25.07.2008

La folie douce des foules numériques intelligentes

b3e714ea2cd2acb758bf5d2701737f35.jpgCertains auteurs et chercheurs n’hésitent pas à parler de « foules intelligentes » en désignant ces mouvements qui se cristallisent sur le Web pour les raisons les plus diverses. Le livre « La sagesse des foules » rencontre un grand succès en Amérique. L’auteur, James Surowiecki [1], lorsqu’il parle de l’émission américaine « Qui veut gagner des millions » (aujourd’hui programmée en France), observe que les réponses proposées par l’allié appelé au téléphone sont exactes à 65% contre 91% lorsqu’elles sont données par la salle. Il démontre que plusieurs personnes coopérant ensemble offrent un meilleur taux de probabilités de connaître la bonne réponse face à une personne qui ne peut, à elle seule, couvrir de très nombreux domaines d’expertises : il ya réassurance. Pour l’auteur de la « Sagesse des foules », la meilleure façon d’aborder les problèmes consiste à utiliser les « téléconsommateurs internautes pour évaluer les concepts et les idées de nouveaux produits ». Demander l’avis des gens a toujours été une bonne chose. Là où Surowiecki dérape – de mon point de vue- c’est lorsqu’il soutient que dans certaines circonstances les groupes sont plus intelligents et souvent plus pertinents que les meilleurs experts. Pour soutenir ces propositions, Surowiecki défend l’idée que même si les membres de la foule ne connaissent pas tous les faits, même s’ils choisissent individuellement d’agir irrationnellement, la " sagesse des Foules" marchera. Elle marchera pour répondre au problème en donnant une grande diversité d'avis tout en préservant l’indépendance de chaque membre du groupe. Pour Surowiecki, les erreurs les plus fréquentes s'équilibrent en incluant tous les avis. Le questionnement collectif garantit que les résultats seront plus ouverts et pertinents que si un simple expert avait été responsable de la question. Dieu merci, au moment où je commençais à m’inquiéter d’une thèse aussi périlleuse, un critique note que Surowiecki se contente d’utiliser et de démontrer de façon masquée mais avec une grande érudition les applications de la théorie des probabilités (des jeux) à l'économie comportementale avec des exemples tirés de notre vie de tous les jours. Désigner comme « sagesse » ce qui n’est jamais qu’une devinette faisant appel aux théories de jeux, à savoir qu’il y a plus de probabilités dans un groupe pour qu’il y ait quelques personnes qui connaissent la réponse, c’est quand même fort de café ! Ces thèses recoupent celles défendues par les tenants de « l’intelligence des insectes »[2]. L’abus de langage est manifeste.

Intelligence collective. Ce raccourci sémantique donne une intelligence collective aux plantes ou aux fourmis selon qu’elles distribuent leurs informations de proche en proche, les unes pour équilibrer leurs échanges oxygène/carbone et les autres pour échanger des informations sur des sources de nourriture. Cela me paraît un tantinet abusif. L’intelligence collective en biologie, en entomologie ou en robotique ne se réduit pas à des perceptions échangées engendrant des réactions adaptatives aux évolutions du milieu : Il faut du sens. A l’avenir, ces capacités seront aussi observées pour des applications des nanotechnologies. A savoir l’auto configuration d’objets capables, à partir de nanoparticules possédant des capacités de communication et d’adhérence magnétique, de se transformer et de s’adapter à des situations différentes. Je n’en conclurai pas pour autant que mon fauteuil auto-configurable est intelligent ! Que des millions de nanotubes remplacent progressivement les matériaux du futur pour assembler de multiples matériaux, des blindages, des batteries, des tissus réagissant à la lumière ou à la température, y compris pour fabriquer de la fibre musculaire, n’en fait pas un produit intelligent. Il faut du sens !

Intelligence collective : Attention à la confusion avec le mimétisme ! Lorsque des chercheurs étudient, comme JL Deneubourg [3], les phénomènes de coopération entre insectes ils constatent des phénomènes d'auto-organisation semblables à des structures dissipatives déjà détectées dans certains systèmes physiques ou chimiques afin de réduire autant que possible leurs dépenses énergétiques. Ces comportements ont tous pour dénominateur commun d'être de nature mimétique, c'est à dire qui imite, tels les oiseaux qui s'envolent à la suite les uns des autres, le bâillement qui se propage dans une réunion. Ici, le système collectif fonctionne par contamination ou recrutement mimétique de l'individu. Un précurseur qui trouve - par hasard - de la nourriture montrera le chemin à ses congénères qui l’imiteront. Ce fonctionnement social intéresse les scientifiques car ils y voient une sorte de résolution collective des problèmes. Pourtant, les moutons de Panurge pourraient aussi illustrer notre propension à nous livrer collectivement à des activités mimétiques stupides. Nous ne devons pas le confondre avec l'intelligence coopérative qui incarne la plus ancienne organisation sociale qui soit lorsque les individus se mobilisent pour collaborer, conscients que le bénéfice collectif est supérieur à ce qui aurait été obtenu si chacun était resté dans son coin. C'est ce qu'on appelle une économie à somme positive. Une autre raison doit nous rendre prudent relativement à la thèse de l’intelligence collective. Quand on passe à des niveaux interrégionaux, nationaux et au-delà, la masse de participants anonymes est vite importante et trop complexe pour maintenir des standards d’échanges élevés, de bonne qualité. Plus l’irrationnel y prend de la force, plus la motivation contestataire s’affirme, plus ces foules anonymes sont capables du meilleur comme du pire. Pour ma part, les foules numériques me font plutôt penser à ces grands bancs de poissons argentés que l’on voit fluctuer dans l’océan au gré de mouvements erratiques destinés à tromper un prédateur. Les blogs qui utilisent le « mal être » des banlieues délaissées pour lancer des charges haineuses, d’incitation à tout casser, à tout brûler dans Paris et ailleurs, nous semblent à mille lieux d’une démonstration d’un collectif intelligent. Un catalyseur particulier peut à tout moment cristalliser l’émotion de milliers d’internautes sur un sujet spécifique, pour un objectif altruiste comme lors du tsunami … ou pas. Sur ce plan, la Toile est un vecteur redoutable[4]. Les foules numériques fonctionnent parce que les membres de ces communautés se retrouvent dans des réseaux d’affinités à très forte intensité de valeurs et d’émotions partagées. Et parfois ça dérape ! (trivialement on dirait « qu’ils se montent le bourrichon »). Aussi parler d’intelligence collective des foules numériques est un raccourci discutable. Non décidément, les foules ne sont pas très intelligentes. La surenchère dans la révolte, les défis entre petits chefs, les frustrations de la vie ne sont pas moins fortes lorsque l’on se met devant un écran, bien au contraire. Dans la planète des internautes on y massacre moins à la tronçonneuse mais le verbe y reste une arme redoutable pour entraîner des foules - qui ne sont pas que numériques - à des extrémités condamnables. Le monde numérique est parcouru d’un grand nombre de variables aléatoires qui se distribue de façon chaotique. La « pandémie » des rumeurs et des informations, la contamination des idées sont soumises à des variables difficiles à cerner. Une information ne sera pas relayée parce qu’elle n’aura pas su « parler » à son destinataire alors qu’une rumeur non fondée circulera de façon foudroyante parce qu’elle rencontre un écho particulier qui fera que, toutes affaires cessantes, les internautes la relaieront en la surchargeant éventuellement d’une « émotion » supplémentaire. L’affaire des dessins de Mahomet » et ses débordements émotifs destructeurs l’ont largement démontré. La Planète numérique n’est donc pas un espace apaisé, sans danger, sans problème. Elle incarne, à sa façon, l’inconscient collectif, les meilleures et les pires des idées ou des pulsions qui traversent nos têtes. La Toile supporte et favorise le partage et les échanges, mais ce qu’on y échange n’est pas toujours de nature à contribuer à l’apaisement de nos sociétés. Machiavel eut un jour une intuition que je crois universelle et qu’il résuma de la façon suivante ; « Notre société a encore du mal a accepter qu’elle est menée plus souvent par ses pulsions, tiraillée par ses émotions et manipulée par qui sait créer les émotions les plus en phases avec nos inconscients. » A bon entendeur…

Denis Ettighoffer
« Netbrain, les batailles des Nations Savantes »
 
 Présentation du livre et les vidéos Entretiens autour du livre "Netbrain, les batailles de Nations Savantes"

 
[1] « The Wisdom of Crowds – Why the many are smarter than the few » (Doubledays Books 2005) de SUROWIECKI, journaliste au New-Yorkais, où il écrit la colonne populaire d'affaires, “la Page Financière.” Son travail a apparu dans un grand choix de publications, y compris "New-York Times", le "Wall Street Journal", Artforum, de Câble et l'Ardoise. Il vit à Brooklyn, New York.
[2] INTELLIGENCE.1° Faculté de connaître, de comprendre.2° (Sens strict). L'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle... 3° Didact. Aptitude d'un être vivant à s'adapter à des situations nouvelles... 4° Cour. Qualité de l'esprit qui comprend et s'adapte facilement... II. (Intelligence de). Acte ou capacité de comprendre telle ou telle chose... III. Le fait de s'entendre mutuellement... (Petit Robert).
[3] Chercheur et enseignant à l'Université libre de Bruxelles en Belgique (voir Pour la Sciences n° 198 d'avril 1994)
[4] Voir « Alice au pays d’Internet » -JC Hertz- Paris 96 Editeur Austral

02.07.2008

Homo Sapiens 2.0

 

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Une interview de Gérard Ayache autour de son livre:

Homo Sapiens 2.0,
Introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation

 


Denis Failly - Gérard Ayache, dés la Lecture du titre de votre dernier ouvrage "Homo Sapiens 2.0, introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation", et avant la lecture du livre proprement dite, on ne peut s'empêcher de faire un lien entre le terme Homo sapiens qui concerne l'évolution, l'unité de la condition humaine et l’étiquette 2.0 qui sert dans le monde des technologies, comme chacun sait, à nommer une nouvelle version plus évolué d'une application, d'un logiciel.
Qui plus est, on pense aussi de suite à la seconde vie de l'Internet dite Web 2.0 avec ses nouveaux usages (autoproduction, participation, collaboration...) ou même au livre de Ray Kurzweil (mouvance transhumaniste) "Humanité 2.0" (titre français), bref deux termes qui semblent nous acheminer, disons pour faire simple vers un rapprochement Homme-Machine et qui interroge donc notre devenir en tant qu'espèce; Pourriez vous en donc en quelques mots nous dresser l'intention de ce livre ?

Gérard Ayache - 563049df89193c3820749220ec42d2fb.jpgHomo sapiens 2.0 est une histoire naturelle de l’information que je fais remonter aux origines de la vie sur cette planète. Information et vivant sont indissociablement liés ; au fond, parler d’une histoire de l‘information, c’est parler d’une histoire de la vie. La transition vers une deuxième version d’Homo sapiens, thème qui est au cœur de ce livre, est le fruit de cette histoire naturelle de l’information. Elle est un pur produit de l’évolution darwinienne, combinant ensemble l’homme est ses projections, c'est-à-dire toutes les idées, les technologies, les cultures qu’il invente sans cesse.

Cette transition, ou pour être plus exact, cette « métatransition » n’est pas finalisée ni contrôlée. Cela est valable pour tous les systèmes évolutifs, mais la phase de transition dans laquelle nous nous situons aujourd’hui d’opère à une vitesse accélérée, inédite dans toute l’histoire de l’espèce humaine.

La métatransition vers homo sapiens 2.0 est provoquée par la lame de fond de l’hyperinformation qui brasse dans un même mouvement des objets mi-inertes, mi –intelligents qui grouillent pour former des entités, des organismes, des hommes , connectés ensemble dans une gigantesque « chimère », assemblage d’information numérique et de matière.

Denis Failly - Vous montrez qu'il existe une logique "numérique" du vivant des origines de la vie à l'homo sapiens sapiens, quelle sont les trajectoires qui vous font passer de la notion d'information qui préexiste à 'l'homme" (dans la matière, l'énergie, premières bactéries ...) pour aboutir à l'hyperinformation "libérée" par l'homme.

Gérard Ayache - L’information n’a pas été inventée par les hommes. Elle est un élément fondamental de l’univers au même titre que la matière et l’énergie. Sans l’information, l’univers après le big bang aurait été chaotique, la matière désorganisée, la vie impossible. La vie n’est possible que parce qu’il y a l’information. La caractéristique principale du vivant, c’est le métabolisme, c'est-à-dire l’échange permanent d’information avec le milieu, avec les autres. Et cela est valable pour la bactérie la plus primitive comme pour l’espèce animale la plus évoluée.

Cette information qui est au cœur même du vivant, nous savons qu’elle est de nature numérique. Les gènes, avec leur structure interne sophistiquée, sont de longues chaînes d’information digitale. Ils sont numériques, au sens fort du terme, celui des ordinateurs ou des Cdroms. Cette information étant de nature numérique, elle peut être copiée indéfiniment sans perte de qualité. C’est pour cela que les caractères d’ADN sont dupliqués d’une génération à l’autre avec une précision quasi absolue.

L’homme, à travers ses projections imite sans le savoir le vivant. Le langage est un ensemble finalement assez réduit de phonèmes (entre 30 et 70 pour toutes les langues parlées du monde) qui, organisés d’une certaine manière, forment une langue. L’écriture utilise, à travers l’alphabet, une numérisation des sons qui permet une reproductibilité parfaite et une diffusion sans limites. La numérisation de l’information par des procédés de plus en plus sophistiqués est constante dans l’histoire de l’humanité. Mais à partir du moment où l’homme a été capable de traduire le réel –le numériser- en une suite de 0 et de 1, il a libéré l’hyperinformation. Dès lors, les logiques de duplication à l’extrême, de convergence des supports, de mise en réseaux ont entamé un développement exponentiel dont nous ne sommes, aujourd’hui qu’aux rudimentaires prémisses.

Denis Failly - Collaboration, coopération, Intelligence collective...sont des thèmes dans l'air du temps, si on reprend la thèse de l'endosymbiose en série de Lynn Margulis, l'espèce humaine notamment, serait dans le lointain de nos origines, à l'âge du règne solitaire des bactéries et des microbes, le résultat de dynamiques coopératives et collaboratives encore engrammées aujourd'hui dans nos cellules humaines; L'homme est - il par nature un être collaboratif ?

Gérard Ayache - Ce n’est pas l’homme seulement qui est un être collaboratif comme vous dites. C’est le vivant en général qui ne peut se développer que par les échanges (j’ai parlé du métabolisme), les stratégies concertées de développement, de conquête de territoire, de survie, d’évolution. On sait aujourd’hui que les bactéries les plus primitives, celles qui vivaient dans leur soupe primitive il y a 3.5 milliards d’années, développaient des réseaux concertés et intelligents de survie.

La biologiste américaine Lynn Margulis a développé brillamment la thèse de l’endosymbiose en série. Il s’agit, pour faire simple, de la mise en commun des ressources d’organismes différents qui échangent leurs compétences, les associent, pour créer un organisme vivant nouveau, plus performant. Nous avons dans notre corps une multitude de traces de ces pratiques d’intelligence collaborative nées au fond des âges.



Denis Failly - A la suite d'Ignacio Ramonet que vous citez, vous soulignez la contradiction entre d'une part une abondance d'informations (propulsées notamment pas les TIC) et qui devrait signifier diversité et d'autre part, une certaine uniformité, homogénéité dans la pensée ambiante génératrice par exemple de ce que l'on nomme la World Culture.
Ne pensez vous pas par exemple que justement les usages dits Web 2 ou tout un chacun peut potentiellement se réapproprier, détourner, auto produire, (re)construire...des contenus (informations, connaissances,...) sont des moyen d'en sortir pour métisser, hybrider, réinventer...loin des fourches caudines des filtres officiels que sont par exemple les experts, journalistes, grands émetteurs d'informations...?

Gérard Ayache -
L’hyperinformation a libéré la diffusion des informations. Elles se bousculent maintenant pèle mêle dans les réseaux, mélangeant allègrement les folies, les passions, l’intelligence et la bêtise humaine. Le résultat de cette force libérée forme un paysage composé à la fois de quelques îlots d’originalité et de longues plaines d’uniformité et de monotonie. Le web 2.0 n’est pas seulement le moyen de rompre cette monotonie. C’est surtout la possibilité de renverser le schéma traditionnel de la communication. Il n’y a plus un émetteur qui envoie un message à un récepteur, il y a des récepteurs qui se situent au cœur d’un tourbillon d’informations et qui sont eux-mêmes des producteurs de trajectoires. J’avais appelé ce phénomène la méta-information.

Ce renversement du flux de la communication pose des problèmes à ce que vous appelez les filtres officiels, c'est-à-dire les médiateurs (journalistes, experts, etc...). Ils ne peuvent plus remplir comme avant leur rôle d’intermédiaire entre le réel et le public. Car le public veut se faire sa propre idée du réel. Et il peut désormais le faire s’il possède la capacité de se diriger avec sagacité dans l’océan des informations. Il devient aussi émetteur voire source d’information. Nous ne sommes pas là seulement en présence d’un problème de concurrence, mais face à une véritable remise en question de la crédibilité des médiateurs traditionnels qui devront opérer une véritable révolution idéologique s’ils veulent survivre à terme.


Denis Failly - S’il est une discipline ou du moins un corpus de connaissances en construction, d'origine anglo-saxonne (Travaux de Dawkins et Blackmore) peu discutée en France (excepté par Pascal Jouxtel et la SFM*) dont vous parlez à de nombreuses reprises dans le livre, c'est bien de la Mémétique qui serait donc à la culture (le Mème) ce que sont les gènes à la biologie dans la dimension de transmission et de réplication de l'information, des idées, des stéréotypes, rumeurs, des pratiques du quotidien (Michel de Certeau).

Si on prend l'image d'un saut continuel de "cerveaux en cerveaux", l''histoire de l'homme (ce qu'il fait, dit, transmet, invente...) des origines à aujourd'hui serait donc en partie une histoire de transmission et de reproduction culturelle, une saga mémétique en somme, ce qui pose par exemple aujourd'hui aussi la question de la part identifiable d'idées, innovations, concepts réellement nouveaux et inédits (et selon quels critères) dans nombre de domaines des activités humaines ?

Gérard Ayache - Il est vrai que la mémétique est une discipline peu étudiée (voire méprisée) en France. Peut-être en avons-nous un peu peur car elle remet en question des pans entiers de notre pensée (notamment structuraliste). Elle est pourtant un bon moyen pour comprendre l’évolution des phénomènes culturels et éviter de se laisser berner par les discours réducteurs sur le génie et le progrès humain. Ce que la mémétique montre notamment, c’est que les projections de l’homme (ses innovations technologiques par exemple), se déploient et s’enrichissent selon un véritable schéma évolutionnel. Le seau en plastique n’aurait pu exister s’il n’y avait eu, avant, un seau en bois. L’appareil photo numérique n’aurait pu voir le jour si l’appareil argentique n’avait jamais été inventé. Chaque innovation est le fruit d’une évolution qu’on le veuille ou non. Plus encore, ces innovations, ces techniques, une fois projetées, nous échappent, elles participent toutes seules au grand bal de l’évolution avec ses déchets, ses ratés et ses stars...

Denis Failly - Les interrogations que pose Homo Sapiens 2.0 (à l'instar d'un Ray Kurzweil, Hans Moravec, Teilhard de Chardin et son point Omega en son temps...) s'inscrivent dans la période actuelle où beaucoup s'interrogent sur le devenir de notre humaine condition.
A l'aune des recherches en génétique, bio, neuro et nano technologies, interfaces hommes machines...qui s'accélèrent les interrogations quant aux devenir de l'humain font florès, dans de multiples domaines et à divers échelles qui ne se sont pas nécessairement concertées (thème de la rupture, de la civilisation, du post humain, singularité...);
Pour reboucler avec ma première question sur le titre fort "Homo Sapiens 2.0", quel est votre regard sur ce que l'on peut imaginer être une prise de conscience, êtes vous optimistes et Homo Sapiens 2.0 est il le point final à "l'hominisation inachevé" dont parla Edgar Morin.

Gérard Ayache - Je ne pense pas du tout qu’homo sapiens 2.0 soit le stade ultime de l’hominisation. Nous n’en sommes qu’à une étape mais elle est cruciale. Plus que d’étape, il faudrait plutôt parler de carrefour. Homo sapiens 2.0 peut s’engager dans une voie qui le mènera, à relativement brève échéance, à sa perte. Une autre voie, au contraire le mènerait vers une intelligence augmentée, constructive, positive pour l’espèce humaine ; une autre voie enfin peut nous diriger vers une scission de l’espèce en infra ou ultra-humains. Rien ne peut aujourd’hui nous inciter à être plutôt optimiste ou plutôt pessimiste. Le jeu est ouvert. Il nous appartient à tous de décider si le bonum humanum comme disent les philosophes, le « bien humain » -sans avoir besoin de le préciser plus- est bafoué ou respecté dans le moindre de nos actes.

Denis Failly - Gérard Ayache je vous remercie.

 

*SFM: Société Francophone de mémétique

 

 

 

 

26.06.2008

Une révolution du management, le modéle Google

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Une interview de Bernard Girard
pour la seconde édition de son livre :

Une révolution du management, le modéle Google
12 règles de management appicables à toutes entreprises

M21 Editions - 2008

Denis Failly - Bernard Girard, nous nous sommes déjà croisé il y a bientôt deux ans pour une interview à l'occasion de la sortie de la première édition de votre livre "Le modéle Google, Une révolution du Management", alors j'ai envie de vous demander de suite :
Quoi de neuf chez Google depuis deux ans, sachant qu'à l'échelle d'Internet, tout va très vite et c'est un laps de temps plutôt long riche en évènements ?

Bernard Girard - 81bee52005b18e1eab989aae03ee143f.jpgL'entreprise a grandi, augmenté ses parts de marché et sa domination sur la recherche sur les marchés sur lesquels elle était déjà dominante (USA, Europe) et elle progresse sur des marchés plus difficiles comme ceux d'Asie. Elle s'est imposée sur le marché de la cartographie à peu près inexistant, il y a trois ans, qui promet de devenir l'un des grands marchés de demain (la carte devenant une interface privilégiée pour un nombre croissant d'applications)

 

Denis Failly - La france, pays de Descartes, affectionne les chiffres, auriez - vous quelques ordres de grandeurs actualisés à nous donner concernant Google aujourd'hui ?

Bernard Girard - Je ne suis pas sûr que la France (et Descartes) aiment tant les chiffres que cela. Dans le cas de Google ils ont ceci de très particulier qu'ils sont très labiles. J'éviterai donc d'en donner de trop précis, ils seraient forcément faux.

On peut cependant dire :

  • que les effectifs ont fortement progressé, même si l'on devine que depuis quelques mois la direction a levé le pied sur les recrutements massifs
  • que l'action après avoir atteint des sommets est revenu à des niveaux plus "raisonnables" (si ce mot a, dans le contexte financier, le moindre sens),
  • que le chiffre d'affaires réalisé avec la publicité ne fait que croître et que l'entreprise ne parait pas aujourd'hui affectée par la crise

 

Denis Failly - Google s'est dotée de méthodes de management qui, prise dans leur globalité constituent un édifice bien particulier qui pourrait en inspirer d'autres pourriez vous nous en rappelez les principales composantes et en quoi sont-elles hors normes ?

Bernard Girard - On trouve tout cela dans la nouvelle édition de mon livre dont je vous recommande la lecture. Il serait trop long de les détailler ici. Je voudrais simplement rappeler qu'ils ont innové :

  • dans le management de l'innovation et de la gestion des produits (avec la règle du couteau suisse, les petites équipes, le turn-over rapide des ingénieurs au sein de l'entreprise…)
  • dans le management des ressources humaines (avec notamment la règle des 20% et l'attention mise sur la réputation),
  • dans celui des relations avec les utilisateurs et les clients (automatisation des relations commerciales, mise à disposition des clients d'outils pour améliorer les performances de leurs annonces…)

 

Denis Failly - Le couteau suisse Google comme la dénommé en son temps (2002) Marissa Meyer est-il destiné à devenir une pieuvre et n'y a t-il pas un risque, si on prend l'exemple seul de la fonction moteur de recherche (consulté par réflexe par une majorité d'internautes dans le monde), que se développe une ressource unique google, source d'une sorte de pensée uniformisée Google et ce au détriment de la diversité des sources et des points de vue ?

Bernard Girard - Je ne suis pas sûr de bien comprendre l'objection. Google donne accès à des documents, sans les sélectionner. Il y aurait pensée uniformisée si Google ne donnait accès qu'à une seule famille de documents. Google est une immense bibliothèque. On n'a jamais accusé les bibliothèques d'uniformiser la pensée. Elles font tout le contraire. Google aussi.

 

Denis Failly - A l'heure d'un Web à venir dit « sémantique » qui concerne donc directement l'accès et la recherche d'information, avez - vous des informations sur les projets de Google dans ces domaines et plus généralement quels sont les grands axes (technologiques, applicatifs...) vers lesquels s'orientent Google ?

Bernard Girard - Google a certainement des projets sur le web sémantique mais j'imagine qu'ils concerneront plus des problèmes sémantiques, comme la traduction ou l'aide à la rédaction que la recherche qui n'en a pas vraiment besoin.

Denis Failly - Enfin pour être en phase avec l'actualité récente, comment interprétez - vous le rapprochemement de Yahoo avec Google ?

Bernard Girard - Ce matin la presse américaine parle de nouvelles négociations entre Microsoft et Yahoo! pour le rachat de ce dernier par l'éditeur d'Office. Les jeux ne sont donc pas faits. Il me semble cependant que le rapprochement de deux entreprises qui ont les mêmes forces (mail, finance, chat) et les mêmes faiblesses (la recherche) n'est pas une très bonne idée.

Denis Failly -  Bernard Girard je vous remercie



 

27.02.2008

Livres du moment

17:15 Ecrit par Denis Failly dans - Livres du moment | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note