connecter directement les humains entre eux et avec leurs machines. On peut utiliser désormais des réseaux corporels qui s’appuient sur la conductibilité de la peau pour transmettre un signal.  Les réseaux sans fil à l’échelle locale ou planétaire se sophistiquent de plus en plus, faisant transiter partout les images, les sons, les textes et toutes les données enregistrées par des milliards de capteurs sur la planète. Ceux-ci seront intégrés bientôt dans notre corps, sous forme d’implants d’identification ou de contrôle médical, mais aussi dans tous les objets de notre vie quotidienne.

Un immense super-réseau recouvre progressivement la Terre comme une peau de communication. Munies de puces communiquant entre elles, de technologies portables comme des bijoux, connectées à tous et à tout, ivres de communications disponibles mais à jamais inassouvies, des foules humaines nouvelles arrivent avec leurs cortèges d’utopies. Cet événement fait émerger des espoirs, mais aussi des fractures sociales, des risques et des questions proprement métaphysiques. Homo sapiens, submergé par sa puissance, sans doute pour la dernière fois. Ou Homo sapiens 2.0, plus intelligent, plus coopératif, plus libre de vivre et de sentir, ayant atteint peut-être le point culminant de son évolution.


*Gérard Ayache
est directeur de l’Institut Infométrie. Il vient de publier Homo sapiens 2.0, Introduction à une histoire naturelle de l’hyperinformation (Editions Max Milo)

 

 

 

22.09.2008

Y aurait - il un après Web ?

 

Une contribution de Michel Bauwens*

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Y aurait - il un après Web ? 

Oui, dans le même sens qu'il y a un après-téléphone … c'est à dire. que quand une technologie devient omni-présente, quand le monde même devient tellement impregné d'un outil, cet outil lui-même disparaît de notre conscience …
Nous allons donc évoluer du World Wide Web vers le Web Wide World, comme l'a déjà dit Nova Spivack[i], qui a écrit le meilleur resumé en anglais[ii] sur la direction du Web d'un point de vue technique.
Ce qui est important, ce n'est pas le point de vue technique, mais plutôt le point de vue social ou sociétal.
Qu'est que le web 2.0 rend possible et que le web 3.0 va rendre évident et généraliser ?

Le futur de l'humanité, la prochaine phase de notre civilisation humaine, ne sera donc pas un remplacement de l'homme par les machines, comme le pense les transhumanistes, mais une intégration bien plus poussée de notre intelligence collective. Le futur sera relationnel ou ne sera pas!! L'après-Web couvrira toutes les technologies qui vont nous permettre de réaliser deux priorités essentielles pour la survie de notre espèce à savoir :

  • collaborer intellectuellement et culturellement sans être limité par notre localisation géographique,
  • produire les résultats de ces innovations collectives, le plus près possible de notre position géographique, car la forme actuelle de la mondialisation « physique » n'est pas durable.

Certains vont donc évidemment essayer de créer des technologies « propriétaires », qui nous enferment dans le rôle de consommateur « à peine actif », mais d'autres vont continuer à développer des technologies ouvertes qui généralisent la nouvelle dynamique de pair a pair et qui représente une véritable révolution sociale. Nous croyons cependant que les technologies ouvertes vont gagner, car elles créent plus de valeur(s) commune(s), aussi pour les participants « commerciaux », et rendent les acteurs « ouverts » hyperproductifs, comparer aux acteurs « fermés ».

La question du futur est donc : Quels types de technologies vont faciliter l'évolution vers un monde où de plus en plus de citoyens vont pouvoir se rassembler, pour collaborer a la creation de valeur(s) commune(s) ?

Pour cela, nous allons libérer le web de notre PC personnel, notre espace personnel consistera en un accès facile et integré de toutes nos ressources, qui se trouveront dans le « nuage informatique ». En même temps nous serons intégrés dans de vastes espaces collectifs, qui changerons au gré de nos engagements.
Ces espaces informationnels ne seront plus separés du monde physique, mais intensément intégrés dans celui-ci, présents dans les objets devenus intelligents, dans des capteurs multiples. Cette technologie va devoir nous aider à fabriquer des objets physiques, dans une économie politique devenue « durable », et qui ne pourra plus détruire la biosphère dont nous dépendons pour notre survie.

En parallèle, la miniaturisation informatique ne se limitera plus aux ordinateurs, mais ce sont les outils de productions physiques même, qui vont se miniaturiser.
Cela rendra possible une production plus localisée, car le besoin de capital financier deviendra moins important, et les moyens de production deviendront plus accessibles.

Aujourd'hui, il n'est pas difficile de voir que notre monde marche à l'envers. Nous croyons le monde physique infini, et nous le détruisons  par une méconnaissance de ses limites; dans le même temps, nous créons des raretés artificielles dans le monde de l'innovation immatérielle, par des restrictions légales de plus en plus rigoureuses et qui freinent de plus en plus le progrès scientifique, technique et social.

Ce système, qui détruit la planète, doit se muer dans son contraire, c'est à dire une reconnaissance des limites naturelles, couplée à une reconnaissance que la collaboration intellectuelle et culturelle globalisée ne peut en aucun cas être freinée, car elle est seule garante que l'humanité peut gagner la course contre la montre contre la destruction biosphèrique.
Nous avons vraiment besoin de mobiliser l'intelligence collective, où qu'elle se trouve, car les solutions ne sont jamais où l'on croit, mais toujours dans un effet inattendu du maillage du réseau.

C'est dans ce cadre plus large que nous devons comprendre l'évolution de la technologie après-Web, qui combinera collaboration mondiale dans l'immatériel, et production plus durable et locale dans le monde matériel.

Ces évolutions ne sont évidemment pas automatiques, car le design de la technologie est toujours éminement politique, mais pourtant, l'espoir peut être de mise, car pour la première fois dans l'histoire, nous avons maintenant vraiment les moyens de 'fabriquer notre futur"!!

Michel Bauwens

[i] http://www.twine.com/item/11h5sf77y-34p/from-world-wide-w...

[ii] http://www.readwriteweb.com/archives/future_of_the_deskto...

*Michel Bauwens est belge, rédacteur en chef de la revue belge Wave; créateur de deux 'dot.coms' belges spécialisées respectivement dans la construction d'intranet/extranet (eCom) et dans le cybermarketing (KyberCo); European Manager of Thought Leadership for USWeb/CKS-MarchFIRST; directeur de stratégie eBusiness Belgacom jusqu'en octobre 2002. Prospectiviste. Co-rédacteur (et enseignant) de deux volumes sur l'Anthropologie de la Societé Digitale (Ichec/ Fac. St. Louis); co-créateur d'un documentaire pour la télévision, TechnoCalyps (sous-titre: the metaphysics of technology and the end of man); ainsi que sur le marketing peer to peer au Japon.
Depuis mars 2003, il vit à Chaing Mai, dans le nord de la Thaïlande, où il anime la Foundation for Peer to Peer Alternatives 
 

L'Après Web...2

 

J'ouvre dés aujourd'hui, et pour les semaines à venir, Les Entretiens du Futur, à des auteurs / acteurs des TIC et de l'Internet sur leur vision de ce vers quoi serait susceptible d'évoluer Internet au sens large et notamment le Web dit 2.0 : L'Après Web 2
Naturellement si vous aussi vous avez des réflexions générales, selon votre métier, vos usages, recherches...à faire partager, n'hésitez pas à me proposer un article pour publication, vous êtes les bienvenus (pas de contrainte en terme de longueur de texte, joindre ou m'indiquer un lien vers une photo de vous pour illustrer l'article, m'envoyer l'article en rtf, txt ou .doc (Word XP) mais pas de .docx, à  dfailly[arobase]yahoo[point]fr).

Au plaisir de vous lire.

Denis Failly

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