29.04.2011

De l'usage de la métaphore au service de la connaissance client

En naviguant j'ai retrouvé un de mes premiers articles publié en juillet 2003 sur Neteconomie

Sommaire

I - Introduction : du sens de la métaphore
II - Le chaos qui met k.o.
III - Le cantique du quantique
IV - Théorie des catastrophes : La rupture à consommer
V - Perspectives



I - Introduction : du sens de la métaphore

Pensée complexe, transversalités, approche organique et cellulaire des organisations et des processus, postmodernité…, sont les constituants d’une « épistémè » qui peut nous éclairer sur les changements de paradigmes qu’appelle la navigation en environnement incertain.

Pour les boussoles de l’entreprise (décideurs, prospectivistes, Responsables d’études…) ces approches à priori plus « spirituelles » qu’applicatives peuvent être des aides à la réflexion, à la distanciation parfois, des amortisseurs de rupture, des catalyseurs d’anticipation.
L’ hyper - information, l’interactivité, le changement permanent au sein des structures, des processus, des acteurs, des rapports à l’autre et au monde rappellent, nous semble t-il, l’impérieuse nécessité de faire émerger du sens, de l’intelligence, de l’audace dans nos analyses, nos recommandations, nos actions, en un mot : nos pratiques.

La Métaphore - une sorte de « benchmarking » qui s’écoute rai(ré)sonner) inspirée des théories scientifiques peut - être une aide riche d’enseignements pour « penser la pensée complexe », sortir des raisonnements binaires et linéaires et peut-être aussi d’un certain déterminisme parfois obtus car dogmatique :

il s’agit de donner et se donner matière à penser.

Comprendre les contours, cerner les images projetées, pour établir des parallèles entre les représentations propre à des univers « à priori » différents (imaginaire de l’homme de sciences / imaginaire de l’homme de marketing) me paraît fructueux.
Evidemment il ne s’agit pas d’en user avec excès, ni d’en tirer des conclusions hâtives et définitives.

En nous limitant aux domaines des études marketing et de la connaissance client qui sont les nôtres, nous prendrons trois exemples partiels, théorie du chaos, physique quantique et théorie des catastrophes, qui d’ailleurs se rejoignent sur certains points de l’exercice métaphorique.
Au final ce rapide balayage nous amènera à relativiser certains discours et pratiques dans le domaine de la connaissance client et à tenter de les re-situer dans la perspective plus globale de la post-modernité dont les contenus et les contours influent sur les perceptions, les comportements et leur mesure.



II - Le chaos qui met k.o.

Un système chaotique est un système complexe, fonction de multiples paramètres et dont la singularité est d’être très sensible aux conditions initiales de sa gestation ou de son expression.


La sensibilité critique aux conditions initiales

Une cause très petite, imperceptible, une sensibilité aux conditions initiales (perturbations, variation infime d’un paramètre) peut perturber, voire sur - amplifier un phénomène et le modifier complètement.

L’image poétique, vulgarisatrice et largement médiatisée de « l’effet papillon » nous vient dés lors, à l’esprit.
Dans le domaine du marketing et des études on peut aisément appliquer ce regard métaphorique.
En effet du côté de celui qui mesure ou participe à la mesure (l’observateur, Responsable d’études, enquêteur) d’un phénomène, d’un comportement, il existe des risques de biais que les spécialistes connaissent bien et que nous ne détaillerons pas ici.
Ces biais potentiels sont susceptibles, comme par réaction en chaîne, de limiter la validité interne d’une étude (effet de halo, effet d’ordre, effet de contamination…induits par les questionnaires par exemple).
De plus, les conditions de l’Etude, la disposition d’esprit et d’expression de celui qui questionne et du répondant au moment de la rencontre, de l’interaction (humaine ou artificielle via les technologies), influencent inexorablement même subrepticement, l’orientation de la mesure à toutes les phases (collecte, traitement, analyse, résultats).
C’est donc le « subrepticement », l’imprévu, le non maitrisé ou non maîtrisable, qui peut tout changer et qui s’apparente à la condition initiale de l’effet papillon.

Un effet qui peut mettre K.O. (par le chaos) la moindre prévision.

papillon.jpg




Maintenant du côté de l’Observé, outre les effets pré - cités, on peut facilement envisager des « effets papillons » dans des situations courantes de relations, de fréquentations, de consommations, de transactions, générant par exemple des effets d’expériences, de perceptions positives ou négatives (polarités) et donc des réactions idoines (mauvaise image perçue entrainant zapping, infidélité…).
Ces réactions peuvent être (sur)-amplifiées selon la qualité de l’interaction vécue (qualité de la relation avec un vendeur, une hot line ou tout autre service prétendant être orienté client…).

Cette première analogie nous rappelle combien l’individu ou groupes d’individus (segments) que l’on étiquette par réductionnisme, sous le vocable de « consommateurs », « clients », « internautes », « mobinautes »…est avant tout un système dynamique, multiple, changeant, imprévisible, en interaction constante, qui façonne le monde et est façonné par lui en retour.
L’homo sapiens est à la fois sapiens, oeconomicus, ludens (joueur), reticulus (réseau, relation), zappens (volatile)
La mesure de la sensibilité du client, son état, sa « vibration » que nous désignons par comportements, attitudes…est bien fonction de la sensibilité de la mesure.



III - Le cantique du quantique

La métaphore inspirée de la physique quantique nous paraît aussi intéressante que la précédente pour rappeler la difficulté à saisir l’individu « conso - acteur »
L’approche situationniste (moments, temps de vie et de consommation par exemple) permet déjà de sortir de la vision statique et réductrice de l’individu socio - démographiquement défini, vision souvent encore utilisée comme unique donnée de connaissance par nombre de « Marketers », de Responsables d’études et d’Analystes de Bases de Données.
Il est bien évident que la logique économique intervient (rentabilité / coûts d’étude) dans la dualité quantitative / qualitative.


Physique quantique et connaissance client

Les échanges d’énergie entre lumière et matière ne sont possible que par paquets discontinus, appelés : quanta

En général la connaissance clients (profils, comportements….) n’est possible que par un processus du type collecte, traitement, analyse.
Une mise en relation minimale directe ou indirecte est nécessaire, entre l’Observateur et l’Observé.
Elle correspond, soit à l’énergie engagée pour créer la rencontre entre le Chargé d’études et les individus étudiés qui vont révéler leur « vérité » perçue / vécue, soit à l’énergie investie entre individu et émetteur d’origine (entreprise commanditaire de l’étude par exemple).
Cette relation existe par les échanges, les flux relationnels, transactionnels, informationnels entre l’entreprise, la marque, le site Web…qui donnent matière et raison d’être à l’étude.
Dans le cas présent, c’est le caractère discontinu de ces « paquets relationnels » qui fonde la métaphore.
Puisque il est matériellement impossible d’effectuer une mesure réelle et permanente, si ce n’est à l’instant t (éventuellement renouvelée aux instants t+n, cf. panels…), de ce qu’est le client dans toutes ses dimensions intéressant le marketing (comportements, attitudes, opinions, relations, réseaux…) on est obligé de le figer
dans l’instant de la mesure, avec la simplification, la réduction que cela impose.


La dualité onde - particule

La physique classique considère d’un côté les ondes de l’autre les corpuscules (images des billes pour les particules), la physique quantique conçoit la co-existence onde / corpuscules (logique du ET).

On rejoint ici le point précédent en l’approfondissant, en effet chaque individu est porteur à un moment donnée (t) de ce que je qualifierai de spectre identitaire et comportementale, à savoir un ensemble de données lié à :

-son profil socio - démographique,
-ses attitudes, opinions, motivations, perceptions…relatives aux Marques, Entreprises, produits / services, etc,
-ses comportements d’achats, ré - achats, fidélité, infidélité,
-ses moments de vie et ses contextes de consommation…

Ce spectre est naturellement très mouvant, même si le profil classique (socio-démographique) est relativement statique à moyen et long terme.
Tout ce qui relève de la perception et donc du rendu de cette perception est très instable et changeant parfois à très court terme (on retrouve l’ « effet papillon » potentiel cité plus haut).
Par analogie avec l’espace quantique, l’individu se retrouverait donc dans un espace flou et probabiliste, sorte de plasma, appréhendable sur certaines singularités à un certain moment (les données classiques à l’instant de la mesure du Chargé d’Etude) mais insaisissable dans sa totalité, son « énergie », sa « fréquence » réelle.

Il n’est rien de plus constant que le changement

Les comportements individuels sont aussi sujets à interrogations pour l’analyse, du fait :
- du caractère parfois simultané, superposé des comportements selon une logique du ET par opposition au OU
binaire.
- une tendance au paradoxe dont s’accommode très bien notre sujet et que l’on peut trouver par exemple dans
les différences constatées entre le déclaratif (dans une enquête, un questionnaire auto - administré) et le«constaté » (actions réelles).

Hors aujourd’hui toute la difficulté n’est-elle pas d’appréhender le sujet dans sa complexité, son caractère multi - dimensionnel.
A l’instar d’une particule qui change de niveau d’énergie (superposition dynamique de mouvements potentiels) le consommateur saute donc d’un espace à un autre (espace de choix, d’offres, d’attitudes, de transactions, de fréquentations, d’achats…), ces sauts s’expriment notamment par des comportements d’abandon, d’Infidélité, de zapping…qu’essaient justement d’endiguer les acteurs marketing.

quanti.2.jpg



Qu’il soit prospect, client fidèle ou occasionnel, notre client est avant tout humain, il attend donc en retour des offres, des messages, des discours de marques qui parlent à toutes ses dimensions (statut, moments, perceptions…).
Il nous faut peut-être passer de l’USP (Unique Selling Proposition) des publicitaires à la MSP (« Multi - selling proposition), capable de faire du « selling » en « global », « cross », « up » et pourquoi pas « down » si cela correspond à l’attente « justement » dimensionnée du client.


La non séparabilité

Deux particules émises dans deux directions opposées et quel que soit leur distance demeurent en corrélation à travers l’espace - temps comme si elles demeuraient indissociables, jumelles malgré la distance (cf. Einstein, Podolky, Rosen puis Alain Aspect).

Appliqué à notre sujet ce principe pourrait correspondre à un effet d‘histoire.
En effet un individu (prospect, client) qui a interagit (relation, transaction) dans le passé avec un émetteur (entreprise, marque, produit, service) forme un tout inséparable, c’est la vision expérientielle de la relation.
Il est amusant de penser que si la non séparabilité s’appliquait réellement aux êtres humains qui sont constitués de particules, cela signifierait que nous pourrions être ubiquistes, ici et ailleurs en même temps, appréhender l’individu serait encore plus inimaginable.


Principe de superposition

Un état quantique décrit une particule qui peut être présente sur des niveaux d’énergies différents.

Si on assimile par métaphore la particule à l’individu, on est incapable de le localiser, il se situe quelque part dans une sorte de « no man’s land » flou, indéterminé.


Principe d’indétermination ou d’incertitude (cf. Heisenberg)

Si l'on connaît parfaitement la position d'une particule, on ne peut en connaître la vitesse et inversement.
Sur de très courtes durées l'incertitude sur la mesure de l'énergie est très grande, c'est-à-dire que l'énergie peut fluctuer considérablement sur de très courtes durées.
Cela implique que le comportement de la matière à l'échelle de l'infiniment petit n'est pas déterminé ou prévisible.
Les mesures que l'on peut effectuer sur la vitesse et la position de particules sub-atomiques expriment, non pas des certitudes, mais seulement des probabilités.

quantique.jpg



Connaître le profil d’un individu au moment de la mesure ne nous donne pas d’informations sur sa mobilité, sa dynamique voire sa « malléabilité » comportementale, attitudinale…sa pré - disposition au changement à très court terme.

Enfin de façon plus classique et pour relativiser n’oublions pas que le regard, l’analyse de l’Observateur, du Chargé d’Etudes (sa lumière !) interagit, tel le photon avec l’électron, avec l’objet, sujet de son étude, et par la même le modifie.
La moindre mesure interfère avec l'objet de la mesure et…le change.



IV - Théorie des catastrophes : La rupture à consommer

Le mot catastrophe doit être envisagé ici au sens de son étymologie grec « Katastrophê » c'est – à dire « bouleversement » changement brusque et non prévu
Il s’agit plus d’une démarche, d’une méthode pour rendre plus intelligible, via la métaphore par exemple, des situations ou des systèmes complexes.
Différents modèles de comportements ont été proposé : pli, fronce, queue d’aronde, papillon.
La catastrophe, au sens pré – défini, se produit lorsqu’on passe d’un état d’équilibre stable donné, à un nouvel état stable différent, naturellement cet équilibre peut - être relative et fragile.

Le client dans toutes ses composantes (actions, perceptions…) pourrait ainsi être envisagé comme un champ informationnel, protéiforme.
Les actions, flux, stimuli…dont se nourrit le client, via un émetteur (campagne marketing / communication des marques par exemple), ou un observateur (Chargé d’Etudes…) et qu’il nourrit en retour (interactions) déterminent, une figure topologique au travers de la quelle le client va se mouvoir à partir d’une situation initiale (instant 0 de l’observation ou de la réception du stimulus émetteur) considérée comme un point d’équilibre.
Partant de là, une trajectoire multi – modale s’offre au client qui peut « naviguer » selon son état du moment (réceptivité de l’instant, perceptions, expériences passées d’une marque, d’un produit, d’un point de vente..) ou selon que sa démarche est exploratoire (achat spontané, ou prise d’informations) ou confirmatoire (achat réfléchi).
Le choix d’une trajectoire (modalité comportementale) entraîne une catastrophe (au sens défini plus haut), c'est-à-dire la rupture de l’équilibre initial (symbolisée par la fronce par exemple dans l’un des modèles de la théorie des catastrophes de R. THOM).
Les modalités de choix, traduites en comportements et donc en trajectoires déterminent ainsi un espace des possibles (achat – non achat, fidélité - infidélité,…).

catastro.3.jpg



V - Perspectives


Modèles d’analyse

Le statut « quantique » de l’entité individu - client, l’évolution chaotique, imprévisible, de ses comportements et perceptions qui nous révèlent sa réalité subjective posent questions sur la valeur « d’avant-vente » des données et de la connaissance client. On peut souligner à cet égard :

- le caractère très contextuel, subjectif de certaines données (évènements et faits générateurs de la donnée)
- la dépendance entre variables et évènements dans le monde réel par opposition à certains principes
statistiques et probabilistes (postulat d’indépendance)
- le déterminisme de certains modèles statistiques dont la fixation des règles fait forcément l’objet d’un parti pris,
ne signe t-il pas la faible pertinence, si ce n’est le caractère très relatif de certaines pratiques et applications ?
- l’interrogation sur la justesse, la volatilité, la durée de vie de la donnée


Base de données

La base de données clients idéale devrait pouvoir intégrer une vision multi - temporelle du couple données - études (celles qui sont extraites des bases) et se structurer selon :

- le temps long des études lourdes (6 mois un an),
- le temps médian de la gestion de la base de données (heures, jours, semaines)
- le temps court voir très court du réel observable mais…peu observé car matériellement inobservable : « le vif du sujet »


Gestion de la relation client (GRC / CRM)

Quant à la GRC, il peut sembler étonnant lorsque l’on consulte certains ouvrages, lorsque l’on assiste à certaines conférences, voire même aux rares formations (formations initiales) existantes, d’entendre les mêmes discours stéréotypés, très formatés, uniformes sur la GRC et de notre point de vue, dénués de toute approche qualitative, affective, humanisante…distanciée.


Quid de la relation proprement dite ?

En réalité Enseignants ou Experts nous parlent, plus souvent de la gestion de la donnée client que de la relation client et quand bien même la composante relation est abordée, elle relève bien souvent des outils et des technologies (Call Center, Base de données, Système d’Informations…)
Hors la multi - dimensionnalité du client évoquée plus haut se perçoit, se conçoit, dans un rapport véritablement bilatéral, « affectio personae », empathique entre l’entreprise et son client.
Certains d’entre nous ont certainement déjà reçu des appels téléphoniques d’opérateurs de services dont l’interlocuteur se présente comme « votre » conseiller (délocalisé dans un Call Center indépendant de l’opérateur et que vous ne connaissez d’ailleurs pas).
Dans une longue litanie récitatif digne d’un bon petit soldat robot, ledit conseiller vous débite alors son discours, lu son écran d’ordinateur, sans vous laisser en placer une, productivité oblige !
Mais entre deux extrêmes, la causerie au coin du feu et le discours formaté, plaqué sur du vivant (pour reprendre le mot de Bergson sur le rire) il y a certainement un juste milieu,…un peu d’authenticité !


Du B to C au H to H

La substance d’une relation se définie aussi par son contenu, un supplément d’âme derrière lequel doit savoir s’effacer le « média ».
En quête de sens, à la vérité que révèle le client doit correspondre la vérité de celui qui le sollicite.
Savoir - faire, savoir – être, doivent pouvoir se conjuguer dans une subtile alchimie non pas pour vendre ou collecter toujours plus des données, mais pour vendre ou nourrir sa connaissance client toujours mieux et juste.
Revenir aux fondamentaux en faisant du B to C par du H to H (human to human) n’est pas une régression en soi.


Management et culture interne

A un niveau plus global, et pour l’avoir observé, il est clair que certaines organisations, certains collaborateurs restent ancrés dans une mono - culture métier « quasi - mécaniste », par trop de spécialisation elle entretient malheureusement une « inculture » organique.
Dés lors la vision transverse, « hologramique » (la partie à conscience du tout et inversement), sensible…d’un projet, d’une problématique, d’une connaissance (client par exemple) leur échappe.


Modernité / Post modernité

Par une sorte de saturation de la projection dans l’avenir et des promesses illusoires (dans tous les domaines) notre sujet avant d’être client surfe dans tout les domaines de la vie sur des vagues par nature mouvantes,
Ces formes éphémères, se construisent et se déconstruisent en permanence (espaces d’échanges, de relations, de transactions, de mobilité…).
Une analogie avec la « physique des fluides » (par opposition à une physique des solides) nous suggèrerait une vision d’écoulement de tourbillons, de flux et de reflux, de mélanges, de bifurcations aléatoires.
On ne peut plus, comme le pratique la pensée Moderne (rationalisme notamment), analyser l’individu sans l’englober dans son agrégat d’appartenance (communauté, tribu, liens, micro - solidarités, …).
L’individu ne vaut dés lors, que par cette appartenance qui fait sens dans et par une vision globalisante.
Ce que saisit l’Analyste Chargé d’Etudes de l’individu n’est que la partie émergée, superficielle de l’être, un point de cristallisation d’un magma comportemental, sociologique, psychologique.
Hors le sujet se meut dans ce que nous nommerons un bassin de forme, mouvant par définition, et où co-existent flux et reflux, vagues et courants contradictoires, éphémères.
Les jeunes générations sont d’ailleurs de ce point de vue, exemplaires.

En effet, l’opportunisme dans l’action (consumériste ou non), l’effet d’histoire immédiat et éphémère dans les relations, l’effervescence de l’être aspiré dans le collectif (Rave - party, manifestations, concerts…) est symptomatique.
Certains jeunes semblent aménager, construire, voire « bricoler » par, pour et dans le quotidien (par opposition aux utopies et grandes idéologies séculaires) leur propre « vivre - ensemble ».
Par bouffées émotionnelles, au gré des évènements, les individus se créent des « Legos » idéologiques d’appoint, prétextes aux liens, à l’agrégation communautaire.

Les technologies de l’information, la pratique de l’hyper-navigation, le virtuel, la possible réalisation du « anywhere, anything, anytime », renforce le phénomène et favorisent un imaginaire, une pensée et des comportements pétris de « Carpe diem », « d’ici et maintenant » où se croisent des champs d’attraction – répulsion et se propage une communion de l’instant…éphémère.

A la suite de Sociologues, tel Edgar MORIN, ou Michel MAFFESOLI, dont la pensée et les écrits nous inspirent, nous pensons que les pratiques linéaires, binaires, cartésiennes, déterministes, analytiques (dont s’alimentent la connaissance client), par habitude, réflexe, « formatage » lié à l’éducation, ne sont plus en phase avec les réalités de la Post-modernité et de la Complexité
Naturellement cette remarque concerne moult domaines et le temps est peut - être venu de promouvoir une « Ecologie de l’esprit » propre à (re)modeler, orienter les Savoirs -faire et Savoirs -être pour et par l’humain.

Denis Failly 

05.07.2009

La simulation, industrie phare du XXIe siècle

 

Denis Ettighoffer.jpg

Une contribution de Denis Ettighoffer*

Le Président de la république avait raison de le souligner lors de son discours de Versailles en évitant d’en absoudre quiconque. De droite ou de gauche, durant les trente dernières années nous avons fait pire que nous endetter : nous n’avons pas su trouver des relais de croissance forts ! Une nation ne peut se nourrir des splendeurs technologiques des années passées, elle doit, comme le rappelait utilement le rapport Beffa de 2005, s’adapter au monde qui change. Actuellement le gouvernement s’interroge sur les priorités qu’il doit donner à ses investissements sur des créneaux porteurs et rémunérateurs à moyen et long terme. Des pistes nombreuses seront proposées à l’équipe gouvernementale, certaines plus accessibles que d’autres. On peut souhaiter qu’elle ne se laisse pas influencer pour tenter un coup médiatique intellectuellement séduisant, mais économiquement stérile. Parmi les orientations prometteuses, je souhaite attirer son attention sur les industries de la simulation. Qui dit simulation dit applications de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée. De fait nous parlons d’une « technologie générique ». Pourquoi générique ? Parce que la Réalité Virtuelle peut être considérée comme une technologie de rupture, elle impacte tous les secteurs d’activités connus. La simulation aura en outre de profonds retentissements socio-économiques

En mai 1996, j’écrivais sans grand succès que nous « assistions- sans chercher à en profiter - à la naissance des industries de la simulation qui seraient au XXIe siècle ce que l’automobile avait été au XXe siècle ». Peut-être avons une chance de nous faire entendre aujourd’hui. Nous savons que la société du XXIe siècle fonctionnera dans un univers où le signe simulera le réel. La création de l'illusion va devenir le mode dominant de la compréhension du réel, du sens caché des choses, du partage économique des savoirs et du travail à distance. Les ordinateurs et les réseaux nous permettent de manipuler, de façonner, à moindre coût, le matériau essentiel du multimédia, la virtualité. Grâce aux industries nouvelles de la simulation, l'abstrait devient concret, l'invisible, visible ; l'objet façonné est numérisé et transite longuement dans des ordinateurs avant d'être fabriqué. La simulation est devenue un facteur de productivité industrielle. Dans la fabrication du 777, premier avion de Boeing à avoir été entièrement conçu par utilisation intensive de la simulation, on a évité ainsi la construction de plusieurs milliers de maquettes en aluminium. Ce procédé de maquettage virtuel est aujourd'hui appliqué par Renault qui pratique "l'emboutissage virtuel". Dassault Systems France est un des leaders mondial de ces applications du « PLM »[1]. Dans l’industrie pharmaceutique et chimique, dans la génétique, les découvertes à venir s'appuieront, et de plus en plus, sur de véritables cobayes virtuels qui faciliteront la recherche. L'apprentissage passe par la simulation informatique des faits et des situations passés ou prévisibles. Des scientifiques du monde entier utilisent désormais la simulation pour des recherches sur les rhumatismes, les mutations immunologiques, la vie artificielle. Des ateliers logiciels de la "virtualité" engendrent une nouvelle industrie de composants numériques multimédias. L'enjeu est de faire baisser le coût de fabrication des logiciels-objets en permettant la réalisation de microcomposants numériques interfaçables. Aussi, de même qu'il existe toute une industrie de composants mécaniques et électriques, il existera une industrie de composants, de biens numériques et de simulations d’environnement de travail[2]. La demande se développe de façon considérable. W. Industries, entreprise spécialisée dans la fabrication de virtuality machines, basée à Leicester (Grande-Bretagne), prévoit que la moitié de ses revenus sera le fait d'applications de la simulation pour l'industrie. Grâce à ces fournisseurs de "réalité virtuelle", il sera possible non seulement de réduire le coût des prototypages, mais aussi ceux des études de marchés. Les applications de la réalité virtuelle au commerce électronique favoriseront la vente à distance. Des visiteurs du dimanche se promèneront dans des univers simulés qui présenteront des équipements, des agencements d'appartements, des produits, qui seront parfois encore au stade de l'étude et du prototypage. Grâce à la modélisation numérique, des entreprises téléporteront leurs produits sous forme numérique afin de réduire leurs coûts commerciaux, de stockage et de fabrication. Les applications de la simulation vont permettre d'utiliser des interfaces hommes-machines nouveaux, considérés comme plus naturels et d'utilisation plus aisée que les terminaux traditionnels. L'homme de maintenance du futur n'utilisera pas un terminal classique mais des lunettes spéciales ; elles lui permettront de voir son plan de travail et le graphique de montage de l'équipement sur lequel il travaille ; ainsi que de recevoir des commentaires sonores afin de réparer dans les meilleures conditions. Le bureau virtuel ou digital desk projettera des images des documents sur lesquels on désire travailler. Des capteurs saisissent les mouvements des doigts qui manipulent des objets et des documents simulés. Les espaces de travail partagés à distance font l'objet d'intenses recherches qui facilitent les applications de la téléprésence. De nombreux autres marchés sont en train d'émerger, notamment dans l'enseignement, la téléformation en mode virtuel mais aussi dans les domaines des neurosciences. Les études de cas deviennent des exercices de simulation sur informatique avec le développement des serious games[3]. Le MIT Sloan School of Management a construit avec des données réelles, à partir de l'histoire de la compagnie aérienne disparue People's Express, un grand nombre de modèles prévisionnels. Les étudiants cherchent le scénario qui aurait pu sauver la société. D'autres élèves, chirurgiens ceux-là, utilisent le système Adam développé en Géorgie, Etats-Unis, formidable banque d'images interactives, accessible par réseau, qui leur permet de s'entraîner à la chirurgie virtuelle.

Les représentations simulées de la réalité dans les domaines des loisirs et des jeux interactifs, dont on parle le plus, représentent environ un tiers du marché. Ce qui a longtemps masqué auprès du grand public la multiplicité infinie des applications pratiques de la réalité virtuelle. Bientôt des milliards de clones virtuels, des images de personnages fictifs associés à des personnes réelles vont circuler, étudier, s’informer ou s’amuser dans notre planète numérique au prix d’une consommation matérielle et énergétique minime. Si ce transfert vers les industries numériques n’avait pas lieu, notre demande d’énergie augmenterait de 10% par an pour la seule logistique des transports en général. Les expériences de « présence virtuelle » ou simulée dans ces mondes cybernétiques se multiplient à toute allure. Au rythme actuel, plus d’un milliard d’internautes incarnés par des avatars auront migré dans des univers simulés avant la fin de la prochaine décennie. Les grandes marques s’y affichent déjà et les applications de simulation de la réalité explosent sous des formes les plus diverses ; concerts virtuels, conférences de presse, plan média incorporant des images flash dans des salles virtuelles, ballades dans des catalogues interactifs, téléréunions entre avatars, commerce d’images animées, l’imaginaire est augmenté, incarné par des images sonores et rendues vivantes voire interactives selon des situations envisagées d’avance. Reuters Atrium s’est installé comme agence de presse dans Second Life pour en rapporter les évènements essentiels. Dell y pousse ses usines virtuelles en s’appropriant

Dell Island et IBM y a lancé sa première conférence de presse simulée. Wells Fargo y teste des concepts de banque virtuelle par le biais de jeux financiers afin de former ses futurs cadres. La chaîne de prêt à porter "American Apparel" explore la production personnalisée via son magasin virtuel tout en testant le buzz marketing sur la Toile. Pontiac a lancé un concours d’architectures virtuelles en attendant sans doute de lancer un concours de développement d’une nouvelle voiture. Tout un paquet d’humanoïdes, considérés comme des barjots par beaucoup, sont en train d’inventer la société du futur dans laquelle la France n’investit pas assez. Qui peut encore ignorer qu'une fabuleuse industrie est en train d'émerger ? Industrie qui atteindra son apogée dans les deux décennies à venir et mobilisera un important savoir-faire dans ces différentes filières. L'informatique de simulation nécessitera des expertises et des budgets inaccessibles à beaucoup d'entreprises, Elle implique un savoir-faire et des moyens qui coûtent chers. Il faudra les acheter, acheter de l'ingénierie, acheter de la puissance de simulation à des entreprises spécialisées dans ce type nouveau de facilities management qu’est le cloud computing[4]. Un marché est en cours de formation. Il sera sans doute d'un ordre de grandeur comparable à celui, actuel, de l'automobile pour les régions du monde qui auront su se doter des compétences nécessaires. La question n'est pas : y a-t-il un marché ? La question est : Les entreprises françaises sauront-elles en profiter ?

Denis Ettighoffer

[1] DS fournit un environnement collaboratif 3D dont l’objectif est de concevoir des produits virtuellement, de gérer leur cycle de vie et de simuler les processus de fabrication pour les produire. http://www.3ds.com/fr/solutions
[2] http://www.new3s.com/default.asp?MenuActive=1
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Serious_Game
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing

*Denis Ettighoffer est consultant en organisation et management , il est spécialiste de l'impact des TIC sur les organisations, il a fondé en 1992 Eurotechnopolis Institut, société qui étudie les enjeux associés aux nouvelles technologies et au développement de l'innovation organisationnelle.
Son dernier ouvrage "NetBrain Planète Numérique, les batailles des Nations savantes" (Dunod-2008) a reçu le prix du livre de l'économie numérique (voir notre interview autour du livre : Partie I,Partie II).
Il est par ailleurs l'auteur d'un dizaine d'ouvrage parmi lesquels :

L'Entreprise Virtuelle,
Du mal travailler au mal vivre,
- Mét@-Organisations,
- eBusinessGeneration,
- Le Syndrome de Chronos,
- Le Travail au XXIe siècle
- Le Bureau du Futur

 

 

 

06.02.2009

Entreprise 2018 - Ultimate Version

La version définitive de l'ouvrage "Entreprise 2018" qui à réuni plus d'une cinquantaine d'auteurs, experts, praticiens, sous la direction de René Duringer (Directeur de la prospective et du congrès de l’Ordre des Experts Comptables, animateur de Smartfutur) est désormais en ligne.

L'e-book en pdf téléchargeable (308 pages) consacre notamment un chapitre au Marketing : "Marketing & Entreprise2018" (p.202)

auquel j'ai contribué sous le titre , "Marketing du Futur, Esquisse des possibles" (pages 202 à 210).

Bonne lecture

Denis FAILLY

Entreprise2018 Version definitive ultimate fevrier 2009

24.09.2008

Hyperconnexion


 
149e699140fe2d604d8c425d58f680c1.jpg

Une contribution de Gérard Ayache*

Le département recherche de Microsoft a publié récemment un imposant rapport sur ce que seront les relations entre les hommes et les ordinateurs d’ici une dizaine d’années. Nos PC et téléphones portables vont très rapidement prendre un sacré coup de vieux, voire tout simplement disparaître. En effet, le matériel principal ne sera plus la machine mais l’homme, ou pour être plus précis son corps, son cerveau, sa pensée. La parole, les gestes, les regards, les intentions, bref, le moindre de nos influx nerveux nous connectera, nous identifiera, nous localisera, nous apprendra, nous dirigera. Cette perspective obéit à une dynamique d’hyperconnexion d’un nombre de plus en plus considérable d’êtres humains vivant sur cette planète.

Le processus a commencé dès l’apparition de la vie sur Terre interconnectant en un système unique – la biosphère –, les réseaux multiples du vivant. L’être humain, ses sociétés, ses inventions se situent dans ce long fleuve de l’évolution. Nos réseaux électroniques, Internet, le téléphone mobile, la géolocalisation, toutes nos technologies d’information les plus avancées ne sont que les avatars parmi d’autres de ce processus évolutionnel. L’hyperinformation est le facteur accélérateur de cette immense mutation. Longtemps ignorée parce qu’elle était cachée au fond de la matière et du vivant, l’information apparaît aujourd’hui dans toute sa puissance. Car les hommes, ayant percé les secrets de sa numérisation, ont fait jaillir une force qui construit sous leurs yeux, presque à leur insu, un superorganisme global formé de la mise en relation de centaines de millions de cerveaux hétéroclites.

L’hyperinformation circule, à l’heure actuelle, à travers les réseaux de télécommunications ; mais plusieurs laboratoires travaillent au projet de s’en affranchir pour connecter directement les humains entre eux et avec leurs machines. On peut utiliser désormais des réseaux corporels qui s’appuient sur la conductibilité de la peau pour transmettre un signal.  Les réseaux sans fil à l’échelle locale ou planétaire se sophistiquent de plus en plus, faisant transiter partout les images, les sons, les textes et toutes les données enregistrées par des milliards de capteurs sur la planète. Ceux-ci seront intégrés bientôt dans notre corps, sous forme d’implants d’identification ou de contrôle médical, mais aussi dans tous les objets de notre vie quotidienne.

Un immense super-réseau recouvre progressivement la Terre comme une peau de communication. Munies de puces communiquant entre elles, de technologies portables comme des bijoux, connectées à tous et à tout, ivres de communications disponibles mais à jamais inassouvies, des foules humaines nouvelles arrivent avec leurs cortèges d’utopies. Cet événement fait émerger des espoirs, mais aussi des fractures sociales, des risques et des questions proprement métaphysiques. Homo sapiens, submergé par sa puissance, sans doute pour la dernière fois. Ou Homo sapiens 2.0, plus intelligent, plus coopératif, plus libre de vivre et de sentir, ayant atteint peut-être le point culminant de son évolution.


*Gérard Ayache
est directeur de l’Institut Infométrie. Il vient de publier Homo sapiens 2.0, Introduction à une histoire naturelle de l’hyperinformation (Editions Max Milo)

 

 

 

02.07.2008

Homo Sapiens 2.0

 

89a2585002b086c9746fd3360ba6fccc.jpg
Une interview de Gérard Ayache autour de son livre:

Homo Sapiens 2.0,
Introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation

 


Denis Failly - Gérard Ayache, dés la Lecture du titre de votre dernier ouvrage "Homo Sapiens 2.0, introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation", et avant la lecture du livre proprement dite, on ne peut s'empêcher de faire un lien entre le terme Homo sapiens qui concerne l'évolution, l'unité de la condition humaine et l’étiquette 2.0 qui sert dans le monde des technologies, comme chacun sait, à nommer une nouvelle version plus évolué d'une application, d'un logiciel.
Qui plus est, on pense aussi de suite à la seconde vie de l'Internet dite Web 2.0 avec ses nouveaux usages (autoproduction, participation, collaboration...) ou même au livre de Ray Kurzweil (mouvance transhumaniste) "Humanité 2.0" (titre français), bref deux termes qui semblent nous acheminer, disons pour faire simple vers un rapprochement Homme-Machine et qui interroge donc notre devenir en tant qu'espèce; Pourriez vous en donc en quelques mots nous dresser l'intention de ce livre ?

Gérard Ayache - 563049df89193c3820749220ec42d2fb.jpgHomo sapiens 2.0 est une histoire naturelle de l’information que je fais remonter aux origines de la vie sur cette planète. Information et vivant sont indissociablement liés ; au fond, parler d’une histoire de l‘information, c’est parler d’une histoire de la vie. La transition vers une deuxième version d’Homo sapiens, thème qui est au cœur de ce livre, est le fruit de cette histoire naturelle de l’information. Elle est un pur produit de l’évolution darwinienne, combinant ensemble l’homme est ses projections, c'est-à-dire toutes les idées, les technologies, les cultures qu’il invente sans cesse.

Cette transition, ou pour être plus exact, cette « métatransition » n’est pas finalisée ni contrôlée. Cela est valable pour tous les systèmes évolutifs, mais la phase de transition dans laquelle nous nous situons aujourd’hui d’opère à une vitesse accélérée, inédite dans toute l’histoire de l’espèce humaine.

La métatransition vers homo sapiens 2.0 est provoquée par la lame de fond de l’hyperinformation qui brasse dans un même mouvement des objets mi-inertes, mi –intelligents qui grouillent pour former des entités, des organismes, des hommes , connectés ensemble dans une gigantesque « chimère », assemblage d’information numérique et de matière.

Denis Failly - Vous montrez qu'il existe une logique "numérique" du vivant des origines de la vie à l'homo sapiens sapiens, quelle sont les trajectoires qui vous font passer de la notion d'information qui préexiste à 'l'homme" (dans la matière, l'énergie, premières bactéries ...) pour aboutir à l'hyperinformation "libérée" par l'homme.

Gérard Ayache - L’information n’a pas été inventée par les hommes. Elle est un élément fondamental de l’univers au même titre que la matière et l’énergie. Sans l’information, l’univers après le big bang aurait été chaotique, la matière désorganisée, la vie impossible. La vie n’est possible que parce qu’il y a l’information. La caractéristique principale du vivant, c’est le métabolisme, c'est-à-dire l’échange permanent d’information avec le milieu, avec les autres. Et cela est valable pour la bactérie la plus primitive comme pour l’espèce animale la plus évoluée.

Cette information qui est au cœur même du vivant, nous savons qu’elle est de nature numérique. Les gènes, avec leur structure interne sophistiquée, sont de longues chaînes d’information digitale. Ils sont numériques, au sens fort du terme, celui des ordinateurs ou des Cdroms. Cette information étant de nature numérique, elle peut être copiée indéfiniment sans perte de qualité. C’est pour cela que les caractères d’ADN sont dupliqués d’une génération à l’autre avec une précision quasi absolue.

L’homme, à travers ses projections imite sans le savoir le vivant. Le langage est un ensemble finalement assez réduit de phonèmes (entre 30 et 70 pour toutes les langues parlées du monde) qui, organisés d’une certaine manière, forment une langue. L’écriture utilise, à travers l’alphabet, une numérisation des sons qui permet une reproductibilité parfaite et une diffusion sans limites. La numérisation de l’information par des procédés de plus en plus sophistiqués est constante dans l’histoire de l’humanité. Mais à partir du moment où l’homme a été capable de traduire le réel –le numériser- en une suite de 0 et de 1, il a libéré l’hyperinformation. Dès lors, les logiques de duplication à l’extrême, de convergence des supports, de mise en réseaux ont entamé un développement exponentiel dont nous ne sommes, aujourd’hui qu’aux rudimentaires prémisses.

Denis Failly - Collaboration, coopération, Intelligence collective...sont des thèmes dans l'air du temps, si on reprend la thèse de l'endosymbiose en série de Lynn Margulis, l'espèce humaine notamment, serait dans le lointain de nos origines, à l'âge du règne solitaire des bactéries et des microbes, le résultat de dynamiques coopératives et collaboratives encore engrammées aujourd'hui dans nos cellules humaines; L'homme est - il par nature un être collaboratif ?

Gérard Ayache - Ce n’est pas l’homme seulement qui est un être collaboratif comme vous dites. C’est le vivant en général qui ne peut se développer que par les échanges (j’ai parlé du métabolisme), les stratégies concertées de développement, de conquête de territoire, de survie, d’évolution. On sait aujourd’hui que les bactéries les plus primitives, celles qui vivaient dans leur soupe primitive il y a 3.5 milliards d’années, développaient des réseaux concertés et intelligents de survie.

La biologiste américaine Lynn Margulis a développé brillamment la thèse de l’endosymbiose en série. Il s’agit, pour faire simple, de la mise en commun des ressources d’organismes différents qui échangent leurs compétences, les associent, pour créer un organisme vivant nouveau, plus performant. Nous avons dans notre corps une multitude de traces de ces pratiques d’intelligence collaborative nées au fond des âges.



Denis Failly - A la suite d'Ignacio Ramonet que vous citez, vous soulignez la contradiction entre d'une part une abondance d'informations (propulsées notamment pas les TIC) et qui devrait signifier diversité et d'autre part, une certaine uniformité, homogénéité dans la pensée ambiante génératrice par exemple de ce que l'on nomme la World Culture.
Ne pensez vous pas par exemple que justement les usages dits Web 2 ou tout un chacun peut potentiellement se réapproprier, détourner, auto produire, (re)construire...des contenus (informations, connaissances,...) sont des moyen d'en sortir pour métisser, hybrider, réinventer...loin des fourches caudines des filtres officiels que sont par exemple les experts, journalistes, grands émetteurs d'informations...?

Gérard Ayache -
L’hyperinformation a libéré la diffusion des informations. Elles se bousculent maintenant pèle mêle dans les réseaux, mélangeant allègrement les folies, les passions, l’intelligence et la bêtise humaine. Le résultat de cette force libérée forme un paysage composé à la fois de quelques îlots d’originalité et de longues plaines d’uniformité et de monotonie. Le web 2.0 n’est pas seulement le moyen de rompre cette monotonie. C’est surtout la possibilité de renverser le schéma traditionnel de la communication. Il n’y a plus un émetteur qui envoie un message à un récepteur, il y a des récepteurs qui se situent au cœur d’un tourbillon d’informations et qui sont eux-mêmes des producteurs de trajectoires. J’avais appelé ce phénomène la méta-information.

Ce renversement du flux de la communication pose des problèmes à ce que vous appelez les filtres officiels, c'est-à-dire les médiateurs (journalistes, experts, etc...). Ils ne peuvent plus remplir comme avant leur rôle d’intermédiaire entre le réel et le public. Car le public veut se faire sa propre idée du réel. Et il peut désormais le faire s’il possède la capacité de se diriger avec sagacité dans l’océan des informations. Il devient aussi émetteur voire source d’information. Nous ne sommes pas là seulement en présence d’un problème de concurrence, mais face à une véritable remise en question de la crédibilité des médiateurs traditionnels qui devront opérer une véritable révolution idéologique s’ils veulent survivre à terme.


Denis Failly - S’il est une discipline ou du moins un corpus de connaissances en construction, d'origine anglo-saxonne (Travaux de Dawkins et Blackmore) peu discutée en France (excepté par Pascal Jouxtel et la SFM*) dont vous parlez à de nombreuses reprises dans le livre, c'est bien de la Mémétique qui serait donc à la culture (le Mème) ce que sont les gènes à la biologie dans la dimension de transmission et de réplication de l'information, des idées, des stéréotypes, rumeurs, des pratiques du quotidien (Michel de Certeau).

Si on prend l'image d'un saut continuel de "cerveaux en cerveaux", l''histoire de l'homme (ce qu'il fait, dit, transmet, invente...) des origines à aujourd'hui serait donc en partie une histoire de transmission et de reproduction culturelle, une saga mémétique en somme, ce qui pose par exemple aujourd'hui aussi la question de la part identifiable d'idées, innovations, concepts réellement nouveaux et inédits (et selon quels critères) dans nombre de domaines des activités humaines ?

Gérard Ayache - Il est vrai que la mémétique est une discipline peu étudiée (voire méprisée) en France. Peut-être en avons-nous un peu peur car elle remet en question des pans entiers de notre pensée (notamment structuraliste). Elle est pourtant un bon moyen pour comprendre l’évolution des phénomènes culturels et éviter de se laisser berner par les discours réducteurs sur le génie et le progrès humain. Ce que la mémétique montre notamment, c’est que les projections de l’homme (ses innovations technologiques par exemple), se déploient et s’enrichissent selon un véritable schéma évolutionnel. Le seau en plastique n’aurait pu exister s’il n’y avait eu, avant, un seau en bois. L’appareil photo numérique n’aurait pu voir le jour si l’appareil argentique n’avait jamais été inventé. Chaque innovation est le fruit d’une évolution qu’on le veuille ou non. Plus encore, ces innovations, ces techniques, une fois projetées, nous échappent, elles participent toutes seules au grand bal de l’évolution avec ses déchets, ses ratés et ses stars...

Denis Failly - Les interrogations que pose Homo Sapiens 2.0 (à l'instar d'un Ray Kurzweil, Hans Moravec, Teilhard de Chardin et son point Omega en son temps...) s'inscrivent dans la période actuelle où beaucoup s'interrogent sur le devenir de notre humaine condition.
A l'aune des recherches en génétique, bio, neuro et nano technologies, interfaces hommes machines...qui s'accélèrent les interrogations quant aux devenir de l'humain font florès, dans de multiples domaines et à divers échelles qui ne se sont pas nécessairement concertées (thème de la rupture, de la civilisation, du post humain, singularité...);
Pour reboucler avec ma première question sur le titre fort "Homo Sapiens 2.0", quel est votre regard sur ce que l'on peut imaginer être une prise de conscience, êtes vous optimistes et Homo Sapiens 2.0 est il le point final à "l'hominisation inachevé" dont parla Edgar Morin.

Gérard Ayache - Je ne pense pas du tout qu’homo sapiens 2.0 soit le stade ultime de l’hominisation. Nous n’en sommes qu’à une étape mais elle est cruciale. Plus que d’étape, il faudrait plutôt parler de carrefour. Homo sapiens 2.0 peut s’engager dans une voie qui le mènera, à relativement brève échéance, à sa perte. Une autre voie, au contraire le mènerait vers une intelligence augmentée, constructive, positive pour l’espèce humaine ; une autre voie enfin peut nous diriger vers une scission de l’espèce en infra ou ultra-humains. Rien ne peut aujourd’hui nous inciter à être plutôt optimiste ou plutôt pessimiste. Le jeu est ouvert. Il nous appartient à tous de décider si le bonum humanum comme disent les philosophes, le « bien humain » -sans avoir besoin de le préciser plus- est bafoué ou respecté dans le moindre de nos actes.

Denis Failly - Gérard Ayache je vous remercie.

 

*SFM: Société Francophone de mémétique

 

 

 

 

03.06.2008

Metavers une nouvelle dimension

Un article de Yohan Launay et Nicolas Mas co-dirigeants et créateurs de ConceptSL

Depuis quelques temps nous parlons beaucoup de mondes virtuels, de 3D sur Internet (le Web 3D), de Web 2.0 et autres médias sociaux. Mais quel est le point commun à tout cela ? L'Information - ou plutôt les informations, les données. Qu'est-ce qu'un site Internet si ce n'est la mise en forme du contenu d'une base de données ? Qu'est-ce qu'un chat si ce n'est un échange d'information entre deux ou plusieurs individus ? Qu'est-ce qu'un avatar si ce n'est une représentation (symbolique) des informations concernant un individu (fantasmé ou non) ?

Depuis toujours nous prétextons des limites technologiques à la représentation de l'information. Nous avons tendance à la cantonner à une ou plusieurs dimensions, à une interprétation voire parfois à une temporalité. Or les informations ne sont-elles pas plutôt intemporelles et sans forme particulière comme le mot « in-formation » semble le suggérer ? Chez ConceptSL, nous comprenons l'information comme un ensemble : un tissu d'informations ou ectoplasme, qui prendrait forme en fonction d'un contexte particulier, pour servir un besoin particulier. Nous détachons la forme originelle de la forme finale et de sa finalité.

a584e1fc5045369703299dcd88dcec0b.png

Quand l’in-formation prend forme
(cliquez pour agrandir)
 

Comment l’Observation fige l’Information

Faisons un parallèle avec la physique : Les scientifiques, avant l'arrivée de la physique quantique, ont toujours pensés que l'on pourrait prédire l'avenir. En théorie il suffirait de connaître la position, la direction et la vitesse de l'ensemble des particules de l'univers à un instant précis pour pouvoir calculer leurs prochaines positions, directions, vitesses à l'instant d'après. En théorie seulement... Ils se sont aperçus que lorsque l'on mesurait l’état des particules on en modifiait obligatoirement au moins un des paramètres. Ceci étant dû à l’acte même de mesure qui implique une interaction entre les instruments de mesure et les particules. Or c'est précisément cette interaction qui va, à des niveaux infinitésimaux, conduire à la modification de l’état de la particule...

On voit ici que l'observateur, par le biais de ses instruments de mesure, va conduire à "figer" les particules dans un état particulier, quelle que soit leur forme originelle et ce à chaque nouvelle mesure. Si nous rapprochons cela de notre tissu d'informations, le fait d'afficher une page Internet va demander aux machines d'aller piocher les informations à droite et à gauche pour au final la figer dans un état précis pour permettre à l'Internaute d'en prendre connaissance. Un site Web partiellement ou dans son intégralité est donc une fenêtre ouverte sur le tissu d'informations dont on va attraper au vol les éléments qui nous intéressent pour les servir aux utilisateurs.


L’Observateur peut-il être passif ?


Si l'on prend en compte la notion de personnalisation - le fameux cinquième P du Marketing -, on doit alors considérer l'utilisateur et ses goûts et préférences comme intégré dans ce tissu global. En effet, la forme que vont adopter les informations sera modifiée selon les différents utilisateurs, les différents navigateurs utilisés, la résolution d'écran, les contraintes matérielles et logicielles, les préférences et options d'affichage, la sélection des morceaux d'infos que l'on souhaite afficher, etc.  - la liste de paramètres est quasi infinie.


La réaction en chaîne de l’information


Au final la conjonction des utilisateurs et leurs différents inputs vont altérer l'information de manière indélébile pour le reste de la communauté : Si je publie un article sur un blog, il va être répercuté dans les RSS, par email, les newsletters, les agrégateurs et autres portails. L'information évolue donc en fonction du temps et des inputs des utilisateurs, observateurs et contributeurs de ces informations. Un observateur va lui-même laisser des traces dans les statistiques du site, dans son profil, dans la base de données. Traces qui vont altérer à l'autre bout de la chaîne ce qui sera reçu par les autres observateurs. Existe-t-il donc réellement des observateurs "passifs" dans le contexte actuel d'Internet ? A notre avis non...

575c61148d98b5345c380cfef9700cff.jpg

Réaction en chaîne : ici la fission nucléaire

(Cliquez pour agrandir) 

 

Abondance d’informations et challenges de demain

Avec cette abondance d'informations, sans cesse renouvelées, aux formes figées diverses et variées, les utilisateurs finaux sont complètement perdus. Souvent ils passent plus de temps à trier leur boite email et leur spam qu'à lire les emails réellement intéressants ! Et notez que nous n’avons toujours pas introduit la notion de dimension...

En réalité, les challenges de demain demanderont de créer une nouvelle dimension, par delà la 2D, la 3D, l'hypertexte et autres échanges verticaux et horizontaux.

Il faut en fait créer une dimension - mélange le réel et le virtuel, le temporel et l'intemporel - où l'information nous parvient quand on en a besoin, sous la forme nécessaire à sa compréhension et à son appréhension, quelle que soit sa forme d'origine.

Cela va passer par la conjonction et la combinaison des différentes technologies disponibles aujourd'hui - mobile, Internet et autres médias multiples - et des technologies encore à développer - objets communicants, capteurs sensoriels, généralisation du wifi, nouvelles interfaces avec les machines, intelligence artificielle, réalité augmentée, nanotechnologies ...

d562e51ffa9f6d9ba2dfd19d8dcf6d17.jpg

Peut-être cette dimension, mélange de toutes les dimensions s’appelle-t'elle "Métavers"... univers où la technologie se mélange alors avec la philosophie.

b48d86f914de6815e3f03c6abff283de.jpg

Terminons sur cette citation d'Arthur C. Clarke, auteur de science-fiction connu notamment pour avoir écrit 2001, Odyssée de l'Espace : "Any sufficiently advanced technology is indistinguishable from magic!".

Yohan Launay et Nicolas Mas
 

bc711dbb065c676f233c8c27871b4464.jpgYohan Launay, Ingénieur Informatique et NTIC [EFREI– McGill], codirige le cabinet de conseil ConceptSL spécialisé dans le Web 3D et les Mondes Virtuels. Depuis 2006, avec son associé Nicolas Mas, Ingénieur Systèmes [EFREI], ils identifient, décortiquent et combinent les nouvelles technologies pour aider les entreprises dans leur démarche d’innovation.

 Site Web : http://www.ConceptSL.com

Téléchargez l’article



 

25.05.2008

MetaDrivers à l'horizon 2020-2050

Quels sont les 10 méta drivers qui pourraient avoir un impact profond sur le monde entre 2020 et 2050 ?
Retrouvez les contributions (dont la nôtre) initiées, propulsées et rassemblées par René Duringer fondateur de Smartfutur


07.03.2008

L’apport à la prospective et à l’innovation des analyses situationnelles et des raisonnements inductifs

Une Interview de Jean-Pierre Malle
Président Fondateur de M8 Groupe et administrateur de la
Fabrique du Futur 

Vous développez des travaux pointus sur les analyses situationnelles et les algorithmes inductifs. Quelle est l’origine de votre intérêt pour ces domaines ?

338c6a67ca60a6caca3c34bde9c318af.gif Dans les années 80-85, lorsque je travaillais dans le secteur de la robotique et que je concevais des systèmes dédiés à des unités d’assemblage semi-automatiques, je me suis préoccupé des situations personnelles des opérateurs quand j’ai réalisé que celles-ci influaient beaucoup sur les performances, les questions de maintenance, etc. Or les situations des individus n’étaient jamais prises en compte…
Par la suite, entre 1985 et 1995, dans le cadre de mon métier d’ingénieur en organisation chez Thalès je me suis intéressé au rôle de l’individu dans le pilotage de systèmes complexes. Je voulais qu’on redonne aux individus les moyens de contrôler les situations rencontrées.
A partir de là, j’ai conduit des recherches portant sur la modélisation des situations (modèles de capacité-maturité) et sur les algorithmes inductifs.
L’idée de base sur laquelle repose mes recherches, est que l’analyse de situations permet de voir ce que les situations induisent ou peuvent induire. On ouvre ainsi le champ des possibles.


En quoi consistent les algorithmes inductifs ?

Les algorithmes inductifs constituent la troisième catégorie des algorithmes après les algorithmes déductifs et les algorithmes génétiques.
  • Les algorithmes déductifs permettent de dérouler des raisonnements préétablis qui traitent de façon strictement répétitive des données en entrée pour en déduire des données en sortie.
  • Les algorithmes génétiques introduisent une certaine dose d’évolution dans le traitement ce qui permet de varier les données de sortie obtenues avec les même données d’entrée. La variation peut être aléatoire ou fonction des traitements effectués par le passé. Dans ce dernier cas on parle d’apprentissage.
  • Les algorithmes inductifs reposent sur des principes de généralisation qui permettent d’essayer des traitements sur des données qui n’étaient pas prévues pour cela, en élargissant de façon arbitraire leur champ d’application.
De longue date les raisonnements inductifs ont été décriés en raison des risques d’erreurs qu’ils génèrent.
La normalisation bien pensante les a exclus de toute formation leur préférant l’esthétique du raisonnement déductif.
Or force est de constater que l’usage au sein de notre société relève bien plus de comportements inductifs que déductifs. Mettez un produit dans les mains de millions de personnes et vous verrez émerger de nouveaux emplois de ce produit qui curieusement, répondent à des principes inductivistes.
La construction d’une machine inductive permettant de traiter efficacement de l’évolution probable de situations est un chantier qui nécessite plusieurs composantes :
  • La définition d’un cadre d’application suffisamment restreint pour rendre possible sa construction avec des moyens actuels,
  • La définition d’un langage approprié pour manipuler les situations,
  • Une architecture répartie et parallèle rendue possible par l’interconnexion de machines en réseau,
  • Un dispositif de supervision permettant de contrôler la convergence du système.
Une machine inductive est assimilable à un organisme vivant qui se charge d’un passé, intègre des nouvelles notions, les applique parfois de façon abusive, commet des erreurs et les corrige.
De telles machines ont déjà été construites par le passé de façon volontaire ou non. Nous retrouvons ces principes notamment dans les systèmes de gestion des réseaux ou dans certains virus informatiques.


Quels sont réellement les avantages de vos démarches par rapport aux solutions actuelles ?

Les solutions actuelles d’analyse de situation reposent à 99% sur des principes déductifs ou par apprentissage.
Prenons l’exemple des sites Internet de mise en relation. La plupart d’entre eux sont composés d’un annuaire des offres et d’un moteur de recherche. Pour l’utiliser vous devez décrire ce que vous proposez ou qui vous êtes puis attendre que quelqu’un fouille dans tout çà pour peut être « tomber » sur votre fiche.
Leur seule valeur ajoutée réside dans la définition des critères de recherche, la taille de la base annuaire et dans la puissance du moteur.
Mais l’attente de celui qui offre est uniquement que son offre trouve preneur. Rien ne lui sert de mettre en vitrine quelque chose qui n’a pas d’acheteur, cela constitue un volume stérile.
De même l’attente de celui qui cherche n’est pas de passer son temps à fouiller mais d’obtenir rapidement des solutions, peu lui importe que ces solutions soient ou non dans la base.
Le nombre de cas de correspondance obtenu par déduction est par nature très faible. Les offreurs ne pensent généralement pas à tout décrire se privant de critères gagnants, ceux qui cherchent ne savent généralement pas bien décrire non plus leur besoin et les moteurs sont souvent très sélectifs voire bornés.
La conséquence est dramatique, chacun se plaint que plus l’accès à l’information est large et plus le système est chronophage et moins les chances de réussite sont grandes, ce qui parait paradoxal. Combien d’heures une personne accepte-t-elle de perdre chaque jour pour retrouver l’essentiel dans ses mails, dans ses bases, sur le web ? Combien de recherches infructueuses accepte-t-on avant de jeter l’éponge ?
De part leur structure, de tels systèmes ne peuvent remplacer l’homme avec son caractère imaginatif, dans sa capacité à aller au-delà du problème, à élargir son champ de vision, à ouvrir de nouveaux espaces de solution. Tous ces principes relèvent de l’induction.


Sur quoi cela a-t-il concrètement débouché ?

En 1998, en capitalisant sur mon expérience, j’ai pu intégrer mes travaux dans l’offre d’une société que j’ai créée (la société M8). Au début, l’intégration s’est faite dans des méthodes d’organisation agiles (offre Célérial) et aussi dans des offres de formation par mise en situation. Puis, l’incorporation s’est étendue à du conseil en organisation, des process de création, des études d’externalisation, bref tous domaines où il y a des situations complexes à gérer.


Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Ces dernières années (entre 2004 et 2006), j’ai créé un langage et j’ai amélioré les algorithmes.
En 2006, j’ai créé la société Ensuite Informatique pour encapsuler les analyses situationnelles dans des machines car il est plus facile de vendre des solutions packagées sous forme de produits.
Ensuite Informatique propose trois gammes de produits :
  • Meri+ : cette gamme vise les sites Internet de vente ou de mise en relation. Dans cette gamme nous avons 45 moteurs dont 12 sont qualifiés, 18 sont en développement et 15 en projet.
  • Dynial : cette gamme vise la prise en compte de situations liées à une problématique habituelle (formation, call centers, prospection, risques, décryptages de vidéos, intelligence économique).
  • Syger : cette gamme concerne des applications sur mesure ainsi que les grands réseaux multicellulaires ayant à gérer des situations très complexes

Y a-t-il des débouchés ? Quelles ont les applications possibles ?

Nous avons analysé les débouchés en faisant en 2007 des sondages auprès de nos clients et prospects. Cela nous a permis de démontrer l’intérêt du marché. D’ailleurs, nous avons pu vérifier que le concept démarrait aussi aux USA, même si là-bas les applications sont très sectorisées.
Les applications de ce que j’ai développé peuvent se classer en trois typologies : les applications d’optimisation, les applications de simulation, les applications de détection d’émergences.


Quelles sont les applications plus directement liées à l’innovation et à la prospective ?

En liaison avec e-Mergences, nous avons développé ce que nous appelons EmergencesLab pour répondre de façon très novatrice à une problématique nouvelle dont nous sommes témoins.
En effet, tout le monde s’accorde aujourd’hui à considérer la situation de l’utilisateur d’un produit comme élément fondamental et déterminant pour toute approche marketing.
Les bases de données existantes sur les individus (clients, personnels, candidats, abonnés, usagers, etc.…), sur les produits et les objets, les sites internet, les messageries électroniques, sont autant de structures que les moteurs de recherche savent parcourir.
Il ne s’agit plus de caractériser les populations mais bien de comprendre les situations dans lesquelles chaque utilisateur se trouve et exploiter toute nouvelle application émergente.
La première vague Internet a permis d’élargir le champ des données accessibles à chacun et a été consacrée à la mise à disposition et à la circulation d’information. On a vu à cette occasion émerger de nombreuses entreprises fournisseurs de contenu. Aujourd’hui la technologie est entièrement maîtrisée et l’innovation se fait plus rare.
La deuxième vague est consacrée à la gestion du sens porté par l’information, la compréhension de la situation et les relations entre les acteurs. Elle se caractérise par la prise en compte des contextes et pour ce faire nécessite des progrès importants en matière de technologie.
Il se trouve que la notion de situation correspond à une structure d’information composée de données complexes. Cette structure est suffisamment porteuse de sens pour constituer une réelle évolution des architectures de systèmes d’information. Pour autant, elle est aussi suffisamment simple pour lui permettre de pouvoir être supportée sans attendre de ruptures technologiques.
Nous pensons être aujourd’hui à l’aube de l’avènement de machines d’un genre nouveau dédiées à l’analyse et la simulation situationnelle. L’émergence de produits tels que second life est en une illustration.


Bio: "Ingénieur ESIM, Jean Pierre Malle a exercé pendant 15 ans au sein du groupe Thales sur de nombreux projets secret défense puis au sein de la Direction de l’Organisation et de la Qualté.
Investisseur depuis 15 ans et un des fondateurs de l’association Finances et Technologie qui rapproche des investisseurs et des porteurs de projets de haute technologie, Jean Pierre Malle possède aussi une riche expérience de créateur d’entreprise.
Après une sortie industrielle en juin 2000, il décide de développer une compétence acquise au cours de ses expériences en analyse situationnelle et développe le groupe M8.
Ses interventions se déroulent au sein des directions de la stratégie et des directions opérationnelles de grands groupes dans des secteurs divers tels que la téléphonie avec Bouygues Telecom, l’audiovisuel avec TF1, la banque avec Lloyds ou Banque de France, l’industrie avec Labor Hako, Electrabel ou IBM, les services avec Europcar, les administrations et aussi auprès de nombreuses PME ou TPE
Créateur de méthodes telles que des méthodes pour rendre les organisations agiles, des méthodes d’analyse situationnelles, des méthodes de modélisation des comportements il met a profit son expérience pour le développement de systèmes informatiques au service du monde de l’internet..."
 
Sites web :

17.02.2008

Transhumanisme et Singularité

Une présentation "synthétique" du Transhumanisme et de la singularité tel que nous l'avons compris et présenté récemment dans une grande école d'ingénieurs  

NB: il s'agit de présenter les quelques principes qui nous semblent tracer les contours de ce mouvement et en aucun cas de le promouvoir par prosélytisme ni de se déclarer comme adepte.

SlideShare | View 

02.02.2008

L'internet des objets en 3 lettres

En une image, l'Internet des objets (Internet of things, Ubimedia,ubi ordi, ubiquitous computing, ubi computing, Intelligence ambiante, technologies calmes, soft ambiance, pervasive computing, things that think, informatique diffuse, M2M, Machine to Machine...) selon moi.

Où comment nous allons passer du E-World (E- business, E services, E marketing...) au U-World (U business, U-services...) ubiquitaire, pervasif en attendant le N-World (Nano, Neuro...) beaucoup plus incertain voire anxiogène.